V. en outre ci -dessous la note du
3 Dans les adverbes, où la terminaison -ment représente l'ablaUf féminin lat. mente, Ve muet n'est autre chose que la terminaison féminine de l'adjectif : ainsi dans bellement, lente-ment, belle, lente, sont les féminins de beau, lent. C'est pourquoi l'on a débuté par écrire vraiement, poliement, ingénuement, etc. Rien de plus normal, au point de vue de l'étymologie, que la présence de Ve médial postvocalique; mais, depuis une époque déjà bien reculée, nous n'en sentons plus la valeur, aussi l'Académie a-t-elle procédé de bonne heure à sa suppression dans la plupart des adverbes. Son seul tort a été de ne pas le supprimer chez tous.
ondoiement, licenciement, soierie (en désaccord avec voirie p. voierie), et, pendant que du verbe agréer elle tire agrément, du verbe dégréer elle tire la forme contradictoire dégréement; dégréer (de gréer) n'a pas, il est vrai, la même étymologie que agréer (de gré), mais ce n'est pas une raison sufïisante.
Ces anomalies, que rien ne justifie, sont à faire disparaître par la suppression radicale de Ye muet postvocalique. Par suite, tous les groupes médiaux en ée, ie, aie, oie, uie, ue, oue, dans lesquels le n est jamais prononcé et qui sonnent en réalité é, i, è, oi (c'està dire wa), ui, u, ou, seront notés par é, i, è, oi, ui, u, ou. Ex. : agréra, plira, pèra, noira, essuira, tura, loura, dégr émeut, soirie, etc., pour agréera, pliera, paiera, noiera, essuiera, tuera, louera, dégrée* ment, soierie.
§127. En ce qui concerne les futurs et conditionnels des verbes en -ier, -ouer,-uer, -ayer, -eyer,-oyer,-uyer, on pourrailobjecter que les verbes de la l*"® conjugaison forment ces temps à l'aide de l'infinitif pris comme radical (chanter : chanter-a, chanter-ait) et ([ue dès lors ntVr, jouer, muer, déblayer, ployer, essuyer, devraient régulièrement ^voir nier-a, jouer-a,muer-a, déblayer-a, ployer a, essuyer-a (ou tout au moins déblaier-a, ploiera, essuier-a, comme c'est le cas dans l'orthographe actuelle); mais la simplification proposée, —suppression systématique de Ve muet interne postvocalique, — constitue une règle générale très commode et dans laquelle il y a tout avantage à faire rentrer ces diverses formes verbales. Puisque l'Académie autorise aujourd'hui des futurs et des conditionnels tels que paira, déblaira, panait, déblairait, il n'existe pas de raison plausible pour refuser de soumettre à une graphie unique (-ira, -ura, -oura, etc.), tous les verbes en -ier, -uer, -ouer, etc , dans lesquels \e est absolument muet au futur et au conditionnel.
§ 128. Dans les verbes en -tier prononcé -sier, tels que balbutier, initier, le t sifflé sera désormais remplacé pars, comme on le verra plus lard au § 490. En conséquence, le groupe -tie- du futur et du conditionnel {balbutiera, initiera, balbutierait, initierait) se notera par-.ssi-: balbussira, inissira, etc. On aura de même balbnssimant (§ 216) pour balbutiement. Actuellement la présence de Ve muet médial sert à nous avertir de siffler le t et à empêcher qu'on ne soit tenté de \)V0' noncer balbutira, balbutiman, mais elle devient superflue du moment qu'on écrit 6a/6wsst7nan^, c'est pourquoi cette voyelle, qu'on n'entend jamais et qui n'est pas comptée pour une syllabe, doit être définitivement éliminée de l'orthographe réformée.
§ 129. Homophones :
lo L'e muet postvocalique est à garder lorsqu'il peut servira éviter la confusion de deux homophones. Prenons comme spécimen la conjugaison du verbe /ïVr : simplifiées en /«ra, liras, lire, etc., les formes du futur et du conditionnel liera, lieras, eic, deviennent identiques à celles du verbe lire : lira, liras, lire (p. lirai), etc. Pour empêcher l'équivoque nous affecterons les premières d'un accent circonflexe : lira (p. liera), etc. Mais il est évident qu'au lieu de recourir à ce procédé il vaudrait mieux y conserver Ve muet du radical lier- (liera, lieras, lieré, etc.), si l'on redoutait que l'accent ne fût insuffisant à les distinguer dans la pratitjue. C'est une manière de voir à l'appui de laquelle on peut invoquer les homonymes pécheur, pêcheur. Tout séparés qu'ils sont par le sens et l'étymologie (peccatorem, piscatarem), ils ne diffèrent à l'œil que par la présence des accents aigu et circonflexe. Or, il est facile de constater que cette distinction graphique passe inaperçue pour la majorité des lecteurs, surtout parmi les femmes, dont l'esprit parfois un peu confus et inattentif ne se montre pas toujours apte à saisir des nuances délicates et précises : c'est en général au contexte et non à l'accentuation qu'elles demandent de les fixer sur la portée respective de ces deux mots.
Néanmoins /iraet /tera diffèrent tellement par la valeur, et les membres de phrase dans lesquels ils peuvent figurer sont destinés à offrir des significations si dissemblables que l'amphibologie n'y est guère à craindre. 11 y aurait sans doute excès de scrupule à vouloir maintenir ïe muet de liera, etc., et l'on peut, je pense, se contenter de laccent circonflexe.
Le même raisonnement s'applique au verbe re/eer. L'accent paraît devoir suffire à distinguer sa conjugaison (re/tra, reliras, elc.) de celle du veibe retire (relira, reliras, etc.) ici cependant les chances d'équivoque sont un peu plus accentuées. Ce n'est pas à dire pour cela qu'elles soient très sérieuses, mais il est juste de tenir compte jusqu'à un certain point de la négligence gi-aphique qui ferait à un moment donné omettre l'accent circonflexe. Eu pareille circonstance ces deux verbes pourraient à la rigueur être pris l'un pour l'autre : dans « il relira ce livre», par exemple, le sens demeure incertain. S'agit-il de relire ou de relier? Seul le contexe peut en décider. Si, pourévilerla possibilité d'une amphibologie passagère, on tient à conserver intact le composé reliera, on sera logiquement conduit à garder aussi le simple liera et à décider par suite, dans un intérêt de régularité, que la conjugaison de lier et de ses dérivés
— im —
(allier, délier, relier, etc.) laissera partout subsister le muet du radical lier-. Seulement ou rie peut se dissimuler que ce seraient beaucoup d'exceptions à introduire dans la règle pour un bénéfice en somme assez minime.
2" La persistance de le muet postvocalique s'imj)Ose aussi dans les mots où, d'après nos conventions de lecture, il concourt à exprimer une particularité de la prononciation. C'est ce qui arrive dans divers cas pour les verbes en -ayer, -éier, -eyer, et leurs dérivés. Ex. : il payera, rayera, frayera, planchéiera, grafisexjera, grasseyement, etc. 11 est clair que ces formes, dotées d'une prononciation spéciale, ne sauraient rentrer dans la règle précédente. Ici, dune part, Ye muet fait syllabe dans la prosodie et, de Tautre, sa présence, conforme d'ailleurs aux règles de la conjugaison comme à celles de la formation des dérivés, nous avertit que Y y et Yi de aye, eye, eie, représentent des i consonnes, et que ces groupes doivent s'articuler è-y* et non è. Ces deux motifs sop posant à sa suppression, le polygramme eie conservera sa gi^aphie (planchéiera *) et aye, eye, seront notés de même èie : pèiera, rèiera, frèiera, grassèiera, grassèiemant, etc. (v. § 197, 2^, et § 548, 1»).
§ 130. Parmi les substantifs de cette classe il en est qui, comme bégayement, s'écrivent d'une double manière (bégayement, bégaiement). Nous avons vu au § 101 que ces deux orthographes traduisent deux prononciations différentes : bé-ghhf-man, bé-ghè-man. Celle ci étant de beaucoup la plus répandue, on pourrait proposer de régler sur elle la graphie réformée et d'adopter dorénavant une notation unique béguèmant; mais, tant que l'évolution de la langue parlée n'est pas achevée sur ce point, je pense qu'il est préférable de continuer à répondre à une double prononciation par une double notation, l'une avec -e-, l'autre sans -e-. Le groupe aije sera donc remplacé par èie (béguèiemant), tandis que le groupe aie le sera par è (béguèmant). C'est le même cas que pour payera, paiera,
S 131. Accent circonflexe, — Là où s'est effectuée la chute de l'ancien e muet, il est souvent remplacé par un accent circonflexe, dans l'emploi duquel l'Académie s'est montrée aussi arbitraire qu'elle l'avait été pour le maintien ou la suppression de Ye : ainsi, en regard de congrûment, goulûment, etc., elle écrit ingénument, éperdument. Cet accent doit être éliminé dans toutes les circonstances où la prononciation ne fait pas sentir la longueur de la voyelle, à l'exemple de ce
^ Pour le changement de Taccenl aigu en grave dans planchéiera p. planchéiera, V. ci-dessous § 548.
qui s'est produit dans ingénument, éperdûment, vraiment, poliment (pour ingénuement, éperduement, rraiement, poliement), devenus ensuite ingénument, éperdument, vraiment, poliment ( v. ci dessous § 546).
§ 132. Réglementation..— En résumé, il faut supprimer Ve médial postvocalique partout où il ne joue aucun rôle dans la prononciation et où sa chute ne saurait entraîner d'équivoque, et l'on doit s'abstenir de le remplacer par l'accent circonflexe, sauf dans quelques cas très rares, où son emploi est commandé par l'une des deux causes qui viennent d'être signalées, — longueur de la voyelle ou danger d'amphibologie, — conformément à la règle générale qui sera posée au § 547 ^
E muet final postconsonantique.
§133. Au xvi*' siècle Vc labial postconsonantique se faisait encore entendre à la fin des mots (§116) ; depuis le xvii« siècle il ne sonne plus dans la prononciation courante, sauf aux endroits où l'absence de la voyelle engendrerait une agglomération de consonnes tropdiflicile à articuler 2, mais il est fréquemment senti dans la prononciation oratoire, la diction poétique le fait entendre avec plus de soin encore et la prosodie en tient toujours un compte rigoureux. 11 est donc impossible d'y toucher et force est de le respecter, en suivant les lois de la graphie officielle jusque dans ses caprices les moins justifiés, lorsqu'il lui arrive, par exemple, d'écrire au hasard avec ou sans e muet cerlaines finales venues des langues classiques
Hl y a un autre e muet médial postvocalique, dont la prosodie tient compte à quelques exceptions prt»s (v. la 1" note du § 140). C'est celui qui figure :
!• dans les pluriels de substantifs, d'adjecUfs et de participes passés, tels que idées, joies, polies, absolues, aimées, louées, etc. ;
2* à la 2* pers. du sg. dans les formes verbales telles que (tu) agrées, plies, joues ; (que tu) croies, voies, fuies, etc. ;
3* à la 3' pers. du plur. dans les formes verbales telles que (ils^ créent, prient, croient, voient, jouent, etc.
Je n'en parle pas à cette place, parce que son traitement n'est pas le même. Au lieu de disparaître, il doit être gardé partout sans exception, et son maintien dans les deux premiers cas n'est que la conséquence rationnelle de la persistance de Ve final postvocalique au singulier; les motifs en seront donnés au § 137. Pour le troisième cas, les raisons qui imposent la conservation de Ve dans la désinence -eut sont d'un ordre tout différent : on les trouvera aux §§ 140 141.
* Ainsi Tondit : « une port' fermée, Thêbes aux cent port\ des clameurs lugubr', une vieille bibl', le roi Charl', les effroyables larv', un coup de sabr\ un anévrisme de Vaort',» etc., et inversement: « une porte close, les portes de Trézéne, de lugubres clameurs, une bible polyglotte, le roi Charles !X, les larves effroyables, un sabre d'honneur, Vaorte descendante ».
et qui ne diffèrent entre elles ni par la valeur, ni par Tétymologie. Voici quelques spécimens de ces contradictions :
l» Mots en ac, ic, al, il, enil, yr, oir, ul, (lat. acum, ictim, alum, ilem, olium, yrum, orium, ulum) : lac, public, santal, subtil, cerfeuil, zéphyr, dortoir, calcul, de lacum, publicum, santalum, subtilem, ceerefolium, zephyrum, doimitorinm, calculum;
^ Mots en aque, ique, aie, île, euille, ire, oire, ule (lat. acum, ictim, etc., comme ci-dessus) : zodicujue, critique, scandale, utile, chèvrefeuille, zéphire, réfectoire globule, de zodiacum, criticum, scavdalum (eccl.), utilem, caprifolium, zephyrum, refectorium (eccl.), globulum.
Sans compter augure qui, par un phénomène inverse, mais tout aussi peu rationnel, sert à la fois de transcription à awj^ur et à augurium, tandis que la langue écrite aurait dû y introduire la même distinction que dans martyr (lat. eccl. martyr) et martyre (lat. eccl. martyrium), où la double graphie est absolument légi time.
§134. 11 va de soi que Te muet de la finale -es dans les pluriels des substantifs et adjectifs, comme dans les désinences verbales (volatiles, textiles, vous êtes, nous sommes, etc.), doit être maintenu pour des raisons semblables à celles qui viennentd'être données, la présence de Vs ne changeant rien à la qualité de Ve final, ni aux conditions qui le régissent, tant sous le rapport de la prononciation que sous celui de la prosodie.
§133. -ent des verbes (3« pers. du plur.). — Cette finale -ent est tantôt postconsonantique (chantent, dis-ent), tantôt postvocalique (chantai-ent, disai-ent). Pour ne pas scinder les observations auxquelles elle donne lieu, elle sera examinée dans ce double rôle aux §§139-141.
E muet final postvocalique.
§136. 11 figure dans les mots terminés en ée, ie, aie, éie, oie, uie, ne, eu^e, oue, aye, eye. Ces mots sont :
l^les uns des substantifs, adjectifs ou participes féminins (excepté le masc. foie) : aimée, idée, vie, jolie, punie, folii^, baie (fém. de bai), raie, plaie, joie, proie, pluie, suie, rue, voulue, assidue, bleue, lieue, moue, boue, etc. ;
2^ les autres des formes verbales appartenant aux 1^^ et 3« personnes du présent de l'indicatif et du subjonctif et à la 2- personne de l'impératif : j'agrée, il agrée, agrée, que je fuie, il paie, je planchéie, je ploie, ] essuie, tue, loue, que je paye, que je grasseyé, etc.
— km; —
§137. Bien qu'il soit toujours omis dans la prononciation familière ^ il faut se garder de le supprimer dans récriture. En voici les causes:
i" Dans les adjectifs et participes féminins il est le signe du genre. Un exposant de cette importance ne saurait disparaître de l'orthographe sans dommage pour la clarté. Il ne constitue pas une difficulté pour l'élève, puisqu'il figure à cette place en vertu de l'application d'une règle générale, celle de la formation des féminins par l'addition d'un eau masculin. Ce rôle de Ve final est tellement implanté dans notre conscience linguistique, si l'on peut employer ce terme, qu'il a entraîné de bonne heure la transformation de toute une classe d'adjectifs, je veux dire ceux qui dérivent d'adjectifs latins ne possédant qu'une seule terminaison pour le masculin et le féminin. A l'imitation de ce qui existait dans la langue mère, ceux-ci n'avaient primitivement en français qu'une seule forme pour les deux genres : « une grant femme, des letres roiaus », y représentaient le latin grandem feminam, littcras regales. Plus tard, au xiv** siècle, sous l'influence des adjectifs issus d'adjectifs latins en -us, -a, -um, et dans lesquels l'a latin était représenté par e, les adjectifs féminins tels que grant, royal, furent dotés par analogie d'un e parasite, qui était en réalité un pur barbarisme, et devinrent grande, royale, à l'instar de bonne, chère, etc. Tous les substantifs en -e d'origine populaire (excepté foie) sont du féminin, et l'association d'idées qui, grâce aux hasards de l'évolution historique du français, lie dans notre esprit la présence de Ve final au genre féminin, a déterminé entre autres un curieux phénomène, celui de l'application de ce genre aux lettres de notre alphabet dont le nom se termine par un e muet. C'est la raison qui fait qu'en parlant de f, h, l, m, n, r, s, nous disons une èfe, une ache, une èle, etc. ^
2« Son maintien dans les mots de la classe ci dessus conduit par voie d'analogie à le conserver aussi dans les substantifs féminins qui ne sont pas des adjectifs ou des participes employés substantivement, comme idée, vie, folie, plaie, joie, pluie, rue, lieue, moue, etc.
* C'est au XIV' siècle qu'il a commencé à ne plus se faire sentir après les voyelles et les diphtongues (§ 11(5).
* Cette dilîérence de genre n'a aucun fondement raisonnable et le bon sens commande de leur donner à toutes un seul genre, le masculin: un f, un h, un 1, etc. C'est ce que font, du reste, ceux qui adoptent la nouvelle (Spoliation et qui disent : un fe, un lie, un le, etc.
Du reste, en dehors de l'argument lire de l'analogie, il est également commandé par des motifs d'ordre prosodique dont il va être question tout à l'heure (v. ci-dessous 8<^).
3** Dans les verbes en éer, ier, nrr, oner, etc., c'est-à-dire dans tous ceux où la désinence -er de l'infinitif est précédée d'un radical terminé par une voyelle, la conservation de Ve muet final dont sont affectées les l^^^et 3'- pers. du prés, de l'indicatif et du subjonctif et la 2« de l'impératif est la conséquence forcée de la règle générale (jui, dans la l»"^- conjugaison, forme ces personnes à l'aide du radical suivi d'un e : agré-e, K-e, essui-e, mue, nou-e, sont exactement homologues à aim-e, chant-c, tomb-e, des verbes aim-^r, chant-er, tomb-er ^.
4° Celles qui, apparlenant aux trois autres conjugaisons, sont néanmoins modelées sur celles de la 1'®, comme « que je ou qu'il traye, asseye, rie, fuie, déchoie, craie, voie, prévoie, pourvoie, conclue*), doivent naturellement conserver comme elles leur e final.
30 De plus, dans nombre de cas, la finale verbale pourvue d'un e postvocalique possède une prononciation particulière consistant dans la mouillure de 1'/ ou de Vy qui précède Ve et qui prend alors la valeur d'un i consonne. Ex. : « il paie, que y aie, il délaie, il étaie, que je fuie ». La présence de l'c muet sert à nous mettre sur nos gardes et à nous avertir qu'il ne faut pas prononcer ces mots comme « je frappai, y ai, un délai, un étai, j'ai fui ». De même pour « je raye, je grasseyé, que j'essaye ».
On ne saurait le supprimer, puisque sans lui les groupes ai, ay, ey, s'articuleraient è (v. § 129, 2") 2.
^ Il va de soi que la conservation de cet e muet à la 4" et à la 3* pers. entraîne son maintien devant l's finale de la 2« : tu agré-es, tu pli-es, etc., k l'exemple de tu aimes, etc. (v. § 134).
Par voie de conséquence, il en sera de même pour les formes verbales correspondant à celle-ci qui sont mentionnées dans l'alinéa 4", et l'on devra écrire que tu rien, fuies, croiem, voies, etc.
* Dans l'orthographe actuelle les verbes en -tier prononcé sier, comme initier, balbutier, présentent un phénomène analofçue. Privées de leur -e muet, les tlnales on-tie (initie, batbulie) s'y liraient ti {initi, balbuti).
Elles n'ont pas à entrer ici en ligne de compte dans l'argumentation, parce que, le t devant y être réformé en .s {inissier, balbussier, §§ 490, 41)3), leur prononciation n'aura plus à ôlre influencée par la présence ou l'absence de 1' e muet, et dès lors le maintien de celui-ci y est commandé uniquement par les raisons générales qui l'imposent dans les autres verbes en -ter, comme dans ceux en -éer, -ouer, ■ner [v. ci dessus 3").
Rapprocher ceci de ce qui a été dit au § 128 sur Ve muet médial postvocalique dafls la conjugaison des verbes en -tier et dans leurs dérivés.
6» La suppression de Ve muet final postvocalîque, qui a été proposée par quelques néographes, nous ferait tomber dans l'inconvénient des homogrammes et jetterait de la confusion entre mots d'origine dissemblable et de genres distincts, surtout au pluriel où la forme de l'article (les), commune au masculin et au féminin, ne peut éclairer le lecteur en lui marquant la différence des genres. Ainsi, par cette suppression, les pluriels féminins maies, moues, oublies, parties, plies, raies, rues, etc., ne se distingueraient plus des pluriels masculins mais, mous, oublis, partis, plis, rais, rus, et cette liste d'homogrammes peut s'augmenter encore de formes telles que hous, vois, lieus, queus (§ 472, 1°), etc. (pour houes, voies, lieues, queues), exposées à se confondre avec hous, vois, lieus, qeus (pour houx, voix, lieux, queux), si l'on adopte la substitution de s à x final proposée plus loin (§ 337).
Par la même cause, au pluriel, les adjectifs et participes féminins pris substantivement ne se distingueraient plus des masculins: si aimée, par exemple, s'écrivait comme aim^é, on aurait pour les deux genres la forme unique et par cela même ambiguë (( leurs bien-atm^s » (v. ci-dessus § 33).
7» Indépendamment des raisons qui viennent d'être exposées, il faut noter encore que cet e final postvocalique n'est pas toujours réellemment muet. Ainsi, dans la diction poétique, les substantifs, adjectifs et participes féminins tels que amie, absolue, indignée, etc. ne s'y articulent pas tout à fait comme les masculins ami, absolu, indigné. Les bons diseurs y font sentir légèrement i'c ^ ou signalent indirectement sa présence par une nuance introduite dans l'articulation de la voyelle précédente. C'est le cas pour les mots envie et vie dans ces deux vers de Corneille :
Jouissons, en dépit de Venvie, Des restes glorieux de son illustre vie,
(Sertorius, acte II, se. i »"<*.)
L'/ de la syllabe vie n'y sonne pas de même que celui de la syllabe ri dans à l'enti ou ravi.
8® La prosodie en tient régulièrement compte. Les mots terminés en e postvocalique sont classés par elle dans la catégorie des rimes féminines et l'emploi en est interdit dans le corps du vers devant tout mot à initiale consonantique.
^ Voir ci-dessus § 33, note, les exemples Urés de Phèdre et du Misanthrope.
§138. On a critiqué avec justice cette dernière interdiction, à cause des inconséquences auxquelles elle donne lieu. Ainsi coudraie, janchaie, tremblaie, ne peuvent figurer dans le vers devant une consonne, non plus que leurs pluriels coudraies, jonchaies, tremblâtes, mais il en est pas de même des formes verbales « ils œudraient, ils jonchaient, ils tremblaient », comme on le verra tout à l'heure (§ 141). La contradiction saule aux yeux et cette différence de traitement n'est pas défendable, car les phénomènes phonétiques sont de même nature dans les deux cas.
Dautre part, on doit le reconnaître, il est des circonstances où la règle prohibitive se comprend mieux. Dans a j'essaye, je raye, qu'il traye, qu'il seye, qu'il ^'asseye», les finales aye,eye, sonnent exacte ment comme la finale eille dans oreille, treille, seille, bouteille, il teille, il veille, etc. : oreille comptant pour trois syllabes, essaye ne saurait être regardé comme n'en possédant que deux. (]eci est logique, mais voici qui ne l'est plus : on lui refuse en même temps l'autorisation de compter pour trois. Puisque les mots seye, traye, se prononcent comme seille, treille, dont Ye fait syllabe devant une consonne, leur c final devrait jouir du même privilège dans les mêmes conditions et « '] égayé mon ennui » devrait pouvoir constituer un hémistiche de six pieds.
Tout cela aurait grand besoin d'être rectifié et la règle est à changer sur bien des points où elle se montre irrationnelle, mais ce n'est pas le lieu de s'engager dans l'examen de cette (jucslion avec les développements qu'elle comporte et je la laisse de côté. Bonnes ou mauvaises, tant que les lois de la versification française ne seront pas modifiées, nous n'avons qu'à nous incliner devant elles et nulle réforme de l'orthographe ne doit entrer en conflit avec la scansion poétique, sous peine d'augmenter le désordre. C'est pourquoi, dans toute la discussion relative au traitement de Vc muet, j'ai tenu à faire figurer l'argument tiré de la prosodie parmi ceux qui militent d'une façon décisive en faveur de sa conservation.
ENT final dans les verbes.
§139. Cet -eni de la 3<' pers. du pluriel est de deux sortes :
1» postconsonantique, comme dans aim-ent, dorm-ent, finiss-ent, reçoit-ent, dis-ent, etc.
2<* postvocalique, comme dans aimai-ent, dormai-ent, fmissai-ent, recetai-ent, diraient, agré-ent, prient, roi-ent, essay-cnt, avou-ent, remuent, etc.
§140. Cette terminaison ne peut ni disparaîlrc, ni même être modifiée. En effet :
1*^' Postconsonantique ou postvocalique, le polygramme -cnt doit conserver son t, parce qu'il sonne en liaison (v. §324, 1").
2" Postconsonantique, il ne peut perdre ni son e, ni son n :
a) 11 ne peut perdre son r, parce que les formes verbales où eut succède à un radical consonantique (chavt-erit, dis-oit) sont classées par la prosodie au nombre des rimes féminines et que cet -ent est compté pour une syllabe dans le corps du vers, où la diction en fait sentir 1> dans les mêmes conditions que pour tout autre e final postconsonantique. De son côté, la prononciation courante le fait également entendre dès que le besoin d'une voyelle d'appui l'y oblige. En un mot, son traitement est absolument celui de Vc muet final postconsonantique dans le vers comme dans la prose, dans la prononcialion familière comme dans la diction soutenue.
b) 11 ne peut pas davantage perdre son w, bien que celle-ci soit toujours muette, parce que cette suppression conduit aux conséquences suivantes :
La désinence -eni devient -et, notation inexacte, puisqu'elle sonne è et non e muet dans nos conventions actuelles. Traités de celte manière, les pluriels verbaux brochent, cachent, hochent, louchent, ricochent, sachent, tranchent, doublent, volent, etc., prendi-aient un aspect identique à celui des sbst. brochet, cachet, hochet, louchet, ricochet, sachet, tranchet, doublet, ro/ef, dont la prononciation est toute différente. Ceci est inadmissible : il n'y faut pas songer.
De même chantent, disent, de\\endrd\eni chantet, diset. Or, non seulement cette notation n'est pas acceptable, pour la cause que je viens de dire, mais elle produimit une équivoque entre l'imparfait sg. diset (p. disait) et le présent plur. diset (p. disent), entraînant ainsi une confusion absolue des ten>ps et des nombres.
3° Postvocalique, le groupe -ent doit garder son e, parce qu'il en est tenu compte par la prosodie sinon partout, du moins dans un grand nombre de cas où les formes qui le contiennent sont classées comme rimes féminines et ne peuvent figurer qu'à la fin du vei*s *.
^ Ainsi, dans ils paient^ voient, emploient, avouent, prient, fuient, larimcost féminine.
Invcrscmenl, dans qu'ila aient, qu'ils soient, ils pouvaient, voulaient, voudraient, élevaient, la rime esl masculine et ces mois peuvent ^tre placés dans le corps du vers.
Pour plus de détails sur ce point se reporter aux ouvrages spéciaux relatifs à la versilication française.
D'une manière générale, on peut dire que -cnt linal postvocalique est traité par la prononciation comme e lînal postvocalique; nous connaissons (§ 137) les motifs de garder cet f final :ils s'appliquent intégralement à Ye de -eut • .
11 doit aussi conserver son n, par la même raison qui vient d'être donnée pour -cnt poslconsonantique : la confusion des temps et des nombres. Les présents plur. croient, voient, créent, etc., devenus croiet, voiet, créet, ne pourraient plus se distinguer des imparfaits sg. croiet, toiet, créet, (p. croyait, voyait, créait).
§141. Enfin de ce que, dans certaines formes verbales comme rn^atcw/, pouvaient, imitaient, craindraient, qu'ils aient, qu'ils soient, etc., cet e, qui n'est jamais entendu, ne fait pas syllabe en poésie, on aurait tort d'en conclure que là du moins le digramme-en dugroupe-m( pourrait s'éliminer sans inconvénient. C'est une erreur, car sa disparition amènerait encore pour la 3<^ personne l'équivoque du pluriel avec le singulier: les plur. venaient, pouvaient, imitaient, etc., écrits renet, pontet, imitet(p.venèent,pouvèent, imitèent, parle change ment de ai en ^, § 92), ne se distingueraient plus des sg. rcnet, pouvet, imitet, (p. venait, pouvait, imitait). Il y aurait là une confusion graphique des deux nombres et nous ne pouvons l'éviter que par le maintien de -en-.
Cette série de déductions nous amène à constater l'impuissance où nous nous trouvons de supprimer soit e, soit n, soit t. On peut les résumer en disant que c s'impose au nom de la prosodie, n comme signe du nombre, et t par une raison phonétique, la liaison. Nous sommes donc contraints de garder intacte la finale -ent, si bizarre que son emploi puisse paraître au premier abord.
Peut-il en résulter un embarras pour les écoliers? Non, puisque c'est d'après une règle sans exception qu'on les oblige à noter la 3<* personne du pluriel par l'addition d'une désinence uniforme -ent au radical du temps, quelle que soit d'ailleurs la struc ture de ce radical. Ex. : chant-ent, chantaient, chanteraient, chantass-ent, etc.
§142. RÉSUMÉ. — La conclusion qui découle avec évidence de ce minutieux examen, c'est qu'entre toutes les réformes proposées ou proposables touchant les mots dans lesquels figure un c muet une seule
* Joachim Du Bellay (xvr s.) aurait voulu qu'on supprimât \'e de la linalo verbale -aient pour la remplacer par -aint^ conception malheureuse puisque, alors comme aujourd'hui, le groupe -ainl (ex. : plaint^ contraint, craint, etc.) possédait une valeur tout autre, celle de l't' nasal.
est admissible : celle qui consiste à supprimer Ye muet interne, quand il précède ou suit une autre voyelle (en d'autres termes Ye muet prévocalique ou postvocalique), et à écrire, par exemple, assoir, soirie, au lieu de ass-e-oir, soi-e-rie. Si, pour aboutir à ce mince résultat, je suis entré dans tant de détails, c'est que j'avais d'abord à justifier la réduction de la réforme à un domaine si restreint et qu'en outre je tenais à montrer une fois de plus à quels obstacles à peu près invincibles on vient se heurter, dès (juon essaie d'appliquer à notre langue les principes d'un phonétisme radical. Les réformateurs qui avaient résolu d'éliminer la majeure partie de nos e muets n'ont évidemment pas pesé toutes les suites de leur projet et il était indispensable d'en faire ressortir le caractère nuisible.
E muet après c et g doux ^ Ex. : douceâtre, geôle, §143. L'emploi de Ye muet après c doux est une convention d'origine historique. Le c doux sonnait jadis ta et l'ancienne langue l'écrivait par c devant a, o, comme devant e, i, (commença, chancon, soupecon). Plus tard, quand de ts le c doux passa à la prononciation s sourde, la graphie équivoque c, en qui se confondaient les deux prononciations dure et douce du c, fut remplacée par les trois graphies ce (commencea), s (chanson), ç (soupecon), usitées concurremment et sans règle fixe pour exprimer le c doux. Aujourd'hui sa notation par ce ne subsiste plus que devant l'a de douceâtre; elle a perdu sa raison d'être et doit céder la place à ss, notation régulière de Ys sourde intervocalique : doussâtre (§ 417).
§144. L'c muet employé après g pour exprimer 3 doux (changea, vengeance, geôle, gageure) est également une convention à abolir. H faut lui substituer 7, adopté désormais comme seule notation de la chuintante sonore. On écrira donc chanja, ranjanse, jôle, gajure, etc. Pour plus de détails, v. §§ 424-428, où il est traité du g doux.
E muet dans les féminins de demi, feu, nu, mort-né.
§145. A l'emploi de l'e muet final se rattachent des diflîcultés grammaticales qui ne sont pas dénuées d'importance. Bien que ces pro-
* Rappelons que l'adjcclif « doux », employé comme qualUicaUf du c et du g, signiiie que le premier a la valeur d'une s sourde et le second celle de la chuintante sonore j.
blêmes ne rentrent pas à proprement parler dans le cadre de la présente étude, néanmoins je demande la permission d*en dire quelques mots, parce que certains d'entre eux se relient trop étroitement à la question de Ve muet pour pouvoir être passés sous silence. Il s'agit :
i^ de remploi de Ve final dans les féminins de demi, feu, nu, mort-né ;
2o de la forme de tout devant un adjectif féminin (tout émue, toute tremblante).
J146. Demi placé devant un nom reste invariable, en d'autres termes il ne prend jamais ni ïs du pluriel, ni Ve du féminin. Ex. : « une rfemi-amitié, une rfemt-aune, une rfemi-douzaine, une demi-heure, une demi-lune ; des demi-amitiés, des demi-aunes, des demi-douzaines, des demi-heures, des demi-lunes », etc.
Cette graphie, qui est postérieure au xvi® siècle et que le xviF ne pratiquait pas régulièrement ^, offense la logique et appelle une réforme. La solution la meilleure, parce qu'elle est la plus simple, consisterait à décider que l'adj. demi cessant d'être invariable fera, comme tout autre adjectif, l'accord du genre et du nombre.
Au singulier, pas de difficulté; rien de plus aisé que d'établir l'accord du genre et d'écrire demie amitié, demie douzaine, etc., sans que l'oreille s'en trouve blessée, puisque dans les féminins en -te Te ne sonne jamais devant un autre mot.
Au pkiriel, il en est de même devant un mot à initiale consonantique pour l'accord du nombre. Ex. : « demis dieux, demis héros, demies douzaines, demies lunes », etc. Cela ne heurte en rien nos habitudes de prononciation puisque, la règle étant que la liaison de V-s du pluriel ne doit pas se faire devant une consonne, la finale de demis, demies, n'y est pas entendue.
Mais la question change de face dès qu'il s'agit d'un nom commençant par une voyelle ou une h muette, car on objectera peutêtre que, dans cette circonstance, il devient bien difficile d'écrire demis, demies (demis hommes, demis autours 2, demies amitiés, demies heures), la prononciation s'y opposant. Comme la liaison y est formellement prohibée par l'usage et que demis, demies, ne doivent jamais s'y articuler demiz, il n'est guère admissible, dira-t-on, de
ï FéneloD écrit tme demie raison ; Racine : une demie redoute, une demie lune ; Molière : une demie heure.
2 Terme de zoologie.
DuTKXs. 'Elude aur la simplification de l'orthographe. 8
songer à mettre ici récriture en contradiction ouverte avec la langue parlée.
A cela je puis répondre qu'il y a des précédents. En effet, dans certains pluriels de mots composés tels que arcs-en-ciel, chars à bancs, crocs-en-jambe, douces-amères, guets-apens, Vs de arcs, chars, crocs, douces, guets, reste muette devant la voyelle du second terme, la prononciation du pluriel est pareille à celle du singulier, et cependant la graphie officielle n'hésite pas à entrer en conflit avec elle. Elle s inspire en cette occasion d'un principe supérieur au phonétisme : la nécessité de maintenir visible l'expression du nombre. L'exemple me parait concluant. Le cas de demis, demies, est identique à ceux que je viens de citer : ce sera une unité de plus à ajouter à la liste des quelques pluriels dont V-s ne fait pas liaison, voilà tout.
Si l'on n'admet pas ce point de vue et que l'on persiste à trouver impossible de faire subir à l'orthographe de demi une réforme complète, il reste encore un moyen de l'améliorer, ce serait d'établir la règle suivante :
lo Au singulier, demi, placé devant un substantif ou un adjectif, fera toujours l'accord du genre. Ex. : « demie amitié, demie heure, demie douzaine, demie lune », etc.;
2^ Au pluriel, devant un mot à initiale consonantique, il fera toujours l'accord du genre et du nombre. Ex.: ((demis dieux, demis héros, demies douzaines, demies lunes » ^. Mais il demeurera invariable devant un nom commençant par une voyelle ou une h muette 2. Ex. : demi autours, demi amitiés, demi heures 3.
^ Il va de soi qu'au singulier comme au pluriel les poètes doivent demeurer libres de conserver l'orthographe actuelle pour satisfaire aux exigences de la versification (v. § 424).
^ Vh muette ne se faisant point sentir et ne constituant qu'un signe graphique, les mots qui la présentent sont en réalité pour l'oreille des mots k initiale vocalique et, par conséquent, doivent être traités comme tels, à la différence de ceux qui commencent par une h aspirée (§ 443).
3 L'arrêté ministériel du 26 février 1901, qui accepte à titre de tolérance la graphie demie heure, est muet sur la question du nombre. Il parle bien en termes vagues d'un « accord » de nu, demi et feu avec le substantif suivant, mais, après avoir donné comme exemple « nu ou nus pieds », il se borne h ajouter a une demi ou demie heure, feu ou feue la reine », sans spécifier si celte tolérance doit s'étendre au pluriel. Pour feu cela ne peut faire question, puisque la prononciation n'y est pas intéressée, feus et feues, dans ce genre de locution, précédant toujours un article ou un adjectif possessif à iniUale consonantique (les, mes, nos, leurs, etc.) : on écrira donc sans inconvénient « feus les rois, feues nos reines », etc. Mais la graphie demies Jieures, demies amitiés, etc., soulève, comme nous venons de le voir, dos difiicultés sérieuses au sujet desquelles l'arrêté eût dû nous fournir une soluUon plus précise.
§147. La règle de feu (({feu la reine, la feue reine ») est un véritable défi au sens commun : il faut l'abolir et poser comme règle absolue la tolérance édictée à ce sujet par l'arrêté du 26 février 1901. L'accord du genre et du nombre devra donc avoir toujours lieu, qu« feu précède ou non l'article. C'est ainsi qu'en usaient Corneille et Montesquieu, quand ils écrivaient : « Feue la princesse de Conti, feue ma sœur », et ils avaient raison. Le xvii« siècle ne connaissait pas cette distinction inutile et erronée; c'est seulement à dater de 1762 qu'on la voit figurer dans le Dictionnaire de l'Académie.
§148. Celle de nu (« nu-pieds^ nu-jambes, nu-tête ») est aussi peu acceptable et doit subir le même sort. Nu-pieds, nu-jambes, nu-tête, sont les homologues des ablatifs absolus du latin nudis pedibus, nudis cruribus, nudo capite, et les équivalents exacts de: (aller) pieds nus, jambes nues, tête nue. 11 n'y aucune raison de ne pas faire l'accord et l'on doit écrire nus pieds, nues jambes, nue tête, comme le faisaient le xvn« et le xvm« siècle et comme l'autorise l'arrêté ministériel (§ 146, dernière note).
§149. Celle de mort-nec ne se justifie pas davantage. D'après les principes de la graphie oflicielle mmt y demeure toujours invariable, que ce soit au singulier devant un féminin (mort-n4e) ou au pluriel devant l'un ou l'autre des deux genres : mxyrt-nés, mort-nées. C'est une règle dont la réforme estcommandée par la logique. Un enfant qui est mort-né est un enfant qui est né m^ort ou qui est mort aussitôt que n^. Dans cette expression elliptique les deux adjectifs sont sur le même plan, comme dans |)remier-néf, aveugle-né (« enfant né le premier, enfant né aveugle »), qui font au pluriel premiers-nés, aveugles-nés; le premier terme du composé n'y a pas une valeur adverbiale, il n'existe donc aucun motif de le laisser invariable, 1' s du pluriel y est tout à fait légitime, ainsi que l'edu féminin, et nous devons écrire, en faisant l'accord : « des enfants morts nés, des filles mortes nées^ .
§130. Tout pris adverbialement! — Chacun connaît la règle en vertu de laquelle tout, pris adverbialement et placé devant un adjectif féminin commençant par une consonne autre que 1* h muette, s'accorde en genre et en nombre avec cet adjectif, tandis qu'il demeure invariable partout où ce dernier ne remplit pas cette condition. Ex. : « Elle est toute tremblante, tout émue, tout heureuse; elles sont toutes tremblantes, tout émues, tout heureuses ».
* Pour la suppression du trait d'union dans les diverses expressions qui viennent d'ôtro examinées, voir ci-dessous §§ 515-316.
Plusieurs grammairiens modernes ont jugé celte règle défectueuse et proposé de la réformer. Au pluriel, ils admettent que Tadjectifadverbe tout doit rester invariable, sauf devant un féminin qui commence par une consonne, l'orthographe étant forcée de faire l'accord pour se conformer à la prononciation (« toutes tremblantes »). Mais, au singulier, ils veulent que tout soit libre de s'accorder avec un féminin commençant par une voyelle ou une h muette ((( toute émue, toute heureuse »). On ne voit pas de raison, disent-ils, pour défendre d'écrire, par exemple, « la place est toute encombrée », car il est impossible de découvrir la moindre différence de signification entre « toute (entière) encombrée » et « tout (entièrement) encombrée » : que l'on considère totit comme un adjectif ou comme un adverbe, le sens est exactement le même dans l'un et l'autre cas, et la prohibition du féminin toute n'est au fond qu'une puérilité.
I-.eur critique est fondée pour ce qui regarde tout employé comme synonyme d'(( entièrement, en totalité », puisque dans ce rôle il peut s'interpréter indifféremment soit comme adjectif (tout entier), soit comme adverbe (totalement) ; mais ailleurs elle tombe à faux, car ils oublient que l'adverbe tout n'a pas seulement une valeur de « totalité », mais qu'il en possède une autre, celle d'<( intensité » : il signifie alors « beaucoup, extrêmement, au plus haut degré ». Lorsqu'il présente cette seconde valeur il est clair qu'il fonctionne uniquement comme adverbe, à l'instar de fort, dur, court, dans (( crier fort, taper dur, court vêtu » (c'est-à-dire fortement, durem£nt, courtement), et que, par suite, il doit rester invariable. Ex. : (( Elle est tout essoufflée, elle se sent tout aveuglée par une lumière si éclatante, tout assourdie par tant de bruit ». Dans ces phrases chacun des adjectifs essoufflée, aveuglée, assourdie, indique un phénomène local, uij état limité à l'appareil respiratoire, à l'œil ou à l'oreille : il s'agit d'une partie de la personne et non de son être pris dans sa totalité. Elles ne comportent pas deux interprétations différentes, tout n'y a pas deux acceptions possibles, mais une seule, celle ^'intensité, et l'on ne pourrait, sans manquer à toutes les lois du raisonnement, songer un seul instant à le faire accorder avec l'adjectif qui le suit en écrivant toute au lieu de tout ; une personne ne peut se dire essoufflée, aveuglée, assourdie tout entière : ce serait absurde.
§ 131. Avec la liberté de substituer toute à tout là où ce terme signifie (( entièrement » et l'obligation logique d'écrire tout là où il signifie « extrêmement », l'écolier risquera de 3e trouver parfois assez gêné
quand il lui faudra opérer celte distinction. Pourc^uoi lui créer de galté de cœur une difficulté, lorsqu'il est si facile [de la lui épargner? 11 suffit pour cela de s'en tenir à la formule suivante :
a) « En principe, tout, employé adverbialement devant un adjectif féminin avec une valeur soit de totalité^ soit d'intensité, doit demeurer invariable au singulier comme au pluriel. Ex. : Tout émue, tout heureuse ; tout émues, tout heureuses.
h) Par exception, il s'accordera en genre et en nombre avec l'adjectif féminin, lorsque celui-ci commencera par une consonne autre que Vh muette. Ex. : Toute tremblante, toute honteuse ; toutes tremblantes, toutes honteuses. »
Cette solution se justifie sans peine par les motifs qui viennent d'être exposés au paragraphe précédent. En effet :
i^Là où totU a une valeur de « totalité », la distinction de tout (entièrement) et de toute (entière), chimérique en théorie, est inutile dans la pratique ;
t^ Dans les locutions de cette sorte, il serait contraire à la logique que le singulier pût avoir deux formes (« tout ou toute émue, tout ou toute heureuse »), quand le pluriel n'en peut recevoir qu'une seule (« tout émues, tout heureuses »).
La modification réclamée ne servirait, nous le voyons, qu'à compliquer l'orthographe, tandis qu'une règle unique pour les deux nombres est plus rationnelle, d'un maniement plus simple, et doit par là même être adoptée à l'exclusion de tout autre.
Jlo2. Quant à l'exception b), qui nous oblige à faire l'accord devant une consonne ((( toute tremblante », etc.), elle est fâcheuse et en contradiction avec le bon sens, mais nous n'y pouvons rien changer, la prononciation l'ayant consacrée d'une manière définitive. Elle relève désormais non de l'orthographe, mais de la syntaxe; elle lient au fonds même de la langue et il faut renoncera la supprimer. On a tort d'affirmer, comme on le fait souvent, qu'elle prend sa source dans l'euphonie. L'euphonie n'est pas la vraie coupable. Ce n'est pas elle qui nous fait dire : totitefière, toute tremblaiite, etc. Tout fière, tout tremblante, ne nous heurtent que par suite de l'habitude prise de faire l'accord de tout : au point de vue euphonique, ces façons de parler n'ont rien de plus dur que tout fier, tout tremblant. L'emploi de totite est dû à une influence de voisinage, c'est un phénomène de contagion grammaticale. La fonction adverbiale dévolue à tout n'efîace pas en nous le souvenir de son caractère prir mitivement adjectif; par l'effet d'une fausse impression, nous
croyons sentir le choc de deux épithètes qui seraient Tune au masculin, Tautreau féminin, quoique s'appliquant au même objet, et nous créons une incorrection réelle pour éviter celle qui n'existe que dans notre imagination.
La preuve en est fournie par les épithètes toute-connaissante, toute-puissante : « Une substance infinie, toute-connaissante, toutepuissante » (Descartes). Ces qualificatifs signifient « connaissant tout, pouvant tout », et non « tout entière connaissante, tout entière puissante » : tout y a la valeur d'un accusatif neutre, il représente le latin omnia {omnia cognoscens, omnia potens). C'est donc bien une contagion d'adjectif à adjectif. Aussi cette influence du genre cesse-t elle dès qu'on se trouve en présence d'un substantif. On dit « être tout feu, tout flamme », et nos classiques écrivent : « Ne soyez pas tout lumière (Balzac), il est tout vue (Bossuet), tout jalousie (Fénelon) ».
Pareille faute ne se produit pas avec fort. L'invariabilité de cet adjectif pris adverbialement (fort délicate, fort belle, fort bienfaisante »), ne nous offre rien de déplaisant et nous n'éprouvons jamais la tentation de dire a forte délicate, forte belle, forte bienfaisante», à l'exemple de «/oufc délicate, toute belle», etc. Pourquoi cette différence d'impression? Pourquoi ce qui est correct et nous semble tel, quand il s'agit de fort, nous paraît-il incorrect quand il s'agit de tout? Je n'ai pas la prétention de résoudre l'énigme et j'en laisse le soin à de plus habiles.
E muet devant ss.
§153. Ë devant ss a une prononciation variable :
1» Tantôt il sonne e labial, comme dans dessus, dessons, ressentir, ressouvenir, ressource, etc.;
2« Tantôt il sonne é ou è, comme dans rfessin, dessouder, essai, essuyer, pressentir, ressusciter, etc.
Il serait bon de signaler dans l'écriture ces nuances au moyen des accents et de pourvoir, selon les cas, le groupe ess de l'accent aigu ou de l'accent grave (éss, èss), lorsque l'e n'y a pas le son labial.
C'est l'analogue de ce qui a lieu pour le préfixe re, dont, nous avons soin de noter la double prononciation re-, ré-, Ex. : «refluer, replacer, recueillir», etc., et «rMéchir, répliquer, récolter». De même pour «recréer, refformer, repartir», en face de «recréer
reformer, repartir», où, de plus, à la différence de prononciation vient s'ajouter la différence de sens.
Il est entendu que cette intervention de l'accent doit se borner aux cas où elle est vraiment utile, c'est-à-dire à ceux où le lecteur risquerait d'éprouver une hésitation sur la manière exacte d'articuler le groupe -ess- : partout, au contraire, où nos habitudes de prononciation ne laissent place à aucune ambiguïté, il faut s'en abstenir. En principe ce groupe se prononce èss (essor, message, princesse^ etc.). Devant les phonèmes d'un caractère aigu, comme é, I, nous le transformons en éss (essayer, messie, cesser), mais ce changement s'opère involontairement et à notre insu : ce serait donc surcharger l'écriture sans nécessité que d'y spécifier la nuance à l'aide d'un accent (v. §§ 238, 486, et 550, 2«).
E prononcé a.
§154. £ se prononce a dans quelques mots tels que femnae, solennel, hennir, couenne, rouennerie^ moelle, moellon, poêle, poêlan,eic,, et dans les adverbes en -emment comme ardemment, violemment, etc.
Sans m'occuper de l'évolution qui l'a amené graduellement h prendre la valeur a, je ferai remarquer que, dans tous les autres mots de la langue où s'est produit le même phénomène et où la prononciation a est devenue définitive, le caractère a s'est substitué dans l'écriture à e. Ainsi nous écrivons achée, arracher, boulevard, chenal, farouche, catarrhe, harpe, larme, paresse, sarcelle, marquer, écharpe, charcutier, glanery harceler, condamner, chevanne, etc., là où nos aïeux écrivaient échée, esrachier, boulever (de Fall. bohlwerk), chenel, f croche, caterre, herpe (xv« s.), ferma, perece, cercelle, marquer, escherpe, chercuitier (xvi« s.), glener, herseler, condemner, chevesne. 11 est évident qu'on doit supprimer ces quelques exceptions et les faire rentrer dans les conditions ordinaires de notre graphie, où le phonème a se note a et non e. Nous écrirons donc famé *, solanel, hanir 2.
Les adverbes en -emment prononcé -amant (ardemment,violemmsnt), ne comportent pas non plus d'autre solution. Il faut y remplacer la finale -emment par -amant : ardamxint, violamant ^.
La présence d'un a au lieu d'un e dans solanel, solanité (p,
^-« Pour la réduction de mm à w et de nn à w, v. ci-dessous § 252. 3 Pour le remplacement de -ent par -ant, v. ci-dessous § 216.
solennel^ solennité, tirés du lat. so/ennfc, soknnitas) **, y est aussi légitime que dans pana4:he (p. pennache, de Fit. penn/icchio), et hanir peut se substituer à hennir tout aussi bien que panonceau s*est substitué à vfr. pennonceau, pennoncel (de pennon).J)e même, dans les adverbes en -emment, la graphie ardamant (p. ardemment) est aussi naturelle que celle de condamner, remplaçant vfr. condemner, de lat. condemnare 2.
Au sujet de famé (p. femme), on objectera peut-être que la graphie famé rompt l'analogie de ce mot avec ses congénères femelle, féminin, efféminé ; mais à cela nous pouvons répondre que la même inconséquence existe dans d'autres mots, comme (( cran, équarrir, faner, marchand, marin, panache, panonceau », etc., et leurs proches parents « créneau, équerre, fcnil, mercantile, mer, penne, pennon ». Nous n'en sommes pas choqués; il n'y a pas de raison pour l'être davantage de la relation « famé : femelle, féminin ».
On ne peut pas non plus invoquer Tétymologie en faveur du maintien de l'e dans les mots dont il vient d'être question : son . cas est pareil à celui de l'e latin devenu a, dans « jaloux, parchemin, ramer, farouche, marchand », etc. (lat. pop. *zelosum, *percaminum, *remare, *feroticum; *mercatantem).
5155. Conformément à ce qui vient d'être dit, couenne, rouennerie, s'écriront couane, rouanerie (v. § 173). La graphie simplifiée coine, roinerie, n'est pas possible à cause de la prosodie, qui compte le groupe ou-e pour deux syllabes dans chacun de ces mots. Mais il en est autrement pour mx)elle, nnoelbn, poêle, poêlon, dans lesquels le digramme oe ne compte que pour une syllabe et qui se prononcent mwal, mwalon, pwâl, pwâUm. La réforme de leur graphie sera examinée au § 172.
EA prononcé a ^, ^156. Ce digramme se trouve dans le nom propre Jeanne. L'e muet y
1 Remarquer le désaccord qui existe entre la prononciation de pérennilé ipé-rèn-ni-té) et celle de solennité {solsL-ni-té), malgré la similitude de leurs origines (perennitas, solennitas).
^ Jusqu'au xvii« s. les groupes -einm-, ^enn-, s'articulaient an-wi, an-n (par a nasal] ; mais, à dater de ce moment, leur prononciation changea et l'on commença à substituer la voyelle orale a à l'ancienne voyelle nasale an et à dire, par exemple, faine, prudaman^ hanir, au lieu de fan-me, prudan-man, hannir.
3 Pour ea prononcé é {break) et t {steamer), y. ci-dessous §§ 167-168. Ces digrammes, ainsi articulés, ne se rencontrant que dans des mots de source étrangère, l'examen en a été rejeté à la suite des groupes d'un caractère purement français où Ûgure la voyelle e.
est le vestige étymologique d'un o primitif, le vfr. Jehav, masculin de ce nom, venant de lat. Johannes. 11 n'y aurait aucun inconvénient à le supprimer (v. § 125), comme on a supprimé Ve muet prévocalique dans les mots du vfr. eage, cheance,' teoir^ reont, etc., qui sont devenus âge, chance, voir, rond, La graphie Jane est donc tout indiquée (v. § 581).
El prononcé e (é, è, ô).
§157. Dans le vfr. et représentait une prononciation aujourd'hui disparue; ce digramme est toujours articulé comme un e simple, avec les diverses nuances de celui-ci, é, è, ê, qu'il revêt seïon l'occasion, comme dans peiner, seigneur, reine, qui se prononcent pM^, sègn€ur,rén\
De même que son analogue le digramme ai(% 91), il tire son origine des phonèmes latins les plus divers. Ex. :
1» lat a : pleine (pour plaine, de plana), orthographe vicieuse du terme de blason <( armes pleines » (v. § 224, 1° );
2<> lat. se : baleine, de balœna ;
3» lat. e : veine, sereine, treize, seize, de vena, serena, tredecim, sedecim;
40 lat. i : neiger, teigne, de * nivicare, tinea;
50 lat. œ : peine, de pcena.
Le cas le plus fréquent est celui où ei dérive d'un e latin. Les conditions dans' lesquelles cet e est devenu ei ressemblent à celles qui ont déterminé la transformation de lat. a en fr. ai; je ne ferai pas l'historique de cette évolution, par les mêmes motifs que j'ai indiqués plus haut au sujet de ai (v. 2^' note du §91).
§158. L'orthographe est assez indécise à l'égard de son emploi. Ainsi, dans un certain nombre de cas, on la voit rendre un même phonème latin :
lo tantôt par ei et tantôt par ai, Ex. : useine, restreigne, geigne, enseigner » (lat. sagena, restringat, gemat, *insignare),en regard de «faine, contraigne, craigne, daigner» (lat. * fagina, constriwgat, * cremat, * dignare) ; 2o tantôt par et et tantôt par e. Ex. : baleine (bala?na) murène (mura?na).
sereine (serena) arène (arena)
seigle (secale) règle (régula)
verveine (* vervena) ébène (ebenum)
seigneur (senîorem) s^nat (senatum)
retne, vfr. reïne (regina) même, vfr. m&isme
(*metipsimum)
neiger (* ntvicare) s^her (stccare)
enseigne (* instgnat) assène (assignat)
peine (pœna) tédéré (fœderatum) etc.
Cette anomalie est fréquente entre primitifs et dérivés. Ex. :
pleine plénitude
sereine sérénité
peine pénal, pénible etc.
L'Académie autorise même cà et là une double orthographe pour le même mot, comme dans seine et senne (lat. sagena), seiche et sèche (lat. sepia)j etc.
i 159. Réglementation. — On voit que, si la graphie ei peut parfois se réclamer de l'élymologie, comme lorsqu'elle rend soit lat. i, soit lai. e avoisiné d'uni dans la syllabe suivante ( enseigner, reine, de lat. *insignare, regina), illui arrive aussi le plus souvent d'être en contradiction avec elle. Par conséquent, il n'y a pas lieu de tenir ici plus de compte de l'étymologie que nous ne l'avons fait dans la réforme de ai (§ 92), et il faut substituer franchement à ce digramme, par voie de règle générale, la notation plus simple e (é, è, ê), comme nous le faisons depuis longtemps pour rêne, même, règle, étrenne, etc., au lieu de noter ces mots par reine, meime, reigle, étreine, en souvenir du temps où l'on écrivait reisgn^ (xii^s.), meisme (xiv® s.), reigle (xvF s.) ^ estreinc (xiv« s.).
Nous écrirons donc : comme on écrit :
balène murène
sègle règle
sègneur sénat, sénile
néjer^ sécher
ansègne assène
vervène ébène
1 Montaigne proteste contre cette orthographe et la condamne comme contraire à la phonétique et à l'étymologie dans une instruction placée en tète do la 2* édition de ses Essais (1588).
> Pour la notation du g doux par j, v. ci -dessous § 420.
pêne p^nal
plène plénitude
serène sérénité
trèse (lat. ivedecim) pi^^e (pedica)
sèse (serfecim) ^ si^ge (* serficum) etc.
§160. On peut se convaincre aisément que, dans Ja plupart des cas, cette réforme a le double avantage de constituer une graphie plus exacte sous le rapport de la phonétique comme sous celui de léty mologie et que, par exemple, Ve de serène, plène, %hne^ sègle, vervène, trèse, sèse, etc., répond plus correctement que ei à le de lat. «erena, plena, vena, secak, vervena, tredecim, sedecim.
§161. Homophones. — Les homogrammes dus au remplacement de et parc dans certains homophones peuvent entraîner des amphibologies dont il faut se méfler. Voici quelques observations sur les moyens de les prévenir :
1. Reine ne sera pas réduit à rêne, mais conservera son cik cause de rêne. Leur homonyme renne s'écrira rêne (§ 252): aucune confusion possible.
2. Senne et seine ne peuvent pas se réduire à sène, à cause de sène, simplification de scène (§388). Nous éliminerons seine et nous garderons senne pour éviter l'équivoque. Sous le rapport étymologique cette graphie senne, enregistrée par l'Académie à côté de seine, n'est rien moins que recommandable, mais dans la pratique, nous n'avons pas à nous en préoccuper, du moment qu'elle nous fournit un moyen de distinguer deux homonymes. Quant au nom géographique 5eme, sa simplification en5ène(§ o82) ne peut causer aucune méprise : 1<> grâce à la présence de la majuscule; 2<* en raison même du sens des phrases où Ton peut avoir occasion de l'employer.
3. Haleine sera réduit à halène, en conservant ïh muette pour empêcher la confusion avec son homonyme alêne (§ 367).
4. Peine deviendra pêne, mais, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque avec penne, celui-ci, au lieu d'être simplifié en pêne, conservera ses deux nn. Le fém, pêne (p. peine) ne peut pas se confondre avec le masc. pêne (technol.), à cause de la différence de genre et d'accent.
^ Pour la substitution de 8 k z dans treize, seize, v. ei-dessous § 505.
5. La réduction de aeignetir à sègneur ne souffre pas de difficulté. Pour obvier à toute confusion avec saigneur ^ nous conservons à celui-ci son ai (v. ci-dessus la 2« note du § 95).
6. 11 n*y a aucun péril à adopter la graphie e pour ei dans le vb. peigner (pégner) et dans les formes du vb. peindre (pindre, § 226) qui ont pour radical peign- (pègn-) : je peignais (pègnès), que je peigne (phgne), etc. Actuellement, avec Torlhographe peign- commune à ces deux verbes, l'amphibologie n'a jamais lieu, grâce à * l'écart des significations : il en sera de même avec la graphie pègn-.
7. Quant aux substantifs thne, sèche (p. veine, seiche), la différence des fonctions grammaticales empêchera de les confondre avec les adjectifs féminins vène (p. vaine) ei sèche (de sec) : donc nulle crainte d'équivoque à avoir de ce côté.
8. Par la même raison l'adjectif féminin pfène (p. pleine) ne se confondra pas avec le substantif féminin plène (p. plaine, § 92).
En ce qui concerne l'expression armes pleines (p. plaines, § 157, 1«), la graphie plènes aurait le tort de lui conserver son caractère amphibologique : il vaudrait mieux la rectifier en plaines, (v. § 229, \^ plein), A la vérité, cela pourra sembler en contradiction avec le remplacement du sbst. plaine (lat. plana) par plène, mais il n'y a pas à en tenir compte : l'un étant un mot du langage courant, l'autre un terme technique qui appartient au vocabulaire du blason, l'emploi de la double orthographe, dont il sera parlé au § 593, n'y est pas déplacé. D'ailleurs, quand nous nous servons du sbst. plaine, nous ne songeons plus à sa parenté avec l'adj. plain ; le souvenir de son origine s'est effacé et la contradiction que je signale ici est purement théorique : dans la pratique elle passera inaperçue pour tout le monde.
El prononcé éï.
§ 162. Il existe un autre groupe ei prononcé non plus e mais éi, qui figure dans quelque mots savants, comme kaléidoscope, séméiologie, séismographe, etc., où il représente la diphtongue grecque ei. Ce serait une notation à corriger, la vraie transcription française de
* Sous le règne de Louis-Philippe, cette homonymie servit de prétexte à une série de jeux de mots des plus médiocres, où se complut longtemps la petite presse
(« Notre iJai^neur et Maître Vous nous ferez, Saigneur, en nous croquant
beaucoup d'honneur », etc.), par allusion à un postillon frappé de congestion cérébrale et que le roi avait saigné d'urgence.
cette diphtongue étant i et non éi. La question sera traitée plus tard au § 395.
EOI prononcé wa.
§163. Ce groupe se rencontre dans le verbe seoir et ses composés asseoir, surseoir.
Ici encore l'orthographe ofiTicielle fait preuve d'incohérence : elle supprime Ve muet dans toute la conjugaison d'asseoir (assois^ assoirai, assoirais, etc.), mais elle le conserve au futur et au conditionnel de surseoir (surseoirai, surseoirais, etc., en regard de sursois, sursoyais, etc.). Il faut le supprimer partout et remplacer eoi par oi (v. § 123), en écrivant soir, assoir, sursoir, sursoiré, etc., comme on le fait four choir, voir, croire, doloire (v. § 117), etc., qui furent jadis cheoir, veoir, creoire, doleoire (v. § 123). C'est également ainsi que rond a remplacé l'ancienne forme reont (lat. rotundum, ibid.). Cet e prévocalique se faisait entendre et formait hiatus : e-oi, e-oriy etc.; mais, depuis la fin du moyen âge, il a partout disparu dans la prononciation et ne possède plus aucun titre à figurer dans les rares endroits où l'Académie a cru devoir le maintenir.
L'infinitif soir ne risque pas de faire équivoque avec le sbst. soir: la différence des fonctions grammaticales y met obstacle et, de plus, cet infinitif est à peu près inusité, le verbe ne s'employant guère qu'aux formes personnelles [sied, siéra, etc.).