‹ Étude sur la Rhétorique d'Aristote [microform]Chapitre 11 sur 19 · Dirt, Philos., au mot Aristote · texte numérisé non relu

Dirt, Philos., au mot Aristote

3'i Celte (Jifférence , la voici : quand on coiioliil par exemple du plus au inoios, s/, tvj jxaUov , ou Tait un argumenl (|ui peut s'appliquer a toute matière, et qui ne se foude ni sur le droit , ni sur la politique, ni sur aucune connaissance des choses physiques ou morales, mais sur les lois mênn»^ du raisonnement. Ce sont là des cadres où fout peut leulrer, et c'est pourquoi on les appelle des lieux communs, ou simplement <les lieux, tozo'.. Au lieu de cela, quand on raisonne d'après certaines notions particulières, rar«j;ument ne peut s'appliquer qu'aux matières auxquelles se rapportent ces notions. Il est alors spécial , ou selon les espèccî» , ^tara Ta îlh.

En un mot, les Toroi ne sont que des formes logiques, et en poussant Tanalyse un peu avant, on trouvera que le premier des lieux est la loi même du syllogisme, qui consiste à conclure pour le cas particulier ce qui a été établi en général; on pourrait Tappeier le lieu du général au particulier.

là el'Sr., au contraire, ce sont les observations, les faits ou les idées , qui font la matière du raisonnement, et sans lesquels les formes sont vides.

Voici maintenant Timportance de celle distinclion. Si la rhétorique n'est qu'une faculté générale indépendante de toute application, un procédé de démonstration et de persuasion , pour ainsi dire, où [)rendra-t-elle ces notions spéciales, ces opinion*i et c(»s principes, sans lesquels elle ne produirait rien, puis(ju'elle travaillerait sur rien .*

Ce sera dans la philosophie morale et politique; là est le fonds que l'orateur mettra en annre avec Tinstrumeiil de l argumentation , et c'est ainsi qu'Aristote a pu dire : La rhétorique tient à la fois de la dialectique et de

la morale , racacpus; ti t-^; Sio^ley.ny.r^q eïvat jcal rnç TTspt rà

Mais il n'a point abusé de celte analyse comme lont fait plus tard les philosophes de son école, reprenant la dialectique d'un côté, la morale et la politique de Tautre et laissant la rhétorique entre ces deux choses comme un vain mot. Avec moins de rigueur et plus de justesse, il a compris que si la rhétorique, considérée abstraitement et en idée, n'a pas d'existence à part; si Toraleur, à le prendre de celle manière, n a pas une science à lui, \\ a néanmoins dans la pratique un emploi particulière faire de la science : qu'il n'est pas un dialecticien ni un pliiloso|.he de profession, mais qu'il emprunte seulement à la plulosophie certaines ressources pour venir à bout de certaines difiicullés^ enfin, qu'outre la dialectique et rélhiquc absolues, il y a une dialectique de l'orateur, une éihique de l'orateur, et que c'est ce qui doit composer un traité de rhétorique.

Cependant, de ces deux choses, les rhéteurs n'en étudient qu'une, et c'est la moins importante. Us font un peu de dialectique, les uns plus, les autres moins; ceux-ci se bornant à passer en revue les noms et les formes des différentes sortes d'arguments, ceux-là entrant dans la théorie des topiques. Mais pour une éthique oratoire, un inventaire des observations et des principes que la science morale et politique fournit à l'orateur, cl qui sont les vraies sources du raisonnement, c'est ce qu'Aristote seul a fait, c'est par où son livre est original; et aujourd'hui encore cette théorie n'est pas moins neuve que lorsqu'il remarquait qu'elle était aussi ignorée qu'importante, M.aXi<7Ta lel^Huly cye- *)ov TTavrocç.

Iheoin- au laisonnemenl oraloire dans Arislole. Analyse de l'idée

de l'utile (chap. 5, 6, 7).

Mais cependanl cet inventaire, peut on jamais espérer (le rétablir, même d'une manière incomplèle? N'estce pas vouloir mesurer l'infini, que de prélendre dresser la liste des idées et des senlimenls par lesquels nous donnons prise à Toraleur? Telle est sans doute la première impression; mais l'observateur qui arrête un retrard patient sur le spectacle mobile de son Ame, s'aperçoit à la fin que la variétéqui l'ètonnait est plus apparente que réelle, et que les influences qui entraînent nos déterminations sont en général toujours les mêmes. C'est ainsi que toutes les langues de la terre, et dans chaque langue tout ce qui a jamais été écrit ou parlé, n'est que la combinaison d'une trenlaine d'articulations qui forment un alphabet universel. Cependant la pensée de l'homme est plus variée que son langage, et Aristote n'a pu tout dire; mais il nous a donné une méthode à suivre, c'est à nous de l'appliquer. D'ailleurs il a borné sagement ses recherches à ce qui intèrosse l'orateur; c'est pourquoi, négligeant, dans le trésor de noire mlelli''*ence, et les principes qui ont produit les sciences particulières, et ces notions métaphysiques trop abstraites pour être accessibles à la loule, et ces vues de l'ima- • ^rination dont s'inspire la poésie, il s'est renfermé dans l'élude des motifs et des impressions qui déterminent dans les assemblées publiques les suffrages et les volontés.

Afin de mettre de l'ordre dans cette étude, il a tracé

d'abord (ch. 3) une grande division, qui lui a été indiquée par la distinction des trois genres de discours pu-

blic que l'on connaissait de son temps. C'est le délibéralif, employé dans l'assemblée du peuple pour soutenir un projet ou pour le combattre; \e judiciaire , comprenant les accusations et les défenses en justice; Vepidiclique ou discours d'apparat , offert comme un spectacle à des auditeurs curieux par un orateur qui n'avait aucune fonction publique, et qui parlait pour faire montre de son talent. Telle est cette division célèbre des trois genres , qui n'exprime , comme on voit, qu'un fait , et qui n'aurait pas dû soulever tant de discussions.

Ensuite, Aristote a remarqué que le grand motif de persuasion qu'on fait valoir dans les délibérations publiques, c'est l'intérêt ou l'utile; dans les débats judiciaires, c'est le droit; dans les discours d'apparat, qui sont ordinairement des éloges, on regarde surtout ce qui est beau et honorable. Il importe donc avant (ont à l'orateur d'analyser avec soin ces trois idées, de l'utile, du juste, du beau, qui décident de nos opinions; et tous les principes du raisonnement oratoire se trouvent dans cette triple analvse.

Cette pensée paraît bien simple, tant elle est d'accord avec l'expérience et le sentiment intérieur; mais ou la trouve profonde à la réflexion , et on reconnaît qu'elle va bien au delà des éludes vulgaires sur les diverses parties du discours et sur les tropes. Je ne puis croire que l'apprenti orateur, qui entend avec indifférence les dénominations et les définirions savantes des figures de pensées et des figures de mots, ne fût pas Irappé si on lui disait: Vous essayez de persuader les autres, et de leur faire adopter vos sentiments et vos décisions. Eh bien , ceux à qui vous parlez sont des hommes, occupés de leurs intérêts, d'ailleurs partisans

de l'équilê, et sensibles à tout ce qui est ^rand. Vous réussirez donc si vous faites voir que vous ne demandez rien que de profitable, de juste ci de noble. Mais ce n*est pas assez de le dire^ il fauî le prouver; que vous manque-t-il pour cela? C'est de savoir à quelles marques on peut faire reconnaître les avantages ou les inconvénients d'un projet, [)ar où et pourquoi les choses nous intéressent et nous blessent, comment notre choix se fixe entre deux objets qui ont d'abord partagé notre esprit. C'est de bien apprécier ce (jui fait le juste ou Tinjuste, de discerner les impulsions auxquelles on a cédé, les intentions qu on a témoignées, les circonstances qui atténuent la faute, ou qui l'ellacent, ou qui l'aggravent. C'est de reconnaître sûrement dans les actions le côté louable ou le côté faible, de démêler les délicatesses de l'honneur, de mesurer l'héroïsme, déjuger le beau dans la morale avec la n:éme étendue et la même finesse que le connaisseur le juge dans les arts. Apprenez ces secrets, soit par vos observations personnelles, soit en profitant de l'expérience des autres, et à quelque sentiment que vous vous adressiez, vous ne manquerez jamais de bonnes raisons.

C'est ce qu'enseigne iVristote. Il commence (ch. 5) par l'étude du genre délibératif, c'est-à-dire par l'analyse de l'idée de l'utile '. Ces analyses sont véritablement le

1. Je passe le chap. 4, employé à imUqucr à roralcur les divers sujets qu'il peut avoir à traiter dans les délibérations publiques. Voici sur ce chapitre la remarque de Voltaire: « Aristote veut qu'un orateur soit « instruit des lois , des finances , des traités, des places de guerre, des « garnisons, des vivres, des marchandises. Les orateurs des parlements « d'Angleterre, des diètes de Pologne, des états de Suéde, des pre- « gadi de Venise, etc., ne trouveront pas ces leçons d'Arislote inutiles. « Elles le sont peut-être à d'autres nations. »

Il me semble qu'on a quelque plaisir à relire aujourd'hui celle plainte.

corps de sa méthode; je suivrai donc avec quelque détail celle qui se présente la première; elle suffira pour faire connaître le fruit qu'on peut tirer d'une Uhétorique conçue sur ce plan.

Les assemblées délibérantes se laissent donc en général déterminer par l'intérêt, par l'utile; elles cèdent à la considération d'un bien qu'on leur fait espérer, d'un mal qu'on leur fait craindre. Mais qu'est-ce que l'utile? qu'est-ce qui est un bien ou un mal? Arislote distingue les biens positifs, sur lesquels tout le monde est d'accord, des biens d'opinion , qui tirent leur prix de notre manière de voir eî qui en dépendent. 11 dresse d'abord la liste des biens positifs, qui ne sont autre chose que les divers avantages dont la réunion composerait, si elle était possible, ce que nous appelons le bonheur.

Ces biens sont ceux du corps, ceux de l'âme, ceux de la fortune. Je ne m'y arrêterai pas; il me semble qu'ils fournissent plutôt une matière pour le panégyrique, que des moyens pour la discussion dans le genre délibératif.

Mais l'argumentation s'exercera sur ces biens d'opi nion, sujets à contestation, 0LiJ.(^icèr,Tr,GiiL0L, et que chacun n'entend pas de même : c'est là que souvent ehaque chose devient bonne ou mauvaise au gré des raisonnements de l'orateur, qui tourne les esprits comme il lui plaît (ch. G). Vous voulez persuadera un peuple que iellc mesure est avantageuse, que telle conduite est bonne à tenir, faites-lui >oir que ses ennemis en souffriront ; ou au contraire qu'elle est mauvaise et pernicieuse, mon-

quand la France est sortie entin du nombre de ces nations pour qui la lecture des orateurs de l'antiiiuité est comme un reproche et une humiliati(m toujours présente.

Kl

Irez qirelle leur sera un sujet de joie. C'est ainsi que parle Nestor, pour rappeler Achille et Aganieranon à Tunion et à la concorde : « Combien va se réjouir « Priam, et les enfants de Priara (//., a, 255)! » C'est Targument du singe et du chat de La Fontaine :

Nos galants y voyaient donble protit à laire, Leur bien premièrement, et puis le mal d'auliui.

Argument qui peut tromper cependant, comme nous en avertit Aristole ; car on n'arrête pas toujours où l'on veut le mal qu'on fait; et il peut arriver que le coup que nous avons frappé sur autrui relombe ensuite sur nousmêmes.

C'est un bien que ce dont le contraire est un mal. Ce raisonnement est si simple qu'il semble inutile ; car n'esl-il pas aussi aisé de montrer le bien directement, que de prouver qu'il est le bien par Topposilion du mal contraire? Cependant telle est la nature de l'homme, que îe contraste du mal est le moyen le plus sûr de lui faire sentir le bien. Si vous parlez pour la liberté^ ne vous contentez pas d'en présenter les avantages ; élalez surtout le triste spectacle de la servitude, ses ignominies et ses misères. Si au contraire vous défendez la cause de l'ordre contre la licence, ne vous renfermez pas dans l'éloge d'un État paisible et régulier, mais plutôt marquez des traits les plus forts les folies et les horreurs de l'anarchie '.

Le bien est dans une juste mesure de toute chose, le mal est dans l'excès. C'est la pensée d'un axiome célèbre :

1. Cet argument n'est autre chose qu'une application spéciale du lie» commun des contraires. Voir plus loin

Rien de trop , [j/r^Sh ol-^ols ^ que la Grèce atlribuait à Tun des sept sages. C'est le principe de toute bonne pliilosophie, mais en particulier de celle d'Aristote, qui est raisonnable avant tout; on sait que dans s.i Morale il a placé chaque vertu dans un milieu fixe entre un excès et un défaut. A considérer ce principe comme moyen oratoire, il n'y en a pas dont l'effet soit plus sûr, parce qu'il n'y en a pas de plus conciliant. La plupart des esprits s'effrayent de ce qui est extrême, et aiment qu'on les rassure en leur montrant qu'on ne les conduit pas trop loin.

C'est un bien à nos yeux, dit Aristote, qu'une chose pour laquelle nous avons beaucoup fait ou beaucoup dépensé. Et il cite encore deux passages d'Homère; car Homère est pour les Grecs la source de la rhétorique comme de tous les arts. Je pourrais apporter des exemples beaucoup plus modernes, et je les prendrais autour de moi, dans telle discussion célèbre dont la presse et la tribune retentissent depuis longtemps. Qui de nous ne s'est pas écrié, comme la Junon d'IIonière :

« Eh quoi! ils laisseraient aux barbares joyeux et à <( leur monarque cette proie pour laquelle tant de gueru fiers ont péri sur la terre barbare, loin du beau ciel (( de la patrie ' ! »

Combien de fois n'avons nous pas entendu redire ce que dit Ulysse à l'assemblée des Argiens :

(f 11 est honteux d'avoir persisté si longtemps pour w s'en retourner sans la victoire : aia/pov Tot ^vipov tê

(( |X£V£tV )t£V£OV Te VÊCCÔat 2 î »

Ainsi les formules d'Aristote, sous leur enveloppe

vieillie e\ desséchée, cou\rent des senlimenls toujours uouveaux. Ces pages, qui ne semblaient contenir qu'une lettre morte, paraissent toutes pleines de vie, quand on vient à les déchiiïrer. Les étiquettes du philosophe marquent chacune des cordes du cœur humain; (ouchcz celle qu'il vous indique, elle va résonner à Tinstant même et répondre à votre appel.

On placera au rang des biens ce qui cî»t eUMc de tous, ce qu'on se dispute avec ardeur, ce qui est généralement loué. Celui-là a uim ..-^i, qui est loué même de ses ennemis et de ceuv à qui il a fait du mal. Dans un autre sens, au contraire, vo!ro conduite n'est pas bonne pour vous-même, si elle a l agrément de vos ennemis. C'était une insulte au peuple de Corinihe cpie ce vers de Simonide : Ilion n'a pas à se plaindre des Corinthiens '. C'est ainsi que chez les modernes Tune des méchancetés les plus familières à la satire politique consiste a présenter le gouvernement qu'on attaque comme le servileur complaisant des ennemis de l'Etat.

Faites encore valoir comme un bien ce qui a été jugé tel par quelque autorité imposante. C'est un bien que la mort, disait la sagesse antique; car les dieux Pont accordée, comme le premier des biens, à une sainte prêtresse qui les implorait pour deux enfants vertueux.

i. KopivOtoi;ô' où (j.£ji?£Tai t6 "IXiov. — Arislole cilc de mémoire. Le scholiaste de Pindare ( 0/j/mp. 13), donne le vers tel que I avait cent Simonide :

RopivOîotffi S' où (lavUi TO "D.iov.

Je n'ai pas à discuter ici la question dillidic ae ^a>^Ja coniiiiLMU les Corinthiens avaient mérite ce reproche. M. Uossignol [Examen crili que. p. 13 sqq.)» "c me paraît pas avoir résolu la difliculté. Je r(>ie ians mon ignorance .

Un bien nous attire quelquefois parce qu il est facile à iicquérir; quelquefois, c'est le conlraire. Étudiez surtout les pensées qui occupent actuellement vos auditeurs; car le dcsir du moment est toujours pour V homme la mesure du bien.

Le cœur humain est jaloux; c'est donc pour nous un grand bien que celui que nous possédons seuls ou dont nous avons la plus grande part. Il semble à cet homme que tel avantage lui convient particulièremenl, et est en harmonie avec ses goûts , ses facultés , sa naissance ; il attache alors à ce bien d'autant plus de prix. Enfin c'est un bien, dit Aristote , que ce que nous trouvons qui nous manque, quelque peu de chose que ce soit, y.al (ov eX^eiTTsiv oiovTat xav u.t)cpà v;. Voilà bien celte convoitise infinie de l'âme humaine , par laquelle nous nous refuserions encore au bonheur , quand le bonheur se donnerait à nous. Cet homme est arrivé presque aux dernières limites où ses souhaits pouvaient s'étendre; on peut dire que ce qui reste au delà n'est rien : mais ce rien gêne encore son imagination, ce rien gâte son point de vue :

() si angulus ille Proximus accédai, qui iiunc denormat agellutn î

Si on avait affaire à un auditeur indifférent, il suffirait pour l'attirer de lui présenter tel ou tel appât qu'il suivrait aussitôt sans résistance. Mais il arrive presque toujours dans les délibérations humaines que chaque parti a ses avantages et chaque conseiller ses promesses qui tiennent l'esprit en balance. Aussi, après avoir passé en revue les motifs simples par lesquels celui qui parle peut nous intéresser à sa cause, Aristote expose en dé-

lail los raisons de préférence entre deux biens opposés

(cl.. 7).

Le bien qu'on désire pour lui-même, xaO' «jto , doit être préféré à celui qu'on recbercbe seulement afin d'en atteindre un autre, et qui nVst pas nu but, niais un moyen. Voilà encore un de ces principt > (jui , présentés d'une manière alistraite, semblent être d'une évidence stérile et d'où il n'y a rien à tirer. Nous savons cela , Jira-t-on ; cela ne nous apprend rien. Mais l'analyse psychologique n'est pas faite pour nous découvrir des choses nouvelles et ignorées; son utilité est de nous laire réfléchir sur celles que nous connaissons , sans doute , mais que nous ne remarquons pas assez; c'est de nous faire penser à considérer un objet sous tel ou tel point de vue qui nous avait échappé. Les applications rendent cela sensible. L'orateur qui, en parlant contre la guerre, soutient qu'une paiv honorable vaut mieux que la victoire même, puisque le plus grand prix de la victoire est la paix conclue avec honneur, ne fait que produire un cas particulier de la formule d'Aristole. C'est le même argument dont se servait Épicure pour démontrer que le plaisir est le souverain bien ; car, disait-il, que cherchet-on dans la vertu même, sinon le plaisir d'être vertueux ? Pyrrhus veut conquérir la Grèce, l'Italie, la Sicile, l'Afrique, l'Espagne, la terre entière, tout cela ou sait pourquoi :

Nous pourrons rire à Taise et prendre du l>on temps.

Mais que lui répond Cinéas?

lié, seigneur, dès ce jour, sans sortir de TKpire, Du malin jusqu'au soir qui vous défend de rire *

C esta-dire que le vrai bien pour Pyrrhus serait donc de rester tranquille, puisque c'est là le Iveîca a jto: aiperov, y.xi où £V£xa tIIo aipsTrai.

Ce n'est pas assez de comparer deux biens en euxmêmes et absolument; comparez-les dans leurs principes et dans leurs conséquences.

Comparez-les aussi dans leur degré extrême (O-gp- ^7/3); celui qui , poussé à l'extrême, vous paraît préférable , est en effet celui qui vaut le mieux. Ou ne lit pas sans être ému, dans le livre II de la République de Platon, ce parallèle extraordinaire entre le bon et le méchant poussés tous deux jusqu'à Tidéal. D'un côté , c'est l'injustice pure , abandonnée à tous ses penchants , débarrassée de tous les périls et de toutes les conséquences fâcheuses devant lesquelles elle pourrait reculer; encouragée au contraire par les biens et les honneurs dont les hommes trompés la comblent , armée de la fortune , de la grandeur , de la réputation , de Téloquence , en un mot véritablement souveraine. De l'autre côté, c'est le juste dépouillé de tout, et à qui il ne reste que sa justice , pauvre , humilié et impuissant, d'autant plus malheureux qu'il mérite davantage , et s'enfonçant déplus en plus dans l'infortune à mesure qu'il avance dans la vertu ; jusqu'à ce qu'enfin enchaîné, flagidlé, torturé, il arrive à la mort par les plus affreux supplices. Glaucon, qui fait ce double portrait, croif |)laider contre la justice, en la représentant comme une illusion, et le juste comme étant, pour ainsi dire, la dupe des hommes et des dieux. Mais, par un art sublime, c'est une impression toute contraire que ces images produisent sur nous : c'est le juste que nous admirons, c'est lui dont nous envions les épreuves mêmes, et dont le

sort nous paraît vraiment diviu. Je ne crois pas qu'on puisse trouver un emploi plus admirable de celle Taculté que nous avons de juger les clioses en les exagérant. 0 Glaucon î sY^crie Socra!e, chacun de les deu\ personnafTes est modelé et idéalisé comme une slalue '. Le procédé de Olaucon n'est auîre que celui d'Arislote : x.ai (bv

Je termine ici ce résumé, qui MJiublcra peut-être déjà bien long. Mais comment caractériser une pareille rhétorique autrement que par des détail, et qn*en mellanl à l'épreuve les moyens qu'elle fournit a i orateur? Cette épreuve moderne (rimart antique était délicate; j'espère cependant qu'elle i^araîtra satisfaisante , et qu'on ne trouvera pas ces analyses sans intérêt pour les études de pensée et de style qui font l'objet d'une éducation vraiment classique. Si c'est un grand mal que d'écrire sans avoir d'idées , et de s'exercer à manier les formes du style quand le fond manque à l'esprit ; si ou fait sagement , pour appliquer les jeunes gens à la composition littéraire , d'attendre la fin des classes, et l'âge où Ton commence à observer el à réfléchir ; u'cst-il pas bon de favoriser le travail de la réflexion , en présentant a l'intelligence ces notions morales à la fois simples et fécondes qui peuvent s'appliquer partout? L'expérience peut les suggérer sans doute, el je n'entends pas seulement celle qu'on acquiert dans le monde par soi-même : j'entends aussi celle autre expérience qu'on puise d.ins la lecture des poètes el des orateurs. Leurs ouvrages , eu rapprochant les différents traits du vasîe tableau de la vie, permettent ainsi à une seule Mie ùe le saisir dans son

1 \\ 3fil, D.

ensemble. Mais ce a est pas assez d'avoir devant soi une grande scène, si les yeux s*y promènent confusément sans y rien distinguer; il faut apprendre à regarder et à voir, c'est ce qui se fait par l'analyse. Il n'y a point de rhéloricfen qui ne sente que chacun regarde comme un malheur et comme une honte de faire une action dont ses ennemis puissent s'applaudir ; mais il y en a qui, ayant à faire parler Nestor devant Achille et Airamemnou emportés par leur colère, ne penseraient pas à employer ce moyen. Tout le monde sait que l'homme dont les désirs semblent remplis, met un prix infini à la moindre satisfaction qui lui manque ; quand Hjdaspe s'étonne de l'importance qu'Aman attache à la vie de Mardochée, on admire dans la réponse d'Aman le cri de la passion qui s'échappe ;

Non, il faut à les yeux dépouiller l'artifice. J'ai su de mon destin corriger l'injustice. Dans les mains des Persans jeune enfant apporté, Je gouverne Tempire où je fus acheté.

Mes ricliesses des rois égalent ropulence ; Environné (renfanls, soutiens de ma puissance, fl ne manque à mon front que le bandeau royal. Cependant, des mortels aveuglement fatal! De cet amas d'honneurs la douceur passagère Fait sur mon cœur à peine une atteinte légère; Mais Mardochée, assis aux portes du palais, Dans ce cœur malheureux enfonce mille traits; El toute ma grandeur me devient insipide Tandis que le soleil éclaire ce perlide.

Tout le monde se dil : Voilà la nature. Mais, sans parler même de la beauté du style et des vers^ cette pensée cette considération logique, dans son expression la plus sèche, ne serait pas venue à l'esprit de tout le monde , en traitant ce même sujet.

Est-ce donc que, moyennanl ces formules, le moindre <3sprit puisse abonder en idées, et partager avec Homère ou Racine le beau don de l'invention ? Qui le soutiendra? qui le croira? personne sans doule : mais personne ne peut contester non plus que la dislance qui sépare Tesprit créaleurdu talent vulgaire, dislance qui n'est jamais comblée, ne soit diminuée cependant par des études qui meltenl la plupart des hommes au courant des découvertes que les génies éminenls ont faites dans le cœur humain. Qu'est-ce en effet que l'éducation en général , et en quoi consisle-t-elle , sinon à mellre insensiblement à la portée de tous la lumière qui n éclairait d'abord qu'un petit nombre d'intelligences, de manière que la foule , lon""temps aveugle, prenne enfin sa part du spectacle? Les grands hommes le verront toujours mieux qu'elle , mais elle en jouira aussi à un moindre degré. C'est ainsi que les arts, la poésie, l'éloquence, qui dans l'origine semblent être tombés du ciel sur quelques têtes plus élevées descendent peu à peu sur les autres , et deviennent en quelque sorte, comme l'air et le jour, un bien commun. Et cette œuvre de l'éducation, que personne ne méconnaît, comment est-ce qu'elle s'accomplit ? On reconnaît encore que c'est par l'élude et l'imitation des beaux ouvrages. Mais celle étude peul être purement instinctive , ou au contraire intelligente et réglée : et laquelle est la meilleure , si ce n'est celle qui est la plus courte et la plus sûre tout à la fois? Ainsi donc , pour apprendre cet art du raisonnement oratoire, qui fait le fond du talent de la parole , on ne se contentera pas de lire et de relire les puissantes argumentations de Démoslhène, de Cicèron ou de Bossuet, mais on tachera d'en pénétrer l'esprit et la méthode, parce qu'ainsi on les

saisira plus vite, et on les comprendra mieux : on observera à quel principe se rattache tel ou tel argument, si ce principe est d'un usage fréquent, facile, avantageux, comment les développements peuvent se modifier sans que le fond cesse d'être le même. On fera enfin le travail qu'a tracé Aristote; on répétera ses observations, et elles en amèneront d'autres. Car il n'a pas pu tout dire; et ce n'est pas un des moindres avantages à tirer de sa Hhétorique, que de pouvoir se faire à soi-même, en suivant sa méthode , une rhétorique beaucoup plus cornpléle, dont le plan est dtjà dans son ouvrage, mais dont chacun , par ses éludes particulières , suppléera les détails.

Celle sorte de rhétorique créatrice n'était pas celle qu enseignaient en général les maîtres de Tari, si on juge de ce qu'était l'art à celte époque par la Ilhélorique à Alexandre. Qu'on lise, par exemple, les deux premiers chapilres, qui traitent du genre délibératif ; on y trouvera, bien distribuée et bien classée, la matière des discours de ce genre; maïs le rhéteur ne nous en fait pas saisir l'esprit. L'orateur, dit-il , doit faire en sorte de montrer que ce qu'il propose es! juste, légal, utile, beau, agréable, facile enfin, ou du moins possible et nécessaire ; mais il ne dit pas ce qui fait l'utile, le beau, le juste, ce que c'est que la loi , par quels côtés les cho' ses nous paraissent agréables, ni par où nous mesurons la facilité ou la diflicullé d'une entreprise. 11 se contente d'une courte définition des termes, puis il ajoute que chacun de ces moyens peut être dé\eloppé soit par luimême, soit par les ressemblances, soit par les contraires, soit par l'aulorité : ce sont des classifications et non pas des observations. Il compte sept sujets diffé-

Vents desdélibéralions publiques. Le premier comprend tout ce qui concerne les choses sacrées . Ta leoâ. Sur ce chef on peut proposer , ou de conserver les cérémouies anciennes , ou d'en retrancher quelque chose , ou d'y aiouler Pour la première proposition , on peut tirer des moyens du juste , de l'utile, du beau . de l'agréable, du possible. Du juste : il est juste en toute chose de respecter les traditions du passé; et la religion . qui a préside à la fondation des cités, ne doit pas être arbitrairement changée par elles. De l'utile : en ajoutant auv dépenses du culte , on compromet la fortune publi-iue et celle des particuliers; eu les dinuauaat. on diminue la confiance des citoyens, qui s'entretient par la stabilité des institutions. Et ainsi du reste. On voit que s. d'un cote les principes sont trop vagues et trop généraux, de l'autre ce sont là des applications trop spéciales. Ces arguments de détail peuvent être commodes quelquefois dans la pratique du métier d'orateur ; mais . étant renfermés dans certains cas d'où ils ne peuvent s'étendre a d autres ils constituent, si on veut, des exercices d'argutnenlatiou , mais non pas une méthode. Telle n'est pas la doctrine d'Aristole dans sa grande Rhétorique : a a place de ces distributions exactes et symétriques, el de ces renseignements particuliers sur telle ou telle question qu'on discute dans les assemblées , il ouvre librement et dans tous les sens des vues générales , où rien n'embarrasse la mémoire , et où tout profite à l'esprit , même ce qui n'est pas exprimé.

Comme les moyens du genre délibératif sont pris de la considération de l'utile, ceux du genre épidictique et du genre judiciaire se tirent de l'idée du beau et de l'idée du juste. Aristote atfalyse donc également ces deux

n fini ? •"' ;"■'"•; '"»""""" '" S-re judiciaire. •I dehuil 1 injustice; ,| examine quelles sont les choses

qu. portent à ô.re injuste ; qui sont ceux qui comm e„ .njustice ; qui sont ceux envers qui on la commet v„on lers. Et comme ordinairement c'est leur plaisir que es hommes cherchent dans les actions injuste , il étudie ly laisir . I le définit . le décrit , et passe en Vevue différentes choses qui «ous donnent du plaisir. 11 détermine ensuite les caractères qui font une action juste ou •njuste, d'après la loi naturelle ou d'après la lo écrite et par rapport à la société tout entière ou aux partiels. 1 recherche quelles sont les conditions de la „ ah e ans nos actes. Eufi„ i, „.,,q„, ,,, , gre. qu I peut y avoir dans l'injustice, et indique les noyensde faire paraître tel délit pluslégerque teîaut ! ■le ne reproduirai pas ces analyses; on;re 1 La" ^ .;eme genre d'intérêt et de mérite qu dans ce le i diverses sortes de biens (chap. 9-14j

l>e la grande ,.,ace ,«c tien le ge„.e judiciaire dans

les Uhéloriques.

Je remarquerai seulement qu'Arisfole . qui se plaint <le la prédilection des rhéteurs pour le genre ju^i ^e e. occupé lu-mème avec un soin tout .Lticul.:: :' c est de beaucoup celui qui tient le ph,s de place dans on livre. C'est la même chose dans Cicêrin et dan Ouintilieo. Eu elfe,, il y a une raison pour qu'il en soi a.ns. : c est que le discours judiciaire est assujetti à un plus grand nombre de conditions extérieures, qui sont déterminées d'avance, et pour lesquelles on p;ut se pré-

parer. Rien de plus variù (jue les sujets des délibérations d'une assemblée, de plus imprévu .(ue les circonstances au milieu desquelles il faut prendre un parti, de plus indéterminé que les résolutions à proposer , (lue les ressources à ind.quer , que les objections à réfuter ou à prévenir. Devant les tribunaux . au contraire , quelle que soit la diversité des personnes ou des occasions , il V a toujours quelque chose de fixe. La loi est là , qu'il s'agit d'interpréter; les principaux moyens pour et contre sont prévus, il ne reste qu'à les faire valoir. Les laits sont dans le passé . acquis à l'avocat . et fournissant à son argumentation un fond solide, tandis qu'à la tribune publique on ne trouve devant soi qu'un avenir inconnu, sur lequel on n'a pas de prise. En politique, on a affaire à une nation ou à un gouvernement, c'est-à-dire à une abstraction ; en justice , c'est un liomme que vous avez à combattre; et dès lors quelle riche matière nous offrent les circonstances de sa vie, ses antécédents, ses relations, ses intérêts, ses passions, ses habitudes! que d'applications à faire de la connaissance du cœur humain! Les témoins, les confrontations , les expertises, les pièces écrites, que de ressources pour alimenter l'éloquence de l'orateur! Enfin, dans un tribunal, chacun a sa place et son caractère : les rôles sont distribués ; voici le juge, le demandeur , le défendeur ; chacun fait à son tour son personnage ; c'est une pièce toute bàlie , où les paroles ne sont pas écrites d'avance, mais où l'acteur sait en gros ce qu'il doit dire et ce qu'il doit repli quer. Ne voit-on pas que l'arrangement même des parties du discours est réglé et presque invariable? A la tribune, on peut se passer d'un exorde et aller au fait, parce qu'il ne s'agit que des choses; mais l'avocat, qu

plaide pour les personnes, ne peut Irop s'empresser de recomm;inder la cause et les intérêts qu'il défend. Ensuite vient nécessairement la narration , car ce sont les laits qui font l'objet du débat, et il faut qu'il mette lout son arl à les présenter sous le jour où il ^eut qu'on les voie. Puis la confirmation succède , et c'est dans le discours judiciaire qu'elle a les formes les plus accusées et les mouvements les plus marqués : l'orateur politique développe une opinion et la démontre ; l'avocat conteste et argumente sur chaque point : cela est vrai, ou cela n'est pas vrai ; la loi a ce sens , ou elle a cet autre; c'est sur ces questions précises, arrêtées, et qui ne comportent qu'une solution, que s'exerce sa dialectique. L'orateur politique fait la'grande guerre, l'avocat livre un combat singulier; son argumentation est une escrime. Quanta la péroraison, la sagesse des institutions modernes en a borné les effets ; mais qu'on la prenne complèle et puissante comme elle a été cliez les anciens , faisant frémir lés auditeurs de colère, ou leur arrachant des gémissements et des pleurs, et on comprendra qu'elle n'était vraiment à sa place que dans le discours judiciaire.

On voit assez que l'éloquence des assemblées délibérantes est plus libre, plus soudaine, plus personnelle, plus indépendante en tout point des usages et des conventions : il est donc tout naturel qu'elle ait moins occupé les maîtres de rhétorique. Mais on a pu reconnaître, par l'analyse que j'ai précédemment reproduite, qu'Aristote est loin de l'avoir négligée , et qu'il a donné à l'orateur une ressource toujours prête, celle de la philosophie et de l'observation.

C'est une chose remarquable, pour le dire en passant^

qu'il en e^^l des Poétiques comme des Uljeloriques. Elles ont aussi leur sujet préféré : c'est Télude de la poésie dramatique, et en second lieu celle de Tépopée. Pourquoi? parce que la poésie lyrique , didactique ou satirique, n'a d'autre forme que celle que lui donne le caprice du poêle; tandis que dans le poëme épique, et surtout dans le drame, sa puissance créatrice est limitée par une multitude de conditions auxquelles il faut qu'il s'accommode, et les procédés savants par lesquels il vient à bout d'y satisfaire sont ce qui constitue l'art.

Appendice— Du désordre de leiposilion dans la Uhéloriquc d'Arisiote. Des subtilités d'Aristote. InlériH que présente la Ilhclorique ciudiée historiquement.

Avant de passer au second livre d'ArisIote, jem'arrêterai encore au premier, que je considère comme représentant suffisamment sa méthode et sa manière, et j'exa minerai les défauts qu'on peut reprocher à ses analyses. Ces défauts sont la subtilité dans les idées, et un désordre dans l'exposition qui produit parfois l'obscurité.

Ce désordre n'étonne pas ceux qui ont seulement jeté les yeux sur d'autres ouvrages d'Aristote ; il n'y en a pas un qui de ce côté satisfasse complètement l'esprit. Les érudits et les philosophes disputent encore aujourd'hui sur l'ordre dans lequel il faut placer les quatorze livres de la Métaphysique; et il se trouve des arguments pour établir que ce qui est à la fin serait peut-éire mieux au milieu, et réciproquement. iMémes difficultés pour la Politique; et le savant professeur qui Ta traduite le dernier a cru en effet devoir déranger l'ordre accoutumé des livres. Le pelit livre de la Poétique n'est pas un des moins embarrassants; en a>ons-nous la fin? v a-l-il

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des lacunes dans le texte? c'est ce qui n'est pas éclairci. On attendrait du moins plus de clarté d'un ouvrage sur les sciences naturelles; cependant les Recherches sur les animaux ont soulevé les mêmes doutes. L'éditeur français. Camus , n'est pas sûr de la place de chaque livre, et il nous apprend que Réaumur reprochait à l'ouvrage enîier de manquer d'ordre et de lumière. Faut-il imputer cette confusion aux héritiers de Nélée de Scepsis , qui, à ce qu'on prétend ' , jetèrent pêle-mêle dans leurs caves les écrits d'Aristote? gens pires encore que l'ignorant de La Fontaine , lequel, du moins, portait son manuscrit chez son voisin le libraire. On a assez dit tout ce que ce récit a d'invraisemblable; et d'ailleurs, puisque nous possédons tous les mots du texte, comment n'aurions-nous pas ressaisi l'ordre des idées , si cet ordre était bien rigoureux ? Il vaut mieux dire qu'Arislote lui-même n'a pas apporté assez de soin à la composition de ses livres ; qu'il y a jeté ses pensées comme elles lui venaient à l'esprit, et que ce ne sont guère que des cahiers de notes, où il a déposé sa science avec toute la liberté qu'on prend quand on ne parle que pour soi. En général, les anciens, qui composaient avec tant de perfection les ouvrages d'art, ne savaient pas faire un traité. M. Villemain a dit ^ que le seul mérite quon désirerait au style philosophique de Cicéron , est celui quina pu appartenir quà la philosophie moderne : V exactitude des termes , inséparablement liée aux progrès de la science , et à cette justesse d'idées > si difficile et si tardive. Chez Aristote non plus , l'exactitude , la justesse , l'accord ne se trouvent pas toujours dans les termes , et la manière dont

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