RE LE M
proposées et admises par les exégètes modernes, et j'ai profité de ce droit commun qui avait en outre l’avantage de former un groupe de personnages célèbres ayant vécu, selon la tradition, à une même époque ancienne. Mais, depuis ce temps, de nouvelles investigations poussées dans cette direction ont successivement ébranlé ma confiance dans la fidélité du traducteur erec susmentionné, sans toutefois réussir à m'expliquer la cause du phénomène. En faisant, au mois de janvier dernier, un compte rendu succinct du remarquable ouvrage de M. Budde sur le livre de Job, j'avais l'intention de dire dans une note le changement de mes vues sur ce point, à titre d’observation sur une remarque quelque peu ironique de M. Budde au sujet de la dite correction, mais J'ai dû y renoncer par suite de rnanque d'espace. Les précédentes recherches ayant dégagé la cause de toutes les défaillances du traducteur grec, ne laissent plus place au doute. La leçon du paraphraste syrien, confirmée par le texte hébreu et la reconnaissance parfaite du point de départ erroné de la version grecque, s’unissent pour attester que la mention de Job par le prophète Ézéchiel était déjà une tradition incontestée à l’époque de Ben-Sira, et ce témoignage doit être accepté jusqu’à preuve du contraire. Le livre de Job est donc, dans tous les cas, antérieur non seulement à Ézéchiel, mais aussi à Jérémie, qui y a fait un emprunt caractéristique (Jérémie, xx, 14-18 ; cf. Job, 11, 2-11). La malédiction du jour de la naissance, qui forme chez Job une excellente entrée en matière après trois Jours d’un douloureux silence, et qui est continuée par des considérations indispensables au sujet de la grave discussion qui s’engage entre le patient et ses trois amis, est abaissée à une violente sortie contre l’innocent messager qui annonça au père du prophète la naissance d’un fils, altérée par des expressions impropres avec fausses images et répétitions fatigantes, et par surcroît rejetée hors cadre, sans liaison aucune avec les passages ambiants. Admettre la priorité de Jérémie sur Job, c’est émettre la prétention que tout le sujet de ce poème est fondé sur la violente ‘imprécation dont il s’agit, et que la personne de Job n’est qu'un déguisement de Jérémie. Aucun homme impartial ne risquera un tel avis. Voyez du reste Rev. Sém., 1897, p. 94.