‹ Étude sur la simplification de l'orthographeChapitre 21 sur 58 · EN · texte numérisé non relu

EN

§211. Ce digramme possède trois valeurs :

do an (a nasal) : fente, gendre;

2o in (è nasal) : pentamètre, examen;

3® en : abdomen, cyclamen.

Celle triple manière de le prononcer donne lieu aux contradictions les plus bizarres. Ainsi nous l'articulons :

lo en' dans abdomen et in dans examen. Hymen cumule : couramment on dit imèn\ mais au théâtre la diction tragique articule tmtn, par è nasal ;

2o in dans agenda, ancien, appendice, compendinm, (il) contient, épenthèse, lien, mentor, sempiternel, pentagone, etc., et an dans agencer, efficient, appentis, compendieusement, quotient, parenthèse, lienterie, menteur, sembler, pentecôte, etc.

Des disparates de cet ordre se montrent tout particulièrement choquantes lorsqu'il s'agit de mots de formation homologue, comme examen et abdomen, appendice et appentis, compendinm et compendieusement, pentagone et pentecôte.

EN prononcé an.

§212. Ce digramme avait au xvi^ s. une prononciation un peu différente de celle que nous lui donnons aujourd'hui. D'après Claude de Saint- Lien, le son de l'e suivi de n y était intermédiaire entre a et e; aussi, dans son traité De pronuntiatione linguœ Gallicœ (Londini, 1580), s'oppose-t-il à ce que entendre soit écvii antandre. Maintenant il n'en est plus de même et nous l'articulons franchement comme un a nasal.

En principe, il représente un groupe lat. en ou in, Ex. : en, négligent, mentir, entier, enduire, entrer, emplir, vendange, (de m, negligentem, mentiri, integrum, inducere, intrare, implere, tindemia), etc. Exceptionnellement on le voit représenter un groupe an appartenant soit au latin, soit à une autre langue, comme dans encore, vfr. ancore (lat. hanc horam ^), tremplin (it. trampellino).

Dans la pratique, l'orthographe ofTicielle n'hésite pas à lui substituer fréquemment le groupe an, c'est-à-dire l'a nasal écrit conformément à nos usages, où l*n fonctionne comme signe de la nasalisation de la voyelle. Ce procédé y est appliqué dans une très large mesure, et longue est la liste des mots où un en du vfr., venu le plus souvent d'un en ou d'un in latin ou germanique, a dû

1 Etymologie discutable. V. à ce sujet Hatzfeld et Darmesteter, Diciionnaire général de la langue française, v* encore, p. 888.

céder la place à an dans le français moderne ^. En voici quelques exemples :

10 Cran, églantier, panser, plantureux, redan, rançon, néant, sanglant, tancer, épouvanter, etc., en vfr. cren, aiglentier (dérivé deaiglent), penser, plenté 2, redent (de re et dent), rençon(\\i^ s.), neient, sanglent, tencer, ventail, espouventer, de lat. *crennum (p. crena), *aquilentum, ^pendsus '^, plenitaiem, dentem, redemptionem, nec entem *, *sanguilentum, *tentiare, *expaventare ;

2^ Andouille, dans, dimanche, frange, langue, rcvancher, sangle, sanglier, sanglot, sans, sanve, etc., en vfr. endouille, dens (de de et ens), dimenche, frenje, lengue, revencher (variante de retenger), cengk, sengler, senglout, sen (puis sens), senve, de lat. inductib, intus, *diaminica, *frimbia (pour fimbria), lingua, vindicare, cingula, singularem, *singluttum, sine, sinapem ;

30 Bande, chambellan, sérancer, brelan, rang, éperlan, etc., en vfr. bende, chamberlenc, chiérenchier, brelenc, renc, esperlenc, de germ. binda, chamarlinc, schrenzen, a. h. a. bretlenc, hring, ail. spierling,

11 eût été excellent de généraliser cette graphie et de l'appliquer à l'ensemble des mots où le digramme en s'articule an. Malheureusement on n'en a rien fait. L'orthographe académique n'a pas osé pousser jusque-là et, sans nul souci de ses inconséquences, on la voit, à côté d'un mot dans lequel un en antérieur est aujourd'hui représenté par an, en laisser subsister un ou plusieurs autres de la même famille, ou tout au moins de formation analogue, dans lesquels le même en est conservé intact. Ainsi, pour n'en citerque quelques-uns, nous avons dent, violent, tente, éve7itail (de éventer, dérivé de vent et é-, lat. ex), enduire, lendit, venger, présenter, hareng, clenche (lat. dentem, violentum, tenta, ventum, inducere, indictum, vindicare, prœsentare, a. h. a. haring, ail. mod. klinke), etc., à côté de redan, sanglant, tancer, vantail, andouille, langue, revancher, épouvanter, rang, brelan, chambellan, dont les origines, qui viennent d'être données, ne justifient pas cette différence d'orthographe.

^ Cette transformation a débuté de bonne heure. Vers la An du xi« s. Vè nasal, écrit en, commença à passer peu k peu à la prononciation an (a nasal). Au xii' et au xm' 8. l'orthographe le suivit dans son évolution : de lu, dans un grand nombre de mots, cet emploi de an comme remplaçant du en étymologique.

^ Devenu plus tard p/ant^, d'où les adjecUfs p/an^i/", plantiveux et planteufeux.

3 V. ci-dessous § 218, 1" note.

^ Etymologie incertaine. V. Hatzfeld et Darmesteter, Dict, gén, p. i58t.

§213. 11 éuffil de feuilleter le dictionnaire pour rencontrer presque à chaque page des discordances de la sorte. Une source particulièrement abondante de contradictions, c'est la formation des participes présents. On sait qu'ils prennent tous la désinence -ant (lat. -antem), d'après la l^e conjugaison latine, sans en excepter ceux qui appartiennent à d'autres conjugaisons et qui en latin se terminaient par -entent. Ex. : fuyant, voulant, tendant (lat. fugientem, volentem, tendentem), à Timitation de chantant (lat. cantantem). Les effets de cette règle s'étendent à leurs dérivés, d'où la présence de la finale -ance, répondant à lat. -antia, dans les mots où le latin classique eût employé -entia. Cette graphie est le résultat d'une assimilation qui remonte aux temps les plus anciens de notre langue : le latin populaire avait ramené aux formes -ans et -antia les participes en -ens et leurs dérivés en -entia, et dès le vu® ou vin® siècle le français s'efforçait d'étendre aux trois autres conjugaisons les désinences de la première ^.

§214. Néanmoins certains mots tirés de participes latins en -erw et leurs dérivés s'écrivent par en et constituent des exceptions apparentes à la règle précitée. Voici dans quelles circonstances :

lo Parfois il arrive qu'en regard du participe présent écrit par -ant, comme adhérant, différant, négligeant, présidant, résidant, excédant, équivalant, le même participe, employé en qualité de substantif ou d'adjectif, s'écrit par en à l'imitation du latin : adhérent, différent, négligent, président, résident, excédent, équivalent, et cette graphie s'étend aux dérivés : adhérence, différence, négligence, présidence, résidence, équivalence. De même, en regard de conférant, préférant, existant, on a conférence, préférence, existence ^.

1 Les verbes en er prédominent dans la langue, où ils sont au nombre de 3,620 contre 350 verbes en -ir, 60 en -re et 30 en -air (v. Brachet, Grammaire historique, p. 198). Parmi les quatre conjugaisons du latin, la première seule est restée indépendante en gallo-romun; les autres se sont confondues entre elles, puis le suflxe -mcere des inchoatifs du latin classique s'en est graduellement emparé. De là est sortie notre conjugaison en -ir, et ces deux conjugaisons en -er et en ir constituent maintenant les seules conjugaisons dites « vivantes ». Les autres ne subsistent plus chez nous qu'à l'état de conjugaisons « mortes », c'est-à-dire dépourvues do puissance forma tive : tous les verbes nouveaux créés par le français depuis ses origines jusqu'à nos jours l'ont été d'après l'un de ces deux types « vivants » en -tr et en -ir.

^ Dans cette catégorie de mots la distinction graphique du participe et du substantif ou de l'adjectif est parfaitement irrationnelle, car il y a là non deux mots différents, mais un seul et môme mot affecté de fonctions différentes. Cette inutile subtilité forme le digne pendant de la distinction établie à l'aide du g et du gu, du c et du qu, entre les formes issues des verbes en guer, -quer, -cre. Ex. : intriguer y fabriquer, convaincre] partie, intriguant, fabriqtiant, convainquant;

2o Généralement aussi, lorsque des participes latins en -ens ont été introduits dans notre langue en qualité de substantifs ou d'adjectifs sans que les verbes auxquels ils appartiennent y aient pénétré, ces participes et leurs dérivés s'écrivent par en, Ex. : accident, confident, confidence, incident, incidence, indulgent, indulgence, latent, occident, pénitent, pénitence, urgent, urgence, etc. Le môme fait se produit pour certains substantifs latins en -entia. Ex. : cadence, désinence, providence, réticence, etc.

§213. De là résulte une double série de formes contradictoires en ant, ance, et enr, ence, dont la répartition est arbitraire et parmi lesquelles il est bien difficile qu'un écolier arrive à se reconnaître. Ainsi, en regard de tendance, descendance, partance, inadvertance, on a résidence, incidence, intermittence, pénitence, advertence. Assister, alléger, obliger, donnent assistance, allégeance, obligeance, mais exister, diverger, négliger, donnent existence, divergence, négligence. On écrit un mordant, un répondant, mais un incident, un excédent; une mouvance, une convenance, mais une désinence, une impertinence ^. Le vieux verbe manoir (lat. manere) a donné le participe, devenu substantif , mana?tf, qui équivaut à lat. manentem, mais nous représentons permanentem par permanent, et à ambiant, de ambientem, nous opposons ingrédient, de ingredientem. Le participe pendant (lat. pendentem) reste pendant quand il devient substantif ou adjectif, mais le en étymologique reparaît dans le dérivé pendentif (m. or.). Bref, l'orthographe académique semble prendre à tâche de faire de toutes ces formes un mélange inextricable, où l'étymologie et le phonétisme sont aussi malmenés l'un que l'autre.

§216. Réglementation. — Le moyen le plus simple pour sortir de ce dédale est de poser en règle, que, partout où en se prononce comme a nasal, il devra se noter par an.

adj.et sbst. intrigant, sbsl. fabricant^ adj. convaincant (v. §§435, 471). Si encore elle était observée avec assez de constance pour constituer une règle proprement dite, elle pourrait puiser dans cette régularité môme un semblant de justification^ mais il n'en est rien : elle s'applique à une fraction des participes pris substantivement ou adjectivement et non à tous, et l'on peut en dire autant des substantifs en •ence, dont il est question dans ce paragraphe et dans le suivant.

1 La contradiction est encore plus frappante quand les deux orthographes s'appliquent au même mot, comme c'est le cas pour vice-gérant, qui figure dans le droit canon sous la forme vice-gérenl,nom par lequel on désigne celui qui tient la place de l'oflUcial absent.

Nous écrirons donc :

anduire(lat. inducere)

antrer (intrare)

adolessawt (adolescentem)

continant (continentem)

charpantier (carpentarium)

dani

dolant (dolentem)

déférant (adj.)

diférant (adj.)

éqivalant (œquivalentem)

évantail

évidant (evidentem)

existanse

hara/i

imprudant

ingrédiant

impertinant (impertinentem)

lani (lentum)

parant (parentem)

pandre (pendere)

permanant

pervawehe (pervinca)

présidant (sbst.)

tandre

transparant (transparentem)

comme on écrit :

andouille*

dans (de ei intus, ^218, 5)

croissant (crescentem)

contenant (cantinentem)

églantier

redan

voulant (volentem)

déférawt (part.)

différant (part.)

valant (valentem)

vantail

mordant (mordentem)

assistance

rang

pendant

ambiant

appartenant (*appertenentem)

sanglant

gérant (gerentem)

panser

manant

revanche

présidant (part.)

tancer

courant (currentem)

etc.

Rien de plus simple et de plus légitime que cette modification. Ainsi que toutes celles qui seront proposées au cours de ce travail, elle peut invoquer en sa faveur les nombreux précédents offerts par l'orthographe académique elle-même, comme la liste sommaire qu'on vient de parcourir en fournit la preuve. La réforme de en en an est importante à plusieurs points de vue : lo Elle s applique à un nombre extrêmement considérable de mots, en ramenant à l'unité tous ceux qui renferment an et en prononcé a nasal, tant en syllabe initiale ^ ou médiale qu'en syllabe finale ^.

1 En général, pour ne pas charger Inutilement les tableaux, les étymologics ne seront pas répétées lorsqu'elles auronl été données antérieurement.

< Ceux en en- (em- devant labiale) n'occupent pas moins de 73 pages dans le dictionnaire de Ùatzfeld et Darmesteter.

3 Ex. : mots en amble, ambre, ampe, amps, anche, ande, andre,ang, ange,

2® Elle sharmonise avec la réforme des adverbes en -emment, dont la finale est à remplacer désormais par 'amant, comme on Ta vu. au § 154. Evidant, insotant, se trouvent ainsi dans un rapport normal avec étidamant, insolamant,

3^ Elle différencie pour Tœil des groupes dissemblables à l'oreille et que ne distingue pas l'orthographe actuelle, tels que le-ent muet des pluriels verbaux et les finales en -ent des substantifs et des adjectifs. Ex. : émergent, couvent, expédient (3*^» pers. plur. de émerger, couver, expédier), et émergent (adj.), couvent (sbst.), expédient (sbst).

§217. Quelques mots en en- initial comme enivrer, enorgueillir, où le groupe en sonne a nasal + n, appellent une remarque du même genre.

Malgré Tabsence d'accent aigu dans enivrer, enorgueillir, beaucoup de personnes articulent fautivement enivrer, enorgueillir; la substitution de an à en dans ces mots rectifiera leur prononciation. Cet an est à écrire an\ en utilisant comme signe diacritique l'apostrophe (v. § 557), pour avertir qu'il ne s'agit pas d'un a simple suivi d'une n et empêcher que, tombant d'une erreur dans une autre, on ne s'imagine qu'il faut prononcer a-ntrrer, a-norgueuillir.

§ 218. Homophones :

1. On conservera en dans amende, avent, encre, ente (t. de bot.), même, à cause de amande, avant (sbst.), ancre, ante(archit. ),mansc.

2. Il en sera de même pour penser, à cause de panser. Primitivement panser n'est pas un autre mot que pe?i.ser ^ ; le vfr. (xiv« s.) l'écrivait penser et disait « penser rfnn malade, d'un blessé», au lieu de « panser un malade, tm blessé ». L'enchaînement des idées est

anie, antre, etc. (comme amble, chambre, estampe, champs, revanche, viande, esclandre, rang, mange, plante, chantre), et en emble, embre, empe, emps, enche, ende, endre, eng, enge, ente, entre, etc. (comme semble, membre, tempe, temps, pervenche, provende, vendre, hareng, venge, trente, ventre); sans compter la masse des mots en -ant et -ent, -ance et ence, comme ascendant, accident, charmant, serment, obligeant, indulgent, persistance, existence y eic. On n'a qu'à ouvrir un dictionnaire de rimes pour se rendre compte de la place énorme qu'ils tiennent dans la langue.

^ Le lat pensare a peser » a donné régulièrement en fr. peser, par la chute normale de n devant s; penser, à côté de peser, est dû à un nouveau participe ♦ pendsus, Uré de pendere (§ 212, !•). V. Hatzfeld et Darmesteter, Traité de la formation de la langue française, p. 158, § 485, en tête du Dictionnaire général.

donc celui-ci : «Songera quelqu'un, en prendre souci, le soigner» ^. Malgré leur communauté d'origine, la dissemblance des valeurs que possèdent aujourd'hui penser et panser en fait pour Tesprit deux mots diflérents. Leur distinction graphique, bien que tout à fait artificielle, n'en est pas moins excellente à garder. Au sujet de l'équivoque qui peut naître de leur homophonie, je rappellerai une anecdote du xvui® siècle. Le duc de Lauraguais revenait d*un voyage en Angleterre : « Qu'y avez-vous fait? » lui demanda Louis XV. — (( Sire, j'y ai appris à penser. — Les chevaux? », riposta ironiquement le roi en lui tournant le dos. L'identité latente des deux expressions justifie en partie la plaisanterie du monarque au point de vue linguistique et l'empêche de n'être qu'un vulgaire, calembour, bien que Louis XV ne s'en doutât guère en la faisant.

3. Cent et son pluriel cents ont pour homonymes d'une part sent, sang, et de l'autre sans, sens. Mais là n'est pas la cause qui doit faire garder la graphie traditionnelle de cent et qui interdit d'adopter sant, sants 2, car il ne peut y avoir aucune amphibologie possible entre lui et ces homonymes, quelle que soit l'orthographe dont on veuille les doter. Le sg. sant ne saurait faire équivoque avec (il) sant, 3« pers. du vb. santir (p. sentir), à cause de la différence des fonctions, et le plur. sants, grâce à la présence de son-f-, ne peut pas davantage se confondre avec la prép.sans, la 2® pers. (tu) sans, de santir, ou le subst. sans (p. sens), lors même que la différence, des fonctions ne suffirait pas à y mettre obstacle ^. Les motifs du maintien de cent sont d'autre sorte : ils seront donnés au § 420.

4. Temps perdra son p muet (v. § 376) et, m devenant n devant .ç, on aura tens, comme l'écrivait le vfr. (xiii® s.) * . Ses transformations doivent elles s'arrêter là et faudrait-il craindre que, si tens devenait tans, il ne se confondît avec tans plur. de mn? C'est moins que probable : les phrases dans lesquelles ces deux mots peuvent se trouver respectivement employés ne sont guère de nature à

1 Cette filiation est importante à noter, car elle éclaire par ricochet l'étymologic de soigner. Ce mot se dit en lat. mérov. S(yniarey dont l'origine est inconnue, mais l'histoire de panser nous montre qu'on peut, je crois, rapporter sans invraisemblance soniare à *sonniare p. somniare (par assimilation de mn en nn) « songer ».

* Pour la conservation du t dans sants^ v. ci dessous § 324, !•.

3 Au sujet de ce mot, v. ci-dessus {§ 52, f) ce qui a été dit touchant une citation extraite des Mémoires du Maréchal de Castellane.

4 Cette graphie a subsisté dans certains noms propres, comme Dutens, qui est pour du temps.

laisser place à Téquivoque, et l'on doit, semble-t-il, admettre la réforme de temps en tans.

5. Quant à des homophonies telles que antre (sbst.) et entre (prép. et impér. d'entrer), violent (adj.) et violant (part.), il n'y a pas lieu de s'en préoccuper ni d'en faire l'objet d'une exception, puisque l'amphibologie y est rendue impossible par la dissemblance des rôles syn tactiques. On donnera donc à la préposition comme au verbe le digramme an- et à l'adjectif la finale -anti antre, violant^ . Le en de en-tre représente l'élément in de lat. inter et il est naturel de lui substituer le an qui représente le même m dans la finale -ans de d-an-s, cé-an-s, lé-ans (vfr. dens, çaiens, laiens, qui équivalent à lat. de intm, ecce hac intus, illac intus). Nous avons vu pareillement lat. sine devenir chez nous sen, puis sens, pour aboutir à san^s. En refusant de créer une exception en faveur de entre (prép.), nous en retirerons cet avantage d'englober dans la règle énoncée au § 216 tous les mots composés qui commencent par entre- : or, ils sont au nombre de 75 environ.

6. Les mêmes causes qui empêchent antre (sbst.) et antre (prép.) d'être confondus ensemble, malgré une graphie unique, feront obstacle à ce que le sbst. sans (p. sens) et la prép. sans risquent de l'être. Dans des locutions proverbiales telles que sens dessus dessous, sens devant derrière, la signification ne s'en trouvera pas altérée et nulle équivoque n'y sera rendue possible par la notation sans, car nous avons l'habitude de nous en servir sans les analyser : elles font un bloc pour notre esprit, dans lequel elles évoquent une simple idée de « positions interverties », et nous ne nous préoccupons jamais de rechercher isolément la valeur des termes qui les composent. Du reste, au point de vue historique, sens n'y est pas préférable à sans : l'un et l'autre sont également inexacts, k notation étymologique étant cen, qui en vfr. signifiait « cela » 2 .

^ J'ai posé en principe qu'il fallait fuir les homogrammcs (§§49, 50, 68) et j'en ai donné les motifs, qui appartiennent au bon sens le plus terre à terre, mais il ne faudrait pas en abuser, je le répète, pour créer des exceptions inutiles et apporter de fâcheuses entraves aux tentatives faites dans le but d'éclaircir un peu les fourrés du « maquis orthographique ». L'homographie doit être acceptée sans inquiétude là où l'on est certain que la clarté n'en souffrira pas.

« V. au mot sens les dicUonnaires de Littré (p. i894) et de Hatzfeld (p. 2028). Nous sommes tellement habitués k donner h ces formes de langage la valeur « interversion de sens, de direction, de situation », l'oubli de leur origine est si complet qu'une restauration de la graphie cen y est tout à fait impossible. Personne ne la comprendrait : il faut s'en tenir à sans p. sens.

7. La notation de la prép. en par an semble pouvoir soulever de prime abord quelques difficultés : an (prép.) et an (sbst.) ne serontils pas exposés à se confondre? On peut affirmer que non. Leurs fonctions dans la phrase sont entièrement distinctes : la préposition étant toujours suivie d'un régime qui éclaire et précise surle champ son rôle, toute équivoque est impossible, et la réunion de ces deux termes sous une graphie unique ne peut à aucun instant faire illusion sur la différence de leur nature. Il y a une circonstance cependant où quelques auteurs ont supposé à tort qu'une incertitude pourrait surgir : c'est lorsque, dans une énumération chronologique, en est suivi d'un nombre indiquant une date. Ex. : « En J346 Edouard III est vainqueur à Crécy ». Cette phrase, en effet, peut sonner à l'oreille à peu près comme ceci :

« An 1346 : Edouard III , etc. ». L'hésitation de l'auditeur

(si tant est qu'elle se produise jamais) durera à peine une seconde, et encore faut-il observer qu'il n'y aura pas pour lui d'équivoque au sens propre du mot, car dans les deux cas il comprendra immé diatement qu'il s'agit de « l'année 1346 » et d'un fait historique arrivé à cette date. Mais, si cette imperceptible hésitation, —d'une durée fugitive au point d'être inappréciable, — est théoriquement admissible chez l'auditeur, elle est pratiquement impossible chez le lecteur, éclairé dès les premiers mots par la disposition typographique : « An 1346 Edouard III... etc. » (et non « An 1346 : »)

ne saurait avoir pour lui d'autre sens que : «£n 1346 Edouard III..., etc. ». Il n'y a donc pas de motif pour excepter la prép. en de la réforme qui consiste à substituer d'une façon générale et régulière la graphie an à en prononcé comme a nasal. Je n'ai d'ailleurs parlé de ce cas presque invraisemblable que dans un seul but : faire preuve de bonne foi et montrer que je ne voulais esquiver aucune objection, même la moins fondée et la plus puérile en apparence.

Si l'on voulait absolument conserver la prép. en sous sa forme présente, il faudrait au moins se résoudre à s'en tenir là et ne pas étendre cette graphie, sous prétexte de régularité, à plusieurs centaines de mots où en fonctionne à l'état de préfixe (enfouir, endurcir, enclaver, etc.), car ce serait créer beaucoup trop d'exceptions à la règle générale et infliger à ceux qui écrivent l'obligation préalable de rechercher l'étymologie du mot, pour savoir si Va nasal du début est ou non un représentant de la prép. en.

Ainsi, à côlé de ambler (lai. ambulare) nous avons embler (d'où la locution adverbiale d'emblée), dérivé de lat. involare et dont l'origine n'est pas connue de tout le monde. Ample et emplir (de amplum, implei^e), antérieur (de anteriorem) et entraîner (de en et traîner), etc., pourront provoquer des incertitudes analogues chez des écoliers et même chez des adultes insuffisamment initiés au vocabulaire latin et mal renseignés sur les origines du français.

Notons en outre qu'à ces mots en en- il faut ajouter leurs dérivés, créés à l'aide des préfixes dés-, re-, sur-, etc., comme désemparer, désenchanter, ré-engager, ré-ensemencer, remplir, sur- enchérir, etc. On voit combien est longue la liste des termes où la prép. en figure soit à titre de préfixe, soit comme élément médial. Donc, vouloir lui conserver la forme en dans tous ces composés serait se condamner à multiplier les exceptions dans des proportions telles que les résultats utiles de la méthode se trouveraient annulés pour la plus grande part.

D'un autre côté, maintenir la graphie en dans les seuls cas où la préposition fonctionne à l'état isolé et adopter an- dans toutes les circonstances où elle fait partie d'un composé, ce serait donner deux notations au même mot et introduire dans l'écriture une contradiction faite pour déconcerter le regard et le raisonnement, sans donner de satisfaction entière ni au phonétisme ni à l'étymologisme.

II n'y a qu'une manière acceptable de sortir du dilemme, c'est de suivre franchement l'exemple déjà offert par l'orthographe de dans, céans, léans, andouitle, etc., et d'adopter la notation an,

§219. Ce que je viens de dire pour en préposition, de lat. in (vfr. ix'' s. in, x® s. en), s'applique naturellement à en pronom relatif, de lat. inde (vfr. ix« s. int, x® s. ent, qui est resté dans souv-ent, de lat. sub-inde) : le simple et le composé sont à écrire tous les deux par an (an, sautant).

Ceux qui tiennent à garder une graphie en pourraient à la rigueur lui trouver ici un emploi justifiable. La préposition et le pronom relatif sont deux mots qui diffèrent par foriglne et par la valeur. Si l'on trouvait nécessaire de marquer celle distinction, il y aurait moyen d'y arriver par l'usage, à titre exceptionnel, de la notation en dans le pronom relatif, qui s'opposerait ainsi pour l'œil à la prép. an, Ex. : « yen (inde) arrive an (in) toute hAte », au

lieu de l'homographie : « yan arrive an ». Cet avertissementau

lecteur de la présence de deux termes diiïérenls aurait au moins

DuTExs. — Etude sur la siinpli/icalion de l'oriliograplw, 11

une base logique. 11 peut se défendre théoriquement : pratiquement, c'est autre chose. Jusqu'ici leur homographie sous la forme en n'a eu aucun mauvais résultat et il n'existe pas de motif pour la redouter sous la forme an.

Pour terminer ce qui a trait au groupe en prononcé a nasal et à sa réforme en an, je me permettrai d'ajouter, à l'adresse des timorés dont la routine visuelle serait portée à s'en oflusquer, qu'elle ne fera guère que ressusciter une graphie fort en honneur chez nos meilleurs écrivains du xvii<^ et du xvni^ siècle. Fénelon, Corneille, Racine, La Bruyère, Voltaire, « savaient du latin » autant et même plus que beaucoup d'entre nous, mais cela ne les gênait pas pour en prendre à leur aise avec l'étymologisme et ils n'avaient nulle fausse honte à écrire antandre, avanture, comancer, confidance, paranthèse, soupante, vanger, etc. (p. 72).

Il va de soi que tout ce que l'on vient de lire au sujet de la réforme de en s'appliquera à celle de em-, simple modification graphique de en-, lorsque ce digramme figure devant une consonne labiale, comme dans em-barquer, em-bâter, cm-boiter, em-bellir, em-pailler, em-paler, em-paqueter, em-pâter, etc. 11 faut l'écrire an : anbdter, anpaler, etc. Sur ce remplacement de m par n devant b, p, m, V. §§221,460.

EN prononcé in (è nasal), v. § 223,

EN prononcé en', v. § 230.

ENN prononcé an-n.

§220. Le groupe enn- possède trois prononciations : 1» è-w, comme dans ennemi; 2» a-n, comme dans solennel; 3» an-n, comme dans ennoblir.

Ennemi se prononçait an-nemi au temps de Chifilet; aujourd'hui c'est è-nemi. La nasalisation ayant disparu de ce mot, nous n'avons pas à nous en occuper pour le moment, non plus que de tout autre où enn peut sonner è-n : ceci viendra au chapitre III, §252.

Par la même raison il ne sera pas question du groupe enn prononcé a-n, où figure non une voyelle nasale, mais une voyelle orale, et qui, à ce titre, s'est trouvé traité au § 155.

Reste enn prononcé an-n, dans ennoblir, ennuyer et ses dérivés ennui, ennuyeux, etc. Conformément à ce qui a été dit au § 216 sur la notation par an de l'a nasal dans les mots où il est encore

exprimé par eii, ennoblir (dérivé de en et noble) devra s*écrire annoblir, 11 ne se confondra pas avec anoblir (dérivé de à et noble), grâce à Vnn double, dont la présence constitue un obstacle plus que suffisant à ce qu'on puisse jamais prendre le premier pour le second.

Tout autre est le cas de ennui, La formation en est diiïérente: c'est le substantif verbal de ennuyer (lat. pop. *inodiare, composé avec in et odium). Sa double nn n'est pas étymologique comme celle de en-noblir et l'on s'attendrait, par suite, à le voir écrit enui (de môme enuyer, enuyetix), à l'exemple de enivrer, enorgueillir ^. Il faut lui substituer an'ut, par une application de l'apostrophe dont il a déjà été parlé à propos d'an'ivrer, anorgueuillir, p. enivrer, enorgueillir (§ 217).

Partant de ce que la réforme adopte la graphie an'ui pour ennui, où enn ne sonne pas autrement que le enn de ennoblir, on pourrait, par raison de simplicité et pour ne pas encombrer l'écriture de distinctions justes en théorie, mais inutiles dans la pratique, proposer de n'employer qu'une seule notation an\ quand il s'agit d'exprimer a nasal suivi du phonème n, quelle que puisse être d'ailleurs son origine, et d'écrire an'oWir, à l'instar de an'wi, an'uier, A cela on peut répondre que les deux formes anoblir (conférer la noblesse) eian'oblir (p. ennoblir) seraient bien voisines l'une de l'autre et qu'en dépit de l'apostrophe, plus d'un lecteur inattentif se trouverait exposé à les confondre et à mêler d'un seul coup les deux graphies et les deux prononciations. C'est pourquoi j'ai cru préférable de m'en tenir à la solution donnée un peu plus haut, qui a d'ailleurs le double avantage d'être exacte sous le rapport phonétique et de respecter en même temps Vn étymologique de noble.

EMM prononcé anm.

§221. Le polygramme emm- ainsi prononcé se rencontre dans une vingtaine de verbes provenant de mots en m- initiale et composés avec le prélixe en, comme emmitoufler, emmener, emmagasiner, emmancher, emmêler, emménager, etc., et leurs dérivés.

Cette écriture a l'inconvénient d'être ambiguë, puisque rien n'y indique que emm doit s'y prononcer anm et non èm comme dans

* Cette n supplémentaire et contraire aux origines a été introduite dans le vfr. ennuiier pour marquer la prononciation nasale d-î la première syllabe (V. ci-dessous § 245, 3', note).

dilemme. Aussi l'Académie vient-elle de se ralliera Topinion des novateurs qui proposent de remplacer emm- par e/im-. En regard de emmitoufler, emmener, « et autres mots analogues où In, rencontrant m, est devenue m ^ », elle autorise les graphies cnmi7oM/Ic^', enmencT, etc. Mais, pour que l'amélioration soit complète, il faut faire subir à ces mots la même réforme qu'à ceux en enn- prononcé an-n: à la graphie emm- on substituera donc anm-, par un motif identique à celui qui nous a fait substituer axin- à la graphie enn- (§ 220), et Ion écrira anmitoufler, anmenei', anmagasiner, anmancher, anmêler, etc. (v. également § 460).

ENT final.

5 222. Dans cette finale le groupe en possède trois prononciations : 1» e muet : (ils) couvent, (ils) convient; 2^ a nasal : (le) couvent, quotient; 3« è nasal : (il) convient, (il) contient,

La première et la deuxième ont été étudiées aux §§ 140 et 216, 30 ; la troisième le sera plus bas §§ 226-228.

AIN, EIN, EN, IN, prononcés è nasal.

§223, L'è nasal possède des notations multiples : ain, ein, en, in, (cm et im devant une labiale), aim, eim, ym, yn, Ex. : plain, plein, pentamètre, sempiternel, pin, timbre, immangeable, faim, Reims, thym, tympan, lynx.

Occupons-nous d'abord des quatre premières, le reste s'en déduira tout naturellement.

Ain, ein, in, répondent à d'anciennes nuances de prononciation qui ont disparu 2 ; maintenant, de concert avec en, ces polygrammes ne font plus que noter indifféremment l'è nasal. Leurs origines sont des plus diverses :

En principe, dans les mots dérivés du latin, ain, in, représentent respectivement a, i, suivis d'une nasale. Ex. : plain, lin, de planum, linum.

E latin suivi d'une nasale est représenté tantôt par ein, ien ^ ,

* Voir p. 20, 6«, du Rapport sur les projets de la Commission chargée de préparer la simplification de Vorthographe.

> Ex. : pat/i, peint^ pin, Oîs trois mots, qui sonnent de même aujourd'hui, étaient jadis articulés de trois façons distinctes (v. Clédat, Grammaire raisonner, p. 3o>

3 Le groupe ien date des xii'-xm' siècles et sa prononciation n*a pas varié depuis cette époque.

(serein, bien, de sercnum, bene), tantôt par en (examen, de examen). Ce même en nasal sert également à noter cw du grec dans les mots savants empruntés à cet idiome : pentadelphe. 11 figure en outre dans quelques mots puisés à d'autres sources que les langues classiques, commeblende, zend, etc. Enfin nos dialectes provinciaux nous en fournissent de nombreux échantillons dans les noms propres de personne et de lieu, tels que Dupuytren, Kertéguen, Lesneven, Agen, Saint-Ouen, etc.

§^4. En fait, la graphie officielle les confond à l'occasion leè uns avec les autres. Ainsi elle se gêne fort peu pour employer simultanément les groupes ain, ein, in, en, à rendre un seul et même groupe latin. Ex. :

l^ a latin -f nasale (m ou n) est rendu par ain, ein, in, en, ten, dans airain, àeœramen (§ 91, 3"); plain (plain-chant), de planum; plein (écu plein ^ , de plein fouet^), de p/awwm également; rinceau (vfr. rainseau, rainceau), de *ramuscellum ; fiinin, de *funamen ; akvin fvfr. atevain), de *allevamen; ancien, doyen, chien, de *anteianum, decanum (eccl.), canem.

2^ e latin -f nasale est rendu par ain, ein, in, en» ien, dans craindre, de *crem/^re (p. tremere) ; geindre, frein, serein» de gemere, frenum, serenum; engin, de ingenium, (il) vint, devenit (parf.); appendice, de appendix; (il) vient, devenit (prés.) 3; rien, bien, de rem, bene,

30 i latin + nasale est rendu par ain, ein, in, en, dans vaincre, contraindre, nourrain, de vincere, constringere, niitrimen ; astreindre, ceindre, sein, de astringere, cingere, sinum; cintrer (autre forme de ceintrer), de cincturare (b. lat.) ; insister, de insistere ; Agen, de Aginnum; hennir, de hinnire *.

Vice versa les groupes latins a + nasale, e + nasale, t + nasale, sont rendus indistinctement par un seul et même groupe français :

I Terme de blason, comme son congénère féminin a armes pleines », dont il a été parlé aux §§ 157, 1% et 161, 8.

* Terme d'artillerie.

^ Pour les causes qui ont fait aboutir le présent venit (avec e bref) et le parfait venit (avec e long) respectivement à « vient » et u vint », v. pp. 116, 118, du Traité de la form, de la lang. franc.» au Dict. gén. de Uatzfeld et Darmesleter.

* Hennir s'est longtemps prononcé hin-nir (par é nasal), avant de devenir hannir (par a nasal) et finalement ha^mr (v. § 154). C'est à son ancienne prononciation qu'il doit de figurer ici parmi les exemples de lat. in devenu é nasal en français.

io Par ain dans plain, airain, craindre, contraindrey vaincre, nourrain, de planum, œramen, * crmiere, constringere, vincere, nutrimen;

2« Par ein dans plein (écu plein), frein, geindre, astreindre, ceindre, sein, de planum, frennm, gemere, astringere, cingere, sinum;

30 Par in dans funin, alevin, rinceau, engin,iûint, de *funamen,*aUevamen, * ramuscellnm, ingenium, venit (parf.) ;

4« Par en (ien) dans ancien, lien, chien, appendice, sempiternel (dérivé de vfr. sempiteme), vient, bien, rien, Agen, de"^ anteianum, ligamen, canem, appendiw, sempitemum, venit (prés.), bene, rem, Aginnum;

Sans compter les cas où le en français sert à rendre un um latin, comme dans mien, tien, sien (\lr. meon, toon, toen, soon, soen, de lat. meum, tuum, suum).

Ici, comme plus haut (§§ 211 et 215, note), ou remarquera Timpression déplaisante que produisent ces inconséquences, lorsqu'elles se montrent simultanément dans des mots où il semblerait que l'analogie des formations eût dû entraîner celle des gi-aphies. C'est ce que l'on constatera entre autres dans : plam-chant (planum) comparé à plcm-fouet (planum)

Marocain (indigène du Maroc) — maroquin (m. or.)

plantain ('pto/Ua3in(?mJ — provin (vfr. pro vain,

de propaginem) ceinture (cinctura) — cintrer icincturare)

craindre (* cremere) — geindre (gemere)

contraindre (constringere) — astreindre(as(rin^ere)

etc.,

ainsi que dans airain, lien, funin, qui présentent une triple manière de rendre le suffixe lat. -amen.

Et si nous ajoutons à cette liste astringent, emprunté du lat. astringentem, on verra que la graphie officielle rend aussi le in de lat. -strin- par une triple notation : -train-, -trein- et -trin- (contraindre, astreindre, astringent),

La variété des sources auxquelles chacun des polygrammes ain, ein, in, en, a puisé son origine, et le désordre introduit par l'orthographe académique dans leur emploi démontrent avec évidence qu'il n'y a pas à faire entrer l'étymologie en ligne de compte dans leur réglementation. J'ai eu l'occasion de faire la même remarque à propos des divers phonèmes examinés jusqu'ici et il y aura encore lieu de la formuler au sujet de tous ceux qui nous restent à étudier. C'est un des meilleurs arguments qu'on puisse invoquer

pour combattre le préjugé étymologique; aussi, sans crainte des redites, ne me lasserai-je pas d'attirer l'attention sur ce point capital. •

§226. Réglementation. — A ces graphies multiples il est indiqué de substituer, autant que possible, une graphie unique. La meilleure notation sur laquelle nous puissions fixer notre choix semblerait à priori devoir être le digramme en, c'est-à dire e suivi d'une n employée comme signe de la nasalité de la voyelle, puisqu'il s'agit d'exprimer un è nasal. Des diverses notations de notre phonème, c'est la plus exacte, la seule correcte à vrai dire. Elle mériterait donc d'être adoptée de préférence à toute autre. Mais il faut y renoncer : l» parce que, n'étant pas à beaucoup près la plus répandue, c'est elle qui changerait le plus nos errements; 2<> parce que, sur bien des points, elle n'aurait pour résultat que de remplacer une catégorie d'inconséquences par une autre. Ainsi fen, câlen, gamen, dessen, jarden, buren, etc., nous sembleraient irrationnels en face de féminins et de dérivés tels que fine, câline, gamine, finesse, câlinerie, gaminerie, dessiner, jardinier, buriner.

11 vaut beaucoup mieux choisir le digramme in. Ce groupe est phonétiquement défectueux, puisqu'il représente un i nasal qui n'existe plus dans la prononciation française ^ mais il se trouve être le plus usité parmi tous ceux qui servent à rendre \è nasal 2. C'est une notation qui nous est incomparablement plus familière que les autres. Dès qu'il nous faut écrire un mot de création nouvelle renfermant cette voyelle, c'est elle dont l'image s'impose tout d'abord à notre pensée, par suite de son extrême fréquence dans l'orthographe officielle : c'est elle, par conséquent, qui apportera dans nos habitudes le trouble le moins sensible. Aussi est-il normal de s'adresser à ce digramme pour en faire la traduction régulière du phonème qui nous occupe. Ex. : insi, astrindre, contrindre, érin, frin, examin, biintôty riin, miin, etc.

A part le remplacement du groupe t'en par Un (biintôt, riin, miin, etc.),que beaucoup considéreront sans doute comme peu esthétique, on n'a pas de critique vraiment fondée à opposer à l'emploi uni-

1 L't nasal, dont il est impossible aujourd'hui de dire exactement quel était le son, a pris naissance dans la seconde moitié du xv-r siècle. Il a disparu de la langue parlée vers le xviii» siècle, époque à laquelle il a achevé de se fondre avec l'è nasal.

«La masse considérable des adjecUfs en -in (lat. -inum) est une des principales causes de la prédominance de la graphie in dans la notation de Vè nasal.

forme de m pour exprimer l'è nasal figurant en syllabe soit initiale, soit médiale (pintamètre, épintèse, §397, etc.) ''. Seulement il n'en va pas tout à fait de même quand il s'agit de ce phonème placé en syllabe terminale. On pourrait se demander si, dans certains cas, il n'y a pas d'inconvénient à remplacer 'par in les désinences actuelles -ain, -ein, -en, et par ém (pron. éin), Un, les désinences -éen, -ien. Pour les mots qui n'ont pas de féminin, comme airain, frein, examen, la graphie érin, frin, examin, ne risque d'entraîner aucune mauvaise conséquence; mais, dira-ton peut-être, cette application généralisée de la finale -in ne saurait manquer de créer une discordance fâcheuse entre les masculins et les féminins, là où se trouvent des mots possédant les deux genres. Tous les adjectifs, et bon nombre de substantifs, terminés en ain, aim, ein, éen, ien, forment, suivant la règle commune, leur féminin par l'addition d'un e muet au masculin. Ex. : mondaine, daine, pleine, européenne, chienne, comédienne, aérienne, épicurienne. Si nous dotons le masculin de la graphie in : mondin, dm (§231), plin, européin, chiin, comédlin, aériin, épicuriin, etc., en regard du féminin affecté de la graphie ènc : mx>ndhie, dène, plène etc., nous introduisons dans l'écriture une disparate qui froissera notre sentiment de l'ana logie, surtout par comparaison avec les mots en -in, qui font leur féminin en -ine, comme coquin, coquine, badin, badine, ondin, ondine, enclin, encline, gamin, gamine, etc.

En se plaçant à ce point de vue, on ne peut sortir d'embarras que par la solution suivante :

a) Afin d'éviter l'aspect déplaisant du groupe nw, les motsent^n (final ou non) garderont ce polygramme : bientôt, mien, aérien, etc.

b) Les mots en -ain, -aim, -ein, qui ont des féminins en -aine,

* 11 conviendrait, je crois, de faire ici une distinction en ce qui concerne le groupe -en- figurant dans certains mots latins dont se sert la langue courante. Les uns, comme agenda, mémento, pensum, sont tellement usités qu'on peut les regarder comme devenus complètement français; par suite, le groupe -endoit y recevoir la notation -xn-. Les autres, moins souvent employés, comme référendum, compendium, ont gardé pour nous quelque chose de leur cachet d'origine, ils ne sont pas franchement naturalisés et nous les sentons encore trop latins pour les plier sans un peu d'embarras aux exigences de la réforme : on pourra donc leur conserver provisoirement la notation en jusqu'au moment où un emploi toujours plus répété aura fini par les faire passer dans la langue courante au même titre que les premiers. Quant h ceux qui appartiennent en propre au vocabulaire soit des sciences, soit delà liturgie catholique, ils ne font point partie du langage usuel et nous n'avons pas à modifier leur graphie.

En un mot, les termes de source latine qui renferment le digramme en prononcé è nasal comportent absolument les mêmes observations que ceux terminés en -Mm dont l'élude a été faite ci-dessus aux §§189-190.

'Cine, s'écriront par -en : monden^ den, pten, fém. mondène, dène, plène. De cette manière l'analogie graphique ne sera pas rompue entre les désinences des deux genres.

c) Par le même motif les mots en -éen garderont leur -en : européen, européène,

d) Ceux qui n'ont pas de féminin s'écriront par -in, puisque chez eux rien ne fait obstacle à l'adoption de la réforme. Ex. : Icvin, frin, examin.

Nous aurions de la sorte une triple série de notations de l'è nasal :

i» in en syllabe initiale ou médiale ;

t^ in et en employés concurremment dans la syllabe finale ;

30 ien en syllabe initiale, médiale et finale.

Cette solution est peut être plus élégante, comme on dit en mathématique, mais à coup sûr elle ne brille point parla simplicité.

§228. Le meilleur parti à prendre est de passer outre, en adoptant comme principe de noter l'è nasal par m, quelle que soit sa place dans le mol, car, en réalité, les objections qui viennent d'être mentionnées n'ont pas une portée sérieuse :

\^ La critique adressée à l'aspect de -Un, à cause de ses deux ii consécutifs, n'est qu'une question de routine. Une fois la réforme admise, on aura vite fait de s'y habituer. Ce groupe n'est pas plus choquant que le polygramme -iion- offert parla conjugaison de certains verbes : nous riionSy nous criions, nous priions, nous triions, etc. Nous avons aussi dans l'orthographe actuelle un groupe qui s'en rapproche beaucoup, c'est la finale -yin du sbst. drijin (lat. dryinus, de gr. druinas). Ceux qui ne se scandalisent pas d'écrire cariatide, cristal, et non caryatide, crystal, malgré le lat. caryatvi ^, crystallm (§ 193), n'auront rien à dire le jour où l'on décidera de remplacer drym par rfriin. Et alors quel reproche pourront-ils adresser aux graphies cariin, aériin, épicuriin, etc.?

2^ Il en est de même de la disparate signalée entre les masculins et les féminins. En fin de compte, cette divergence n'existe que pour les yeux : rien n'est changé pour l'oreille et le fait grammatical n'en est pas altéré. D'ailleurs nous sommes peu fondés à nous montrer si sévères au sujet de ces discordances graphiques, lorsque nous ne sourcillons pas devant tant d'autres dont l'écriture officielle

* Nous avons emprunté cariatide à i'it. cariatide, qui vient du lat. caryatis, tiré lui-même du gr. karuatis.

est émaillée. Est-ce que nous nous inquiétons, par exemple, des fausses relations ain : in, ain : i, qui existent entre poulain et ses dérivés pouliner, poulinière, ou son féminin pouliche ^ comme entre parpaing et son dérivé parpiner? De même pour la fausse relation ein : i de seing : signer ^. C'est ainsi encore que nous ne songeons pas à critiquer la fausse relation en : an que présentent certains mots en -ien et leurs dérivés, comme indien : indianisme, européen : européaniser, chrétien : christianiser, etc., et que nous n'éprouvons aucun besoin de la transformer en ain : an (indiain : indianisme, etc.), pour la rendre plus satisfaisante à Tœil, comme l'est en apparence la relation ain : an de main, nain, vain, humain, etc., avec manier, nanisme, vanité, humaniser. Rien n'est plus fréquent que des faits de ce genre ou d'autres analogues, qui ne nous heurtent point parce qu'ils sont passés pour nous à l'état d'habitude : l'accoutumance est tout en pareille matière.

En ce qui concerne la finale -ien, on fera peut-être valoir que son remplacement par -un risque de déterminer plus tard la création de féminins incorrects en -Une pour -tenue. Mais ceci n'est pas à craindre : l'hiatus i-i rend le groupe Une trop gênant à prononcer pour qu'on soit jamais tenté de s'engager dans une voie si contraire à l'euphonie. Est-il à redouter, d'autre part, que, par suite d'une influence analogique des féminins en -me comme onc/me, mutine, etc., la langue ne dote à un moment donné les mots en -éin (p. -éen) de féminins fautifs en -éine (au lieu de -éenne)? Cela ne paraît pas plus vraisemblable : il est beaucoup plus naturel de supposer que l'analogie des féminins déjà existants en -éenne suffira à protéger les féminins à venir et à leur conserver la forme -^enne (modifiée en -éène par réduction de nn double à n simple, § 2^2, 1»). Du reste, si cela devait arriver, le mal ne serait pas bien grave, à tout prendre, et ces féminins en -éine ne gâteraient pas la langue, car ils n'ont rien que de parfaitement euphonique, comme le montrent ceux qu'on trouve en si grand nombre dans le lexique de la chimie contemporaine : oléine, spartéine, etc.

• A proprement parler pouliner, poulinière, ne viennent pas de poulain, mais d'une forme concurrente poulin, qui ne s'écrit plus et qui est issue de lat. pu/linuniy comme poulain l'est de ♦ pullanum ; poulin étant sorti de l'usage, pouliner et poulinière nous donnent maintenant l'impression d'être dérivés de poulain.

Quant à pouliche, c'est une forme à la fois picarde et normande pour poulisse, qui a été tirée de poulain par une substitution de suffixe.

* Notons, pour ces trois cas, que la réforme proposée aura justement comme résultat d'effacer ce désac^îord, par la transformation de poulain, parpaing, seing, en poulin, parpin, sing.

3» Enfin, réserve faite des mots en -ien, qui sont environ 200, il faut songer que le chifire de ceux qui sont terminés par une nasal noté -ain, -ein, -en, avec féminins en -aine, -eine, -enne, est fort peu considérable : ceux en -ain ne représentent guère qu'une cinquantaine et ceux en -éen (principalement ethnographiques), environ une vingtaine. Quant à ceux en -ein, on en compte deux : plein, serein. On ne peut vraiment pas s'arrêter devant un si faible obstacle et sacrifier à un excès de préoccupations théoriques l'avantage pratique de réduire à l'unité les multiples notations de Yè nasal. Nous avons d'autant moins le droit de nous élever contre la substitution de in à ain, ein, en, que nous la pratiquons déjà dans plus d'une région du vocabulaire sans nous en apercevoir, comme je l'ai montré aux §§ 224-225. Nous écrivons alevin, provin, rinceau, cintrer, dessin, là où nos aïeux écrivaient aletain, promin, rainceau, ceintrer, dessein (v. § 229); marocain se transforme en maroquin pour désigner une peau préparée d'une certaine façon, et l'on ne voit pas pourquoi nous nous refuserions à traduire par in le en de agenda ou d'examen, quand nous le faisons pour celui de Idii. Jngenium ou de fia m. maneken, dans erifiin, mannequin. Concluons donc sans hésiter en faveur de la graphie in, la plus simple et la plus répandue.

§229. Homophones :

1. Blende, blinde. — Bknde (ail. blende) gardera son en pour ne pas se confondre avec blinde.

2. Dessin, dessein. — En réalité ces deux mots n'en font qu'un. Le premier est un substantif verbal dérivé de rfesmer^; le second, un substantif verbal dérivé de vfr. desseigner (it. disegnare, de lat. designare), variante de dessiner. Leur divergence graphique est excellente à maintenir, parce qu'elle répond à une différence de signification : comme je l'ai déjà fait observer, il est toujours bon que deux expressions distinctes pour l'esprit le soient également pour l'œil. Seulement on pourrait simplifier dessein en dessen.

3. Pin, pain. — Conserver pain. Nous verrons plus bas (§ 231) qu'il y a lieu de réformer étaim, faim, en étain, fain. Afin d'éliminer le plus possible le digramme ai, il pourrait être utile de remplacer les graphies <^mt«, /am, pam, par les graphies simplifiées éten, fen, pen.

^ Le XVII' siècle écrivait généralement dessein ru lieu de dessin; celte dernière graphie était regardée comme incorrecte.

4. Pcntade, pintade. — Pentade, employé par quelques auteurs comme traduction du gr. penfa6( même famille que triade et tétrade, de gr. trias, tétras), gardera son en pour prévenir la confusion avec pinforfc (oiseau). C'est d'ailleurs un terme à peu près inusité dans la langue coui-ante, ce qui lui donne le droit de conserver sa graphie étymologique (§ 59i).

o. Plein, plain. — Plein est à écrire plin, Plain, n'ayant ni même sens ni même origine (lat. planum), est à laisser intact pour éviter l'équivoque. On écrira donc : « de plin gré, de plin droit », mais « de plain pié » (§ 291, 4^). Par analogie la graphie actuelle «écu plein, de plein fouet », essentiellement vicieuse, sera non pas simplifiée en plin, mais rectifiée en plain (§ 224, 1^) *.

6. Plainte, plinthe. — Ecrire plinte (comme plindre, p. plaindre) et plinthe : la conservation du th préviendra l'amphibologie.

7. Sain, saint, sein, seing, ceint. — C'est l'exemple favori des grammairiens en mal d'homonymes:

a) Pour sain (adj.), fém. saine, il faut écrire sin, sène. De même sain (sbst.), de lat. sagimen, dans saindoux (\tr. sain doulr), s'écrira sin (sindou, § 334). Malgré la similitude de forme, il n'y a pas de confusion possible entre ces deux mots, le sain de saindoux ne s'employant plus à l'état isolé.

b) Poursem écrire également sin (lat. sinum), ce qui se trouvera satisfaire tout à la fois les étymologistes et les phonétistes; ce substantif ne se confondra pas non plus avec ladj. sin p. sain.

c) Pour seing (lat. signum) écrire sing, en lui conservant le g muet (v. ci-dessous § 297), afin de le distinguer de .sm et malgré son identité avec le -sin de tocsin, qui a la même origine, étant pour sing (lat. signum) 2.

d) Pour saint écrire sint; pour ceint, partie, du vb. ceindre, écrire cint, en conservant le c dont le maintien préviendra toute confusion

* A cause do la forme en ai (plaine) que nous conservons au féminin de cet adjectif, comme on l'a vu plus haut (§ 161) k propos de la graphie amies plaines p. armes pleines, il n'y a pas lieu défaire application ici de ce qui vient d'être dit pour élen, fen, peu, et d'écrire plen au lieu de plain.

* Tocsin, VÎT. tauquesain, toqnesin,toc8ainct,toxsaincU toartw, est emprunté au provençal toca senh, de tocar « frapper » et ienh « cloche m (de signum « signal »).

Dans le sens de « cloche » on trouve en vfr. ce dernier mot écrit fautivement saint, au lieu de sin ou sing (Œuvres de Guy Ck)quille, 1666, t. I, p. 111), et c'est lui qui figure dans le proverbe populaire : « On n'ouïrait pas les saints (i. e. les clochea) sonner ». De là le nom de sainlier donné jadis aux fondeurs do cloches (v. Agnel, De l'Influence du langage populaire, p. 137).

De signum pris dans cette acception on peut rapprocher, sous le rapport de l'association des idées, le gr. mod. sêmanlron (pron. simandron, d'où le fr. siniandre), du vb. sêmainô « signifier; sonner».

entre ces deux mots. La graphie cint entraîne naturellement celle de cindre et de ses dérivés cinture, cinturorty ancindre, ancinte, etc., pour ceinture, ceinturon, enceind^*^, enceinte,

8. Cinq, dont la palatale finale n'est pas entendue devant une consonne, fait parfois homophonie avec saint. Ex. : « Ces saints missionnaires; ces cinq missionnaires ». De môme dans cette phrase de Bossuet (Hist. des Variations), qui est amphibologique à l'oreille, saints pouvant s'y interpréter cinq : a Je ne m'étonne plus que sous un tel archevêque on ait méprisé la doctrine de ses saints prédécesseurs. » La notation actuelle de ces deux mots empêche l'équivoque de passer dans le langage écrit; celle ci ne se produira pas davantage entre le plur. sints et la graphie sine p. cinq, qui sera proposée dans les §§ 417, 467, traitant de la réforme du c doux et du q final .

9. Serein, serin. — L'adj. serein transformé en serin ne pourrait guère se confondre avec le sbst. serin que dans une locution très vulgaire du genre de celle-ci : « Avoir l'air serin ». Encore est-il préférable de l'éviter en gardant serein, simplifié en seren, graphie qui, du reste, ne s'harmonisera que mieux avec le fém. serène (§ 139).

10. Tain, teint (sbst.), thym, tin. —Tain est à écrire tin (comme étin p. étain). Ecrire tint p. teint et thin p. thym (v. §§ 234, 401) : la conservation du th dans thin empêche l'amphibologie. Tin p. tain ne se confondra pas avec tin ^,à cause de la différence de sens des phrases dans lesquelles l'un et l'autre peuvent trouver place (v. § 73).

11. Teinter est à écrire tinter. Il ne saurait faire équivoque avec tinter « rendre un son », non plus qu'avec tinter (t. de mar.) (( placer sur des tins ».

12. Vin, vain. — Vam est à écrire rtn (fém. vène); cet adjectif ne se confondra pas avec le sbst. vin. Quant à vint (de venir), et vingt, vainc (de vaincre), qui seront réformés en vint, vinc (§§ 288,363), inutile d'en parler : ils ne sauraient faire équivoque avec vin et vain.

EN final prononcé en'.

§230. Régulièrement, l'examen de cette question ne devrait pas figurer ici, mais dans la partie réservée aux consonnes, puisque le groupe en articulé en' ne représente pas une voyelle «nasale», mais sert, au

< Pièce de bois qui sert à soutenir les tonneaux support de quille.

contraire, à noter une voyelle « orale » è suivie de la consonne n. Mais il faut remarquer que parfois cette double prononciation se répartit entre des termes de structure similaire et que, de plus, il lui arrive d'affecter simultanément le même mot, comme cela a lieu pour hymen j qui sonne imin et imèn' (§§ 211). Dans ces conditions on ne peut guère, après avoir traité de sa prononciation nasale, abandonner ce digramme sans formuler quelques observations relatives aux cas où il sonne en' dans le rôle de finale. Cette prononciation se rencontre :

1» Dans un certain nombre de noms propres étrangers, appartenant aux domaines historique et géographique : noms grecs, allemands, russes, etc., tels que Philopœmenj Baden, Niémen, etc.;

2» Dans des termes appartenant à la langue scientifique, comme molimen, cérumen, etc.;

3^ Dans des mots du langage courant, issus soit du latin, soit d'autres langues, comme abdomen, éden, gluten, hym^n.

11 serait utile de signaler aux yeux cette nuance d'articulation en frappant ïe d'un accent grave (abdomen, édèn, gluten, etc.), pour empêcher le lecteur de confondre le groupe en ainsi prononcé avec celui qui s'articule in dans les mots, d ailleurs peu nombreux, où la notation en de Yè nasal sera conservée ou introduite pour obvier à l'inconvénient de certaines homographies (§ 229).

Imèn (p. hymen) prendra de même l'accent grave. C'est en poésie seulement qu'on l'articule imin, pour le faire rimer avec des mots en ain, ein ou in (§ 211); dans cette circonstance, pour ne pas avoir deux graphies d'un môme mot, il conservera sa notation -m, mais dépourvue d'accent : imen,

ALM final prononcé in (è nasal).

§231. Cette finale est des plus rares; elle figure dans daim, essaim, étaim, faim, (lat. * damnm, examen, stamen, famem) ^.

Nous savons (§ 207) que ïm finale nasalisée devient réguliè rement n dans notre orthographe. Aussi le vfr. écrivait-il dain, essain, estaln -, fain : la notation de ces mots par -m est due à une réaction étymologique.

1 Vnt finale nasale ne se trouve que dans un très petit nombre de mots : en dehors de ceux qui viennent d'être énumérés, on ne la rencontre que dans dam (§ 207), dont, nom, parfum, thym.

' A celle ancienne graphie -ain traduisant lat. -amen dans essaim, étaim, cotrespond la graphie actuelle -ain dans airain, de œramen (§ 225, i*|.

Remplaçant ain par in (§ 226), il faut remplacer également aim par in et écrire essin ^ din. Ce dernier s'harmonisera bien avec le fém. dine, très employé maintenant par les chasseurs et qui tend à supplanter daine. Mais, en ce qui concerne étaim et faim, il faut tenir compte de leurs homophones étin (p. étain), fin, et les écrire étain, fain, pour empêcher l'amphibologie. Au sujet de la réforme Aéiaim, faim, en élen, fen, se reporter au § 229.

Quant à Daim (écrit aussi Dain), surnom du barbier de Louis XI, il n'y a pas à le modifier : en sa qualité de nom propre historique, il conservera sa graphie traditionelle ( § 581, l'"'' note).

EIM prononcé in(è nasal). .

Ex. : Reims,

§232. Conformément à la règle générale qui veut que les voyelles nasales s'écrivent par une n devant toute consonne autre qu'une labiale, il faut écrire Rins (avec simplilication de ei en i, comme dans in pour ein, § 226), si l'on accepte l'application de la réforme • aux noms de la géographie française (§ 582).

IMM prononcé in-m.

Ex. : immangeable, immanquable.

§233. Cette graphie comporte la même observation que emm prononcé an-m(§221) : elle a l'inconvénient d'être ambiguë, puisque rien n'y indique que le groupe imm doit s'y prononcer tn-m et non im-m comme dans immanent, immatériel. Il faut l'écrire inm- dans inmanjable (v. § 460). Mais, pour immanquable, il est préférable de ne pas toucher au groupe imm, car on prononce aussi, quoique beaucoup plus rarement, im-mxinquable. Donc, jusqu'au jour où la prononciation inm l'aura définitivement emporté, mieux vaut conserver provisoirement la graphie immanquable (modifiée en immancable, § 472, 4«).

\N, YM, prononcés in (è nasal) 2.

§234. Une notation exceptionnelle de l'è nasal nous est fournie par les

1 Essin p.vfr. essain, de lat. examen, répond exactement k alevin p.vfr. alevain, de lat.* allevamen (§ 225, 3").

2 D'après leur rang alphabétique, ces digrammcs no devraient venir que beaucoup plus tard, à la fin de la liste des voyelles nasales, mais j'ai préféré intervertir cet ordre pour ne pas scinder le développement de tout ce qui a trait aux diverses manières de noter l'è nasal.

groupes t/n, ym, dans une série de mots savants tirés du grec directement ou par l'intermédiaire du latin, comme cymbale, lymphe, nymphe, symphonie, sympathie, syndic, syntaxe, tympan, thym, lynx, synchronisme, synthétique, syndérèse, etc., de lat. cymbalum, lympha, nympha, symphonia, sympathia, syndicum, syntaxis, tympanum, thymum, lynx, gr. simkhronismos, suntheticos, suntêrêsis, etc.

On a vu plus haut que partout nous aurons à remplacer par un i Yy étymologique ou non (§ 196). Par conséquent, nous substituerons in à la graphie yn et, au lieu de syndic, synchronisme, syntaxe, etc., nous écrirons sindic, sincronmne, sintaxe, etc. Nous écrirons pareillement linfe, ninfe, linx, sinbale, sinpatie, etc. '*. En cela nous ne ferons qu*imiter la graphie officielle lorsqu'elle écrit anodin, timbre, au lieu de anodyn, tymbre (lat. anodynon, tympanum, de gr. anàdunon, tumpanon) 2. D'ailleurs, dans un texte italien linfa, ninfa, ne nous surprennent pas : pourquoi en serait-il autrement de linfe, ninfe, dans un texte français? C'est une pure affaire d'habitude, comme tout ce qui touche à l'orthographe, on ne saurait trop le répéter.

Par les mêmes raisons le groupe final -ym de thym s'écrira -in, mais en gardant le th (thm), pour éviter l'amphibologie avec tin (§ 229).

OIN.

Ex. : coin, loin, soin.

§233. Oin est une graphie défectueuse du icè nasal, mais il faut la garder par les mêmes motifs d'ordre pratique qui militent en faveur de la conservation de oi, d'une part (§ 180), et de in, de l'autre (§ 226).

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