EU
§164. Comme on l'a vu au tableau ï, § 3, le groupe eu possède trois prononciations. Il représente :
1« eu ouvert : jeune, neuf; 2® eu fermé : jeûne, peu-, 30 u : j'eus, nous eûmes, eu,
EU prononcé eu.
§163, L'emploi de eu dans ce rôle constitue une graphie défectueuse au point de vue scientifique, mais il faut la garder provisoirement, parce que nous y sommes accoutumés et qu'elle ne peut se confondre avec aucune autre. Pour l'instant, il est vrai, elle fait équivo que avec eu prononcé u, mais l'équivoque cessera le jour où sera adoptée la modification proposée ci-après (§ 166).
Ce digramme, je viens de le rappeler, possède deux nuances d'articulation bien tranchées, Tune ouverte, l'autre fermée, qui peuvent à l'occasion affecter le même mot, comme cela arrive pour peut dans ÏSidy, peut-être et dans nUpeut (pron, peut) éive^). Elles sont parfois distinguées dans l'écriture à l'aide de l'accent circonflexe (jeune, jeûne), mais souvent aussi cette distinction est omise. Ex. ; peur, seule, peureux, meule (pron. peûreû, meûl). Il serait rationnel de poser en principe que tout eu fermé portera désormais l'accent circonflexe : meule, meute, leûde, creuse, etc. Mais, dans la pratique, un emploi si fréquent de ce signe aurait l'inconvénient de surcharger l'écriture ; on pourra donc, à la rigueur, le limiter à la distinction des homonymes, comme dans jeune, jeûne. Cet allégement du graphisme serait particulièrement applicable aux syllabes terminales qui renferment eu. En effet, la qualité de ce phonème s'y trouve liée de façon assez régulière à la forme de la syllabe dans laquelle il figure; ainsi les finales en -eu, -eude, -eue, -eugle (sauf dans aveugle), -eule (s^ut dans seule, gueule) -eume, -euque, -euse, eut, -eute, -eutre, -eux, pour ne citer que les principales, ont le son fermé, tandis qu'il est ouvert dans les finales en -euble, -euf, -eul, eune(s3i\xtddins jeûne), -eur, -eure, -eurt, -euve, -euvre, etc. Pour ce qui est de ces deux catégories de finales, on pourrait donc se borner à les énumérer dans les grammaires en indiquant aux écoliers leurs différences de prononciation, sans aller jusqu'à vouloir caractériser constamment les premières par un signe spécial.
EU prononcé u.
5I66. 11 provient d'un ancien eti, e«, du vfr. Ce groupe n'existe plus qu'à l'état d'archaïsme graphique dans quelques parties du verbe avoir : eu^ , eus, eut, eûm^s, eûtes, eurent. Partout ailleurs il est noté par un u simple, conformément à sa prononciation. C'est ainsi que vfr. cheveleiire, receu, seiir, meiir, seûreau, deû, meure, meutin 2 ,
* Au xvir s., le participe passé eu était encore fréquemment prononcé é-v, en deux syUabes ; de nos jours le parler populaire a conservé évu,
^ Meutin, plus anciennement muetin, est un dérivé de muete (de lat. pop. ^movila), devenu plus lard meute avec les divers sens de « mise en mouvement, partie de chasse, rendez-vous de chasse, relais », etc. C'est à muete (écrit aussi , muette), pris dans cette dernière acception de «relais pour les équipages de chasse», que se ratlache le nom du Pavillon de laMuette, au Bois de Boulogne. On l'appelait au xvn' siècle le Pavillon de la Meule^ et une dissertation du Mercure de France nous fait voir que certains étymologisles d'alors, assez mal renseignés sur les origines, prétendaient tirer cette appellation du lat. mutare, en se fondant sur ce que ces sortes d'habitations étaient disposées pour recevoir des « chiens de rechange ». •
sont devenus aujourd'hui chevelure, reçu, sûr, mûr, sureau, dûy mûre, mutin. De même pour les verbes: creii, msii, teii, teu, tu seûs, il teût, nous devmes, vous pleustes, etc., ont lait place à crû, mû, tu, vu, tu sus, il tut, nous dûmes, vous plûtes, etc.
Le maintien de la graphie ]em, il eut, etc., est une anomalie sans justification qu'on doit se hâter de faire disparaître, en remplaçant eu par t* à toutes les formes où il figure (v. § 125). Nous écrirons u, us, ut, umes, utes, urent, etc., comme leurs homologues du, dus, dut, dûmes, dûtes, durent, etc. (vfr. deû, deûs, deut, deusmes, deustes, deurent), et nous y supprimerons, comme à ceux-ci (§ 546),raccent circonflexe (umes, utes, p. eûmes, eûtes), qui est superflu, puisqu'il n'y a ni une équivoque à prévenir, ni une nuance particulière de la prononciation à indiquer. Nous ne le conserverons, par exception, qu'à l'imparfait du subjonctif dans qu'il ût (p. qu'il eût), pour les raisons qui seront exposées plus tard en traitant de l'accent circonflexe (§ 547).
Us, dans « je les us w, est un homogramme de us dans « les us et coutumes ». Faut-il craindre que cette similitude ne risque d'engendrer une amphibologie? Il est bien difficile de l'admettre. Rien de moins vraisemblable, et je ne pense pas que pareille considération soit de nature à entraver la réforme d'une notation vicieuse, en désaccord avec toutes nos habitudes orthographiques.
EA, EE, prononcés i.
§167. Ces deux groupes ainsi articulés appartiennent à des expressions d'origine anglaise, telles que steamer, speech, spleen (v. §156). Ils doivent être remplacés par t, comme on le fait dans « beaucuit, bifteck, rosbif » etc., qui sont pour « buckwhaat, beefsteak, roastbcef ». On écrira stimeur, spitch, splin\ en se servant de l'apostrophe pour indiquer que Vn se prononce et que -in dans ce mot ne représente pas è nasal (v. §§ 242 et 5î>7).
EA prononcé e.
i 168. Comme les précédents, ce groupe ne se rencontre que dans des mots empruntés à l'anglais, tels que break (§156). U faut lui substituer e et écrire brec, à l'exemple de « bifteck », où e représente le ea de « beefstmk » ; voir à ce sujet les §§ 564 et 573-574, où est également indiquée la transcription par e de l'a prononcé e dans certains mots
empruntés de même à J'anglais, comme square, qui devra s'écrire scoxi^e^.
I final des groupes -illi-, -gni-.
§ 169. L't qui suit Jes groupes -ill et -gn- mouillés dans certaines formes des verbes en -t//er et -gner, comme pillionsy pilliez, cognions, cogniez (de piller, cogner), a été critiqué par divers grammairiens, qui ont proposé sa suppression en alléguant qu'il n'était pas prononcé. C'est une question qui sera étudiée plus bas (§ 203) en même temps que le traitement du digramme j/t, les deux cas étant identiques et comportant la même solution.