AY 1 , EY, OY, UY
§197. De la règle qui précède découlent, à l'égard des digramnies ay, ^1 oy, uy, les conséquences suivantes, dont quelques unes ont déjà été signalées ailleurs :
l^ ay prononcé a H- yod s'écrira ai. Ex. : baiadère^maionèse, comme on Ta vu au § 100.
^ ûy» ^y» prononcés e + j/orf, se noteront éi,èL Ex. : péier, frèieur (§ 101), grasséieTy à l'imitation de planchéier, le seul verbe que jusqu'à présent l'Académie écrive de cette manière (v. §§ 102 et 129, 20).
3® ay prononcé e +yod + t devrait normalement s'écrire éii, Ex. : péiis (l 103;.
Ces deux ii consécutifs n'ont par eux-mêmes rien de plus choquant que les deux ii des imparfaits riions, pliions, planchéiiez, étudiiez, etc. Si toutefois on en trouvait l'aspect déplaisant, on pourrait y substituer péis. Cette graphie n'offre pas le même degré d*exactitude, mais elle a l'avantage d'être plus simple. Il est vrai qu'elle peut prêter à la critique comme susceptible de servir de point de départ à une articulation vicieuse, en suggérant à quelques personnes la tentation de dire pé-t, au lieu de pé-yi, qui est la règle ^ . Le péril n'est pas bien grand, car il est moins aisé de dire pé-ï que pé-yi ; il se trouvera donc toujours beaucoup plus de gens pour user de cette dernière prononciation que de Tautre.
Ceux que préoccuperait malgré tout cette éventualité auraient encore un moyen d'y parer : ce serait d'employer, à titre d'exception, la graphie péys au lieu de péiis, en y faisant figurer l'y dans le rôle d'abréviation graphique représentant un double ii (v. ci-dessus § 193, 30). Mais, je le répèle, la nécessité est loin d'en être démontrée et, tout pesé, celle de ces trois notations qui pratiquement peut sembler la plus recommandable, c'est encore péis, à cause de sa simplicité.
. La même solution s'impose pour abbaye. Ce mot est très souvent articulé a-bé-yi, à l'exemple de pays, mais la prononciation indiquée comme régulière par le dictionnaire de Littré et par celui
^ v. la note du § 99 concernant la division de l'étude du dlgramme ay en deux sections.
< Au XVI* s. les Parisiens disaient pa-ï (Palsgrave, Eclaircissement de la langue française, p. 13), ce qui ne les empêchait pas de prononcer pé-ier et non paier (cf. Geofroy Tory, Champfleury, folio xxxni, verso).
de Hatzfeld et Darniesteter est a-bé^. On écrira donc abéie (§ 252), avec emploi du tréma pour empêcher de confondre la prononciation de la finale -été avec celle de la finale -èie dans pèie (p. paie). Cette graphie peut être également acceptée par ceux qui disent abéyi : les raisons à faire valoir sont les mêmes que celles qui militent en faveur de péis.
40 ay, ey, prononcés è, é, en finale, devraient donner ai, eiy par substitution de t à j/, mais ai, ei, se trouvant désormais remplacés suivant les cas par è ou ê, comme on Ta vu ci-dessus (§§92, 159), ces finales ay, ey, deviendront è, é : Fontenè, Rigné, (§ 193, S^), tramouè, ponè (ibid, 4^ et § 497), etc.
5<> oy médial ou final s'écrira oi : croions, noier, roial, Godefroi, Fontenoi, Fouilloi.
60 uy médial ou final s'écrira ui : fuions, cssuier, Cui, Le Pui * .
Relativement à la réforme desdigrammes ay, uy, employés devant une voyelle à l'intérieur d'un mot (noyer, royal, voyez, fuyons, essuyez), on objectera sans doute que les graphies oi, ui (noier, roial, voiez, fuions, essuiez), sont incomplètes, puisque en réalité l'y de l'orthographe officielle y représente deux ii. En effet, on articule nwa-ié, nca-ial, mca-ié, fui-ion, essui-ié. Par conséquent :
a) Du moment que nous gardons oi comme notation du phonème ica, il est clair que nous devrions écrire noiier, roiial, voiiez;
h) De même devrions-nous écrire fuiions, essuikz, puisque dans la prononciation de ces mots en -uy- l'oreille perçoit nettement la présence de deux ii, l'un voyelle, l'autre consonne. La graphie réformée se montre donc infidèle en les notant par un seul t.
L'observation est juste; mais, dans l'intérêt delà simplicité, je pense qu'au lieu de faire montre d'une logique si sévère, mieux vaut s'en tenir aux notations qui viennent d'être indiquées et accepter de remplacer par -et-, -oi-, -ui-, les digrammes -ay-, -ey-, 'Oy-, -uy-. Cette recherche de la simplicité nous fait une loi d'étendre au plus grand nombre de cas possible la suppression de l'y, et l'unité qui en résultera dans les formes verbales (péier, grasséier, noier, essuier, etc.) ne peut qu'être commode aux écoliers, sans que cet avantage soit contre balancé par aucun inconvénient dans la pratique, car, en définitive, il ne saurait y avoir d'erreur sur la manière de les lire. Nous sommes involontairement conduits à ar-
^ Cette graphie se rencontre déjà dans les noms de lieu comme Puilaurens (Aude), en regard de Puy-Laurens (Tarn).
licuier les mots fui-ons, esmi-er, comme s'ils étalent écrits fuiionSy essui-ier, et personne ne s'avisera de donner à croi-ons,noi-er, roi-al, la prononciation criva-on, nwa-é, rwa-al, au lieu de crwa-ion, nica-ié, rica-ial ^.
§ 198. Mots français d'origine étrangère. ~ Traités sur le même pied que nos termes indigènes, ceux de ces mots où se rencontre un y isolé 2 échangeront comme eux cet y contre un t : iatagan, linncher (v. § 570), juri (v. § 374), tilburi, etc.
Ceux dans lesquels \'y est initial, comme yacht j yatagan, yole, etc. . appellent une remarque : on pourrait à la rigueur réclamer le maintien de ce caractère en alléguant qu'il nous met en garde contre la tentation d'élider la voyellede l'article, commenous pourrions nous sentir portés à le faire devant un ê,si ces mots s'écrivaient tof' (§ 242), iatagan, iole, etc. (Viof, liatagan, riole). Mais cette manière de voir est-elle vraiment fondée et doit-elle nous empêcher de passer outre? Je ne le crois pas, car, en fin de compte, la barrière opposée à rélision par la présence d'un y initial est purement illusoire, comme nous le voyons par l'exemple de yeuse, yeux (a Vyease, une paire d'yeux »), et V. Hugo n'at-il pas écrit dans Tune de ses Orientales : nVyole aux triples flammes»? Tout bien considéré, ce n'est pas une objection capable de nous faire reculer devant le changement de y en t.
§ 1 99 Homophones :
1. Bej/, comme je l'ai dit au § 95, reste écrit fccyàcausede bè (p. bai).
2. Dey conserve également son y à cause de dé et surtout de dais réformé en dès (§ 92), parce que le pluriel « les dès » (p. deys) se confondrait avec « les dès » (p. dais).
Bien que ces équivoques ne soient guère probables, encore est-il meilleur de les éviter. D'ailleurs, ces deux mots étant d'un emploi rare, le maintien de leur orthographe actuelle ne peut occasionner aucune gène sérieuse.
3. Lyre, myre (§ 382), conserveront leur y à cause de /ût (monnaie italienne), mire,
* Litlré veut qu'ici le digramme oy soit articulé 0 -^i consonne et non wa + i consonne (boiô^ lo-ial, ro-iôm, etc.) et condamne boi-iô^ loi-ial, roi-iôm; mais cette dernière prononciation, qui existait déjà au temps de Théodore de Bèze, est maintenant la plus générale et ne tardera pas A devenir la seule en usage.
* Le cas de ceux où Vy est engagé dans les combinaisons -ay, -ey, comme tramtcay, poney, jockey, etc. , vient d'être réglé au § 197, 4*.
DuTENs. - Elude sur la simplification de l'orthographe. 10
4. Cignc (p. cygne), mithe (p. mythe), garderont leur c et leur th respectifs pour se distinguer de signe (§ 420) et de mite (§ 401).
o. Satyre (de lat. satyrtim) restera tel qu1l est à cause de satire (de lat. satira) et surtout des dérivés satyriqtie, satirique. Quoique peu à craindre, l'amphibologie y est exceptionnellement possible (ex. « drame satyrique » et « pièce satirique »). Aussi vaut-il mieux respecter provisoirement l'y.
6. Thermopyles, appartenant à la géographie antique, ne subira de ce chef aucun changement (§ 579 ): il échappera donc à toute chance de confusion avec le terme scientifique thermopile,
7. Le préfixe dys- (de gr. dus-) gardera Yy pour se distinguer du préfixe dis- (de lat. et gr. dis-), dont la valeur est toute différente.
8. Il en sera de même, en vertu d'un motif identique, pour poly- (de gr. polus « nombreux »), à cause de son homophone poli- (de gr. polis « ville ))) : une policlinique (( clinique faite à domicile » est autre chose qu'une polyclinique « clinique où l'on traite des maladies d'ordres divers » ^. Dans les cas de cette espèce la nécessité de prévenir les amphibologies ne se discute pas.
Je ne dis rien des finales -phylle et -pliyle, en regard de -phile: plus particulièrement encore que les éléments dys- et poly- elles appartiennent à la langue scientifique et doivent demeurer intactes (v. §591).
YI.
§200. Ce groupe se rencontre presque exclusivement à l'imparfait de l'indicatif et au subjonctif dans certaines formes verbales telles que : 1» nous délayions, grasseyions, ployions, voyions, croyions, essuyions, etc.; vous délayiez, grasseyiez, etc.; 2» que nous délayions, grasseyions, etc.; que vous délayiez, grasseyiez, etc.
Cette graphie a été vivement critiquée et des grammairiens ont proposé la suppression de l't, sous le prétexte qu'il n'est pas entendu et qu'on articule ces mots comme s'ils étaient écrits délayons, grasseyons, ployons, etc. ; délayez, grasseyez, ployez, etc. C'est une erreur. En effet :
lo Dans l'état actuel de notre orthographe cette notation est rationnellement irréprochable. Comment se forme le présent de l'indicatif ? Par l'adjonction au radical des finales -ons, -ez : délay-ons, grassey-ez, etc. Comment se forment l'imparfait et le subjonctif?
* V. au Dicl. de Médecine de Liltré et Robin les mots policlinique et polyclinique.
Par radjonctioD au radical des finales -ions, -iez : délay-ions, grassey-iez, etc. C'est la reproduction rigoureusement symétrique de ce qui a lieu pour chantons, chant-ez, chant-ions, chant-iez, et la conséquence des règles qui président à la formation des temps et des modes. Aussi le maintien de Vi ne peut-il causer aucun embarras aux écoliers : c'est, au contraire, sa suppression qui les troublerait en introduisant une irrégularité dans la conjugaison.
2® Elle est phonétiquement exacte, en ce sens que les personnes soigneuses de leur élocution ne manquent jamais de faire sentir ri du groupe t/t, de manière à bien marquer qu'il s'agit d'un subjonctif ou d'un imparfait et non d'un présent de l'indicatif. Eliminer cette voyelle serait créer une prononciation fautive, puisque à sa présence répond dans la langue parlée une nuance d'articulation parfaitement sensible à l'oreille.
On aurait tort de vouloir opposer une objection tirée de la prosodie. Dans la poésie, en effet, croyions, croyiez, ne comptent chacun que pour deux syllabes, tout comme le font croyons, croyez, et rien n'est plus rationnel. Mais, bien que le nombre des syllabes soit identique de part et d'autre, la prononciation n'en est pas moins différente, car croyons, croyez, sonnent crwayon, crwa-yé, tandis que croyions, croyiez, sonnent crway'-y on, crway'-yé.
30 Cet -i- vînt-il à disparaître de la prononciation qu'il n'en faudrait pas moins le noter dans l'écriture. Sa présence y est indispensable, car il ne relève pas seulement de la phonétique, mais de la grammaire. Il constitue l'exposant normal et nécessaire du temps et du mode. Sa suppression substituerait la confusion à la clarté, puisque sans lui il nous serait impossible de distinguer l'imparfait du présent et le subjonctif de l'indicatif. Ex. : « Il prétend que nous l'en croyions (subj.) sur parole » n'est pas la même chose que : « Il prétend que nous l'en croyons (indic.) sur parole.» De môme : « L*en croyez-vous capable? «n'est pas l'équivalent de: (( L'en croyiez^ous capable? » Une écriture identique de ces formes en réalité dissemblables serait une source constante d'amphibologie.
Ces remarques sont également applicables au double -il des finales correspondantes dans la conjugaison des verbes en -ter, comme crier, plier, et militeraient en faveur de sa conservation dans criions, pliions, criiez, pliiez, si l'on pouvait avoir l'idée de l'en faire disparaître.
§201. Réglementation. — Comment devrons-nous donc écrire les
mois où figure le digramme yi? La réponse est aisée, si Ton accepte la modification de leur radical telle qu'elle est proposée au § 197. Du moment que les radicaux en -ay-, -ey-, -oy-^ -uy-, deviennent en -ei , -oi-, -ui-, le présent de Tindicatif se notant par -et-, -oi-, -ui- (délèi'Ons, grassèi-ons, ploi-ons, voi-ans, croi-ez, essui-ez, fui-ez, etc.), l'imparfait et le subjonctif, qui se prononcent et-t, oi-i, (i.e. im-t), ut-t, se noteront par -eii-, -oii-, -uii' {délèiions, grassèiions, ploiions, fuiions, etc.), absolument comme dans les mêmes circonstances les radicaux cri-, pli-, de cri-er,plier, nous donnent criions, pliions, criiez, pliiez.
L'adoption du caractère y comme substitut du digramme ii (délèyons, ployons, etc., p. délèiions, ploiions) constituerait une simplification graphique appréciable et serait d'une lecture peut être plus commode, mais il n'y faut pas songer : la mesure serait prématurée et elle aurait ce grave défaut, contre lequel je me suis élevé dans l'Introduction (§ 64, 3«, et§ 81 ), de changer nos conventions de lecture en attribuant à ce caractère une valeur phonétique qu'il ne possède pas encore, réserve faite de quelques cas isolés. Sous l'influence de ces traditions, il serait très difficile d'habituer les lecteurs à articuler délèyons, pèyons, grasseyons, etc., comme s'ils voyaient ces mots écrits délèiions, pèiions, grassèiions. Il en serait de même pour cryons, plyons, ryons, etc., substitués à criions, pliions, riions. Le mieux est donc d'y renoncer pour l'instant, malgré les avantages que pourrait offrir cette affectation de Vy, proposée par divers auteurs.
§202. En dehors des formes verbales précitées, le groupe yi se rencontre exceptionnellement dans des mots qui, comme myiologie, myiocéphale, myiodopsie, etc., appartiennent au vocabulaire scientifique. A ce titre ils ne tombent pas sous la réforme : aussi garderont-ils intacte leur notation par -yi- (§ 591, 2^).
§203. -i- des groupes -illi-, -gni-. — Comme je l'ai dit au § 169, \i qui suit -ill- et gn- mouillés dans certaines formes des verbes en -Hier et -gner, telles que pillions, pilliez, cognions, cogniez, (de piller, cogner), a été l'objet des mêmes critiques que Yi du digramme -yi- dans les formes correspondantes, dont il vient d'être question (§ 200). Le même motif erroné, — sa prétendue suppression dans la prononciation courante, — a été invoqué contre son maintien dans l'écriture, et la même réponse, appuyée des mêmes arguments, doit y être faite. Ces formes ne sauraient être modifiées sous aucun prétexte et il faut qu'elles gardent, comme par le passé, Yi
qui sert d'exposant à l'imparfait et au subjonctif et qu'une élocution correcte fait toujours sentir * .
§204. Il est presque superflu d'ajouter que ces considérations ne sauraient s'appliquer à l'-t- de la désinence illi er dans les substantifs tels que groseill-i-er, joaill-i-er, marguill-ier, médailli-er, etc. Cet -in'est pas entendu et, par conséquent, doit être supprimé (v. § 459). Au contraire, celui de la désinence -gnier dans châtaigner doit persister, parce que la prononciation le fait sentir {châtègn-ié), en lui donnant la valeur d'un yod : on écrira donc châiègnié.
RÉSUMÉ DES VOYELLES ORALES. — Pour le résumé de ce qui concerne les voyelles orales et la réforme de leurs notations, voir cidessous § 603.
^ Dans le vfr. col i exponentiel n'était pas un yod^ mais un t voyelle : on articulait i-on», i-ez, en deux syllabes, et non -yon, -yeZy comme nous le faisons aujourd'hui. C'est à la fin du xiV s. que dans le dialecte français proprement dit ces terminaisons ont achevé de devenir monosyllabiques, par réduction de l'hiatus.