‹ Étude sur la pénétration dans l'Organisme de certains corps étrangersChapitre 16 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

INSTRUMENTS EMPLOYÉS PAR LES DENTISTES PÉNÉTRANT ACCIDENTELLEMENT DANS L'ORGANISME

Parmi les instruments que le dentiste emploie dans sa pratique courante, il en est certains, tels que daviers, fouloirs, etc., qui sont volumineux et bien en main et qu’on ne peut guère voir déglutis ou aspirés par les patients, même au cours de manœuvres opératoires délicates.

Il en est d’autres, délicats, menus, tels que: aiguilles, sondes, fraises, forets, tire-nerfs, dont l'emploi dans la bouche ouverte de patients souvent nerveux, craignant la douleur et toujours prêts à bouger brusquement quand il ne faut. pas, nécessite de la part de l’opérateur, une attention constante et une grande dextérité.

Chevalier-Jackson, dans son manuel d’endoscopie, rend hommage aux stomatologistes et dentistes en écrivant à propos des tire-nerfs :

« Il est rare que les doigts habiles du dentiste laissent tomber dans les voies respiratoires et digestives des instruments ».… et comme presque tout individu un jour ou l’autre passe entre les mains de ce praticien, c'est un hommage qu'il faut lui rendre. »

Si le fait est rare eu égard aux centaines de milliers d’interventions sur les dents pratiquées quotidiennement dans le monde entier, il y a quand même des accidents. plus nombreux à notre avis que ne laissent croire les cas publiés.

Beaucoup de ces cas sont inaperçus ou lorsqu'ils ne comportent pas de suites graves sont tenus sous silence par ceux qui pourraient en parler. 4

NC re

Chevalier-Jackson, en 1915, signalant 500 cas de corps étrangers des voies aériennes et digestives retirés par lui de l'organisme de malades sous broncho-æsophagoscopie, n'avait rencontré que deux tire-nerfs. En 1919, il en avait réuni sept cas eb sa statistique s’est enrichie depuis : 16. M. Guisez en 1924 signalait deux cas de chute de tire-neris dans les voies respiratoires.

Nous avons nous-même vu signaler un plus grand nombre d'accidents et en particulier, nous avons eu connaissance de trois cas de déglutition de tire-nerfs ayant comporté des suites graves, qui se sont produits à Paris en 1924 el 1925 et ont donné lieu à des actions en justice.

Au cours de nos recherches, nous avons pu réunir un certain nombre d'observations de pénétration d'instruments ou de fragments d'instruments dentaires dans l’organisme, que nous rapportons 1e1.

Aiguilles

Nous ne nous occuperons pas des petits: accidents tels que : bris de tire-nerfs dans une dent, fracture d’un excavateur ou d’une vis à racines et pénétration dans la gencive d’aiguilles courtes pour anesthésie locale, cassées dans le tissu gingival. Ils n’ont en règle générale aucune suite grave.

Nous citons cependant quelques observations relatives à des bris d’aiguilles au cours d’anesthésie régionale. Ge mode d’anesthésie est devenu d’usage courant pour les interventions sur les dents et on rapporte de Lemps à autre des accidents causés par les bris d’aiguilles au cours d’anesthésies régionales.

Blum (Dental Cosmos, mai 1926) a réuni en dix ans, 65 cas d'interventions pour recherche de fragments d’aiguilles employées pour des anesthésies intragingivales. Nobbs dans le même journal (juillet 1925), rapporte quelques observations relatives à la recherche et l'enlèvement d’aiguilles perdues dans les tissus au cours d’anesthésies régionales dentaires.

Voici, résumées, deux observations qui nous ont été récemment communiquées par M. Ch. Ruppe.

A. Aiguille fine brisée au cours d’une anesthésie dentaire régionale. __ Un homme de 19 ans se présente à la consultation O. R. lee de l'Hôpital Saint-Louis, accompagné par son dentiste qui a été effrayé de casser une aiguille fine en faisant une anesthésie régionale à l’épine de Spix.

Le fragment d’aiguille inclus dans les tissus n’est pas visible. On fait pour rechercher ce fragment l'incision elassique de la muqueuse, malgré une exploration assez longue on ne trouve rien.

M. Surel fait alors une radiographie, l’image de l'aiguille est visible sur le cliché. On fait une nouvelle tentative pour extraire l'aiguille. Le résultat est infructueux.

Une troisième tentative ne permet pas de retrouver le corps étranger. On abandonne alors les recherches.

Aucun incident ne survient.

B. Aiguille fine brisée au cours d'une Anesthésie régionale. — Il s’agit d’un médecin qui vient accompagné de son dentiste, comme dans le cas précédent. Le praticien en procédant à une anesthésie du nerf dentaire inférieur à l’épine de Spix au moyen d’une seringue dentaire du type courant, à aiguille fine, a cassé l’aiguille.

Le dentiste a fait faire une radio de la région.

Sur cette radio on voit l’aiguille dans les tissus nettement en

avant de l’épine de Spix.

Avertis par l'exemple précédent, nous conseillons au confrère de ne pas se faire opérer et d'attendre. La recherche d’un fragment d’aiguille dans ces conditions étant aléatoire, plus décevant souvent que la recherche d’une aiguille dans une paume de main, où on a la ressource d’opérer sous bonnette, que l’on n’a pas pour la

branche montante du maxillaire.

(Communiquées par M. Ch. Ruppe.— Service de M. le Professeur agrégé Lemailre).

De ces deux observations, nous tirerons dès maintenant, les conclusions suivantes :

10 L'anesthésie régionale par voie intrabuccale à l’épine de Spix, doit être faite avec une aiguille longue à ponction lombaire, qu’on ne risque pas de briser.

Les aiguilles fines du modèle employé couramment pour J’anesthésie dentaire locale ne doivent pas être employées dans ce cas.

90 & une cassure d’aiguille se produit dans la région de l’épine de Spix où le tissu cellulaire est lâche, il semble préférable de ne pas rechercher l’aiguille et d'attendre. C’est aussi difficile que de rechercher une aiguille dans une paume de main et on n’a pas ici la ressource de la radioscopie.

o6te

Un petit abcès peut se produire autour de l'aiguille, dans ce cas l'examen de la collection permet de retirer faclement l'aiguille.

Nous n'avons jamais eu à intervenir pour des cas semblables, mais avons eu plusieurs fois l’occasion d'exécuter pour des dentistes des radiographies dentaires intra-buccales sur petites pellicules pour rechercher et localiser des fragments d’aiguilles brisées dans les mêmes conditions.

Fraises et Forets

Il est à remarquer que la déglutition ou l’aspiration de fraises ou forets sont des accidents rarement signalés et cependant ces petits instruments qu’on HE emploie moulés sur une «pièce à main » ou un « angle Fraise droit» peuvent très facilement se détacher de leur

de TA Re dentiste, SUPPOrt.

Hedblom, dans une statistique publiée en 1921, signale qu'il a rencontré à la clinique Mayo (de Rochester), trois cas de fraise de dentiste dans les bronches, mais il ne rapporte pas les observations.

Fraise dans l’appendice. — Une fraise détachée pendant la préparation d’une dent pour une obturation tomba dans la gorge du patient. Elle passa dans l'estomac. Quelques jours après, douleurs aiguës dans le côté droit de l’abdomen. L'état général s’altère rapidement, empire, la nuit, symptômes d’appendicite.

L'opération fait découvrir la fraise dans l’appendice, lacérant les tissus et produisant l'infection.

« Dental Brief », 1910.

Fraise dentaire déglutie. — Evacuation sans incident. — M..., procédant à la préparation d’une dent pour obturation à l’aide d’une fraise, l'instrument se détacha de la pièce à main et tomba sur la langue de la patiente. La fraise disparut aussitôt.

Craignant une chute dans les voies respiratoires, le praticien conduisit immédiatement la malade chez un radiographe. L’examen pratiqué montra que l’objet était passé dans l’œsophage et se trouvait dans l’estomac. Evacué quelques jours après sans incident notable.

(Communiqué par M. N.…., Paris, 1925).

Fraise dentaire déglutie. — Evacuation sans incident. — Femme de 32 ans. Une fraise pointue de 2 centimètres et demi de long se détache d’un angle droit au cours du traitement d’une dent. La patiente l’avale sans s’en rendre compte. Le dentiste, inquiet,

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