OU
§185. Ou est une graphie scientifiquement défectueuse, mais qu'on peut conserver sans inconvénient, par les raisons exposées cidessus § 81.
Pour ou prononcé aou dans rout et qui doit s'écrire phonétiquement aou, v. §§ 564, 571, b, 573.
§186. V possède trois valeurs :
lo u, la plus générale ;
2o 0, beaucoup phis rare : album ;
3« ou, tout à fait exceptionnelle : yucca,
U prononcé o.
§187. U se prononce parfois o devant m. Ceci a lieu :
lo en syllabe médiale, comme dans circumduction, circumnatiga-
tion, circumsolaire, circumzénithal, etc. ; 2*^ en syllabe finale, dans la désinence -um de mots étrangers au
français qui ont fini par passer d'une manière plus ou moins com-
plëte dans la langue usuelle. Ex. : album, compendium, décorum, factotum, géranium, maximum, minimum, médium, palladium, pensum, post-scriptum, Te Deum, ultim^atum, tade-mecum, etc. *
§188. Réglementation. — Dans les mots qui commencent par circum- (circumduction, circumnavigation, etc.) cet u est à remplacer par 0, ainsi que le conseille l'analogie de circonlocution, circonspect, circonflexe, circonstance, circonscrire (de iat. circumlocutionem, circumspectum, circumflexum, circum^tantia, circumscribere), circomméridien, circompolaire, etc., où le Iat. circum- est rendu par circon-, circom-,
§189. On a proposé la même modification pour Vu de la finale -um. En soi la notation -om n'a rien que d'acceptable. Elle peut s'autoriser de précédents sérieux ou tout au moins de cas très analogues, qui nous sont fournis par les mots où le Iat. -um est devenu -on. Ainsi m^on, ton, son, dicton, amidon, rogaton, toton, représentent meum, tuum, suum, dictum, amylum ^, rogatum, totum, et, au lieu de factotum, l'ancienne langue disait et écrivait factoton, qu'on retrouve entre autres chez La Fontaine. Mais, en y regardant de plus près, on s'aperçoit que la réforme n'est pas si commode à opérer. En effet, à part de très rares exceptions telles que rhum, les mots en -um sont des termes d'origine savante empruntés directement au latin. Parmi ces termes les uns, d'un emploi très fréquent, constituent une première catégorie qui fait partie de la langue courante au môme titre que les mots strictement français. Ex. : album, aquarium, décorum, erratum, factum, factotum, harmonium, médium, muséum, critérium, pensum, post-scriptum, ultimatum, maximum, minimum ^, etc.
< Pour la finale -um prononcée un [eu nasal), v. ci-dessous § 241. 5 Prononcé amilon au moyen âge.
3 A propos de maximum et de mifiimumt qu'il me soit permis de traiter incidemment une question non d'orthographe à proprement parler, mais de grammaire, qui concerne leur emploi au féminin et au pluriel dans le rôle d'adjectifs.
Au féminin les uns disent : « une contenance minimum, une surface maxivium », les autres : « une contenance minima, une surface m,axima ». La première manière choque les latinistes, la seconde détonne dans notre langue par l'applicaUon d'un féminin en -a à des expressions que leur usage continuel dans le langage courant a bien réellement francisées. Le meilleur moyen de tourner la difliculté serait d'Imiter le procédé des Allemands, qui consiste dans l'emploi des adjectifs maximal, minimal, et de dire comme eux : « une contenance minimale, une surface maximale ».
Au pluriel même solution, avec les mêmes avantages : « volumes minimaux, contenances maximales », sont de tout point préférables aux formes actuellement employées.
Une seconde catégorie, d'un usage un peu plus limité, se lient pour ainsi dire sur les confins de la langue usuelle. Ex. : compendium, mémorandum, palladium, palm^irium^ caput-mx>rluum,
Une troisième classe appartient au vocabulaire spécial des sciences historiques et naturelles. Ex. : forum, labarumy pallium, sagum, pilum, vomitorium, columbarium; cœcum, duodénum, jéjunum, coagulum, sensorium, colostrum, castoreum; lithium, rubidium, zirconium, potassium, sodium; glau^^ium, kpidium, bdellium, arum ; dinothérium, mégathérium, paléothérium, etc.
Enfin une quatrième fait partie de la langue liturgique. Ex. : Te Deum, triduum, etc.
§190. Ceux de la 1'^ classe sont à écrire par-orn. Surce point la réforme est d'une exécution facile : albom, décorom, factom, factotom, rom (§ 382), etc., n'offriront en réalité rien de plus étrange que mon, ton, son, dicton, rogaton, toton, etc., cités un peu plus haut, et l'œil s'y fera bien vite.
Mais ceux de la 2« classe, ainsi transformés (pabnariom, mémorandom, caput-mmtuom, etc.), auraient, ce me semble, plus de peine à se faire accepter : nous sommes encore trop frappés de leur physionomie latine pour les accueillir d'emblée sous ce nouvel aspect sans un peu de surprise. En ce qui les concerne, il serait peut-être sage de temporiser.
Evidemment la limite qui sépare ces deux subdivisions est assez indécise. Nous y rencontrons bon nombre de mots qui flottent entre les deux et auxquels il est difficile d'assigner une place rigoureusement déterminée dans l'une de ces catégories à l'exclusion de l'autre. Cette répartition sera l'affaire du corps savant qui réglementera la nouvelle orthographe. Il y a là une question assez délicate de tact et d'appréciation et, pour tout dire, un petit problème qui ne peut guère se résoudre sans une certaine dose d'arbitraire. C'est le cas pour beaucoup de ces menues difficultés d'écriture, du moment qu'on n'a pas la prétention de les trancher brutalement au moyen d'une formule intransigeante. Pour s'attaquer aiix mots de la 2« classe, les réformateurs devront avoir la patience d'attendre que le public soit tout à fait accoutumé à l'emploi de -om dans ceux de la 1'*^ (v. § 66, 5^ et § 83). Alors, avec le temps, l'analogie fera peu à peu son œuvre, on les verra d'eux-mêmes se modeler l'un après l'autre sur leurs congénères, et il viendra une heure où l'on pourra sans aucune difficulté faire tomber la barrière qui les sépare encore.
Quant à ceux de la 3« classe, il n'y faut pas songer. Ils sont trop étrangers à la langue de chaque jour, ils relèvent trop complètement de Targot scientifique pour qu'on puisse y toucher (v. §591).
Il en est de même des termes appartenant à la langue ecclésiastique, dont le caractère latin est resté parfaitement sensible pour tout le monde, malgré la fréquence de leur emploi.
U prononcé ou.
il91. Ainsi que je Tai dit ( § 186), ce cas est exceptionnel. Ex. : mameluk, yucca. Il faut écrire mamelouc (§ 446), iouca (§§ 196, 252), en remplaçant u par ou, comme on le fait dans cachou, caoutchouc, dont les étymologies respectives sont catechu, cahuchu *.
Pour u prononcé ou dans gu- (guano) et qu- (équateur), v. §§ 439,
UE prononcé eu.
ii92. Le digramme ue avec le son eu ne se rencontre que dans le groupe -ueil, où il est suivi d'une / mouillée et précédé d'un c ou d'un g. Les mots dans lesquels il figure sont rares et j'ai cité les principaux d'entre eux au § 176 : accueil, cercueil, écueil, orgueil, etc., en même temps que j'en disais l'origine. Comme œ et œu, cette graphie n'est plus qu'un anachronisme dont la disparition s'impose. Nous avons vu qu'on doit écrire 6ui/, euf, beuf, seur; de môme doit-on substituer le groupe -euil à -ueil et écrire aqeuil, aqeuillir, qeuillir,qeuillète(%^2, 1»), reqeuil, reqeuillir, requeillemant (§216), serqeuil (§ 417), éqeuil^, orgueuil, comme on écrit cerfeuil, chèvrefeuille, qui étaient en vf r. cerfueil, chicx)refueiL
A ceux que la graphie orgueuil choquerait par la multiplicité de ses voyelles successives (-t^ui-) on peut répondre que cette môme succession se retrouve identiquement dans certains noms de lieu comme Queuille, Laqueuille, dont la lecture ne gône personne. Elle est toute naturelle du moment que, pour les motifs indiqués ci-dessus au § 66, 3<>, nous conservons gu, eu et il comme notations respectives du g dur devant voyelle, de la voyelle euet de 1'/ mouillée ^ . L'instant n'est pas encore venu de remplacer orgueil
< C'est ainsi que l'écrivait La Condamine [1736), en ajoutant qu'à Quito on prononçait caoutchou,
' Pour le remplacement de c dur dans ces mots par q (au lieu de qv), v. §§ 410, 473.
3 V. §§ Ifô, 434, 454.
par orgôy ou quelque chose d'approchant, et une telle proposition n'est pas à formuler dans un travail où Ton s'est donné pour but d'ébaucher le plan d'une réforme en heurtant le moins possible les habitudes reçues. Du reste, la graphie orju^ttU, —et par suite celle de ses dérivés orgueuilleus, orgueuilleusemant, — aura l'avantage de couper court à la mauvaise prononciation orghéyeu, arghéyeuïman, qui est assez fréquente.
Y et ses combinaisons ay, ey, oy, uy, jri.
§193. L'y a des origines et des fonctions multiples :
1» Il est tantôt inétymologique, comme dans y (adv.), yèble (écrit aussi hièble), yeme, yeux, hypocras, de lat. ibi, ebulum, ilicem, oculos, Hippocras ^, etc. ; tantôt étymologique, c'est-à-dire venu en général du grec (mots savants) soit directement, soit par l'intermédiaire du latin, comme dans cycle, cynique, cyanose, métempsycose, etc.
^ Il représente tantôt un i voyelle, comme dans lyre, cataclysme, mystère, pyramide, etc.; i^iniài un t consonne, comme dans bayadère, mayonnaise, grasseyer, etc., et il sonne a dans le groupe final 'Oy : Fontenoy (§ 3).
3^ 11 peut constituer une simple abréviation graphique, équivalant :
a) soit à deux i consécutifs (tï), dont l'un fonctionne en qualité de voyelle ^ , l'autre en qualité de consonne, comme dans payer, frayeur, noyer, royal, moyen, doyen, essuyer, qui représentent palier, frai'ieur, noi-ier, roi-ial, mmicn, doi-ien (cp. wir. moiien, doiien), essui-ier;
b) soit à trois t consécutifs, (iii), comme d^ns pays, qui représente pai-t-w. Dans ce mot, le premier* est une voyelle qui s'unit à a pour former un groupe ai prononcé é, le second est un t consonne et le troisième un i voyelle.
40 11 figure dans un petit nombre de mots empruntés à des langues étrangères, comme yacht, yak, yatagan, yok, yucca, lyncher, jury, tilbury, tramway, poney, jockey, etc.
5" On le rencontre assez souvent (surtout en qualité de finale) dans les noms de lieu comme Verres, Yssandon, Saint-Yon,
1 Altération du nom d'Hippocrate au moyen âge.
* C'est-à-dire s'unit à la voyelle précédente (a, 0, u) pour former avec elle un groupe ait oi ou ui, que nous articulons é, wa, u consonne + t*
Bouilly, Aubigny, Chambéry, Fontenay, Rigney, Roy, Cuy, Puy, etc., ainsi que dans divers noms propres comme Guy, Godefroy, Jouffroy, etc.
§194. Réglementation. — Injustifiable en théorie, inutile dans la pratique, Yy qui n'est pas d'origine étymologique doit céder la place à i : il faut écrire ièble, ieuse, ipocras (§§ 252, 36o), etc., de même qu'on a déjà depuis longtemps fait disparaître Vy inétymologique de payen, ayeul, fayence, etc.
Comme je l'ai dit au § 13, 3«, Vy de yeiix pouvait présenter une utilité au temps où l't et le ; avaient le même graphisme : il empêchait ieus (plur. d'œi/) d'être confondu avec iem (plur. de jeu, écrit alors ieu); mais, depuis l'époque où a été introduite dans notre écriture la distinction de Vi et du j, cet y est devenu superflu et la graphie ieus (§ 334) doit remplacer désormais l'archaïque yeux.
Nous n'avons pas plus de raisons pour le maintenir dans l'adv. j/. Comme l'ancien y de foy, loy, roy, ymage, yssue, yvoire, ywe, etc., celui de cet adverbe n'est dû qu'à un caprice de scribe. Aux calligraphes de jadis ce caractère, avec son appendice en forme de panache renversé, semblait de tournure plus galante que le modeste f, aussi s'étaient ils complu à en inonder le vocabulaire, au mépris de toutes les traditions. En 1762, l'Académie l'élimina d'une assez longue liste de mots et décida qu'on écrirait à l'avenir foi, loi, roi, etc., mais elle fit grâce à l'adverbe de lieu y, dont la graphie continua de lui paraître plus seyante sous cette forme. Noté par t, celui-ci n'est cependant pas plus désagréable à l'œil que la 3^ pers. a du verbe avoir, la préposition à ou l'interjection ô, qui sont comme lui constituées par de simples voyelles. Les protestations qu'on pourrait élever en faveur de y appartiennent uniquement à l'esthétique des maîtres d'écriture et ne méritent pas d'être prises au sérieux. D'ailleurs, en de telles matières l'habitude est tout : ddius nitouche, qui est pour n'y touche, l'adverbe est représenté par î et cela ne scandalise personne, tandis que, si quelque puriste justement épris de logique s'avisait d'écrire n'y touche, il surprendrait tout le monde.
§195. L'y d'origine étymologique n'a pas droit à plus de respect que Vy inétymologique et il faut également lui substituer l't, avec lequel il fait double emploi. La graphie officielle nous en donne elle-même l'exemple dans de nombreux cas dont voici quelquesuns :
amidon
de
lat.
amylum
anévrisme
aneurysma
anodin
anodynon
asile
asylum
calice ^
calycem
coloquinte
colocynthis
coquille
conchylium
cristal
crystallum
griffon
gryphum
harpie
harpya
rime
rhythmum
alchimie
b. lat
, alchymia
sirop
syrupum
esquinancie
gr
. kunankhê
baïonnette
Bayonne
etc.
C'est ainsi encore qu
'elle
remplace par
chimie la
graphie chymie
usitée aux xvii® et xviii^' siècles 2 .
En un mot, quelles que soient son origine (étymologique ou non)
et sa valeur (i voyelle
ou i consonne), Vy
devra se noter par i et
l'on ne peut alléguer aucun
motif plausible pour ne pas écrire :
cataclisme
comme on écrit
anévrisme
cripte
cristal
dinamomètre
anodin
miope, mistère
amidon
ritme (§ 398)
rime
sillabe
asile
sistème
sirop
etc.
11 va de soi que, conformément aux principes exposés ci dessous (^ 580-582), cette réforme de Yy doit s'étendre aux noms de personne et de lieu. Ex. : Gui, Ivon, Ivri, Terres, Sarigni, etc.
Sur l'utilité pratique qu'offre, au point de vue de la simplicité, l'emploi d'un seul et môme caractère i pour représenter indifféremment l'i voyelle et l'i consonne, se reporter à ce qui en a été dit plus haut, § 97, in fine,
^ Terme de botanique. Ne pas confondre avec calice (terme liturgique), dont Torigine est toute différente. Voir dans Littré, v* calice^ Terreur commise par Chateaubriand sur ce point.
* En vertu d'un faux rapprochement avec gr. khumoSy tandis que chimie vient en réalité du b. lat. chimia, d'après le b. grec khêmeia.