‹ Étude sur la pression intra-labyrinthiqueChapitre 3 sur 8 · I CONDITIONS · texte numérisé non relu

I CONDITIONS

Avant d’étudier cette question, nous croyons devoir 'appeler en quelques mots les rapports qui existent ^între les parois si complexes de l’oreille interne et les iquides qu’elles renferment. La cavité du labyrinthe osseux, contenant le périlymphe, se divise en trois por- :ions : en arrière les trois canaux demi-circulaires, en avant le limaçon, au centre le vestibule. Les parois du '^estibule sont percées d’ouvertures qui font communiuer entre elles toutes les parties de la cavité labyrinnique; ce sont les cinq orifices des canaux demi-cirlulaires, et l’orifice elliptique de la rampe vestibulaire lu limaçon. Dans cette cavité osseuse, irrég*ulière, se rouve suspendu le labyrinthe membraneux dont les ifarois flottantes ou tendue^ servent de support aux ratifications terminales du nerf auditif. Depuis les traiaux de Hensen, on sait maintenant que le système du • estibule et des canaux demi-circulaires membraneux

est réuni à la cavité du limaçon membraneux par un canalis reuniens dont Reichert, Henle ont aussi constaté l’existence.

D’après ces dernières recherches anatomiques, on peut donc dire que chacune des cavités membraneuses ou osseuses du labyrinthe forme un canal flexueux dans lequel les liquides, qui y sont contenus, peuvent mouvoir librement d’une extrémité à l’autre. L’endolymphe remplit le labyrinthe membraneux ; c’est un liquide limpide comme le cristal, tenant en suspension de petits corpuscules formés de carbonate de chaux jouant un rôle important dans l’audition.

Le liquide du labyrinthe osseux oujhumeur de Scarpa * entoure de toutes parts les parties molles flottantes de l’oreille interne, leur transmet les vibrations qui leur | arrivent soit par la fenêtre ovale, soit par la fenêtre ronde, soit par la substance compacte du rocher. Ce liquide remplit tous les canaux demi-circulaires, la cavité et la rampe vestibulaire et par l’hélicotrème communique avec la rampe tym panique. M. Weler-Liel a trouvé une communication entre la cavité labyrinthique et les espaces sous-arachnoïdiens; mais cette communication n’est pas admise par tous. les auteurs.

La périlymphe, par le seul fait d’être renfermée dans une cavité close, exerce une pression excentrique sur les parois qui l’entourent. Or cette pression, en vertu du principe établi par Pascal, a lieu dans tous les sens et d’une manière ég’ale. Le liquide de Gotug*no est contenu dans une cavité osseuse, résistante, dont les parois ne présentent que deux parties flexibles, la fenêtre ronde et la fenêtre ovale. D’une manière g’énérale, nous pouvons comparer les deux rampes vestibulaires et lyinpa-

lique, à deux vases communiquant par un orifice (élicotreme et dont les deux extrémités correspondent lune à la fenêtre ronde, fautre à la fenêtre ovale. Or, Il sait que deux liquides semblables renfermés dans des uses distincts communiquant a leur partie inférieure !»nt en équilibre. A l’extrémité d’un des conduits, la iimpe vestibulaire l’étrier peut, comme un piston, entrer uns la cavité labyrinthique et comprimer l’humeur de utug-no, qui, étant incompressible, trouve un lieu de igag*ement vers l’extérieur dans un point dépressible !! la paroi : la fenêtre ronde. Lorsque l’étrier s’enfonce uns la fenêtre ovale, le liquide du vestibule est mis en mouvement et ses oscilliations se transmettent par l’once elliptique au liquide de la rampe vestibulaire et ) là, par l’hélicotrème au tympan secondaire. Cette e3mbrane cède d’abord sous la pression, puis en vertu son élasticité, revient sur elle-même et repousse à sa nce primitive la platine de l’étrier. Au point de vue sujet qui nous occupe, nous croyons donc pou- :ir dire que la fenêtre ronde par son élasticité pro- (e joue le rôle de régulateur de la tension intra-labyrin- \que, D un autre côté, si nous remarquons que les iTérentes parties du labyrinthe sont formées de dilatains réunies par de petits canaux, que les deux rampes limaçon relativement considérables communiquent rp un orifice très-étroit, peut-être pourrons-nous voir ns cette disposition particulière de l’oreille interne le condition favorable à l’excitation physiolog-ique des rments délicats de la lame membraneuse par les ouations reg’ularisees du liquide de Gotugno.

Fi apport de la tension mtr a-lahy vint hique avec l'accommodation de î oreille.

Les liquides de l’oreille, renferuiés au milieu de la substance compacte du rocher, reçoivent principalement les vibrations de l’air ambiant par l’intermédiaire de nombreux petits rouag’es destinés à assurer l’intég’rité et la délicatesse de la fonction auditive, en modifiant les deg^rés de la tension du liquide labyrinthique. La chaîne des osselets forme le principal moyen de transmission des vibrations sonores aux parties molles de l’oreille interne. Considérée au point de vue du sujet, qui nous occupe, cette chaîne des osselets, qui unit laj fenêtre ovale et la membrane tympanique, présente à| ses extrémités deux leviers osseux et deux moteurs mus-| culaires jouant un rôle capital dans le mécanisme de| l’accommodation de l’appareil auditifet de la tension en-j dolabyrinthique. Elle présente deux points fixes, l’apophyse de Ravv^ et la branche horizontale de l’enclume, qui forment l’axe de rotation autour duquel se meuvent les deux leviers mobiles, le manche du marteau et la branche stapédienne de l’enclume. Le premier levier ou branche du marteau donne insertion au muscle (tenseur de la cloison tympanique), le deuxième levier ou étrier, au muscle du même nom. En examinant la forme, le volume, la puissance de ces leviers et de leurs moteurs, on peut, a priori^ jug’er de léur action différente sur le liquide du labyrinthe. Le muscle interne du marteaij exercerait sur la fenêtre ovale une pression qui serai® trop considérable, si elle n’était pas atténuée par 1 action plus faible mais antag*oniste du muscle de 1 étrier.

.tiCs expériences suivantes que nous avons vu faire .evant nous par M. GeJlé, au laboratoire de M. le i»rofesseur Béclard, démontrent d'une manière certaine cantag*onisme des deux muscles, tenseur du tympan et muscle de l’étrier.

Sur une tête fraîchement préparée, il suffit de pratiquer au canal demi-circulaire supérieur une ouveriiure à laquelle on adapte un petit tube manométrique i»empli d’une solution carminée. Si à l’aide d’un stylet, i lar exemple, on tend le muscle interne du marteau, )!in voit les deux leviers mobiles, le manche du mareeau et la branche stapédienne tourner autour de l’axe te rotation de la chaîne des osselets, se porter en de- .ans et le liquide subir une oscillation positive dans ie Manomètre. Vient-on à supprimer la tension du muslle interne du marteau, aussitôt une oscillation nég’aiive du manomètre indique une décompression du liluide de l’oreille interne. On peut ég*alement, en comprimant l’étrier sur la fenêtre ovale, remarquer une aaillie de la fenêtre ronde vers la caisse ; aussi Politzer in plaçant un manomètre dans la fenêtre ronde, constata- t-il des oscillations en rapprot avec le deg*ré • e tension du muscle tenseur du tympan.

En tendant le muscle de l’étrier, on observe soit un iffaissement de la surface miroitante d’une section alite préalablement au canal semi-circulaire supérieur, mit une oscillation nég'ative du manomètre placé dans il fenêtre ronde. Les deux muscles précédents ont donc me action diamétralement opposée : le premier est wor de la pression intra-labyrinthique, le second est uxator de cette pression. Cet antag*onisrne entre les •eux actions musculaires permet de comprendre le

mécanisme de F accommodation de l’oreille pour les sons. L’oreille, est accommodée en tension moyenne pour les sons ordinaires ; et les muscles ne se contractent que dans certaines circonstances comme celle ^écouter. Dans l’action de tendre Voreille pour entendre un bruit, le muscle interne du marteau amène vraisemblablement la tension du tympan. On peut avec les différents auteurs comparer le mécanisme de l’accommodation de l’oreille à celui de l’œil. Tandis que le muscle droit in- | terne du marteau protégée le liquide labyrinthique contre les sons trop forts, comme l’iris protégée la rétine contre une lumière trop éclatante, le muscle de l’étrier place les org*anes de l’ouïe dans les conditions d’être impressionnées par les vibrations les plus faibles et les plus délicates, et remplit ici le rôle des fibres rayonnées de l’iris ou dilatateur de la pupille, pour aug*menter sa perception lumineuse lorsque sa source de lumière est peu intense. (Duplay.)

Rapport avec la déglutition.

La caisse n’est pas, comme le croyaient les anciens, remplie d’un air spécial aér congenitus ; elle est reliée au pharynx par un canal servant â régulariser la circulation de l’air dans cette cavité. C’est grâce à ce tuyau de ventilation, la trompe d’Eustache, que la densité de l’air est égale en dedans et en dehors de la membrane tympanique.

Contrairement à l’assertion de Politzer, la trompe d’Eustache n’est pas constamment ouverte; mais la contraction intermittente de certains muscles facilitent la pénétration de l’air dans ce canal.

Voici d’après M. Gelié le mécanisme de la circulation <de l’air dans la caisse, pendant la dég*lutition ; les mus- .cles apériteurs du pavillon de la trompe d’Eustache léeartent les parois de ce conduit, produisent dans la ^caisse, en un premier temps, un léger vide, indiqué par lune excavation du tympan, qui est pour ainsi dire Laspiré vers la paroi interne de la cavité tympanique. }Mais l’air du pharynx et de la paroi de la caisse se iimettant bientôt à ég*alité de pression, la membrane du l tympan, en vertu de son élasticité propre (en un deuxième itemps), reprend sa position première jusqu’au prochain imouvement de dég’lutition.

Il se produit une tension du liquide labyrinthique j jusqu’à la fenêtre ronde à chaque mouvement de dégluttition, tension corrélative de celle du tympan qui peut ■être démontrée expérimentalement avec le manomètre lie Politzer, ou par les tracés graphiques obtenus par te tympanographe de M. Gellé.

Si nous comparons les faits qui se passent dans l’oceille interne au moment de la déglutition, ou pendant "accommodation de cet appareil, nous ne pouvons manquer de constater une analogie entre les effets produits. Que voyons-nous en effet? Deux puissances musculaires, muscles apériteurs de la trompe et tenseur tymwanique amènent par leur contraction une tension du liquide labyrinthique ; deux membranes fibreuses, élasliiques, le tympan et la fenêtre ronde ou tympan seconfcaire luttent contre l’action prédominante de ces muscles, ■d’est de l’action opposée de ces facteurs que résulte ■(équilibre normal du liquide labyrinthique en oscilla- Bion constante : aussi le défaut d’action d’un de ses élé- ■nents entraîne-t-il comme nous le verrons ultérieure-

ment des troubles, des modiBcations patholog*iques, dans la pression du liquide de Cotug’no. '

Nous devons ajouter que l’air emmag*asiné dans i l’apophyse mastoïde empêche qu’une raréfaction trop absolue de l’air de la caisse ne détermine une tension trop considérable du liquide de Gotug’no. Telle serait i à notre avis le rôle des cellules mastoïdiennes dont le ! développement est en raison inverse de celui de la cavité ' tympanique.

La phonation, les mouvements respiratoires exercent-ils une influence sur la tension intra-labyrintbique? Nous ne pouvons sur ce sujet donner une assertion catég*orique ; nous nous contenterons de dire que les traces g’raphiques, obtenus avec le tympanographe de M Gellé, ne permettent pas de constater aucun mouvement du tympan pendant l’inspiration ou l’expiration.

Rapport avec la circulation.

L’org-anede l’ouïe possède comme les autres organes du sens une richesse vasculaire remarquable. Chez le fœtus, les parties fondamentales de cet appareil sont contenues dans une portion du crâne gorgée de sang qui plus tard prend une dureté considérable, le rocher, cet os dont la texture rappelle les lésions de V ostéite condensante (M. Gellé). A la naissance, la congestion physiologique de l’oreille fœtale disparaît sous l’influence de la dilatation du thorax et du vide pulmonaire qui amènent un dégorgemeni de tous les tissus de 1 oreille et font disparaître le magma gélatiniforme de la caisse tympanique dans laquelle les mouvements de déglutition du nouveau-né facilitent la circulation de l’air.

iPour que la circulation sang’uine de l’oreille interne soit rég-ulière, il faut qu’il existe un rapport proportionnel entre la pression intra-labyrinthique et la pression endo-vasculaire ; et celle-ci en raison de l'entrée du sang- devra être supérieure à la première. A conditions ég*ales, plus forte est la tension artérielle comparativement à la pression intra-labyrinthique, plus grand est l’afflux du sang dans l’oreille interne. Par contre, la circulation sera d’autant plus difficile que le liquide de Gotugno aura une tension plus grande. La section ou la compression de l’artère carotide entraîne une diminution de la tension endo-labyrinthique, tandis qu’un effet contraire est produit par la ligature des veines jugulaires, et tous les obstacles au retour du sang des nombreuses veines de l’oreille interne vers les veines du crâne.

Rapport de la pression intra-labyrinthique avec

r innervation.

La tension des nombreux capillaires qui circulent sur les parois du labyrinthe est aussi sous la dépendance des nerfs v^so-moteurs. Tandis que dans l’étude de la tension endo-oculaire on a pu utiliser des moyens d’exploration tels que le manomètre ou l’examen optalmoscopique, qui ont permis de saisir directement les chargements survenues dans cette tension sous l’influence de la paralysie ou de l’excitation de certains nerfs, nous ne pouvons, clans la question qui nous occupe, que procéder par analogie, et admettre des hypothèses basées sur des observations cliniques ou quelques faits de physiologie expérimentale.

Morisset. 2

En piquant, à différentes reprises, la moelle du cochon d’Jnde vers la troisième ou quatrième vertèbre cervicale, nous avons eu occasion de constater sur une oreille de l’animal une dilatation des vaisseaux avec aug*mentation de chaleur, persistant pendant un temps variable de quelques heures à quelques jours. On sait qu’un phénomène analog*ue est produit par la section du g*rand sympathique au cou.

Les intéressantes recherches faites dans ces derniers temps au laboratoire de M. Béclard, par MM. Duval et Laborde, ont démontré que la section des fibres descendantes du trijumeau déterminait des troubles trophiques du côté de l’oreille interne. Dès lors, il nous est permis de supposer que le trijumeau remplit à l’ég*ard de l’oreille le rôle d’un nerf activant ou diminuant la sécrétion du liquide labyrinthique. Peut-être serait-il juste de rapprocher de cette action trophique, sur le labyrinthe et l’oreille moyenne, ces hémorrhag’ies de l’oreille (otæmatomes) observées chez certains aliénés, qui d’après les recherches de Brown-Séquard et Virchow tiendraient à des altérations des centres nerveux.

Mais, nous le répétons, bien qu’aucune preuve directe à l’aide de manomètre n’ait été donnée de l’influence de l’innervation sur la tension intra-labyrinthique, nous ne pouvons méconnaître cette influence, que Inobservation clinique et quelques faits expérimentaux semblent prouver.

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