‹ Etude sur la putréfactionChapitre 10 sur 21 · PROVENANT DES CIMETIÈRES · texte numérisé non relu

PROVENANT DES CIMETIÈRES

Les partisans de la nocuité des cimetières ont renoncé désormais à la théorie des émanations putrides ou « miasmatiques » s'exhalant des cimetières. Les expériences qui ont été faites sur ce sujet et dont nous avons donné un aperçu, ne permettaieût plus qu'un seul doute subsiste à cette égard dans les esprits.

La vérité est que le sol des cimetiôres ne laisse jamais passer les gaz de la putréfaction dans les inhumations, telles qu'elles sont pratiqué en général.

Lorsque, dans certains cas, on a cru devoir accuser les cimetières de répandre dans Tatmosphère des gaz méphitiques, une enquête dirigée avec un soin suffisant, a établi que l'origine des odeurs plus ou moins désagréables était due à des causes étrangères.

Aussi, comme nous le disions, on tend à ne plus attacher d'importance à ce point particulier. En revanche, les adversaires de Imocuité des champs de repos se sont rejetés sur la contamination des puits par les eaux d'infiltration des cimetières et sur le danger de la propagation des maladies infectieuses, fièvre typhoïde, choléra, etc., etc., résultant de la pollution des nappes souterraines.

Examinons d'abord la question des eaux.

M. Bouchardat, dans un article de la Revue scientifique (1874), se prononçait catégoriquement au sujet de l'innocuité des cimetières; il déclarait que la masse de terre que l'eau doit parcourir dans les circonstances actuelles était suffisante pour la filtrer et la dépouiller de toute matière organique.

Cette doctrine était combattue par MM. Belgrand et Alphand, dans plusieurs mémoires, que nous allons analyser rapidement.

A la suite de la séance du 7 mai 1874, dans laquelle le conseil municipal de Paris avait voté Tajournement de la translation des cimetières de Méry-sur-Oise, le préfet de la Seine demandait à M. Belgrand. :

1** De lui faire connaître les raisons tirées, soit de la nature du sol, soit de la présence des nappe*»

d'eau souterraine, qui, lors des études auxquelles ij s'était livré à diverses reprises, sur la demande de l'administration, lui ont fait écarter d'une manière générale toute une zone de terrain située près des murs, notamment le plateau de Bagnolet, les terrains entre la Marne et la Seine, et les terrains au sud de la Seine, en amont de Paris, enfin la presqu'île de Gennevilliers.

2"* D'étudier, au point de vue de la composition du sol et des nappes d'eau qu'ils peuvent renfermer, les -terrains désignés par les auteurs du contre-projet soumis au conseil municipal.

M. Belgrand commence par donner son opinion sur le sujet qu'il est chargé de discuter, w Avant d'en- « trer en matière, je crois indispensable d'examiner « certaines questions dont on ne parait pas tenir un « compte suffisant dans les propositions qu'on fait à « la Ville. Ainsi, la plupart des emplacements désignés « versent leurs eaux souterraines soit dans la tra- « versée de Paris, soit en amont, dans la Seine et « dans la Marne.

« Il semble qu'aux yeux des auteurs de ces projets, « l'action des cimetières sur les eaux souterraines soit « négligeable, que l'opposition violente des popula- « tions à tout établissement nouveau soit basée sur « un simple préjugé : la crainte, plus chimérique que « fondée, de boire de l'eau chargée de détritus « humains. Celle crainte n'est malheureusement que « trop réelle^ et c'est ce que je dois chercher à <i établir avant tout. »

M. Belgrand nous trace un tableau peu séduisant du sol ancien de Paris, alors que les fosses d'aisances étaient perméables, les chaussées non pavées, les goûts à ciel ouvert, alors que les cimetières entouraient les églises et que les voiries étaient déposées aux portes de la ville.

Les habitations des Parisiens reposaient, à cette époque, sur un épais mélange de plâtres et de boue de Paris. Comme preuve de ce mauvais état, M. Be[grand cite les caves qui à ce moment, étaient de véritables nitrières exploitables et effectivement exploitées par l'administration de la Guerre, qui en lessivait le sol.

Les nombreux travaux d'assainissement entrepris depuis plus d'un siècle, tels que l'éloignement des cimetières, l'obligation imposée aux propriétaires par Tordonnance du 24 septembre 1819 de rendre leurs fosses étanches, la substitution à partir de 1830, des pavages bombés aux chaussées au milieu desquelles coulait le ruisseau, sont venus modifier heureusement les conditions du sous-sol de Paris.

Malgré toutes ces mesures, malgré celles que, de son côté, avait prises la Ville de Paris relativement à la création des cimetières du Père-Lachaise, de Montmartre et enfin du Montparnasse en 1824, M. Belgrand estime que l'état du sol parisien est encore pitoyable.

« Ainsi, en ouvrant nos fouilles d'égout, nous « trouvons, dit-il, des traces non douteuses de l'étal « ancien du sol. L'égout de la rue Notre- Dâme-de-

« Nazareth est construit dans le terreau noir de « l'ancienne voirie Bonne-Nouvelle ; dans le voisi- « nage des églises, les emplacements des cimetières « sont également caractérisés par une couche « épaisse de terreau noir, mélangé de débris d'osse- « ments. Enfin, dans toutes les rues nous traversons « un mélange noirâtre de boue de Paris.

« Les nitrières des caves sont beaucoup moins « actives et ne sont plus exploitées par l'adminis- « tration de la Guerre, qui peut se procurer le sal- « pètre à meilleur compte; mais néanmoins elles « existent toujours dans les vieux quartiers. De l'en- « semble de ces faits, on est porté à conclure que « les eatix souterraines de Paris doivent avoir été « profondément altérées. »

Nous mentionnons, comme venant à Tappui de cette opinion, les recherches de M. Boussaingault sur les eaux des puits de Paris.

Pour soutenir et justifier son argumentation, M. Belgrand envisage ensuite la nature géologique du bassin de Paris et indique la direction que suivent les eaux du sous-sol parisien pour se rendre dans la Seine.

D'après M. Delesse, « les eaux du Père-Lachaise « traversent une partie du XP, puis du XIP arron* « dissement et tombent dans la Seine, vers les ponts « de Bercy et d'Austerlitz.

t< Les eaux du cimetière Montmartre se divisent « en deux parties: Tune s'écoule dans les IX* IIPV, « et P' arrondissements et tombe en Seine de chaque

« côté de la place de la Concorde; l'autre passe sous « le quartier des Épinettes et se dirige vers la Seine, « en passant sous Clichy.

<( Les eaux du cimetière de Montparnasse passent « dans les VP et VIP arrondissements et tombent en « Seine, de chaque côté du pont des Saints-Pères.

« Ces eaux, dit M. Belgrand, s'ajoutent en passant « à celles qui sont corrompues par les résidus des « fosses d'aisances non étanches du siècle dernier, « aux eaux sulfureuses (?) qui sortent des anciennes « voiries du quartier Bonne-Nouvelle et alimentent « en passant les trente-mille puits de Paris.

« Après avoir traversé ainsi les puits, les eaux « souterraines se rendent à la Seine, dans laquelle « elles versent des produits d'une nature telle que « personne ne peut les accepter. M. Boussingault « a dosé l'ammoniaque contenue dans Teau du fleuve « au pont d*Austerlitz ; dans une analyse faite en « avril, il en a trouvé 0^*',12 par mètre cube. Dans « une analyse faite en octobre, 0^,09 par mètre cube.

« Or, même après l'arrivée des eaux de la Vanne, « le fleuve fournira encore un complément d'eau « considérable , non seulement pour les services « publics, mais pour les besoins domestiques. Il est « donc très important de ne pas aggraver l'altération « des eaux du fleuve qui n'est pas encore bien sen- « sible. »

Comme le fait remarquer à juste titre M, Du Mesnil, la Seine renferme de 9 à 12 centigrammes d ammoniaque par mètre cube au pont d'Austerlitz. A cet

eadroit, en outre des eaux souterraines du PèrcT Lâchaise (?) , celles du XP et du XIl° arrondissements, celles de Tégout de la Salpêtrière.

En conséquence, on se demande dans quelle mesure M. Belgrand peut être autorisé à faire intervenir les eaux provenant du cimetière du Père-Lachaise, pour fournir le taux de 0^%12 d'ammoniaque par mètre cube, dans les analyses faites avec les eaux de la Seine.

Il eût été intéressant, pour établir de façon irréfutable rinfluence nocive des eaux de filtrations issues soit de ce cimetière, soit des autres liquides putrescibles qui atteignent, d'après M. Belgrand, la nappe souterraine, d'instituer une série d'expériences consistant en prises d'échantillons sur les divers points de la nappe d'eau souterraine avant son arrivée en Seine.

Ces recherches auraient eu l'avantage de déterminer jusqu'à quelles limites on serait en droit d'in^ crimerles eaux de filtration du Père-Lachaise et celles des cimetières en général; d'ailleurs, nous reviendrons plus loin sur ce sujet particulier.

Nous empruntons à un travail de M. Vernois, publié dans les Annales d'hygiène ^ la relation du fait suivant :

« Dans la commune de Saint-Didier (Allier,

« 835 habitants), à moins de 50 mètres du cimetière

a existe l'unique puits qui dessert la localité pour

« l'usage alimentaire.

« Cette eau, avant d'arriver au puits, filtre dans un

« terrain d'alluvions anciennes et de rognons d'ar- « gile; toute la partie superficielle est très per- « méable.

« Le puits est très profond, la température à la « surface de Peau n'était que de + 6* au moment de « l'expérience, Todeur était donc peu nauséabonde, « mais la saveur très fétide ; soumise à l'évaporation, (( elle a donné un résidu foncé qui cbauiïé progressif « vement, s'est coloré en brun noirâtre et a répandu « une odeur légèrement empyreumatique.

« Ce résidu, traité par Tacide chlorhydrique diluée, « a dégagé du gaz carbonique sentant la colle forte; « une autre partie, mélangée à de Thydrate de chaux, « a indiqué la présence d'une quantité notable d'un « sel ammoniacal.

« Ces recherches, ayant été communiquées au « curé de la paroisse de Saint-Didier, dont le « puits avait fourni Veau analysée, celui-ci se res- « souvint que son prédécesseur avait cessé de « faire usage de cette eau, api'ès lui avoir trouvé « plusieurs fois une odeur rebutante. Lui-même « avait constaté que^ durant les chaleurs de Tété et « en certain temps, cette eau devient trouble, pre- « nant une légère odeur putride et une saveur toute « particulière. »

Il semblerait que ce fait dut être considéré comme un argument décisif en faveur de l'opinion suivant laquelle la nappe souterraine serait souillée par les eaux qui émanent des cimetières. M. Lefort, qui a communiqué ce cas à l'Académie de médecine, en j uin 1 871 ,

a négligé de mettre en lumière rinduence de causes qui, à notre avis, sont capitales et absolument étrangères à la proximité immédiate du cimetière, c'està-dire des fosses d'aisances plus ou moins étanches, des fosses à purin, des puisards, etc.

Le voisinage d'une fosse non étanche, l'inliltration lente des produits ammoniacaux qui se dégagent des étables ou des écuries, exercent une action beaucoup plus sensible et plus décisive que l'infection des puits par les eaux du cimetière où les cadavres sont inhumés à des intervalles plus ou moins éloignés, ainsi que cela se pratique dans le cimetière du village de Saint- Didier.

On peut opposer h la communication de M. Lefort cette observation de M. Guérard : « Avant de passer Il à un autre point, disons quelques mots d'une dis- « position qui mêlé signalée plusieurs fois comme fl pouvant exercer une influence fâcheuse sur la « santé : il s'agit de la filtration, à travers les cime- '< tières, des eaux destinées à des usages domes- « tiques.

» Nous n'avons pas de données précises sur la « valeur de ces reproches, mais le fait suivant prou- « vera que cette filtration peut produire de bons « elTets. Dans une visite que nous fîmes, il y a quel- <i ques mois, au cimetière de l'Ouest, avec mes u collègues du Conseil de salubrité, nous fûmes '( curieux de savoir si l'eau du puits creusé au milieu « du terrain avait quelques propriétés particulières K que l'on put attribuer à son entourage.

« Nous apprîmes qu'au lieu d'être crue, « comme la nature calcaire du sol le faisait suppo- « ser, elle dissolvait le savon, cuisait les légumes, « etc. Cette eau élait, d'ailleurs, inodore et de bon « goût. M. Barruel, qui faisait, avec nous, partie de « la commission du Conseil, jugea aussitôt que, '< dans sa filtration à travers un terrain imprégné de a sels ammoniacaux, le sulfate calcaire qu'elle ren- « fermait avait été décomposé, que, par conséquent, « cette eau devait contenir des sels à base d'ammo- <i niaque. Nous emportâmes, chacun de notre côté, « un échantillon de liquide ; l'analyse en fut faite et « confirma Tinduction de notre savant collègue. »

Si nous consultons les rapports qui, à diverses époques, ont été rédigés à cet égard par les conseils de salubrité, nous nous apercevrons qu'il y a eu, en général, exagération dans les plate tes qui ont été formulées au sujet du danger plus ou moins grand résultant de la présence deâ matières organiques mêlées aux eaux des puits par suite du voisinage des cimetières, et, comme le dit fort judicieusement M. Vernois, à propos du mémoire de M. Lefort : « L'insalubrité contre laquelle on s'élève si souvent « pourra se réduire à une incommodité morale sur-- « tout. »

Nous avons lu avec un vif intérêt le rapport de M. Faure au conseil de salubrité de la Gironde, sur les eaux provenant du drainage du cimetière des catholiques. Ce rapport a été écrit à la suite d'un arrêté de M. le maire de Bordeaux, approuvé par

M. le préfet et portant interdiction de laver du linge dans le ruissau de la Devèse, en aval du boulevard de Ceinture^ attendu que les eaux en sont infectées par les infiltrations issus du cimetière des catholiques, situé sur le haut du versant gauche de ce ruisseau.

L'analyse chimique de Teau fournie V par le drainage des caveaux du cimetière ; 2° par le drainage du champ commun a été faite par la commissioxi et nous avons cru qu'il était de notre devoir de reproduire textuellement plusieurs passages du rapport de M. Faure,parce qu'ils caractérisent nettement l'importance exagérée du rôle qu'on a trop souvent attribué, dans la pollution des puits et de la nappe souterraine, aux eaux d'infiltrations venues des cimetières.

« L'eau que nous allons examiner a été fournie par « le collecteur asséchant les caveaux. Depuis long- « temps, les eaux de la Devèse pénétraient chaque « année par infiltration dans un grand nombre de « caveaux, bordant le côté ouest du cimetière; elles « y séjournaient pendant la saison pluvieuse et ce « n'est que vers le moi de mai que les corps renfer- « mes dans les caveaux étaient à sec.

« L'eau que nous avons recueillie fin mai et sur « laquelle nous avons opéré ne devait pas être la « même que celle où les corps avaient macéré pendant « l'hiver, car l'un des gardiens nous assura que les « ouvriers qui travaillaient à la pose des drains avaien « été très fatigués par l'odeur putride que répan- « daient ces eaux autour d'eux.

ix Le filet qui s'écoulait du collecteur^ au moment

« OÙ nous avons pris notre échantillon, fournissait « environ 1 litre par minute, et le ruisseau de la (c Devèse était assez gonflé à ce moment pour que « nous ayons évalué à 500 litres par minute leau « coulant devant Touverture du collecteur.

tt Caractères physiques. — L'eau soumise à Texa- « men était transparente^ de couleur jaune, légèrç- « ment verdàtre ; elle avait une odeur terreuse rap- « pelant celle de l'argile humide ; sa saveur était (( fade, nauséeuse, mais rien ne rappelait Todeur de « la matière animale en putréfaction.

« La chaleur n'avait aucune action apparente sur « la transparence, mais TébuUition amenait un pré- « cipité abondant de sels de chaux ; aucune odeur (( autre que celle déjà indiquée ne se montrait en la « chauffant.

« Le tannin en solution versé dans cette eau « sortant des drains était sans action immédiate ; « mais, après 30 ou 40 minutes de contact, Teau se « colorait en brun et atteignait peu «à peu la couleur « noire.

« La teinture de tournesol était sensiblement (( rougie par cette eau. Les solutions minérales les « plus sensibles pour signaler la présence du soufre, « du phosphore, etc., n'ont donné que des résultats « négatifs.

« Du linge blanc a été placé dans une grande (( capsule en porcelaine remplie de Teau du drainage « des caveaux ; il est resté vingt-quatre heures en « macération dans cette eau, puis on Ta étendu su

« cordes pour le faire sécher, comme le font les « lavandières.

« Avant, pendant et après son séchage, ce linge « n'a répandu aucune odeur qui rappelât l'odeur « cadavéreuse. Plié et renfermé pendant vingt jours « dans un coffre, puis exposé à Tair, aucune odeur « suspecte ne s'est manifestée. 1 kilogramme d'eau « du drainage, placé dans une petite cornue, a été « mis en ébullition pour distiller 100 grammes de « produits ; le liquide n'avait aucune odeur ammo- « niacale, même en l'additionnant *d'un peu de « potasse caustique.

« L'eau restant dans la cornue a été placée dans « une large capsule et évaporée à l'étuve jusqu'à « siccité; elle a laissé un résidu d'aspect terreux, « de couleur fauve, qui pesait, bien sec, 3^'',428; « traitée par l'alcool à 60**, à une température de » 50°, puis filtrée, la solution alcoolique évaporée à « siccité à un feu doux, il est resté un résidu salin du « poids de 0s'',542, formé de chlorures alcalins et de « matières organiques végétales sans aucune trace « de sels ammoniacaux.

« Analyse de Teau du drainage du champ commun. « — Cette eau a été puisée à un collecteur éloigné « plus de 50 mètres d'une des divisions du champ « commun. Nous n'avons pu constater si l'eau qui « s'écoulait et où nous avons puisé celle qui a servi « à ces expériences provenait de la couche du terrain « occupée par les corps ou si elle provenait de tout « autre terrain supérieur ou inférieur à cette couche

« toujours est-il qu'elle est versée dans la Devèze.

« Cette eau avait la même couleur, la même « odeur et à peu près la même sauver que celle « provenant du drainage des caveaux. Abandonnée « à Tair libre pendant plusieurs jours, soit dans un « flacon à large ouverture, soit dans une capsule, « nous n'avons rien remarqué de particulier : elle « s'est conduite comme la précédente.

« Évaporée à Tétuve, elle a laissé un résidu plus « volumineux et plus lourd que le n° 1. Il pesait sec, « pour i kilo d'eau évaporée, 4^'", 064. La matière « organique végétale était plus abondante que dans « le n° 1. Mais le carbonate et le phosphate de chaux « y étaient en moindre quantité ; l'albumine, la silice « et l'oxyde de fer étaient en plus forte proportion. « Dans cette eau, comme dans la première, nous « n'avons reconnu aucun produit animalisé, aucune « trace de sels ammoniacaux, ni d'azotate, rien enfin « rappelant une origine animale.

« Le phosphate de chaux et le carbonate calcaire « constituant la charpente humaine ont été les seuls « produits que nous ayons trouvés en forte propor- « tion dans les eaux du drainage du cimetière.

« Du linge lavé et mis à macérer dans cette eau, « comme dans l'analyse n° 1 , a présenté les mêmes « résultats secs et même humides ; ce linge n'a « dégagé aucune odeur qui put rappeler l'origine de « l'eau dans laquelle on l'avait fait tremper; un mois '' après cette opération, il n'avait contracté aucune (' mauvaise odeur. »

De ces diverses opérations, la commission a cru devoir conclure « qu'au point de vue chimique, les (( eaux provenant du drainage du cimetière parais- « sent assez pures et exemptes de matières animales « pour que leur introduction dans l'eau du ruisseau « la Devèse ne puisse compromettre la salubrité « publique ou ôtre nuisible aux diverses industries n qui s'exercent sur ce ruisseau ; mais, au point de << vue de la morale et de la décence publique, peut- « on tolérer que les lavandières lavent, à l'insu de « leurs clients, le linge qui leur est confié dans une « eau dont l'origine a quelque chose de si repoussant <i et de si pénible que personne ne consentirait à leur H donner son linge si l'on connaissait la source de « l'eau qui doit servir à le laver? »

L'analyse de ces eaux a donné des résultats entier rement négatiTs. Dès lors, nous est-il possible d'admetlre, comme le dit M. 0. Du Mesnil, de qui nous tenons ces documents, que les eaux qui pénètrent lentement dans les puits par inliltration soient capables de polluer les eaux de ces puits? '

Le rapport de M. brun, publié dans le Mémorial des séances du conseil municipal de Genève, nous fait connaître des expériences qui offrent un puissant intérêt.

A la suite des craintes exprimées au grand conseil sur la salubrité des eaux des cimetières, M. Brun, président de la Société de pharmacie, directeur du jardin botanique de Genève, a procédé à l'analyse des eaux des divers cimetières.

« L'eau prise à la pompe la plus centrale^ dans « rintérieur du cimetière de Plainpalais, était lim- « pide, sans odeur et bonne à boire. J*ai appris que, « l'été, les personnes qui vont pour arroser les fleurs « sur les tombes boivent souvent de cette eau.

« lie puits qui alimente cette pompe est tout entouré « de tombes anciennes et nouvelles ; il est assez pro « fond pour réunir les eaux d^alentour et pour que sa « température ne varie pas. Du reste, la température « moyenne du sous-sol, déjà â d",50 ou 2 mètres, « est à peu près la même en été et en hiver. L'ana- « lyse chimique et l'examen microscopique de « cette eau n'ont dénoté aucune substance nuisible^ « ni aucune trace de spores végétales, ni de ferments. « Cette eau a donné à l'évaporation 38 centigrammes « de dépôt salin, formé surtout de sulfate de chaux et « de 12 centigrammes de matière organique, soit en « tout SO centigrammes par litre. Ces pores n'ont « rien d'anormal et bien des eaux potables sont « chargées des mêmes sels et de matière organique « en plus grande abondance.

« L'eau d'une autre pompe qui touche le mur du « cimetière vers la salle d'attente était également « limpide et bonne à boire. Mêmes résultats à l'ana- « lyse chimique qualitative. Le jardinier, les employés (( du cimetière et les gens du voisinage ont bu sans « inconvénient cette eau pendant bien des années.

« Au cimetière de Châtelaine, j'ai pris l'eau de la « pompe qui est dans l'intérieur ; cette eau provient « d'un drainage qui passe sons les fosses, sur une

« longueur d'environ 240 pas. Elle était limpide, sans « odeur et bonne à boire. Les fossoyeurs m'ont dit <f que toute l'année ils buvaient de celte eau et la « trouvaient constamment bonne. L'investigation « chimique et microscopique à laquelle je l'ai sou- « mise n'a pas présenté la moindre trace de substance (( nuisible à la santé, et notamment pas de trace de « ferments organiques, bien que Teau du cimetière « semble être stagnante à de certains endroits. C'est « l'argile du terrain qui agit sans doute comme un « agent purificateur.

« En contre -bas du cimetière, il y a une pompe à « trente pas de la maison d'entrée. Si les eaux souler- « raines de ce cimetière s'écoulent suivant la pente « générale du cimetière, elles doivent arriver vers « cet endroit. Or, l'eau de cette pompe est limpide, i< fraîche et bonne à boire ; si bien que, l'été, la con- « cierge du cimetière doit cadenasser cette pompe « pour que les gens du voisinage ne viennent pas lui « prendre toute cette eau! Cette concierge, qui habite « là, m'a dit : « Voilà vingt-six ans que je suis « concierge, tant ici qu'au grand cimetière catholique « de Plainpalais; pendant les vingt-six ans, je n'ai « pas bu d'autres eaux que celles de ces cimetières : « je n'ai jamais observé qu'elles soient mauvaises ou « nuisibles, et je me porte bien. »

Les analyses faites par M. Flech, directeur du laboratoire d'hygiène de Dresde, avec les eaux provenant de différents cimetières de cette ville, nous févèlent que toutes ces eaux étaient passablement

chargées en chlorures, sulfates et nitrates... qui sont le terme ultime de la décomposition des matières organiques.

liCS puits qui se trouvent dans les cimetières de Paris ne sont pas utilisés, car leurs eaux sont très fortement séliniteuseç, sauf celles des cimetières d^Ivry, de la Villelte et de la Chapelle, qui sont employées parle personnel de l'administration, sans qu'on ait jamais eu lieu de constater le moindre inconvénient pour les agents.

La commission d'assainissement des cimetières,, dont nous avons si souvent eu occasion d'invoquer le puissant secours, a, par l'entremise d'un de ses membres, procédé à l'analyse des eaux des* puits construits dans les cimetières de Paris.

M. Ad. Carnot a essayé dé s'assurer si les eaux des puits des cimetières étaient souillées par les infiltrations provenant des terres plus ou moins encombrées de matières organiques en voie de décomposition.

Les essais ont porté sur douze échantillons d'eaux issues des cimetières de l'Est (Père-Lachaise), de Montmartre, de Montparnasse, de Vaugirard, de Grenelle et d'Ivry. L'analyse a démontré que ces eaux contenaient généralement une forte proportion de sels, minéraux en dissolution, et que ces sels étaient principalement composés de sulfate, de carbonate de chaux et de chlorures alcalins. Quant aux naatières organiques, elles n'existaient quà l'état de simples indicest Elles ne renfermaient pas una quantité appréciable d'ammoniaque ou de sels ammo?

niacaux, mais elles contenaient des azotates en notable proportion.

On peut donc conclure de ces analyses que la matière organique n'atteint la nappe d'eau qui alimente les puits de la plupart des cimetières de Paris que complètement transformée et arrivée au dernier échelon de la dislocation possible, i e à l'état de nitrates.

Ce résultat est intéressant à plusieurs points de vue : 1° il s'accorde parfaitement avec les données actuelles de la science ; 2® il nous permet d'infirmer les idées des partisans, et en particulier le rapport de MM. Belgrand et Alphandàe la pollution de la nappe d'eau souterraine de Paris par les cimetières.

Pour compléter cette étude, nous reproduirons une analyse d'eau recueillie dans une des fosses du cimetière de Saînt-Nazaire.

Cette fosse renfermait un cadavre inhumé depuis cinq ans (dans la terre glaise à peu près pure). Le niveau de l'eau dans la fosse était juste au sommet de la bière, qui était entièrement remplie.

L'analyse a été faite par M. Ogier sur Peau filtrée.

Degré hydrotimétrique 65Fr,o

Résidu à 100* par titre lsr,3895

Résidu au rouge Is<'y0215

Différence (perte au rouge) 0f,2680

Chlore (Cl) 0^^,220

Acide nitrique traces

Nitrites traces insensibles ,

Ammoniaque 0&'',040

Matières organiques (sol. ac.) Os'',042

Cette eau contient des quantités énormes dé

matières organiques non détruites encore, de Tammoniaque en fortes proportions indiquant bien une décomposition de cette matière organique primitive et enfin pas de nitrate ou du moins en quantités appréciables.

Nous avons, d'autre part, analysé des eaux provenant du Père-Lachaise. Le premier échantillon avait été recueilli dans un caveau de la 2S® division, à une profondeur de 4 mètres environ (cette partie du cimetière est composée de marnes). Voici les résultats :

Ammoniaque . . Opr.040

Nitrate Or^OOS

Le deuxième échantillon a été puisé (à 4 mètres) dans une fosse qu'on construisait dans la 82* division. Le terrain dans lequel était creusé cette fosse avait servi autrefois à des inhumations temporaires ; le fossoyeur rencontra, en effet, des débris d'ossements dans ces travaux de fouille.

Cette eau a donné les résultats suivants à l'analyse.

Degré hydrotimétrique 80

Matières organiques (sol. ac.) 0?'',0124

Matières organiques (sol. aie.) 0P^0044

Nitrates 0g%020 par litre.

Nous voyons par ces deux résultats, obtenus dans le même cimetière, à la même profondeur, par conséquent avec la même nappe d'eau, que les chiffres sont bien différents ; nous trouvons, d'un côté, une quantité de nitrates à peine sensible, indiquant bien que la

combuslion de la matière organique n'est pas complète, et, de Pautre, une quantité de nitrates dix fois plus forte.

Nous expliquerons ce fait plus en détails dans le chapitre suivant, lorsque nous étudierons la nature géologique des différentes couches du terrain du cimetière du Père-Lachaise.

Il nous est permis de faire remarquer que ces analyses des eaux des couches superficielles du sol ne contredisent en rien les résultats obtenus par M. Carnot. Dans le cas particulier, en supposant, ce qui n'est pas, que ces eaux s'infiltrent dans le sol pour atteindre la nappe souterraine, elles ne peuvent que donner des nitrates ; d'où il suit que le raisonnement de MM. Belgrand et Alphand ne repose que sur une hypothèse tout à fait gratuite et inexacte.

Résumons brièvement les opinions des divers auteurs que nous avons cités et examinons ce qu'il peut y avoir de fondé dans leurs appréciations.

MM. Belgrand et Alphand, se basant sur des analyses d'eau de Seine prise au pont d'Austerlitz, analyses qui ont été faites par M. Boussaingault et qui ont donné les chiffres de 0'^',12 et 0°',09 d'ammoniaque par mètre cube, et sur un certain nombre de considérations géologiques tirées de l'étude du terrain ancien de Paris, déclarent que l'eau de la Seine est polluée par les eaux d'infiltrations provenant du cimetière du Père-Lachaise, d'où ils infèrent que les eaux qui prennent leur source dans les terrains de Belleville et de Ménilmontant sont infectées par les

liquides putrides, nés de la décomposition des cadavres inhumés dans ces parages.

MM, Belgrand et Alphand, s'autorisant des travaux de M. Delesse, sur la direction ,que suivent les eaux du sous-sol parisien, concluent, comme nous Tavons dit, que les eaux du cimetière du Père-Lachaise, après avoir traversé une partie du XP puis du XIP arrondissement, tombent dans la Seine vers le pont d'Austerlitz et de Bercy.

Nous avons fait de nombreuses et assez difficiles recherches relativement à cette question d'hydrologie. Nous avons consulté beaucoup de documents anciens et nous avons été conduit à nier Texactitude des résultats auxquels est arrivé M. Delesse.

Contrairement à ce que croit cet auteur, les eaux du cimetière du Père-Lachaise (autrement dit de Ménilmontant) suivent le thalweg situé entre Belleville et Montmartre et ne vont pas se déverser en Seine, au pont d'Austerlitz.

Les eaux qui prennent leur source à Ménilmontant et à Belleville se réunissent, ou du moins se réunissaient sous Philippe-Auguste, pour former le ruisseau de Ménilmontant, lequel, après avoir parcouru toute la partie nord de Paris, allait se jeter à la Seine près du pont actuel des Invalides.

Ce ruisseau a servi, à l'époque dont nous parlons, â alimenter les fossés des fortifications du nord de Paris.

Il existe bien un ruisseau qui tombe en Seine près du pont d'Austerlitz ; il s'appelait en ce temps-là iô

Ru deBîlly. Il prenait sa source dans les terrains maré-i cageux du quartier du Temple, qu'on appelle encore le quartier du Marais.

Ce petit cours d'eau a été utilisé au moyen âge pour inonder les fossés de l'ancienne Bastille, mais son volume ayant été reconnu insuffisant, on a élargi sou lit dans l'espace compris entre la Bastille et la Seine.

Plus tard, lorsque les murs d'enceinte de Paris ont été reculés^ le ruisseau de Ménilmontant a été transformé en égout, et, sur les cartes de 1600 on le trouve désigné sous le nom d'égout de Ménilmontant.

De nos jours (ce ruisseau est en partie canalisé, collecteur des Coteaux), on a rencontré bien souvent le lit de ce ruisseau dans les différentes constructions (dans celles de l'Opéra entre autres) qu'on a édifiées le long de son parcours, et très certainement il continue à déverser en Seine une partie des eaux pluviales et d'infiltrations qui jaillissent de Belleville et de Ménilmontant.

Il est possible et nous n'avons pu le vérifier, les cartes et les documents les plus anciens que nous avons consultés n'en faisant pas mention, que les eaux pluviales de Montmartre viennent se jeter en Seine h la hauteur du pont de la Concorde; dans ce cas, une partie des eaux météoriques de Montmartre rejoindrait celles du ruisseau Je Ménilmontant, puisque ces dernières s'unissent au fleuve à peu près à cette hauteur.

Ce premier point histcrique établi, il s'ensuit que l'hypothèse de MM. Belgrand el Alphand, établie sur

les renseignements de M. Delesse, parait tant soit peu inexacte.

Quant à la nappe d'eau souterraine de Paris, elle coule à une profondeur telle qu'il serait impossible de la faire entrer en ligne de compte. En effet, cette nappe d'eau passe sous le Père-Lachaise à une profondeur de 64 mètres (1) ! D'autre part, les analyses

(1) La colline sur laquelle est établi le cimetière de l'Est, après avoir appartenu, sous le nom de Mont-l'Évèque, à l'évêché de Paris, p\iU à un riche bourgeois qui y construisit la Folie-Regnaud, fut achetée, en 1615, par les Jésuites de la rue Saint- Antoine. Louis XIV enfant, ayant visité la propriété, celle-ci prit le nom de Mont-Louis. En 675, le Père La G baise, confesseur de Louis XIV, y ayant fixé sa résidence d'été, le roi l'agrandit à ses frais. La maison d'habitation était alors située sur le penchant de la colline, vers l'endroit où se trouve la chapelle érigée en 1834, et les communs forment actuellement le bureau de la conservation. A la mort du Père La Chaise, le domaine fut utilisé par l'ordre des Jésuites, comme maison de campagne ; lors de la suppression de Tordre, il fut vendu pour payer les créanciers.

Le préfet de la Seine, Trochot, ayant prescrit, par arrêté du 2 ventôse an IX, l'établissement des grands cimetières parisiens, dont l'un à l'est, jeta les yeux sur la vaste propriété qui portait encore le nom de maison du Père La Chaise, et la loi du 17 floréal an XI l'autorisa à Tacheter au nom et aux frais de la commune de Paris. La propriété acquise de M. J. Baron, au prix de 180,000 francs, était de 17 hectares 58 ares. Par des acquisitions successives en 1824, 1829, 1832, 1842, 4850, la surface du cimetière fut portée à 43 hectares 25 ares 56 centiares.

Le sol du Père-Lachaise repose, par ordre de succession : !• sur des sables supérieurs ou sables de Fontainebleau; 2® sur une couche de travertin; 3® sur une bande de marne verte; 4" sur des couches de marne ; 5® sur une haute masse de gypse et de gypse et marne gypseuses;6o sur du travertin inférieur, dans lequel nous trouvons la nappe d'eau souterraine à une profondeur de 63 mètres environ. On rencontre au-dessous du travertin inférieur, et par ordre : les sables moyens, les marnes supérieures au caluaire grossier, le calcaire grossier, les argiles plastiques et la craie, ce qui nous indique la composition du sol à 100 mètres de profondeur au-dessous da

de M. Carnoi nous ont prouvé que les eaux des puits des cimetières ne contiennent que des nitrates! Donc, la nappe d'eau souterraine ne reçoit pas les eaux du Père-Lachaise et ne pollue pas celles du fleuve.

Les taux de 0'',12 et O^'jOO d'ammoniaque, trouvés par M. Boussingault, ne sont d'aucun poids, d'aucune utilité pour faire accepter l'hypothèse de MJU. Belgrand et Alphand. Admettons même que nos recherches historiques ne soient pas exactes, que

niveau de la mer. Lea eommets de Belleville et de Montmartre ont une coDdtltutioii géologique identique; les riiisseaax qui ; preuueut leur source sout alimentés par les eaux pluviales qui ont traversé lea sables de Pontaioebleau et le travertiD mojeD, et qui surgissent au niveau de la coucbe imperméable des marnes vertes

Dans la partie nord du Père-Lachaise i. e., dans te; 20>, %l\ 22<, a3>, 24', 2â", 26', 27-, 28", dans les 39', 40», 4I«, 42' 43', 44", 4Ï', 46>, «•, 48-, 49=, 50», 51', 52', 53-, 54', 55", 56' divisions, dans les 70- et 11', dans tes 77* jusqu'à la 95>, et Aam une partie des 96* et des 97< les inhumations sont Tailes dans les marnes vertes. Les eaveaui qui oDt une profondeur de 4 mètres au minimum contiennent presque toujours do l'eau ; cette eau, comme nous l'avons dit, est due aui intillrations superQcielles qui atteignent ta couctie imperméable entre le travertin et les marnes vertes.

La partie du Pèrc-Lachuise qui donne sur le boulevard de Ménilmontant et le boulevard de Cliaronne, c'est-à-dire les S7*, 58*, 59*, etc., jusqu'à, la 69» division, repose sur la haute masse de gypse, de gypse et marne gypseuse, celle partie du cimetière est sèche et les lombes uo renferment jamais d'eau. Ce qui démontra bien que lea eauï d inliltration du cimetière ne peuvent prendre cette di.'ection pour aller è. la Seine, attendu que la coucbe imperméable de marne verte et de marne, dans laquelle sont pratiquées les inhumations de la partie nord, vient affleurer su pied de la chapelle d l'avenue principale, où elle présente un léger relief; en d'autres termes, tout le nord du Père-Lacbaise forme comme une sorte de cuvette, dont précisément les bords sont relevés parallèlement à la

ce soient celles de M. Delesse qui expriment la vérité, que les analyses de M. Carnot soient incomplètes, etc., etc.

Comme l'ont montré MM. Depaul, Leclerc et Riant, dans les nouvelles observations qu'ils ont présentées au conseil municipal de Paris en 1874, la quantité d'eau qui tombe sur le sol d'un cimetière n'est pas aussi considérable qu'on pourrait se le figurer à priori.

En effet, les eaux pluviales qui vont se réunir aux nappes souterraines représentent à Paris, par an et par mètre carré, une hauteur moyenne de 0™,577 ; en d'autres termes, chaque mètre carré reçoit 577 litres d'eau par an.

11 résulte des recherches de nombreux savants, qui se sont tout spécialement attachés à étudier cette question (Delacroix, Dalton, Charnock, etc.), que le sol n'absorbe que le tiers de l'eau répandue à sa surface, soit 200 litres environ par mètre carré.

La distribution de la surface d'un cimetière ne ressemble nullement à celle d'un champ de culture; dans un cimetière, il y a des roules pavées, des chemins, des monuments plus ou moins importants, des tombes dallées ; aussi, en réduisant ce chiffre de 200 litres par mètre carré à 100 litres, ne s'exposet-on pas à être accusé d'exagération.

Nous arrivons donc, en fin de compte, à cette conclusion que la surface d'un cimetière, comme le Père- Lachaise, reçoit annuellement 10 centimètres d'eau par mètre carré.

' En supposant même que toutes les tombes contienaent des cadavres à des degrés de putréfaction également avancés, ce serait ce volume d'eau qui serait suffisant pour aller, parinfiltration, augmenter le taux d'ammoniaque de la Seine au pont d'Âusterlitz?

Mais admettons encore que cet argument météorologique porte à faux et que le volume d'eau soit aussi considérable que le veulent MM. Belgrand et Âlphaud pour le besoin de leur hypothèse.

La présence de l'ammoniaque dans l'eau de la Seine est le crîlérium qu'on invoque pour expliquer : t" la direction du ru de Billy dans son trajet à la Seine, ensuite la contamination par un volume d'eau quelconque venant du cimetière du Pèrc-Lachaise et alimentant ce ruisseau, etc., etc.

L'ammoniaque, soit à l'état d'alcali, soit à celui de combinaison, peut-il passer à travers le sol et gagner les couches plus ou moins profondes, pour se faire jour à travers les nappes d'eaux souterraines et arriver de la sorte jusqu'au fleuve?

Les expériences ont démontré qu'il n'en était jamais ainsi; M. Schlœsing, entre autres, a prouvé d'une manière irréfutable que la terre végétale' humide absorbe l'ammoniaque avec une très grande énergie parce que l'ammoniaque y nitrifie rapidement, et que par suite, la terre dépouillée de l'alcali demeure toujours apte à l'absorber.

Enfin, il ne nous reste plus, pour inscrire les conclusions de M. Belgrand, que de citer le rapport si

remarquable de M. Schlœsing sur l'épuration et Tutîlisation des eaux d'égout, contresigné par M. Belgrand lui-même. Dans ce rapport, M. Schlœsing explique de la façon suivante la transformation que subit la matière organique dans le sol :

« On dit que le feu purifie tout; en effet, il n'y a a pas de matière organique si impure et malsaine « que le feu ne transforme, avec le concours de « l'oxygène, en acide carbonique, eau et azote, com- « posés minéraux absolument inoffensifs. Eh bien! « dans l'intérieur du sol se passe un phénomène de « même ordre, non plus violent et visible comme le « feu, mais lent, sans aucun signe extérieur; ce « n'est pas moins une combustion qui réduit toute « impureté organique en acide carbonique, eau et « azote; il lui arrive même d'être plus parfaite que la « combustion vive et d'oxyder, de brûler Tazote, ce « que le feu ne sait pas faire. »

Il est bien évident, qu'il ne peut pas y avoir de différence entre la combustion de la matière organique provenant des eaux d'égout et la combustion de la matière organique déposée dans le sol des cimetières. Nous croyons donc inutile d^insister plus longuement sur ce point.

Page 1