‹ Étude sur la phonétique italienneChapitre 12 sur 25 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

J et W consonnes J

Le palais artificiel accuse une différence considérable entre les articulations de i [eri] (fig. 142) et i [o]. La dernière est beaucoup plus fermée au centre du palais, et elle est en même temps moins avancée sur les côtés vers la

partie antérieure. Ceci ne peut pas être l'effet d'une différence entre i fermé et i moyen, car dans ces deux voyelles un moindre avancement sur les côtés est accompagné d'une fermeture moins accusée au centre et inversement.

Puisque l'articulation de i [eri] est moins resserrée au centre et plus avancée sur les côtés, nous n'avons évidemment à faire à aucune des deux variétés de i. L'étude du souffle de eri (fìg. 143) et de ^er^ (fig. 144)

le ri FIG. 144 A

montre que les vibrations laryngiennes commencent au même mcment. Mais pour e?-/ les vibrations dans le souffle atteignent leur plus grande amplitude presqu'au moment même où commence la parole, tandis que dons ieri il est évident qu'une articulation très fermée ne leur permet pas d'atteindre toute leur amplitude. Ces faits montrent des différences qui apparaissent plus nettement en étudiant ce son en combinaison avec d'autres consonnes.

La comparaison du souffle pour pena. (fìg. 31) et piena.

(fig. 145) montre que dans le dernier cas l'explosion est suivie d'un excèsd'air sourd, qui manque presque entièrement dans le

premier. L'articulation

pi e n a

PiQ, i^^ A qui donne son caractère

propre à cet air se fait voir dans le tracé de pie [no]

(fig. 146) qui peut se comparer avec celui de pia (1) (fig. 147). La position avancée du premier exemple con-

FiG. 146 ^4 pi{eno) pi{a) fig. 147 A

traste avec celle de pia, où i est la variété fermée et ainsi la voyelle la plus avancée de la série antérieure. Ce fait, pris concurremment avec la surdité, accuse l'existence de la fricative médio-palatale /, que d'ailleurs l'oreille saisit très distinctement.

Les tracés de fari go (fìg\14R)et de fianco (fìg. 149) indiquent

[fig. 148 — f — a n g 0 A

(1) Une diphtongue décroissante.

le même excès de surdité pour le dernier, accompagné sur le palais artificiel par la même différence d'articulation que montrent les tracés de fia[nco] ifig. 150) et de fi [glio] (fig. 151).

I chi(ama) 2 [chilo) 158 A

fiiglio) fi'anco)

FIG. 151 A FIG. 150 A no.

Ce sont là toujours des dissyllables paroxytons. Dans affiorato (fig. 152), j se montre dans une syllabe médiale

atone, et dons attiene ;lìg. 153) dans une syllabe médiale

\mmmmmmm \

a 1 tl e n e

tonique. Les deux cas montrent l'influence des consonnes doubles.

Puisque l'articulation principale des consonnes qui pré-

cèdent est sur les lèvres, il n'existe aucune modification sensible sur le palais due à la combinaison de l'initiale avec j. Mais dans le cas des autres occlusives ceci n'est plus vrai. Plus la position articulatoire de la consonne s'approche de celle de j, plus les deux sons s'unissent intimement. Ceci est déjà vrai dans tiene (fig. 151), qu'on peut comparer avec piena (fig. 145).

tie(ne]

Le tracé sur le palais montre que les articulations des deux sons se rapprochent davantage dans lie [ne] (fig. 155).

La fusion est encore plus intime dans le souffle pour chiaro (fig. 156), auquel on peut comparer caro (fig. 157).

ch i a — r 0 c a r—o

Sur les palais elle est complète comme on le verra dans la figure 158, où la ligne 1 marque l'articulation de chi [ama] et la ligne 2 celle de chi [lo].

Entre les articulations de t et de k vient celle de c que j'ai déjà étudiée à la page 54. Il ne faut que comparer le tracé de lie [ne] (fig. 155) avec celui de eie [lo] (fig. 65) ou plutôt celui de ce [ce] (fig. 66) pour voir que les articulations sont identiques, enee qui concerne le j palatal. Dans le souffle

c'est chia [ro] (fig. 156) et ce [ce] (fìg. 67) qui se ressemblent le plus. Ce qui montre que la fusion de c et de j, est plus complèteque celle de t et dej. Mais la qualité composée du son subsiste toujours.

Jusqu'à présent j'ai étudié j en combinaison avec la sourde par l'influence de laquelle il est aussi devenu sourd. Est-ce que cette surdité se maintient pendant toute la durée de j ? La comparaison des voyelles toniques dans chaque couple des mots pena (fig. 31), piena (fìg. 145), fango (fig. 148), fianco (fig. 149), caro (fig. 157), chiaro (fig. 156) montre que, quand j précède les voyelles, les vibrations laryngiennes n'occupent jamais une plus grande partie de la syllabe initiale que quand il n'est pas présent. A vrai dire la qualité vocalique dans le souffle paraît souvent plus courte quand j fait partie delà syllabe.

Quand j s'unit à une initiale sonore, les mêmes phénomènes se voient. Sur le palais artificiel, sauf dans le cas de d, rien de nouveau ne se présente, les relations articulatoires étant les mêmes dans les sonores que dans les sourdes. Les tracés de n et l en combinaison avec j sont représentés par les figures 137 et 130, où les relations entre ces sons et les mouillées sont étudiées.

Dans le souffle le fait principal est l'affaiblissement de

bi e FIG. 159

l'explosion de la sonore, comme dans bieco (fig.

159). Gomme d'ailleurs les occlusives non suivies de j ont une explosion assez forte, cet afl'aiblissement est d'autant

plus caractéristique. Comme on l'a constaté pour les sourdes, l'explosion va en s'afïaiblissant à mesure que les

di FIG. 160

-ilo-

positions des deux articulations se rapprochent. Dans dietro (fig.

160) ce fait s'accentue

FIG. l6l

encore et dans ghiaccio (fig. 80) il n'y a plus d'explosion. Cette dernière combinaison peut

se comparer avec vieto (fig. 161) où la fricative est même plus forte.

Pour compléter l'étude de j sonore, il faut faire la comparaison entre g [ente] (fig. 79) et c [ece] (fig. 66), où la présence de j est indiscutable. Dans gente (fig. 69), l'explosion est un peu plus forte que celle de ghiàccio (fig. 80), ce qui indique une fusion moins complète.

Puisque la palatale j se trouve en combinaison avec d'autres consonnes, il est bon d'étudier une tendance possible vers la mouillure.

Dans d'autres prononciations telles que celles de B et de D, où il ne s'agit pas de cette tendance, l'articulation de kj est toujours plus reculée au centre que celle de hi, ce qu'on attend d'ailleurs. Ce fait ne se rencontre pas chez A ; la figure 158 montre l'articulation de chi[ama] fort avancée sur celle de chi[lo], et incontestablement mouillée. Même cette mouillure de kj était si constante, que je n'ai pu obtenir un seul tracé des sons élémentaires h + j.

Gela est vrai aussi de gj ; bien que gì soit sensiblement avancé, le tracé deghi[era] (fig. 162) ne laisse aucun doute.

Un tracé intéressant est celui de die[tro] (fig. 163) où l'articulation a déjà avancé vers la mouillure sans toutefois y arriver. On appréciera le degré de fermeture en le comparant avec di (2),

—'Ili

La surdité de j n'existe pas pour B. Les vibrations laryngiennes, commencent pendant l'explosion des occlusives sourdes, plutôt vers la fin, comme le mon-

o—cchi-dL-l-e tt — 0 tre le tracé de ocrMaletto

FiG. 164 B (fig. 164).

Sur le palais artificiel les distinctions sont les mêmes que pour A, (cf. li (fig. 107) et li[eto] (fig. 131), ni (fig. 123) et ni[ente] (fig. 139) ; mais la mouillure ne se trouve jamais. En conséquence, les tracés de kj et gj sont plus reculés au centre que ceux de ki et gi. Car la distinction entre i et j est bien montrée dans la figure 165, où la ligne 1 indique le tracé de i[o], et la ligne 2 celui de

La distinction entre la voyelle et la consonne est constante dans ce parler. Je cite (1) ei ti[ene] [2) dans la figure 166, comme un exemple de l'articulation plus ouverte de j dans ce sujet.

La mouillure n'existe jamais.

La consonne j est toujours sourde après une autre sourde.

Mais ce qui est plus frappant, cette surdité persiste môme

après une sonore (faible chez C) et communique sa qualité

à cette dernière. Ainsi dans dietro (fig. 167), les vibrations

^^^^^^^^^^ laryngiennes n'apparaissent dans le

^^^^9m^H scuffie que pour e, et de même dans

I^^^^^H^^H lieto. Dans bieco (fig. 61) l'explosion

H^^^^^^^Hj seule est sourde, car j ne s'assimile

pas aussi bien à la labiale qu'à la

d-i'-e-t—r — 0 linguale.

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