TRAITEMENT
Pour lutter contre l’exag*ération de la pression intralabyrinthique, on peut recourir à divers moyens que nous diviserons en moyens chirurg*icaux et moyens médicaux.
Moyens chirurgicaux .
Ces moyens varient nécessairement suivant la cause qui a produit l’exag*ération de pression intra-labyrinthique. Si un corps étrang-er ou un bouchon de cérumen compriment la membrane du tympan, il suffira d’une injection pour faire disparaître l’excès de pression et les phénomènes subjectifs qui en dépendent. [Néanmoins, il faut remarquer que certains corps étran-
.Moris?et. H
g’ers^ log*és dans le sinus formé par la paroi inférieure du conduit auditif externe et le tympan ne sauraient être enlevés autrement que par l’emploi d’une pince spéciale.
Dans l’otite aig’uë ou chronique, le cathétérisme de la trompe, et l’envoi dans la caisse de vapeurs médicamenteuses amèneront une modification de la muqueuse tympanique, empêcheront les adhérences du tympan ; mais il ne faut trop compter rendre à la membrane son élasticité primitive.
Dans l’ohstruction de la trompe, l’indication absolue est de rétablir la perméabilité de ce conduit, soit en g’uérissant le catarrhe naso-pharyng*ien, souvent cause première de l’oblitération, soit en conseillant au malade de faire les procédés de Politzer ou Valsava, soit en pratiquant le cathétérisme du conduit obturé. Si l’oblitération existe au niveau de l’union de la portion osseuse et cartilag*ineuse, point le plus rétréci du canal, le cathétérisme avec des mandrins peu flexibles peut amener des fausses routes, et même la blessure de l’artère carotide qui précisément se trouve en rapport avec le point de jonction de la partie membraneuse et de la partie osseuse du conduit. M. Pravaz a préconisé dans les affections de la trompe d’Eustache, l'emploi de l’air comprimé et a vanté les bons effets de cette méthode d’aérothérapie. Nous devons faire quelques réserves sur l’efficacité de ce traitement ; nous ne nions pas que dans certaines obstructions catarrhales de la trompe les mouvements de dég’lutition fréquents déterminés par la compression de l’air, puissent enlever le bouchon de mucus obturant le méat pharyng’ien du canal d’Eustache ; mais nous devons faire remarquer que
dans les obstructions complètes ou cicatricielles, le séjour dans l’air comprimé peut amener des désordres g’raves tels que la rupture du tympan.
Nous avons vu que l’inflammation aig*uë de la caisse se termine le plus souvent par la suppuration, et que les produits sécrétés s’accumulent au fond de la cavité tympanique et déterminent une compression de la fenêtre ronde. Or, en débouchant le canal qui fait communiquer la caisse du tympan avec le pharynx, on peut, dit de Troeltsch, donner issue aux mucosités par cette voie, mais il est bon de se rappeler que l’orifice tympanique de la trompe d’Eustache est situé audessus de la fenêtre ronde, et que la perméabilité du conduit est souvent diminuée par une inflammation concomitante.
C’est pour obvier à cette difficulté qu’on a proposé de dilater la trompe à l’aide de petites boug*ies flexibles, et d’apirer les mucosités de la caisse. Mais comme nous l’avons vu plus haut, l’emploi des mandrins demande une g*rande prudence, car la moindre déchirure, ou fausse route peut déterminer un emphysème qui pour n’être pas grave dans la majorité des cas, peut déterminer la mort comme Turnsbull de Londres, en a rapporté deux exemples.
Lorsqu’on ne peut évacuer les liquides épanchés par la voie naturelle de la trompe d’Eustache, il faut avoir recours à la ponction de la membrane du tympan, fl est difficile de méconnaître la nécessité de la paracentèse du tympan surtout chez les enfants, car les produits sécrétés peuvent pénétrer dans l’oreille interne, et de là, dans les espaces sous-arachnoïdiens, ou, suivant une autre voie, perforer la paroi supérieure de la caisse
et provoquer une méning’ite aig*uë, ou bien enfin amener une perte irrémédiable de cette membrane. Au contraire la paracentèse du tympan, en débridant en quelque sorte, fabcès contenu dans la caisse, supprime les douleurs atroces qu’il occasionne, diminue les dang*ers de mort et tend à conserver l’ouïe. Dans l’otite chronique avec épanchement abondant dans la caisse du tympan ; l’indication de la myring’odectomie est aussi justifiée que l’incision de la peau d’un abcès.
L’indication de la myring*odectomie dans l’otite sèche, est moins précise; aussi f intervention chirurg’icale a-telle été diversement appréciée par les auteurs. Conseillée d’abord par Riolan, Cheselden, la myring’odectomie fut pratiquée en France par Itard, et en Ang’Ieterre par Astley-Gowper. A mesure que les progrès de l’anatomie patholog’ique firent mieux les lésions de l’otite chronique, les auteurs français et étrang’ers tentèrent plus fréquemment cette opération. Dans ces derniers temps, M. Miot a, dans une récente monographie, fixé d’une manière plus précise les indications et les contreindications de la myring’odectomie. Dans l’otite sèche la myringodectomie étant faite dans le but de diminuer la pression intra-labyrinthique , il est indispensable de rechercher les conditions dans lesquelles cette opération peut amener un résultat appréciable. Or, d’après Ml Miot, cette opération est généralement contre-indiquée dans la paralysie avancée du nerf auditif, dans l’ankylose de l’étrier, dans l’atrophie et les adhérences du tympan. Avant d’intervenir d’une façon active, le chirurgien doit donc s’assurer de l’état des fenêtres ronde et ovale, par les moyens d’exploration malheureusement assez limités, voir les modifications surve-
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nnes dans les mouvements de la membrane du tympan, par l’application du spéculum pneumatique, et rechercher avec la plus grande précision possible la percep- . tion crânienne, la portée auditive en se servant de la montre, de la parole, de l’otoscope à trois branches, et du diapason. M. Miot cite quelques cas d’otite sèche avec paralysie peu avancée du nerf auditif, dans lesquels une amélioration de l’ouïe fut manifestement constatée après la myring'odectomie, et il conclut de ces faits qu’un certain deg*ré de la paralysie du nerf auditif, consécutif à une sclérose de la caisse, n’entraîne pas une contre-indication absolue de la perforation du tympan. Nous n’avons pas à décrire ici les différents procédés de perforation du tympan. Que l’on emploie le bistouri, l’emporte-pièce ou les caustiques, peu importe, si on arrive à diminuer la pression intra-labyrinthique. Mais, il faut le dire, les plaies chirurgicales du tympan se cicatrisent avec une facilité désespérante et les observations de perforation artificielle permanente sont des faits absolument exceptionnels.
Lorsque la myringodectomie n’a pas produit de résultat, ou que les phénomènes persistants présentés par le malade sont manifestement dus à une pression exagérée du liquide labyrinthique, produite par une ré- , traction du tendon réfléchi du muscle tenseur du tympan, la ténotomie de ce muscle a été conseillée par certains auteurs. M. Miot cite des observations de malades ayant obtenu une amélioration de l’ouïe après cette opération.
Mais avant de pratiquer la ténotomie du muscle tenseur du tympan, il est indispensable d’avoir reconnu l’état d’intégrité des fenêtres ronde et ovale; car, si la
platine de l’étrier était maintenue par des adhérences à la fenêtre ovale, l’opération serait absolument contreindiquée.
Nous devons citer, à titre de traitement palliatif, certains moyens qui ont été tentés pour lutter contre la tension exag*érée du tympan. L’aspiration de l’air du conduit auditif externe à l’aide du spéculum pneumatique a pu faire disparaître certains bourdonnements, et procurer au malade un sentiment de bien-être. Nous devons sig*naler aussi, sans trop y attacher d’importance, ce moyen employé par Politzer, et consistant à introduire dans le conduit auditif externe une boulette de coton préalablement pétrie dans lag*raisse de façon à raréfier l’air compris entre le tympan et ce corps étrangler, et produire par suite une aspiration du tympan au dehors.
Moyens médicaux.
Si l’excès de pression labyrinthique est dû à un trouble circulatoire, on peut combattre les phénomènes cong*estifs de l’oreille interne, par certains médicaments toniques vaso-moteurs, quinine, bromure de potassium, etc.
Les expériences de M. Peton sur Perg-ot de seig*le nous permettent de supposer que les injections d’erg’otine en arrière de l’oreille pourraient avoir une efficacité réelle dans la cong’estion de l’oreille interne. Les phénomènes liés à une congestion de l’oreille interne peuvent aussi être améliorés par l’emploi des dérivatifs intestinaux, l’application au-devant du tragus de la ventouse Heurteloup ou de sangsues. C’est dans ces cas
que Triquet a conseillé la compression de l’artère auriculaire, et même la lig’ature de ce vaisseau.
Les malades sujets à ces cong'estions de l’oreille interne doivent se g*arder de ce qui peut exciter l’activité des systèmes nerveux et vasculaire, suspendre l’iisag^e des substances alcooliques, éviter les températures élevées, les émotions violentes, en un mot, toutes les causes susceptibles de cong’estionner la tête.
Mais lorsqu’une compression lente du liquide labyrinthique a produit une atrophie des terminaisons du
nerf auditif, l’emploi de la strychnine, de l’électricité, de riodure de potassium, peut être conseillé, mais il' faut bien reconnaître que la dysécée causée par l’excès prolongé de pression du liquide de Gotugno, présente souvent une incurabilité analogue à celle de la cécité due à l’atrophie de la papille dans le glaucome.
Diminution de pression întra4abyrinthique.
Nous nous sommes proposé d’étudier presque exclu- . sivement l’augmentation de pression intra-labyrinthique ; nous ne vouions donc pas insister sur cette dernière partie de notre travail.
Tandis que la tension exagérée du tympan exerce ’ une compression du liquide labyrinthique et provoque l’apparition des phénomènes subjectifs, sur lesquels nous avons longuement insisté, un relâchement de la membrane tympanique est loin d’avoir ime intluence aussi directe sur l’état statique des liquides de l’oreille interne. Ce défaut de corrélation de la tension tympanique et labyrinthique peut être expliqué par la disposition des surfaces articulaires de l’enclume et du
manche du marteau, qui permet, comme le remarque Helmolz, à ce dernier osselet de se porter en dehors sans entraîner le premier. « Cette disposition, dit Helmolz, présente avant tout le g-rand avantag’e que l’étrier ne peut être arraché de la fenêtre ovale quand la densité de l’air s’accroît notablement dans la caisse. »
Il resterait à démontrer par des expériences manométriques l’influence sur l’état statique de la pression intra-labyrinthique, de certaines causes qui, comme la paralysie du muscle interne du marteau, les ascensions aérostatiques, le procédé de Politzer, amènent un défaut de tension de la membrane tympanique.