De l'allaitement maternel, p
« mortalité qui le menacent, et l’on sait qu’elles sont
« doubles pour l'enfant naturel, s’il échappe au crime
« que provoque parfois de la part de la mère le ressen
timent de l’abandon, que va-t-il devenir entre les « mains de celle qui a la charge de l'élever sans avoir « les moyens de le nourrir ; ce sera le vagabond de la « rue s’élevant tout seul, au hasard, échappant à tout « moyen d'éducation, bientôt saisi par la prison, n’en « sortant plus que pour retrouver les mêmes difficultés « d'existence et le plus souvent voué sans ressources à « la récidive. Ne voyez-vous pas que nous arrivons
« ainsi à créer un des dangers les plus graves qui
puissent exister pour la société? »
Tout le monde connaît les statistiques de Parent Duchâtel et quia trouvé à Paris une prostituée sur trois, issue d’une pareille filiation, et celle concernant les conscrits rélormés pour infirmité ou faiblesse de constitution pour lesquels la proportion est notablement plus élevée, 35,50 0/0 contre 28 0/0 moyenne générale. Quant à la criminalité des enfants naturels, nous ne pouvons donner de chiffres exacts, car la statistique judiciaire ne distingue point, parmi les jeunes prévenus, les enfants naturels. Mais on sait que le nombre de prévenus de droit commun agés de seize à vingt et un an a presque quadruplé depuis un demi siècle et que l’augmentalion dela criminalité du jeune âgeest causée sur-
tout par l'abandon paternel. Or, il est intéressant de ci-
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ter ce fait révélé par M. Devinck({) « que sur 19.000 apprentis parisiens il en est plus de 10. 000, et la plupart sont des enfants naturels, qui jamais ne rentrent chez leur père et chezleur mère; dès qu’ils ont 15 ans ils ne connaissent plus aucune autorité. »
Connaissant ces chiffres on peut se faire une idée de la proportion d'enfants naturels qui doivent figurer, d’abord dans l’armée des jeunes détenus, puis dans celle des malfaiteurs.
A côté de ces conséquences directes de l’article 340 il enest d’autres qui naîssent des premières et qui sont, s’il se peut, plus redoutables encore ; car, si les premières constituent un danger pour la société en l’appauvrissant d’un partie de ses membres, en grossissant l’armée des criminels révoltés contre elle, les secondes, la visent au cœur, la troublent aux sources mêmes de son existence qui sont le respect et l’obéissance aux Lois.
On sait en effet qu'aux infanticides et aux avortements dont le nombre s’accroit sans cesse les jurés n’osent pas, le plus souvent, opposer la rigueur de la loi.
Sur cent femmes accusées et convaincues d’infanticide il n’en est pas une qui ne bénéficie des circons-
tances atténuantes. C’est donc l'indulgence de droit
1. Recueil de l'Académie de légisialion de Toulouse, année 1874, t. 23, p. 308.
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contre le crime le plus odieux qui existe puisqu'il viole le sentiment le plus profond, la croyance la mieux enracinée dans nos cœurs et qui, souvent, survit à loutes les croyances, l'amour d’une femme pour son enfant.
À côté de l’infanticide vient l'avortement qui constitue, par sa facilité même, un grave danger pour la société, et qui voudrait en conséquence être l’objet de toute la sévérité des juges.
Or, les acquittements atteignent la proportion de quarante pour cént, et sur cent accusées déclarées coupables, soixante-dix-huit bénéficient de la déclaration des circonstances atténuantes ; (1) et, si l’on note que le plus grand nombre des crimes de cette espèce échappe aux investigations de la justice on voit aisément combien la répression est dérisoire contre l’envahissement du mal.
A l’indulgence des jurés pour ces crimes, il n’est
qu’une raison, toujours la même ; la situation atroce
Et
faite à la mère à qui l’enfant, par suite de l'abandon du père, au lieu d’amener sur elle respect et protection, ne rapportera plus qu'infamie et misère ; le trouble qui envahit leur conscience de juges en entendant témoigner contre la malheureuse à Jamais flétrie, l’homme, le vrai coupable, qui s’est enfui lâchement, laissant germer en elle la semence du crime.
Donc, par pitié pour la mère, les jurés violent la loi ;