‹ Étude sur la simplification de l'orthographeChapitre 23 sur 58 · UM · texte numérisé non relu

UM

§239. Ce digramme a quatre prononciations :

1® um : humilité;

2« om : album, rhum ;

3° on (o nasal) : umble (poisson), rumb;

4» un (eu nasal) : humble, parfum.

De la première rien à dire. La deuxième a été étudiée au § 187; restent à examiner la troisième et la quatrième, qui appartiennent aux voyelles nasales.

UM prononcé on.

§240. Cette notation de Vo nasal est tout à fait exceptionnelle. Il faut la remplacer par on, et rumb, umble, doivent devenir ronb, onble (modification déjà opérée dans la variante ombre) 2, comme sump-

1 La prononciation primitive par o nasal [monsieur), conforme à l'étymologie, est demeurée courante dans plusieurs provinces chez les populations rurales, notamment en Picardie, sous la forme monsieu.

^ Pour la subsUtuUon de n à m, v. § 460.

tueux (xvie s.), présumptueux (id.), sont devenus somptueux, présomptueux. C'est par une transformation du même ordre, rappelons-le, que le -um de amylum, étant passé de om à on dans la prononciation, s'est changé en -on dans amidon (vfr. amilon), et qu'au -im de vfr. raisim, transformé en è nasal par la langue parlée, l'écriture a substitué -in (§ 207).

La même prononciation se retrouve dans lumbago. Comme terme médical il doit garder intacte sa forme latine, mais comme terme du langage courant, où il est d'un usage aussi fréquent que n'importe quel mot réellement français, je pense qu'on doit le rapprocher de ses ccîngénères lombes, lombaire (à réformer en lonbeSy lonbère), et récrire lonbago, à l'exemple de fongus, qui est pour fungus (v. § 242, l'^ note).

UM, UN, EUN, prononcés eu nasal.

§241. L-'^** nasal possède trois graj)hies : 1« eun : jeun; 2o um : parfum; 3<> un : brun.

La notation eun est la seule exacte, puisque c'est un eu nasalisé que nous avons à rendre, mais elle est exceptionnelle et réduite à un seul cas : jeun. Il faut donc Félimiiîer.

La notation um en syllabe finale est également exceptionnelle : il faut l'éliminer de même.

Reste la notation un. Elle serait exacte s'il s'agissait encore de traduire un u nasal, mais ce phonème a disparu de la langue ^. Appliquée à Yeu nasal, elle est irrationnelle; pourtant, comme elle est presque seule employée dans ce rôle, il faut l'y conserver et s'en servir à l'exclusion de toute autre. Jeun, parfum, s'écriront dorénavant jun, par/ww. Cette réforme ne saurait exercer aucune mauvaise influence sur les dérivés à venir, puisque la dérivation correcte est déjà assurée par jeûne, jeûner, parfumer, parfumeur, etc. Humble s'écrira de même unble (v. §§363 et 460).

En ce qui concerne parfum, nous rentrons ainsi dans la règle générale de l'orthographe française rappelée ci-dessus (§ 237), qui

* Vu nasal, dont il n'est plus possible d'indiquer avec certitude la prononciation, est né dans la seconde moitié du xvr s., puis il a passé peu à peu au son qu'il possède aujourd'hui, celui d'un eu ouvert nasalisé. Son histoire est la même que celle de Vi nasal (v. ci-dessus § 226, 1'^ note),

veut que dans toute syllabe nasale figurant à a fin d'un mot la nasalisation soit exprimée par une n. Les exceptions, on Ta vu, sont en nombre infime : dam, daim, essaim, étaim, faim, dom, nom, parfum, thtjm (§ 231). Il est aussi naturel d'écrire parfun, au lieu de parfum, (|ue d'écrire embrun, au lieu d'embrum S et de substituer, comme on Ta fait au xix» siècle, la graphie falun à la graphie falum du xviir.

UN prononcé on.

§242. Un a deux prononciations :

l*' eu nasal, que nous venons de voir ;

2« on (o nasal), dans punch (pron. poiich'), emprunté à l'angl. punch ^

Cette graphie est due à un remords étymologique de l'Académie (1833), car le xvii® et le xviii® siècle avaient écrit ponche. Il faut suivre leur exemple, en écrivant ponch. On remarquera que je supprime ïe muet parasite dont ils avaient doté ce mot. Evidemment la graphie ponche serait plus conforme aux traditions suivies par notre langue en matière de transcription des mots étrangers, lorsqu'il s'agit d'exprimer les consonnes finales articulées ^ ; mais elle me semble à rejeter, à cause de la prosodie, l'addition d'un e terminal obligeant à compter une syllabe supplémentaire dont il n'y a pas trace dans l'expression originale. La présence de cet e ne s'explique que dans les mots où il est nécessaire de signaler que la consonne finale n*est pas muette, lorsque le lecteur est exposé à concevoir un doute sur ce point. Ainsi, en voyant cheviot conservé intégralement en français, ou yacht, spleen, transcrits par iot, splin, on pourrait être tenté de prononcer chetio, io, sp/tn(par è nasal), car rien n'indique que la consonne finale doive être articulée, tandis que les graphies chetiote *, iote, spline, ne laisseraient place à aucune ambiguïté; là, du moins, l'e final peuttrouver sa justification. Mais, dans ce cas même, j'estime qu'il faut s'abstenir de recourir à son emploi, puisqu'il fausse la prosodie. On fera mieux

* Embrun est emprunté au provençal moderne embrutn, sbst. vcrb. de embruma « embrumer ».

z' Un prononcé on se trouve également dans fungus (emprunté du lai. fungus)^ ancienne graphie que l'Académie conserve k côté de fongus. l\ ne faut retenir pour la langue usuelle que la seconde de ces deux notations, qui, du reste, s'harmonise mieux avec les dérivés fongueux, fongosité.

3 Comparer, entre autres, bouledogue, châle, chèque, cheviotte, craque (miner.), dogue, flanelle, gigue, moire, partenaire, etc., de l'angl. bulldog, ^hatcl, check, cheviot, crack, dog, flannel, gig, mohair, partner.

4 Et non cheriotte, comme on l'écrit à tort, par un redoublement inutile du t.

de s'adresser à l'apostrophe et de rendre yacht et spleen^ par iot\ splirC 2. Ce procédé a l'avantage de laisser la prosodie intacte et de ne pas augmenter le nombre des syllabes du mot, tout en fixant le lecteur sur la manière d'articuler la dernière consonne. Inutile d'ajouter que, par contre, cette apostrophe ne doit pas figurer dans les transcriptions où la prononciation de cette finale s'impose d'elle-même, c'est-à-dire lorsqu'on a affaire à des consonnes autres que w, f, p ou rf, les seules, ou peu s'en faut, qui puissent, dans quelques circonstances, provoquer une hésitation de lecture, par suite des conventions auxquelles nous sommes accoutumés ^. 11 est évident, par exemple, que les mots bulldog, schawl,check,cra4:k, dog, flannel, gig, mohair, cités tout à l'heure dans la 2® note de ce paragraphe, auraient pu sans danger se transcrire boiildog, châl, chec, crac, dog, flanel, jig, moir (à l'imitation des graphies grog, maréchal, échec, bac, tunnel, zigzag, fermoir, etc.), car ce n'eût pas été en contradiction avec nos habitudes. De même la graphie officielle aurait dû consacrer pouding au lieu de poudingue (t. de géol.), puisqu'elle admet lasting (de Tangl. lasting) *.

ANC, ANG, ENG, AING, EING, OING, ONC, OND, ONG, etc., prononcés an, in, oin, on.

§243. Outre les diverses graphies qui viennent d'être énumérées les voyelles nasales employées en syllabe finale en possèdent encore d'autres provenant de ce qu'au polygramme nasal s'adjoint une consonne muette telle que :

b, dans plomb;

c, dans banc, jonc, tronc ;

rf, dans différend, blond, bond, fond, gond, rond;

g, dans rang, sang, étang, hareng, parpaing, seing, sterling, oing,

coing, poing, long et ses composés oblong, barlong;

etc.

« Je laisse de côté cheviote, puisque son e est déflniUvement passé dans l'orthographe courante.

* Sur cet usage de Tapostrophe, v. Clédat, Grammaire phonétique, p. 16.

^ En effet, chez nous, Vn finale est un signe de nasalité, sauf dans quelques mots en -en (§ 230), et le t final est le plus habituellement muet, comme le p et le d finals : d'où, dans certains cas, la nécessité d'indiquer par un moyen quelconque que ces consonnes se font sentir. Pour -en, -e^,etc., on y arrivera à l'aide de l'accent grave {-en, -et) et, pour les autres finales, par l'apostrophe (v. §571,c;.

* Poudign eût été meilleur (§ 463), mais la prononciation incorrecte à laquelle répond la graphie poudingue est maintenant irréformable, comme celle de lastitig* au lieu de lastign (ibid.).

Dans ces groupes la voyelle nasale proprement dite doit se traiter conformément aux règles posées dans les paragraphes qui précèdent: ainsi en, ain, ein(hareng, parpaing, seing), etc., y deviendront an, in.

Quant à la consonne finale muette, elle y sera tantôt supprimée, comme dans pion, jon, haren, parpin; tantôt conservée, comme dans banc, sing, coing; tantôt modifiée, comme dans ranc(p, rang). L'examen détaillé de ces questions viendra plus loin, au chapitre V.

§244. RÉSUMÉ DES VOYELLES NASALES. — Pour le résumé de ce qui concerne les voyelles nasales et la réforme de leurs notations, voir ci dessous §604.

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