‹ Étude sur la Rhétorique d'Aristote [microform]Chapitre 17 sur 19 · LeUrcs Persanes, leilre · texte numérisé non relu

LeUrcs Persanes, leilre

qu'on reconnaît qu'il existe entre la \ieillesse el la vîé le niênie rapjjorl qu'entre le coueher du soleil et le jour. Il y a là deu\ rapports égaux ; il y a donc, suivant Aiistote , une proporlion ' .

La définition est déjà singulière, mais il ne s'en tient pas là. Celte proporlion , La vieillesse est à la vie ce que le soir est au jour, peut se retourner de la manière suivante : Le soir est au jour ce que la vieillesse est à la vie. D'où Ton tire celle autre métaphore, Le soir est la vieillesse du jour ^.

Arislote va même jusqu'à donner une espèce de règle de trois, par laquelle l'écrivain trouvera un terme ti- ^'uré pour suppléer au lerme simple (jui lui manque. Vous direz par exemple que le soleil sème la lumière, quoique semer ne soit pas ici le mot propre; mais, n'ayant pas de verbe qui soit avec la lumière dans le rapport que ^ous voulez marquer, vous en prenez un (|ui esl dans ce môme rapport avec la graine: otov to tôv zapTTov yiv âotivat , cttsicsiv , tj Si t-/;v (p)/JYa àro tou '/("Xtou ,

il n'y a rien de plus conforme au\ règles de l'arilliméliquc; cela pourrait s'écrire algébriquement. S'il y a des mathématiciens qui ne comprennent pas la poésie,

I. Tô ^è àvàXoyov "kiyui, ôtav oaoto); lyr^ t6 ôeÛTepov uf-ô; tô iipwTov xal TÔ TstapTOv Tcpo; to xptTOv • Èpeï yàp àvti xoû Seu-cipou to T£TapTov, 9i àvTÎ ToO TSTdoTou TÔ o£VT£pov, Pot't. 2t. Ccs uli'cs sofll rcproduilcs plus briè- ^eineiil dans la Hhétorique môme, à la Un du V chapitre du livre ill.

*i. Ibid. On sent assez que celte seconde uietaphore n'est pas a l)eau-

eoup près aussi naturelle que la première, et que lapplication de celle

prétendue loi de renversement serait souvent très-peu satisfaisante. On

peut fort bien mettre en évidence une abstraction par une image, mais

non une imaj;»* par une abstraction.

celJe façon de considérer le style figuré doit les réconcilier avec elle. Cependant on n'admettra pas, el Arislote sans doute ne pensait pas lui-même , que la métaphore soit véritablement une proporlion dans le sens où on emploie ce mot en géométrie, une série de quatre termes où le produit des extrêmes est égal à celui des moyens ». Mais je n'aurais pas cité ces nouvelles subtilités du philosophe, toutes curieuses qu'elles sont, si elles ne cachaient quelque vérilé sous Taffectation d'une forme mathématique bizarre et fausse. Ces rapports qu'il signale, il n'aurait pas dû les désigner par les mêmes expressions que ceux que l'on considère dans la science des quantités; car ils ne sont pas de la même nature; mais ils sont réels. H a eu le mérile d'apercevoir, finement et profondément, que ces deux puissances si différentes, l'imagination et le raisonnement, ont pourtant un principe commun dans l'esprit, qui est l'association des idées : c'est une même force, qui se prend à des objets divers; et voilà sans doule comment le peuple grec s'est trouvé si merveilleusement organisé tout à la fois pour la dialectique et la poésie, pour les sciences el les beaux-arts.

Les préceptes d'Aristole sur l'emploi des métaphores et des comparaisons, des épilhètes et des périphrases,

1. Qu'auraii-il dit, s'il avait lu cette phrase d'un grand poêle, qui ressemble à une proportion toute formulée ?

QiiQ du Soigneur la voix se fasse entendre , Kt qu'ù nos cœurs son oracle divin

Soit ce qu'à TLcrbe tendre Esl au printemps la fraîcheur du matin.

Jlludic , acl. lli , se. 7.

(^e n'est la pourtant qu une apparence insignilianle , une pure rcnvonirc de mois.

sont simples sans doute, mais non pas tant que des écrivains célèbres n*y trouvent encore à a|)prendre. Il est toujours a propos de rappeler aux im.iginalions trop vives qu'une imajj^e, pour être hardie, ne doit pas être indécente ou cynique (ch. 2). Elle ne doit même rien présenter qui soit désagréable aux sens, car la poésie est une jouissance délicate qu'il ne faut pas gâter en y mêlant les grossièretés de la vie réelle. Arislole veut bien qu'on dise, TAurore aux doigts de rose, mais non pas, l'Aurore aux doigts rouges {ibid.). Ce n'est qu'une manière vive de nous faire entendre qu'il ne faut pas dégrader la poésie pour la metire à la mode, ni remplacer le beau qui a vieilli par le laid.

Que le style, dit encore Aristote , soit assaisonné d'épithètes. mais que l'écrivain ne fasse pas de cet assaisonnement sa nourriture principale ( /i'Waa où/. £(îeGaa " ). N'amplifiez pas trop votre discours, car toute amplification produit l'obscurité. Cela ne s'applique l il pas très-bien à celle poésie surabondante, où la pensée est comme novée dans les mots et dans la molle barmonie des vers , de façon que , tandis que l'oreille est caressée, l'esprit cesse d'être attentif, et s'endort?

En exposant très-simplement toutes ces choses, Aristote sait rendre son exposition agréable, tantôt par des tours piquants, tantcM seulement par le choix heureux des exemples, à peu près comme Fénelon, dans sa Lettre à l'Académie, a mis de l'imagination et du sentiment dans des citations. Quoi de plus joli que cette pensée de Platon sur le plaisir que donnent les vers (ch. 4)? ils ressemblent, dit i^^ à ces visages qui ont

1. Où Y^fp T.dvCT^aTi XP^Î^*^ • ^^^' ''^^ è^^a^jiaxt toï; èmOéToi; , ch. 3. '2 Voir Hf'pitbl., pag. 601. H.

plus de fraîcheur c|ue de beauté: quand cette fraîcheur est passée, ou quand la mesure est brisée, tout est changé. Au sujet du pouvoir qu'a la parole d'agrandir ou de rapetisser les choses à volonté, que peut-on apporter de mieux que cet exemple de Simonide (ch. 2, fin)? Il refusait de célébrer une victoire olympique remportée par un attelage de mulets; il trouvait indigne de lui de chanter des mules; mais c'était pour se faire payer plus cher; on paya donc, et il chanta. Salut, s'écria-t-il, filles des cavales aux pieds ailés. Cependant, reprend Aristote, elles étaien! aussi filles des ânes. ïlélas! il n'est pas de personnage si illustre dans le monde, qui n'ait en lui du cheval et de l'une en même temps, et que les rhéteurs ne puissent j)rendre a hur choix par un côlé ou par l'autre ' .

I. M. (larcin de Tassy a publié en 18ii, sous ce titre, La Rhétorique des ualions musulmanes , etc., un premier extrait d'un traité de rhétorique persan, écrit dans la première moitié du xviii'' siècle. On trouve dans cet extrait que la science de l'exposition ou de l'expression consiste dans ces quatre choses , la comparaison, le trope, la métaphore médiate ou renvoyée, la métonymie. Ce ne §ont là que des variétés d'un même procédé de Tespril, qui fait à peu près toute l'éloquence et toute la poésie des nations orientales. Le chapitre de la comparaison, publié par M. Garcin de Tassy, est divisé en cinq sections. Tous tes exemples sont tirés des poètes.

On lit à la page 37 : « La comparaison éloquente est la même que la « comparaison éloignée et exlraordinaire , et elle est le contraire de « la comparaison prochaine et commune: car cette dernière est la « moins considérée dans Vétoquence, parce que nous préférons ce qui « est loin de nos idées ordinaires. » Le traducteur ajoute en note : « Je « laisse à l'écrivain persan la responsabilité de cette assertion. » Cette assertion est l'exagération d'un principe vrai, qu'Aristote a exprimé au chapitre 2 parées mots : Aet noietv ÇévYiv ar^v ÔiâXextov, OaujiaaTal yàp xwv àTiovToyv eiffi, rfi\j ôà zà 0au{jLa<TT6v. Mais Aristote lui-même dit plus loin, dans ce chapitre , en parlant des métaphores, lx\. lï oO TrôppwÔev ôsï : et le poût attiquc n'aurait pas avoué sans doute la plupart des images dont ces Jardins de l'éloquence (c'est le titre du livre), sont émaillés .

Qualités du style (chap. 5-9).

Après avoir passé en revue ce qu'on pourrait appeler les nialériaux du discours (6 [xèv ojv ^oyo; TuvTiOsTott sx ToJTwv), comme les épithètes , les métaphores, etc., Arîstote s'occupe des qualités générales du si) le, la pureté, la noblesse, Fr.Oo;, le pathétique, le nombre et rharmonie de la période, enfin Tespril et l'imai^^inalion. Les détails qui remplissent le chapitre sur la pureté du langage, prouvent combien la grammaire était encore chose nouvelle. Pour la noblesse du style, Arislote a vu, avant Buffon, qu'elle demande qu'on nomme les choses

« Lorsque le rouge anémone s'incline et se relève ensuite, on croirait « voir des drapeaux de rubis déployés sur des piques d'émeraude.w

« La perspicacité de l'esprit est comme la table des destinées, con- « servée dans le ciel; l'atome de l'oubli ne doit |»as y trouver place. »

c< Le coursier rapide sur lequel il est monté est semblable à la voûte « du ciel; le parasol qui garantit sa tête de l'ardeur du soleil, ressemi( ble au halo de la lune. »

u Quel récit ferai-je de ses hanches et de sa taille, si ce n'est qu'on « y voit une montagne suspendue à une paille? )>

« Ce serait une lune, si la lune avait la taille du cyprès; ce serait « un cyprès, si le cyprès avait la lune pour fruit, etc., etc. »

Toutes ces comparaisons doivent être bien éloquentes , car elles sont fort extraordinaires et fort éloignées.

D'autres, quoique singulières encore, sont plus heureuses :

« \ chaque plaisir «orrospond une poino comme le nord est en face i< du midi. )^

En voici une qui me semble tres-piquanic :

« La blancheur de l'aurore qui se lève est semblable au visage du « khalife lorsqu'on le loue. »

L'auleur du traite fait aussi des comparaisons pour son propre compte. Ainsi le principe qui vient d'être cité, que nous préférons ce qui est loin de nos idées ordinaires, est éclairci par cette image : «C'est u comme l'homme altéré (par la chaleur) qui éprou\e plus de plaisir à « boire de l'eau froide. »

par les termes les plus généraux. Il recommande, pour laire impression sur l'auditeur, un moyen qui, tout rebaltu qu'il était de son temps, à ce qu'il dit, est peutélre encore bon du nôtre; c'est de s'écrier, Qui ne sait qu'il (»n est ainsi? ou bien, Vous savez tous. Athéniens... Car, di:-il naïvement, chacun veut avoir sa pari d'une opinion qu'il croit ê(re celle de tout le monde. Nos journaux possédeni cette tactique aussi bien que les orateurs grecs.

Je ne prendrai pas parli entre Arislole etCicéron, sur la question de savoir si le péan est ou n'est pas le pied qui convient le mieux au nombre oratoire: leur dissentiment lient sans doute à la différence des langues qu'ils parlaient. Il est plus embarrassant de s'expliquer pourquoi ce péan ne paraîl guère plus que tout autre pied dans les phrases des orateurs grecs, particulièremenl aux deux places qu'Aristole lui assigne, au commencement de la période et à la fin • .

De la Période.

Aristotc a donné une très bonne définition de la période, sur laquelle il faut s'arrêter ; La période est une phrase qui a un commencement et une fin par elle-même (aOr;iv xaô' ajTvîv ) , et une étendue facile à embrasser. Poussons un peu cette analyse. Si la période a un commencement et une fin par elle-même, indépendamment des phrases qui la bornent, c'est qu'elle exprime un mouvement de la pensée, qui a son point de départ, et son terme où il aboutit. De l'un à l'autre, il se fait dans

1. Le péan final se trouve assez souvent dans Isocrate; il termine volontiers ses périodes par y^votiévr^v, y^vo^ivou;, et autres formes semblaj.lefi — Le rnnép>riqup i ommence par un péan.

Pespi il Je raiuliteur une niarciie el un progrès, pendant lequel la période le soutient et le mène, jusqu'à ce qu'il soil arrivé où l'orateur a voulu qu'il lui conduit. Ainsi la phrase ne demeure suspendue que |mur faire pénétrer insensiblement au fond de Tàme un sentiment ou une idée qui, sans ces préparations, n',.urait pas le temps de faire son effet, et nenirerail pas aussi avant; de manière que la période est à elle seule uu petit discours, qui a son exorde , son développemenl et sa péroraison, comme le discours tout entier. Elle est un des movens les plus puissants doni dispose l'art oratoire : pendant que les petits traits et les incises saccadées effleurent Tesprit et ne font tout au plus que Télonner, une phrase lan^^e prépare l'impression, la fortifie el la conserve. Dans tous les écrivains vraiment éloquents on peut en apprécier les admirables effets: mais elle est surtout indispensable à celui qui veut remuer par la parole une mullilude. Des phrases courtes ne remplissent pas retendue d'un grand auditoire, et n'ont pas le temps, pour ainsi dire, d'en faire le tour; elles ne sauraient suffire à Bossuet prêchant dans une cathédrale , ni a Cicéron harauguant dans le Forum. Mais la période est pour eux un inslrumeul magnifique, dont la voix pleine et retentissante porte au loin leur parole, et en prolonge l émotion.

Mêlant toujours l'esprit philosophique le plus élevé aux observations les plus modestes, Aristole explique le plaisir que nous cause une période bien faite, par cet instinct de notre nature, qui fait que nous voulons tout limiter et tout circonscrire. « Car il nous sem- « ble que nous tenons quelque chose (juand nous avons (( déterminé des limites, el au contraire l'indéfini nous

fil u rebule en nous fuyant toujours •. » Cette manière de rendre compte des formes du langage oratoire n'est pas d'un rhéteur vulgaire. Après de pareilles réflexions, on est moins porté à dédaigner ces secrets du style qu'Aristote analyse ensuite complaisararaent, les àvTt- ^innçj les TTaciGwGEi;, etc. C'est là qu'il cite Isocrate, et quil ne cite guère que lui, paraissant le considérer comme un modèle, et sans mêler à cet hommage aucune espèce de restriction.

De lesprit dans le slyle ( cliap. 10-11 ).

On s'étonne d'abord qu'Aristote ait prétendu enseigner l'art de mettre de Tesprit et de l'imagination dans le style, tandis que personne ne s'élonne qu'on enseigne a parler ou à écrire avec pureté, clarté, harmonie. Cependant celui qui n'a pas l'esprit net ne saurait avoir des expressions pures et claires; celui qui n'a pas d'oreille, ne saura jamais flatter l'oreille d'autrui. Rien ne s'apprend en un certain sens; et, dans un autre sens, tout s'apprend, même le talent de peindre et le don de plaire : roigiv (yiv oùv àari toO e-j^uoO; v; toû YeY'ju.vaca.£voi» '

1. Kat ÔTi àeî Ti oïtTai £./;.'.v o axf-oaxri;..., etc., ch. 9.

2. Je me plais à citer Voltaire commentant Aristote : « Ceux qui mé- M prisent le génie d'Aristote seraient bien étonnés de voir qu'il a en- « soigné parfaitement, dans sa Rhétorique, la manière de dire les choses « avec esprit. Il dit que cet art consiste à ne pas se servir simplement « du mot propre, qui ne dit rien de nouveau, mais qu'il faut employer « une métaphore, une figure dont le sens soit clair et l'expression éner- « gique; il en apporte plusieurs exemples.... Aristole a bien raison de « dire qu'il faut du nouveau. )^ Y a-t-il rien de plus piquant que cette réflexion venue deux mille ans après le texte ?

Voltaire lui-même a défini , ou plutôt a décrit l'esprit d'une façon supérionro ; Dirt. philos., au mot Esprit).

Ce n'esl pas qu'Arislo'le ait donné, comme Cicéron ou Quintilien, une table des lieux d'où on peut tirer des raots heureux et des traits dVsprit. Ses leçons se réduisent à quelques recommandalions bien simples, mais qui remonlent comme toujours au principe même. Ce principe, c'est que nous aimons à apprendre, pourvu que ce soit sans peine et sans effort '. Donc louie expression qui nous apprendra quelque chose, d'une manière facile et rapide, sera bien reçue, el aura du prix à nos yeux. Le slyle ingénieux tient le milieu juste entre le style nul et le style affecté. Il n'y a pas de s»Tle«jU4ind les hioIh n'apport-nt iv^r ont iinnin^ connaissance »ouvelk\auc«n rapproi^u'ineut» aucun cclaîrd)t$«nien(, qu'ih nr creusent pn^ Je irace dar.s rinlelligence, el que la parule, couiuic on dit fort bien, vsi iosignilJanie. c'esl^-Jirc qu'elle nVst le signe d'aucunu hI««. Si au coniraîre TCHT^r^îo iiréleml mellre iUni^ chaque 4î\pres<ion une découv«?rle cl un^ Nurpii^c, s'il poursuit oblîuénienl un rapprocliemenl entre des oliosi.^ trêi-dispamifis, el s'il contraint »hius ce«e noire allcoliou en i: us prfsenlani non plus des aperçus à saisir, mab des *oi$:nieï» à déchiffrer '» a de Tct^pril f^ntèlro, maïs ce n'est pas un bon e>priU I-e vêriubie cîipiii coiisîsle à voir plus o4 mieux que le* autres t ma» seulement ce qui vaut la |ieine d'élre vu.

I^s deu\ movens principaux qu'.Vristotc indique puur reudie ic dmoufs expressif, :«ont l'antithèse el la roèiaphon sont la en effet les U ^ pins sen-

sibles des idèc> ; Tune le$ fait ressortir par Ir rontrjste , l'autre les met en lumière en les rappor;jut a • -

f . Ti T^P P-^v^*^^* y>lr,^l rfi

W^Oif tTtl.

images. Vous avez lu quelques pages d un plat écrivain , et vous avez senii, sans analyser voire impression, quelles étaient vides, lâches et traînantes : relisez-les, vous n'y trouverez à coup sur ni métaphores ni antithèses, ou vous en houverez qui sont usées et rebattues, el qui traînent dans tous les livres, mais pas une qui soit de lui, car encore faut-il quelque force pour en trouver. Jl est vrai que ces deux agréments peuvent très-bien devenir des ridicules, comme ranlithèse dans Fléchier, ou la métaphore chez tels écrivains plus modernes. C'est quand l'opposition ne porte que sur les plus petits détails d.? la |iensèe, ou qu'elle sr répète elle-ni^mr. *'nuiilemeot , comme une roue dcseugrenée, 4|aî loiiimt toujours sans faire aller la machine. C'est quand il n'y a aucun rapport .sensible ou intéressa ni entre uiie image et l objet qu'on veut représenter par ccitc image : alors on prnul nu h.tsard i]:w<i le monde plivsîque une figure, comnu ou prend une rime dans un dictionnaire de rimes. Mais ces abui d'esprit nVm- IHchenl |Kis que In métaphore cl ranlilliêse ne >oicut les principles li : ii..^^ que prend l'esprit dans le- style, et que CCS lumièrcji du diMcnir*; nVîinr<«nont djin-^ IV-lo- «|ueoc€ même des lkls^uet et ues hiscai.

Il faut, commefaitAristolL', distinguer enireles images celles qui rf.inl, |K>ur ainsi dire, agîssaiiii-.s, c>:,y.vjvTa . uous meuthî lejc choses nii^nies de>ani les jeux, et repréNcnleni m fîmlrpii» snrfn 1/. mouvement eUa vie. Lii poésie nV^i |»ii> au;rc cnosi- ; aussi cest H<imèr«, U fMtte. comme di.viient le% Grecs, qui lui fournil ici les pvr^mple^r mais lornf.Mir même, dans .son cntliousiasuic , reucoiUKî quol<|.ji !o'> de cl^ tr.-.its. Qu'est-ce que cette la, cc;:t^.ô;j -rv.!^ . di»rtf ii.Trl*» le phîlosopbe,

s'ils ne se Irouvent dans les paroles de Hossuel, quand il nous peint << ces gros bataillons serrés, semblables à „ aulanl de lours, mais à des tours qui sauraient répart' rer leurs brèches; » quand il nous montre « cette « aigle, qu'on voit toujours, soit qu'elle vole au mi- „ lieu des airs, soit qu'elle se pose sur le haut de .. quelque rocher, porter de tous côtés des regards per- .. çanls. et tomber si sûrement sur sa proie, qu'on „ ne peut éviter ses ongles non plus que ses yeux: » ou quand il ajoute enûn, revenant à la réalité, et plus énergique encore dans l'expression simple que dans les figuras, « aussi vifs étaient les regards, aussi vite et «"impétueuse était l'ullaque, aussi forte» et inévilabK>> « étaient les mains du prince Je Coodé? Ces passage» *uifiscul pour indiquer comment on pourrait publier une Rhétorique d'Aristolc coœmcnléc |>age à page par des extraits de nos orateurs.

Ainsi donc , le soin de n'employer aucune cxpreMÎOO qui ne porte quehjue chose daos l'esprit, «t ne lui ouvre quelque vue: r:miiihi..e, qui met en relief ce qu'ell* oppose: la métaphore . qui p«int l« objets comme sur uu tableau- rimagioation. qui les anime el le» fait « mouvoir couiiuc sur une seènc; voilà le sljlc. voilà le charme de la parole :

Ccst \h et «un ïurprewl, l'*l't"^ , «iMl, «uadic.

Celte analyse, san« doute. n« Murait mettre en nou> cc« don» précieux; cepeuiljut ne la jugeons |ki* inutile. Elle développe le goût . et le goût C5t la partie la plus humble de l'esprit , mai» non pa» la moins délicate ni la moins aimable D'ailleurs \ristolc no le rend pa» lin

seulement, mais aussi sûr et solide, en nous apprenant a ne pas nous occuper des mots pour les mots mais pour ce qu'ils signilient, et en rappelant toujo r's "a a ce b„ 3ér.eux, l'intelligenee et le sentiment de la V ne. La vér.té. c'est où doit aller l'orateur pa m.ag,„a..on. comme le philosophe par la science: apprendre, comprendre, c'est la fin de l'homme, c est donc auss, celle de la parole et du style. Boileaû

Et mon vers, bien ou mal , di, toujours quelque chose.

Il • fait ce qu'Amtole prescrit. \e p..rlez donc pas de t*au langage, de tours élégants, de phran. ^.m. penses d amplification ingéak«e; ce „'«, pas « de

. Ik^ qn e l« son,. Le bon s.yle sera pie.u d'agrément «^ devn, ph,re . .u..s c'«t parce que plai,^ «, j„ , ^I ^nce de la vérité; et q„<. H.quc exfUion Leur ut sau'<- pour ainsi dire u„ coin du voile q„i oouv^ cet e .v.dencc absolue, dont on a dit que si\l|, « d

llfrn»rqu»» diverses

Je ne m'occuperai pas d« reste de la Rhétorique d'A

n ;■" '"' •' "' '^^'"^'^ ''""-"P '^^ "^«""-^ intl ni^tJ-'T "*"''' "• '"•" '•'" ^" ''^'«''*- Celte der.

retenrs appellent la di.spo,.,.... ,o„,„„. ,^ ^Z^ <!- expédients pra,.q„e. pour l'exorde. |. narration.

tic

rarsumenlation, la discussion et la péroraison (cha p. 14- IDj^llssontlrès-proûtables, mais il n'y a plus là de principe général ; c'est une suile de remarques fondées sur une expérience irès-inleiligenle, cl que les rhéteurs qui sont venus ensuite n'ont guère l'ail que paraphraser. Cependant, comme les faits ne fon! jamais oubliera Aristole les principes, il nous averti, que cette division en exorde, narration, etc., n'est pas de l'essence du discours, qui n'a. par sa nature, que deux parties, la proposition et la démonstration. Il fait voir que la narration. par exemple, n'a pas de place déterminée et nécessaire dans le genre délibératif, et que dans l epidictique. elle est le discours toyt entier; de sorte quon voit bien, comme il l'avait déjà dit. que c'est pour le discours judiciaire que ces divisions des rhéteurs ont été faites Cela établi, il donne ensuite d'excellents préceptes pour cette narration, ainsi que pour les autres parties ; préceptes toujours formulés avec netteté et précision, et débarrassés des minuties et des distinctions msi<.niûanles dont les avaient déjà chargés les rhéteurs. lUa au fait, et ne dit rien qui ne serve. Ses réllex.ons sur les conditions diverses des trois genres, sur les différentes sortes de preuves, sur l'emploi de l'exoide. sur l'interrogation, etc.. semblent plutôt d'un homme du métier que dun philosophe réduit à la théorie.

Je ne veux pas oublier de relever ce qu'il dit. dans sa doctrine de l'Élocution (d.ap. 12); sur le genre particulier de stvle que demande un discours, suivant qu'il est fait pour'les combats de la place publique, ou compose

pour une lecture fai:e à loisir. Le discours épidict.que.

qui doit se lire a lombre d'un aeu d'étude, sera bui

dans tous ses détails. !,<; délibératif, jeté au milieu de l'agilalion d'une assemblée populaire, a besoin de traits heurtés et de larges ombres, comme une toile de théâtre (eoiz-erî; Q-z.'.T.-^^'x-^i.'t). Le genre judiciaire tient le milieu; il ne faut dans un plaidoyer ni trop d'abar.don ni trop de soin. Le discours agoiiixlifue, comme les Grecs l'appelaient expressivemenl, vaut surtout par l'action, comme un drame: c'est, comme ou sait, ce que Démosthène pensait aussi. Il s'accommode des tours brusques, des défauts de liaison, des répétitions fréquentes, de tout ce qui marque du mouvement et du trouble. Mais <juarrive-t-il quand on relit tout cela à tête reposée? ce qui semblait si beau pjraît grossier et ridicule. «pai'vtTat fj-r.hr,. Ce n'est donc pas d'aujourd'luii seulement qu'on éprouve de ces mécomptes, de sorte que le discours qui a le plus écitauffé une assemblée devient froid et illisible dans les colonnes d'un journal. Mais comment s'expliquer alors ces harangues admirables de Démosthène, telles que les manuscrits nous les transmettent, pleines, serrées, d'un dessin à la fois si vigoureux et si correct? Ce n'est pas assez dédire que l'éloquence de Démosthène ne saurait se comparer à aucune; que les orateurs anciens surpassaient tous les nôtres par l'art et le travail ; qu'ils demandaient à l'éloquence non pas seulement des succès d'un jour, mais une gloire durable; et qu'ils voulaient, comme Thucydide, que leur parole subsistât à toujours et fût entendue de l'avenir : ce n'est pas assez SI on n admet que, dans celle vue, ils ne se conlenlaiont pas de l'improvisation, môme la plus laborieusement préparée et la plus sûre de sa puissance, mais qu'après que le discours avait produit son effet présent, ils le retravaillaient en l'écrivant pour le conserver et le répan-

dre '. On comprendra aiusi, je ne dis pas seulement Téclal et la sublimité de ces chefs-d'œuvre, mais, ce qui est plus difficile encore, ce goût parfait et celte merveilleuse sobriété qui caractérise les atliques. Quand on lit par exemple le Discours contre Ératostliène, de Lysias, et qu'on admire l'adresse continuelle du récit, la précision du raisonnement, et une mesure tellement soutenue, que chaque phrase, comme on dit vulgairement, semble moulée, et qu'il n'y a pas un mot ni à ajouter, ni à retrancher, nia reprendre : pour croire que tout cela a été improvisé ainsi, il faudrait penser que l'esprit humain n'était pas alors ce qu'il est de notre temps. La remarque d'Aristote que je viens de transcrire prouve le contraire. Nous penserons donc que Lysias écrivit ce morceau, et nous en dirons autant des célèbres plaidoyers d'Eschine et de Démoslhène; cela nous fera peut-être mieux comprendre certaines particularités de ces discours. 11 est bon d'ailleurs de savoir ce que coûte la perfection, et de reconnaître que l'abeille attique n'a pas réussi sans beaucoup de travail et de peine à former son miel si pur.

1. C'est du moins ce qui est êllesté pour les Latins : Plerœque enim scribuntur orationes habilœ jam , non ul habeanlur. Cic, lirulugy 2i.

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