‹ Étude sur la simplification de l'orthographeChapitre 14 sur 58 · AU, EAU · texte numérisé non relu

AU, EAU

§ 108. Au a des origines multiples; il représente entre autres :

1« lat. ab, al, au, at : aurone, aube, aurore, autruche, de abrotonum, alba, aurora,* avisstruthio;

2» lat. el (exceptionnellement) : boyau, aumône, de botellum, eleemosyna (eccl.);

3« lat. il (exceptionnellement) : aunée, de Hlunata p. *inulala (class. inula);

4« vfr. al : aux, épaule, de afc, espalle (lat. ad illos, spathula) * ;

5» 11 est dû à des restitutions ou à des néo-formations «savantes ». En effet, vers le vir ou vui® siècle, le gallo-roman du nord transforme en o ouvert la diphtongue lat. au^ : taurum, laurum, *pauperum, deviennent (or, lor, poire. Taureau, laurier, pauvre, sont des graphies d'un âge postérieur, où Vau latin a élé restitué. Aawronier était en vfr. /loromer, dérivé de noton, du b. lat. nautOHcm; ce sont les savants du xvi" siècle qui, pour le rapprocher de nauta, l'ont transformé en nautonier. Aurum, auricula, ont donné or, oreille, mais aurifère, auriculaire, sont des créations de la langue savante;

6» Enfin il est inétymologique dans divers mots tels que [aubourg (vfr. du xn^ au xiv^ s. forsbourg, fourbourg) ^ , hauban

* Au xir s. al se change en au (pron. aou) qui, au"xvi% aboutit à o lovm(' après avoir passé par le son ao.

^ Ceci avait déjà commencé à se produire de twnne heure chez les Romains eux-mômes. Sous la République on voit les noms propres Plautius, Claudius, écrits Plotius, Clodius. Vers la lin de l'Empire au se réduit à o dans un certain nombre de mots, comme alosa, clodere, closlruni, coda, colis, plostmm, orum, oricîilas (cf. Festus), pour alausa, claudere, cianstrum, cauda, canlis, plaustriim, aurum, auriculas.

3 Faubourg a trois congénères faufiler, faux-fuyant,faux marcher (vfr. forfiler, for fuyant, for marcher), duscomme lui à une erreur d'étymologie populaire. Ces quatre mots sont composés à l'aide du préfixe fors (lat. forù) ; quand il eut cessé d'y être compris, on le changea en l'adjectif faux.

(vfr. hobent, de flam. hobant), étau (vfr. étoc, estoc, de germ. stoc, ail. mod. stock), saur (de néerl. zoor « desséché »), aune (de a. h. a. elina), etc.

§109. Le groupe mu est la traduction régulière du lat. -ellum, Ex. : château, agneau, jumeau, de castellum, agnellum, gemellum ^

Accidentellement, comme on vient de le voir (§ 108, 2«), -ellum est rendu par -au (boyau, de botellum).

Dans eau (vfr. aire, ère, eue, eaue) ce polygra mm e représente agwde lat. aqua,

§110. L'orthographe officielle foisonne d'inconséquences dans sa manière de traiter le phonème o et elle en mélange arbitrairement les trois notations au, eau, o :

lo Elle rend lat. -ell- et vfr. -e/ tantôt par -eau (ce qui est le cas le plus fréquent), tantôt par -au. Ainsi, en regard de château, agneau, nouveauté, (lat. castellum, agnellum, novellitatem), elle écrit boyau, fléau, gruau, hoyau (lat. botellum, flagellum, vfr. grueau, gruel, hoyel, hoel).

2p Elle traduit tantôt par au, tantôt par o, des groupes phonétiques originairement pareils.

Ainsi on a :

auche (vfr. osche,

prov. osca) audace (lat. audacia) auréole (lat. auréola) et

tous les dérivés savants

de or (aurum) : aurifère,

aurifier, etc.

auriculaire (lat. auricularium) aurone (lat. abrotonum) aurore (lat. aurora)

autoriser (b. lat. auctorizare) cause (lat. causa) cautère (lat. cauterium) clause (b. lat. clausa)

en regard de :

hoche m. s. (vfr. osche, prov. osca)

oser (lat. pop. *ausare)

toriof (lat. aureolum, § 42) et tous les dérivés populaires de or : orfèvre, oriflamme, oripeau, orpiment, etc.

oreille (lat. auricula)

tôle (lat. tabula)

orage, essorer (lat. pop.

* auraticum, * exawrarc)

octroyer (auctorizare)

chose (causa)

chômer (lat. pop.* caumare)

clos (lat. clausum)

1 -ellum avait primitivement donné e/ en français; puis, du xn' au xvu' s., ce groupe a passé successivement par les prononciations eal, eaou, eao, eo, pour aboutir au son o fermé.

claustral (b. lat. claustralem) clôture (lat. pop. * clausitura)

laudatif (\sit laudativum) los, lods (lat. laudes)

Maure (lat. Manrum) more(Maurum), dans cap de

more ; moreau, dérivé de more ; morelle, tiré de moreau

naulage (prov. naidage, noliser (it. noleggiare, tiré de

tiré de lat. naulum) lat. naulum)

pause (lat. pausa) posCy dérivé de poser (lat.

pausare, de pausa)

saumxm (lat. salmonem) somm^, dans «bête de som-

me » (vfr. some, prov.

sauma, b. lat. salma, corruption de sagm/i) ^

thésauriser (\aL thésaurizare, trésor (lat. pop.* tresaurum,

de thésaurus) class. thesaurum)

§U*- Réglementation. — 11 est facile de débrouiller ce chaos en ramenant toutes les formes en au, eau, à une seule notation o et en écrivant aréole, ôrifère, ôriculère, ôrone, orore, cose, nôlaje, tésoriser^ etc., comme or, orfèvre, oreille, tôle, orage, chose, noliser, trésor. Ce ne sera que généraliser une notation traditionnelle dont la langue a toujours fait un large emploi. Ceto substitué à mi, eau, ayant comme lui deux prononciations, l'une ouverte, l'autre fermée 2, se notera ô dans le second cas, du moins lorsqu'il sera initial ou médial (ôbépine, côtère, p. aubépine, cautère) i final, il ne recevra pas l'accent circonflexe, parce que, dans la prononciation française, Vo final étant toujours fermé, qu'il soit ou non suivi d'une consonne muette (piano, loto, bobo; galop, sirop, pot, sabot), il sera bon de mettre cette habitude à profit pour éviter de surcharger l'écriture : fléau, bateau, jumeau, château, joyau, etc., seront donc notés fléo, bato,jumo, châto, ;oto(§f97,5o).

On agira de même lorsque cet 0, sans être la lettre terminale du mot, se trouvera dans une désinence où l'habitude de la prononciation est de lui donner toujours le son fermé, comme cela arrive, entre autres, dans -ose (rose, chose, etc.). C'est pourquoi Yo de cose

^ « Sagma, quœ corrupte dicUur salma » (Isidore de Se ville, vr s.) * Ex. : Taureau (vfr. loreau), qui présente à la fois les deux : to-rô.

(p. cause) figure sans accent circonflexe dans les exemples cités au début de ce paragraphe \.

§ 112. Homophones. — Dans un certain nombre de mots il y aura lieu de renoncer à la simplification de au, eau, en o, pour éviter l'inconvénient des homogrammes : au sera conservé et eau réduit, autant que cela sera possible, k au.

Ainsi on écrira : à cause de :

aubié (p. aubier) obié (p. obier)

auspisse(f.auspicé) ospisse {p. hospice,

autel . ôtel (p. hôtel, § 365)

ver sau {ip, Verseau) verso

vaus (p. vauxyp\uv, de val) vos {p.veaujc)

aus {p. aulx, plur. de ail) os

au (dat. de Tart. k) ô (interj.)

eaus (plur. de eau) os

pause pose

. fausse fosse

bau;S (p. baux) bos (p. beaux)

sdu (p. seau) 2 so (p,saut)

1. Vaux (je, tu), du vb. valoir, et veaux, pluriel de veau, s'écriront I70S sans aucun danger, puisque, grâce à la différence des fonctions syntactiques, ils ne peuvent se confondre ni entre eux, ni avec l'adj. poss. vos, mais il n'en est pas de môme de vaux (plur. de val) : c'est pourquoi on l'écrira vaus,

2. Aulx sera conservé sous la forme simplifiée at/s, parce que, réduit à os, il est exposé à se confondre avec os « ossements ». Ce n'est pas une simple hypothèse, car j'ai cité à ce propos (§37) un passage de la Revue Scientifique où elle signalait en quelques lignes une recette contre le phylloxéra, proposée par un viticulteur du midi et consistant à «enterrer des aw/j au pied des vignes ». On voit l'obscurité et l'incertitude qui résulteraient ici d'une écriture strictement phonétique.

1 Je ne fais qu'eUleurer ici la quesUon de l'accent : pour plus de détails sur les cas où H convient de l'employer ou de s'en abstenir, v. ci-dessous, §§ 540-551.

2 Les quatre homonymes seati, saut, sceau, sot, seront orthographiés respectivement sau, 80, sço, sol (v. ci-dessous §§ 330, 388).

3. Au, dat. de l'art, le, ne court guère le risque de se confondre avec rinterj. à, sauf peut être quand il lui arrive d'être employé au début d*une phrase comme celle-ci : a An jour de la vengeance

céleste »; le lecteur peut alors hésiter un instant sur la valeur

exacte de au, si on l'écrit o (« 0 jour de la vengeance céleste.... »). Bien que cette chance d'incertitude passagère soit des plus rares, encore vaut-il mieux l'éviter en ne changeant rien à l'orthographe deau^.

4. Eau comporte les niémes restrictions. En effet, réduit à o, il aurait pour pluriel os, qui se confondrait avec os.(( ossements » ; simplifié en au, il aurait pour pluriel aus, qui se confondrait avec le pluriel de ail (aus p. aulx). 11 y a là une possibilité d'équivoque à prévenir: on conservera donc le plur. eaus (p. eaux) et, par suite, le sg. eau, l'une des deux formes entraînant l'autre (v. § 119).

0. Pause flat. pausa) devrait logiquement s'écrire pose, comme son congénère pose, mais cette notation pourrait engendrer des amphibologies. Bien qu'issus d'une source commune (v. § 110), ces deux mots ont des significations radicalement distinctes qui légitiment leur différence d'orthographe. Les digraphies de cette sorte, quoique étymologiquement injustifiables, rendent trop de services dans la pratique pour qu'on songe à les supprimer. C'est un point d'une importance majeure sur lequel on ne saurait trop insister.

6. Fausse (adj.) et fosse (sbst.) ne sont pas exposés à se confondre, en dehors de quelques rares locutions telles que celles-ci : « une fausse nouvelle, une fosse nouvelle ». Si peu probable que soit l'équivoque, il suffit qu'à la rigueur elle soit possible pour motiver, — au moins provisoirement, — la conservation de fausse et, par conséquent, celle du masc. faus (p. faux, v. §337) sous leur forme en -au-,

7. J'en dirai autant de baus. « Viens bos (p. vieux baujt) » offrant une graphie identique à celle de « viens bos (p. vieux beaux) », le même scrupule, auquel fausse doit sa conservation, nous conseille d'adopter la graphie baus pour baux.

8. C'est également le cas pour le maintien du digramme au dans autel, auspisse, où les chances d'erreur sont possibles, bien que minimes. En ce qui regarde ce dernier, l'emploi de l'accent circonflexe (ô.'spissé) pourrait sembler suffisant pour empêcher l'équivoque avec ospisse (p. hospice), mais nous ne devons pas

< La conservation du sg. au entraîne naturellemçnl celle du digramme au dans le plur. aus (p. aux, § 335, 2«).

oublier de nous tenir en garde contre la négligence avec laquelle certaines personnes se laissent aller à omettre dans l'écriture des accents dont la présence serait utile à la clarté : le plus sûr moyen d y parer, c'est de conserver au-. Cette précaution n'est pas moins nécessaire à l'égard d'aubier. Il faut rejeter la graphie ôbié, car l'omission involontaire du circonflexe y pourrait à l'occasion devenir réellement nuisible, en confondant aubier et obier sous une même notation amphibologique obié ^.

9. En revanche nous n'hésiterons pas à écrire canos et close pour canaux et clause, Canos est sans inconvénient, car on ne peut le confondre avec cawots, plur. de canot (pour la conservation du t final dans ce mot, v. ci-dessous § 329, 4o). Close est aussi un très bon substitut de clause et ne peut faire équivoque avec close, le premier fonctionnant dans la phrase comme substantif et le second comme adjectif.

§113. La seule critique qu'on puisse adresser à la réduction des groupes auy eau, à o, c'est l'étendue de la modification qu'elle introduira dans nos habitudes. En effet, outre les mots qui possèdent au, eau initial ou médiat, il faut:

1" Songer au nombre considérable des mots en au, eau final, par exemple tous les diminutifs formés à l'aide de -eaw, comme héronneau, renardeau, huveteau, dindonneau, vermisseau, arbrisseau, poétereau, etc. (on en compte au moins 280, chiffre rond);

2« Y ajouter tous les substantifs et adjectifs en -al dont le pluriel se fait en aux et qui ne sont pas loin de 500.

Évidemment, dans les débuts, cette quantité de finales en o, os, donnera au vocabulaire une fausse apparence d'italianisme ou d'hispanisme, qui ne sera pas sans inquiéter notre routine : toro, agno, pipo, muso, etc., nous sembleront tout d'abord être quelque peu de la même pâte que imbroglio, alto, bravo, concerto, smmzando, crescendo, fandango, guanaco, etc. 2

Pour les timorés qu'effraierait tant d'audace, il y aurait moyen d'atténuer la réforme et de la rendre plus acceptable en la rame-

* V. ci-dessous § 129, i*, ce qui est dit au sujet des inconvénients que peut entraîner celte négligence des distinctions graphiques en matière d'accents.

^ Les pluriels bos, drapos, inégos, anos, numéros (adj.), sidéros, étos (p. beaux, drapeaux, inégaux, anneaux, numéraux, sidéraux, étaux), et autres analogues auront également de la peine à se faire accepter d'emblée, et pourtant ils ne sont pas plus extraordinaires que les singuliers ïos, repos, clos, éclos, ou les pluriels bobos, lavabos, gogos, pianos, dominos, numéros, zéros, mémentos, etc., auxquels nous sommes si parfaitement accoutumés (v. § 3â6).

nant traasitoireinent aux proportions que voici, par la division en deux catégories des mots à réformer, ceux en au, eau initial ou médial, d'une part, et ceux en au, eau final, de l'autre. On adopterait pour eux cette règle :

i^ au initial, au, eau médial, seraient réduits à o : aubépine, cruauté, nouveauté, etc., s'écriraient ôbépine, cruôté, nouwté;

2o au final resterait et eau final serait réduit à au : boyau, gruau, fabliau, animaus, chemus (p. animaux, chevaux), eic, garderaient leur au, mais château, radeau, arbrisseau, deviendraient chdtau, (comme l'écrivait Voltaire), rorfaw, arbrissau, suivant en cela l'exemple déjà donné par boyau, gruau, Itoyau, (vfr. bueau, grueau, hoeau).

Même ainsi limitée, la simplification serait encore assez importante pour valoir la peine qu'on l'adoptât.

§114. Minimum. — Cependant si, toute modeste qu'elle est, elle paraissait encore excessive et prématurée, on pourrait se borner à opérer la légère amélioration suivante :

i*> Remplacer au par o dans les mots où cet au n'est pas étymologique, comme hauban, faubourg, étau (hôban, fôbour, éto), etc. Dans ces cas, comme dans tous les autres semblables, la réforme phonétique s'impose, puisqu'on ne peut invoquer l'étymologisme pour la défense des formes à modifier etque de leur simplification ne doit résulter aucune ambiguïté.

2*» Procéder de même à l'égard des familles de mots où l'un des membres présenterait déjà cette simplification. Ainsi, awri/m ayant donné or, tous les mots dans lesquels il joue un rôle s'écriraient désormais par or. Ex. : aréole, àrifère, à l'instar de orfèvre, dorei\ dorade (lat. *aurifabrum, deaurare, prov. daurada, propre « dorée »). De même oreille, chose, clos(v,% 110), entraîneraient ôriculaire, ôriste, cose, caser, clôstral, tésoriser, etc. On diminuerait ainsi la bigarrure de l'orthographe et ce serait toujours cela de gagné.

§115. Une autre objection qu'on pourrait être tenté d'élever contre le changement des finales en -eau, c'est qu'il risquerait de fausser la formation des dérivés. Chacun sait, en effet, que cette dérivation se fait en -c/- : anneau, grumeau, morceau, donnent anneler, grunuleux, morceler. Or, dira-t-on, la présence de la graphie eau, fille du vfr. el, dérivé lui-même du lat. -ellum, sert de guide à la création des dérivés; elle avertit qu'ils doivent se former en-e/-, et son remplacement par -o, ou même par -au, en supprimant cet utile jalon engendrerait des types barbares, créés à l'aventure. La réponse est facile :

1« Les letti'és, qui ont Décessairement une teinture, au moins légère, de l'étymologie, n'hésiteront pas à former des dérivés en -el' dès qu'ils en auront besoin.

2» A défaut même de connaissances étymologiques, lanalogie des dérivés en -el- déjà existants, comme anneler, grumeleux, etc., suffirait à les renseigner sur la forme que devront recevoir les dérivés à venir.

3« Enfin il ne faut pas compter outre mesure sur l'emploi d'une orthographe « savante » pour agir ici sur les dérivés produits par la langue populaire ^ En ce qui concerne ce point spécial, sa tendance présente est nettement caractérisée : elle consiste à former les dérivés à l'aide de -t-. Ainsi, tandis que ciseau, carreau, jumeau, agneau, etc., ont donné ciseler, carreler, jumeler, agnelin, nous voyons biseau, pinceau, panneau, blaireau, tableau, donner naissance à biseauter, pinceauter, panneauter, blaireauter, tableautin, au lieu de biseler, pinceler^, pannelei\ blaireler, tablelin, que réclamerait l'analogie. C'est par un procédé semblable que sirop a donné siroter et non siroper, en regard du dérivé savant sirupeux, et que de clou, fer blanc, tabac, papier, miroir, on a tiré les créations anormales cloutier, ferblantier, tabatière, papetier, miroitier. J'estime donc qu'il n'y a pas lieu de s'arrêter à cette objection et qu'elle ne saurait nous empêcher de travailler à l'unification des finales en au, eau,

E muet.

Le muet, appelé aussi e labial ou e féminin ^, fait son apparition dès le ix® siècle dans les premiers textes de notre langue. Son domaine s'étend progressivement dans les siècles ultérieurs, où il se substitue peu à peu aux autres voyelles de la langue mère, en vertu de lois dans le détail desquelles je n'entrerai pas. Mais, à partir du xiv® siècle, il commence à tomber çà et là dans la prononciation, par exemple après les diphtongues et les voyelles, comme dans t>rai(e)m€nt, uni(e)m£nt, eau(e). En même temps c

1 V. cl-dessou8 § 264, 3*.

* Comparer pincelier ( ustensile à Tusage des peintres).

•* C'esl un en mi-ouvert très bref (§ 7). Corneille l'appelle « e féminin » dans r.4ris au Lecteur de son Théâtre, imprimé à Rouen en 166i.

Le nom d'« e muet » vient de ce qu'on a continué de l'écrire dans la plupart des mots où le son de cette lettre, après avoir commence par s'affaiblir, a fini par s'éteindre; mais ce nom n'est pas exact, puisqu'il est loin d'être toujours réellement muet, comme on va le voir un peu plus bas.

interconsonantique s*aQaiblit, tandis qu'e final postconsonantique (heur-e, àm-e) persiste jusque dans le xvi« siècle. Les chutes continuent à se multiplier dans la période suivante et, depuis le xvn« siècle, ïe médial ou final ne se fait plus guère sentir dans Tarticulation courante que là où Taccumulation des consonnes réclame la présence d'une voyelle d'appui. C'est ainsi qu'on n'bésîte pas à dire : « Vous m'frez V plaisir de promener mes p*iif fUl' dans /' jardin des TuiVri* », et autres phrases semblables. La plupart d'entre nous opèrent inconsciemment ces suppressions et seraient fort étonnés si on leur faisait voir quelle prodigieuse quantité d'e ils escamotent à leur insu.

Il en est autrement de la diction oratoire qui rétablit Ve labial sinon toujours, du moins aussi souvent qu'il lui est possible de le faire sans affectation.

La diction poétique enchérit encore sur elle et, si nos habitudes lui interdisent de faire entendre tous les e de cette espèce, ceux qu'elle se voit contrainte de laisser tomber ne constituent plus qu'une faible minorité.

§ 1*7# A mesure que Te féminin cessait de se faire entendre, l'orthographe s'efforçait de le suivre dans son évolution, enregistrant ses disparitions successives : esperit (lat. spiritum) devient esprit dans Montaigne : serment remplace sairementj serement (lat. sacramenium) y au xvi« siècle; larcin, soupçon, pou r larrecin, soupeçon (lat. latrocinttim, suspectionem), sont du xvn® siècle ; La Fontaine écrit chartier pour charretier * , et vers le milieu du xviii® siècle courtier se substitue à courretier. C'est également ainsi qu'à beluette, beluter, berouette, chauderon, cheance, cheoir, derrenier, denerée, doleoire, eaue, espelucher, mairerie (conservé dans le langage populaire), marreglier, more doré,parevis, pelain^ ,perrm/, reont, surpelis, touquesain^^veoir, verai, etc., ont succédé bluette, bluter, brouette, chaudron, chance^ choir, dernier, denrée, doloire, eau, éplucher, mairie, marguillier, mordoré, parvis, plain (technol.), persil, rond, surplis, tocsin, voir, t?rai* .

* Au xvi« 8. chartier est usité concurremment avec charretier. Le xvir s. n'a plus que chartier; en 1762 l'Académie le proscrit et rétablit charretier^ mais elle laisse subsister charlon et chartil, qui ont remplacé charreton, charretil.

* Du verbe peler,

3 Pour Tétymologie de touquesain, v. § 229.

* Inversement, à partir du xiii* s., on voit cet e s'introduire, sous des influences analogiques, dans certains mots qui ne le possédaient point auparavant et durté, par exemple, se changer en dureté, de même que purté, seurté, aboutissent sur le tard à pureté, senreté (fr. mod. sûreté).

Dans souverain, tourtereau (vfr. sovrain, tourtreau), l'intercalation de Ve est probablement due à l'euphonie.

Encouragés par ces précédents, nombre de phonétisies voudraient supprimer dans l'écriture Ve labial à toutes les places où la diction familière le laisse tomber. Ce serait un tort. En passant la revue des différentes positions occupées par e dans le vocabulaire, nous allons constater que le chiffre des réformes utiles et possibles à opérer sur ce terrain est des plus modestes et que presque partout des motifs sérieux nous imposent, au contraire, l'obligation de ne pas y toucher.

§ 118. L»g labial est initial (comme dans eau), médlal ou final; médial, il peut être interconsonantique {pal-e-tot), prévocalique (s-e-oir) ou postvocalique (pli-e-ra); final, il est postconsonanlique (réfectoir-e) ou postvocalique (foli-e). C'est dans ces divers rôles que nous allons l'examiner.

E muet initial.

§ 119. Il ne figure plus que dans eau^eieu.eus, etc., du vb. avoir. Partout ailleurs il est tombé dans la graphie comme dans la prononciation. Ex. : âge, vfr. eage (l^L pop. * œtaticum). Dans eau également il serait à supprimer, si l'on ne consultait quela logique, et l'on devrait écri^re o (§ 112) ; mais il n'y faut pas songer, à cause de l'homonymie que présentent au pluriel eau^, aubt, os, et de la confusion qu'y introduirait une graphie phonétique os. J'ai dit au § 112 comment il fallait résoudre cette question et pourquoi eau devait conserver sa graphie actuelle. Le maintien d'e initial dans ce cas unique ne constitue pas une véritable gène, tandis que sa disparition offrirait des inconvénients. Pour le traitement de eu, v. § 166.

E muet médial interconsonantique.

§ 120. Ses chutes ont été nombreuses depuis cinq siècles: j'en ai donné tout à l'heure quelques exemples (§ 117). L'orthographe officielle a respecté les unes, qui appartenaient à des mots de formation populaire, et leur a accordé une sanction définitive. Ex. : chaudron, bluter, éplucher, etc. Pour beaucoup d'autres, survenues en général dans des mots de formation savante, elle n'en a pas tenu compte

«Avant de se réduire au son d'une simple voyelle o, ce mot était jadis une trlphtongue écrite eaue, comme on l'a vu au § 109, et prononcée à peu près éaoue. Au XVI* s. son -e final, tombé dans la prononciation, avait disparu de l'orthographe; néanmoins en 1606 on retrouve encore par exception sous la plume de Nicot la forme eauë.

et Te y a été restitué. Sur ce point, comme partout, elle prodigue les inconséquences. Ex. :

éplucher en regard de peluche

blousé — pelouse

courtier — charretier

serment — parement

surplis (b. lat. superpellicium) — pelisse (lat. pop. *pellicia)

paltoquet (de paletot) — paletot (vfr. paletoc)

tocsin (p. toque-sin) — boute-selle

cherté (lat. caritatem) — rareté (lat. raritatem)

fierté (ferilatem) — pureté (puritatem)

clarté (claritatem) — dureté (duritatem)

mairie — serrurerie

etc.

Ailleurs elle hésite entre les deux formes : bourlet et pluche sont autorisés par elle en même temps que bourrelet, peluche.

Enfin elle garde, malgré Tétymologie, Ye parasite de caleçon (xvi® s. caksson), qui vient de l'it. calzone et pour lequel Richelet admettait la graphie calçon.

§121. La prononciation familière supprime Ve interconsonantique chaque fois qu'elle ne trouve pas d'obstacle dans Taccumulation des consonnes. Comme je lai dit plus haut (§ 117), certains phonétistes, s'appuyant d'une part sur ce phénomène et de l'autre sur les précédents orthographiques qui nous ont donné esprit^ serment, soupçon, contrôle, etc., pour esperit, serem^nt, soupeçon, contrerolle (i. e. contre-rôle), en ont pris texte pour proposer de supprimer Ye interconsonantique dans les mots où l'articulation courante le laisse tomber, mais cette opinion n'est pas admissible. Voici les principales raisons qu'on peut lui opposer et qui plaident énergiquement en faveur du statu quo :

lo La diction familière, malgré son penchant pour la suppression de Te, n'en est pas moins forcée de le faire entendre partout où la présence dune voyelle d'appui devient nécessaire : elle prononce « batleur, cliap'lain, p'iure, netteté », mais elle ne touche pas à « batelier, chapelier, patte-pelue, fermeté ». Par un motif semblable, si elle peut dire « vingt ch'vaujc, un pUit homme », elle est obligée de prononcer « trente chevaux, une petite femme ». Or, en vertu des raisons données aux §§ 25-29, on ne saurait admettre que.

— Dedans la langue courante ^, un même mot possède deux orthographes et qu'il soit loisible d'écrire suivant les cns chetmujt ou chvàux^ petit ou ptit : le maintien de V e dans récriture s'impose donc sans contestation possible.

2^ De plus la prononciation est essentiellement variable sur ce point. Elle dépend en grande parlie de l'éducation, des habitudes contractées dès l'enfance suivant le milieu dans lequel on a été élevé, de certaines tendances individuelles, du lieu d'origine, car le phénomène diffère l)eaucoup de province à province, et tel mot qui perd son e médiat dans une bouche picarde le conserve, énergiquemenl articulé, en Bretagne ou en Provence; bref, la suppression qui satisferait les uns paraîtrait aux autres déplaisante et inacceptable. La réforme reposerait donc sur des bases arbitraires ou, si l'on convenait de s'en remettre à la fantaisie de chacun, on tomberait dans l'anarchie graphique (§ 86).

3« Si la diction familière comportede telles suppressions,la diction oratoire et plus encore la diclion poétique s'efforcent, au contraire, de sauvegarder Ve interconsonantique; les mots où cette dernière elle-même est réduile à le laisser tomber sont relativement peu nombreux. 11 va de soi qu'ici non plus on ne peut avoir deux graphies pour le même mot, l'une correspondante la prononciation courante, l'autre à la prononciation solennelle : les e que celle-ci fait sentir doivent donc être conservés. Quant à ceux qu'elle est contrainte de supprimer et sur lesquels seuls pourrait porter une réforme, on verra plus bas (§ 123, note) pourquoi nous sommes actuellement obligés de les maintenir.

4*» En consacrant les négligences de l'articulation courante, l'orthographe contribuerait à accélérer l'altération de la langue. La disparition de Ve muet multiplie les chocs de consonnes : ceux-ci sont foncièrement antipathiques au français qui, en pareille occurence, n'hésite pas à supprimer les phonèmes dont l'émission lui semble malaisée. Cette chute des consonnes, avec les déformations de mots qu'elle entraîne, est précisément un des faits qui caractérisent au plus haut degré l'histoire de notre évolution linguistique (v. § 17, 4*^). Nous venons de voir que inarreglier, mnirerie, contrerolle, se sont réduits à 7narguilliet\ mairie, contrôle] la suppression de Ve dans cela, celui-ci, a conduit le langage populaire aux formes {-a (qui n'est pas à confondre avec l'adverbe de lieu çà, du lat. pop.

1 Pour la double orthographe des mots qui appartiennent en même temps au vocabulaire usuel et à celui des sciences, voir ce qui en est dit au § 593 : il n'y a pas contradiction entre les deux passages, qui n'ont rien de commun.

*ecce-hac), çui-ci, pour c'ia, c lai-ci, jugés par lui trop difficiles à articuler. De même quatre y devient volontiers quaC devant un mot à consonne initiale : « Tirer à quaC chevaux ».

Celte tendance à lémoussement des syllabes, ce laisser-aller dans l'émission vocale, est une fâcheuse disposition, très accentuée chez nous, et qui aboutirait vite k la déformation complète du vocabulaire, si la langue écrite n'était là pour mettre un frein aux caprices de la langue parlée, la redresser et nous contraindre, en stimulant notre paresse naturelle, à d'utiles et nécessaires efforts. Le passé de notre idiome nous renseigne clairement sur ce qui adviendrait le jour où la graphie donnerait son estampille à ces négligences. Le puissant concours quelle leur apporterait, renforcé par l'action de l'analogie, aurait des effets désastreux, car nous sommes tous plus ou moins gens de lecture, l'œil agit sur nous avec une puissance souvent égale, ou même supérieure, à celle de l'oreille et c'est une raison capitale pour recourir à l'écriture comme à l'obstacle le plus fort qui soit capable d'empêcher une allération trop rapide du lexique national (v. §§ 27-28, 77-78).

5'^ Il ne faut pas oublier que nous avons à nous défendre contre le fléau des homogrammes; or, par la chute de Ve dans l'écriture, nombre de mots tels que ferrement, serrement, tu pelais, il fondera, etc., se confondraient a vecteurs homophones /ermcnf, serment, tu plais, il fondra, et c'est ce qu'il faut éviter avant tout.

6^ Enfin l'e muet interconsonantique trouve, pour sa défense, un rempart à peu près inexpugnable dans la prosodie, qui le compte toujours pour une syllabe. Le supprimer serait bouleverser les règles sur lesquelles repose depuis si longtemps la poésie française. Que cette prosodie soit à réformer en plus d'un endroit, nul n'en disconvieul, mais, tant qu'elle n'est pas modifiée, il ne faut pas songera en enfreindre les lois (v. § o86). C'est donc d'après elles que se doivent fixer les destinées orthographiques de l'e muet; autrement, si Ton voulait tout à la fois respecter le vers et réformer la prose, on se verrait conduit à adopter une graphie pour l'un, une graphie pour l'autre, c'est à dire à compliquer le problème et à en aggraver les difficultés au lieu de les résoudre.

Toutes ces causes réunies concourent à nous imposer l'obligation de laisser les choses en l'état. Faut il aller plus loin et chercher à revenir en arrière, par la restitutiondel'c interconsonantique dans les mots où l'écriture officielle l'a supprimé d'une façon définitive? Évidemment non : c'est inutile. Ne touchons pas au fait accompli, mais restons-en là et, partout où cet e est demeuré intact, DuTENs. 'Elude sur la simpU/ication de l'orthographe, 7

respectons en lui la plus délicate de nos voyelles, si finement appréciée par M. Bréal (op, cit., p. 31), lorsqu'il parle de « cette bulle d'air sonore qui donne à notre langue tant de charme, de légèreté et de douceur » ^.

On trouvera sans doute que voilà, sinon beaucoup de bruit pour rien, du moins une bien longue dissertation sur un bien mince sujet, mais je ne pouvais guère l'éviter, parce que la suppression de Ve muet interconsonantique est un des points sur lesquels s'est particulièrement évertuée l'ardeur destructive des phonétistes et qu'il était indispensable d'entrer dans de minutieux détails pour en bien faire saisir les mauvais elTets.

§123. Pour terminer l'examen delà question, il ne nous reste plus qu'à considérer le traitement ambigu de Ve interconsonantique dans quelques mots qui demanderaient une réglementation définitive.

Depuis 1694 l'Académie permet simultanément pluclie, bourlet, et peluche, boun^elet (v. § 120). Cette tolérance doit cesser : pluche et bourlet sont à rejeter. C'est chose détestable, on ne saurait trop le redire, qu'une double graphie pour un seul mot : rien de plus contraire à l'essence même d'une orthographe, dont toute la raison d'être réside dans son uniformité (§ 28). Et puis, il faut toujours craindre les entraînements de Tanalogie et leurs suites fâcheuses. Si nous étions conséquents, bourlet devrait nous conduire à bourler, bourlier (p. bourreler, bourrelier), et, ceux-ci une fois consacrés, il n'y aurait pas de raison pour repousser carlet, mantlet, carier, demander (au lieu de carrelet, mantelet, carreler, dém^mfefcr), médiocres acquisitions, on en conviendra, et dont le besoin ne se fait guère sentir.

Pluche pourrait à la rigueur s'autoriser du précédent fourni par un terme de la même famille, le verbe ê-plucher (p. é pelucher, vfr. espelucher), dérivé de peluche, mais son acceptation nous conduirait rationnellement à admettre ensuite, par voie d'analogie, plouse (comme blome p. belousc), plisse (comme surplis p. surpelis), pler, plote, flouque, etc., pour pelouse, pelisse, peler, pelote, felouque. Cette graphie comporte donc les mêmes objections que celle de bourlet^ et je crois qu'il est préférable de s'en tenir tout simplement à peluche, bourrelet (à écrire bourelet, § 252), comme on l'a fait pour charretier, après avoir éliminé la graphie concurrente chartier.

^ Signalons (également les lignes consticrèos par M. Adolphe Boschol (La Crispe poétique, 18î)7) à Ve muet ot dans lcs(iiiellos son rôle en poésie est « décrit délicieusement », dit M. Sully-Prudhomme (Revue de Paria, 1" mai 1897).

Enfin, auprès de malebite, malefaimjmalemort, malepeste, Torthographe officielle impose malfaçon (vfr. malefaçon). Cette double représentation (mole-, ma/-) du lat. fnala(( mauvaise» offre une contradiction qui trouble inutilement Técolier. Il faut la faire disparaître et ramener la double graphie à Tunité. Pour cela, Tun de ces deux partis est à prendre : 1° ou restituer maie- dans malfaçon; 2o ou remplacer malebéte, malefaim, etc., — dans lesquels d'ailleurs on n'entend jamais sonner le muet, — par les graphies malbête, malfain (§ 231), malmx)rt, malpeste, à l'instar de malfaçon; bref, il faut s'arranger de telle sorte que les divers composés de l'adj. fém. vfr. maie « mauvaise » soient tous écrits de la même manière, comme l'exige la logique. De ces deux solutions, la seconde, qui phonétise et simplifie, est évidemment la meilleure : elle n'oblige pas à rétrograder comme le ferait la première. Seulement elle a contre elle la prosodie; mais il y a un moyen de résoudre cette difficulté, c'est d'adopter la seconde pour l'orthographe usuelle, en laissant aux poètes la faculté de recourir à la première pour les besoins du vers *.

§ 124. En effet, dans toutes les questions de cet ordre où peut se rencontrer une hésitation de la graphie académique, on doit décider que la régularisation portera Uniquement sur la prose et que les poètes conserveront le bénéfice de la double notation, avec ou sans e muet, comme c'est arrivé entre autres pour l'c final de l'adv. encore : il n'a qu'une notation en prose {encore), mais il en possède deux en poésie (encore, encor). Les entraves édictées par notre prosodie sont assez nombreuses et assez gênantes pour qu'on ne cherche pas à les multiplier ; c'est une des très rares circonstances où Ton pourrait admettre exceptionnellement une infraction au priùcîpe posé plus haut de n'avoir jamais deux graphies pour le même mot.

E muet médial prévocalique.

§ 125. On le trouve devant a, o, dans les groupes ea, ean, eau, eoi, Ex. : Jeanne, Jean, château, asseoir.

Le polygramme eau a déjà été étudié aux §§ 109-115; les autres le seront un peu plus loin (§§ 156, 163 et 210) : il n'en sera donc pas question ici. Disons seulement par avance que leur examen , conduit à cette conclusion générale :

< Je ne saurais trop rappeler qu'en règle générale la réforme orthographique doit s'incliner devant les exigences de la prosodie. Cest seulement dans quelques cas isolés comme celui-ci qu'il peut être permis de passer outre, sous la réserve des observations contenues aux §§ 121 (3* et 6*) et 124.

« Jamais senti dans la prononciation, jamais compté dans la poésie, Te muet médial prévocalique doit disparaître et les groupes ea, ean^ eoi, se réduire à a, an, où »

E muet médial post.vocalique.

§ 126. Il s'agit de celui qu'on rencontre à la suite de é, i, ai, oi, m, ou, par exemple dans dégréement, maniement, bégaiement, déploiement, ^feniuemewf,^c/um€ment,commedanscertainsfutursetcon(iitionnels de la 1'® conjugaison (verbes en -éer, -ier, Hiyer\ -oyer, -uer, -ouer) : agréera, pliera, paiera, noiera, muera, louera, etc.

Cet e, toujours muet dans la prononciation et qui ne fait jamais syllabe dans la prosodie, est à éliminer de notre graphie, au même litre que Te muet prévocalique*.

En fait, sa disparition a déjà commencé de longue date. Nos anciens adverbes en -éement, -aiement, -iement, -mment (senséement, assuréement, xraiement, uniement, poliement, joliement, étourdiement, assidusment, ingénuement, éperduement), sont devenus en 'ément, -aimant, -iment, -um^ent : sensément, assurément, vraiment, uniment, poliment, joliment, étourdimsnt, assidûment, ingénument, éperdument 3. De même pour les substantifs : à braiement, chastiement voierie, on a substitué braiment, châtiment, voirie, et nous écrivons bégueule au lieu de béegueule (vf r. bée gueule « bouche béante »).

Dans d'autres cas l'Académie tolère une double orthographe : paira, paîment, remerciment, enjoûment, gaité, etc., sont autorisés, à côté de paiera, paiement, remerciement, enjouement, gaieté^ et l'on écrit ad libitum dégravoiement, broiement, tournoiement, étemtAement, remuement, renouement, ou dégravoîment, brolment, toumoiment, éternûment, remûment, renoûment. Mais en revanche, pour que l'inconséquence ne perde pas ses droits, elle exige la présence de 1'^ dans

^ Lorsque le radical y change par exception son y en t, ainsi que cela a lieu dans payer [paiera, paierait, en regard de payera, payerait),

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