‹ Etude sur la putréfactionChapitre 9 sur 21 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES CAUSES DE DESTRUCTION DES GERiMES EXPOSÉS

AU CONTACT DE l'aIR

Pour que Tatmosphère d'un cimetière soit chargée, à un moment donné, de germes pathogènes, et pour que ces cimetières deviennent l'origine de l'infection microbienne de l'atmosphère, il faut que les micro-organismes qui ont été enfouis en môme temps que les cadavres inhumés remontent à la surface du sol.

Par quels mécanismes pouvons-nous expliquer un semblable transport? La première idée qui se présente à Tesprit, c'est que les microbes sont amenés à la surface par des animaux qui vivent ordinairement dans le sous-sol des cimetières.

Parmi ces animaux^ nommons d'abord les vers de terre, qui, parle transport de leurs déjections, peuvent ramener les spores de certaines bactéries, puis les insectes nécrophores qui vivent sur. les cadavres

et qui accomplissent un certain stade de leur évolution dans le sol.

Pasteur et Joubert ont établi que les vers de terre sont les principaux acteurs de la dissémination de la bactéridic charbonneuse, et que c'est surtout à ces annelés qu'on doit la formation des champs maudits.

En efTet, les spores de la bactéridie charbonneuse ainsi transportées à la surface du sol sont susceptibles de résister plus ou moins longtemps aux divers agents de destruction.

Dans les cimetières, ces conditions se rencontrent bien rarement; nous avons cité la bactéridie charbonneuse dont les spores sont des plus résistantes à Taction des agents atmosphériques; mais c*est là une affection assez rare chez Thomme, et les vers de terre sont peu nombreux dans nos nécropoles ; il n'en est plus de môme des insectes, ces travailleurs de la mort, comme les appelle M. Mégnin. Et, de fait, on en trouve constamment, dans les exhumations, en quantité plus ou moins considérable^ suivant les saisons dans lesquelles ont été pratiquées ces inhumations.

Grâce aux intéressants travaux de M. Mégnin, la médecine légale a pu utiliser, pour déterminer Tàge d'un cadavre, la connaissance du nombre de générations d'un même insecte par ses coques. Les insectes variant aussi d'une saison à une autre, l'entomologie fournit également, en pareil cas, de précieux renseignements.

Nous ne voulons pas envisager dans ce travail Faction des insectes nécrophores dans la destruction des cadavres. Nous dirons seulement en passant, que nous ne partageons pas entièrement Topinion de M. Mégnin, qui attribue à ces travailleurs de la mort une influence des plus actives sur la destruction des cadavres.

Le rôle capital, dans l'œuvre de la destruction cadavérique, incombe aux micro-organismes; latéralement nous y joindrons Faction des insectes, comme nous y avons joint Tinfluence des végétations cryptogamiques.

11 est possible que, dans certains cas, cette action latérale soit exercée par les insectes, de même qu'elle peut appartenir aux champignons, mais Faction maîtresse est tout entière confiée aux microbes.

Pour en revenir à notre discussion, nous disions que les insectes qui fréquentent les cadavres inhuniés dans les cimetières accomplissent une période de leur révolution larvaire dans le sol, puis, devenus adultes, regagnent les parties supérieures de la couche du sol, pour vivre à l'état des mouches.

Devons-nous admettre que ces insectes, qui ont abandonné leurs coques dans les profondeurs du sol, entraînent avec eux les germes de la putréfaction? Si Fon admettait, ce qui au premier abord n'a rien de bien iny rai semblable, que les mouches transportent de la sorte des microbes, la dissémination, si tant est qu'elle existe, — ce qui ne nous paraît nullement

démontré, — se produirait partout^ aussi bien dans l'atmosphère des cimetières que dans les autres endroits !

Supposons pour un instant que les micro-organismes puissent atteindre les couches superficielles par un moyen de transport secondaire, par des insectes, ou bien par des forces capillaires ou autres.

Examinons un peu ce qu'il adviendra des microbes ainsi mis au contact avec l'atmosphère. [ ■ ■ Si nous consultons la statistique de V Annuaire de

Montsouris, nous serons frappés de voir combien est faible le nombre de microbes vivants en suspension dans l'atmosphère, et en particulier, parmi ces microbes vivants, combien est faible le nombre de ceux qui sont pathogènes.

L'explication de ce fait nous est donnée par une série de travaux des plus remarquables, relatifs à l'influence de l'action de la lumière sur les microbes.

Nous allons trouver dans cette action de la lumière solaire un puissant contre-poids au développement immodéré des micro-organismes.

Les premiers qui se sont occupés du rôle important que joue la lumière dans la destruction des mirobes de l'air furent Downes et Blunt. Malheureusement, ces expérimentateurs avaient eu recours à des procédés défectueux, en ce sens qu'ils se servaient de milieux de cultures peu favorables à la i. germination des spores contenues dans les pous-

c*^ sières de l'air ; aussi, leurs conclusions ne présentent-

De même que Gaillard^ Pansini avait remarqué que la rapidité d'action de la lumière variait considérablement non seulement avec le même microbe, mais aussi avec le milieu de culture employé.

En effet, des lamelles exposées au soleil pendant quelques minutes perdaient un plus grand nombre de microbes dans ce court espace de temps que dans la suite

La lumière solaire n'agissait pas avec la même intensité sur tous les microbes exposés à son action; certains individus, plus résistants, mettaient plus de temps pour éprouver les effets stérilisants de l'action solaire.

Janowski a étudié l'action des rayons solaires sur un seul microbe, sur le bacille d'Eberth. Ces expériences ont été des plus intéressantes et les résultats en sont des plus rassurants, car Janowski a clairement établi que le microbe de la fièvre typhoïde subit comme la plupart des autres germes, l'influence stérilisante des rayons lumineux.

Les expériences de Janowski ont, en outre, démontré ce caractère spécial fort important : c'est que l'action de la lumière ne se fait pas sentir par l'effet de la chaleur elle-même, mais par l'influence, des rayons chimiques du spectre solaire.

Pour résoudre ce problème, Janowski s'est servi de liquides absorbants colorés, et il a reconnu que ce sont les liquides qui préservent le mieux une feuille de papier sensible à la lumière qui étaient aussi pour le bacille typhique le meilleur préservatif contre la mort.

Sans entrer plus avant dans ce sujet si intéressant au point de vue scientifique, nous voyons que Tinfluence de la lumière n'agit surtout que par Tinfluence des rayons cjiimiques qui amènent le plus souvent des phénomènes d'oxydation.

Ces phénomènes d'oxydation jouent un rôle très actif dans la vie protoplasmique des cellules végétales qui vivent au contact de Tair, et qui ont des tissus et des organes variés; mais elles sont plus difficiles à constater chez les microbes, et en particulier dans le genre bacille.

Cette action de lumière n'est pas limitée aux êtres vivants ; elle avait été signalée depuis bien longtemps par Chevreul comme s'exerçant sur les matières colorantes, ce savant avait prouvé que l'influence de la lumière, de l'oxygène, pouvait oxyder la cellulose.

Quoi qu'il en soit, sans vouloir généraliser et en nous bornant à interpréter seulement les travaux touchant cette question de l'action de la lumière sur les microbes, nous pouvons dire que, dans l'état actuel de la science, il est généralement admis que les germes détruits dans l'atmosphère le sont en grande partie grâce à l'influence des rayons chimiques du spectre solaire.

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