‹ Étude sur la Rhétorique d'Aristote [microform]Chapitre 18 sur 19 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

J'ai terminé l'étude de la Rhétorique d'Aristote. Ma fâche est remplie, si j'ai fait voir que cette Rhétorique, la plus ancienne de toutes, est cependant celle qui a le moins vieilli, et qui demeure encore aujourd'hui la plus utile, parce qu'elle est établie sur des principes plus élevés et plus universels qu'aucune autre. Je conclurai en indiquant les principaux points par lesquels elle se montre supérieure et originale quand on la compare aux autres Rhétoriques grecques et latines.

Tout ce que nous avons sur la rhétorique a été écrit par des rhéteurs ou d'après des rhéteurs, en vue seulement de la pratique du métier. Aristote est un philosophe , et sa rhétorique , une partie de la science de l'homme. Platon avait combattu la rhétorique vulgaire au nom de la philosophie ; Aristote les a réconciliées, et a dicté, pour ainsi dire, les conditions de la paix.

L'idée qu'Aristote donne de la rhétorique est la plus vraie qu'on s'en puisse faire. C'est une dialectique du vraisemblable, une dialectique populaire, une dialectique politique. Ainsi le raisonnement en fait le fond, et ce raisonnement repose sur l'intelligence des opinions, des intérêts et des passions humaines. Aucune autre définition n'a fait si bien paraître ce fond. Celle de Quintilieu, que la rhétorique est l'art de bien parler, laisse trop voir la prédilection de l'auteur pour Télocutiou,

(|ui n'est qu'un moyen, tandis qu'il semble en lairo

uii but.

La théorie du raisonnement oratoire est ce qu'il y a de plus original dans Aristote. Il est beau d'avoir vu que la foule ;i laquelle s'adresse Torateur est conduite par trois principales idées, et d'avoir analysé ces idées de manière à se rendre compte de la plupart de nos déterminations et de nos jugements. Ce grand travail n'a été reproduit dans aucune autre Rhétorique.

Au lieu de quelques réflexions vagues sur la force des passions et l'attrait de ce qu'on appelle les mœurs. Aristote seul a donné une analyse de nos affections et de nos caractères, plus fine encore que celle qu'il avait faite de nos idées. Il a complété ainsi la rhétorique (elle que Platon l'avait conçue, et il a créé une sorte d'histoire naturelle morale, plulol développée que surpassée

depuis.

Enfin sa théorie de Télocution ne consiste pas, comme chez d'autres, ou dans des |)hrases éloquentes, mais qui n'apprennent rien, ou dans une énuméralion intermina ble de figures; elle est à la fois courte et pleine, et relève des mêmes principes (jue tout l'ouvrage. La langue de l'orateur doit être celle du raisonnement, elle exclut donc la poésie. Le plaisir qu'un bon style peut causer est de la môme nature que celui que donne une logique fine et habile. Il consiste dans la perception d'un rapport, d'une ressemblance, d'un contraste, d'une limite; dans une expression qui semble proposer un |)roblérae, et le résoudre presque en même temps : le meilleur style est donc celui qui nous apprend le plus de choses, et qui nous les apprend le mieux. Ainsi la plupart des Uhéloriques considèrent l'éloculion dau^ ses accidents et ses

dehors.; celle d'Aristote en marque les conditions essentielles cl la lin.

J'ai donc à signaler surtout dans la Rhétorique d'Aristole ;

L'esprit philosophique de l'ouvrage, et les idées générales de l'auteur sur l'éloquence et l'art oratoire;

Sa théorie du raisonnement;

Son analyse des passions et des mœurs;

Sa doctrine de l'élocution.

J'ajouterai que les parties mêmes qui se retrouvent ailleurs, comme la doctrine des lieux communs ou topiques, l'analyse des preuves dites extérieures, les détails sur l'exorde, la narration et les diverses parties du discours, paraissent encore traitées d'une manière plus lumineuse dans Aristote, soit parce qu'il est plus court et moins minutieux, soit parce qu'elles sont mieux à leur place dans l'ensemble de son ouvrage, et se ressentent de l'intérêt général qui y est répandu, et qui tient à l'unité de la pensée qui l'anime.

On a vu enfin quels renseignements pouvait fournir l'ouvrage d'Arislote, tant pour l'histoire de la rhétorique en général, que pour celle des idées et des habitudes du temps. Je n'ai pas cru que ces détails fussent absolument en dehors de mon sujet.

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