‹ Étude sur la simplification de l'orthographeChapitre 24 sur 58 · CONSONNES DOUBLES · texte numérisé non relu

CONSONNES DOUBLES

§245. Elles proviennent de causes multiples, dont voici les principales: l*^ Les unes sont étymologiques. Ex. : abbé, accommoder, addition, affable, agglomérer, alléger, ammoniac, anneau, apparat, amgner, atténuer, etc., de lat. abbatem, accommodare, additionem, affabilem, agglomerare, *alleriare, ammoniacum^annellum, apparatum, auignare, attenuare.

Un grand nombre d'entre elles sont dues à une restitution savante. Le moyen âge les écrivait simples, conformément à la prononciation, mais, plus tard, on en est venu à les écrire doubles, par réaction étymologique. Ainsi abbé, alléger, anneau, apparat, se notaient autrefois abé, aléger, aneau, aparat, et le vfr. avait a/airiVr, afirmat%f,agrever, alaitier, alécker, anoncier, apeler, apartenir, arester, atendre, etc., là où nous avons affecter, afj^rmatif, aggraver, allaiter, allécher, annoncer, appeler, appartenir, arrêter, attendre.

2^ Les autres, étrangères à l'étymologie, sont dues à une ancienne coutume orthographique. Tel est le cas pour un certain nombre de celles qui figurent après la voyelle e : par exemple, dans chandelle, querelle, séquelle, tutelle (de lat. candela, querela, sequela, tutela), le redoublement provient d'une convention destinée jadis à indiquer que ïe y possédait la valeur è, et à laquelle on avait eu recours antérieurement à l'époque de l'introduction des accents (v. § 13, 3«) ^. L'usage de l'accent grave rend désormais le redoublement superflu.

* On commença alors à les employer concurremment avec le redoublement de la consonne; plus tard, au lieu de faire un choix définitif entre les deux moyens et de remplacer partout l'ancien redoublement par l'accent grave, on se borna ii les répartir à peu près au hasard.

3^ Elles peuvent aussi être le vestige dune prononciation disparue. Ainsi l'ancien français disait : hon-me, fan-me, bon-ne, pon-me, an-nemi, et, par suite, il écrivait homme, femme, bonne, pomme, ennemi, la première consonne n, m, servant à exprimer la nasalisation de la voyelle ^. Il y a une survivance de cet usage dans notre manière d'articuler des locutions telles que mon ami, on espère, etc., qui sonnent mon nami, on nespère. A partir du xvii« siècle ces voyelles nasales furent peu à peu remplacées par des voyelles orales. Dans plusieurs mots comme âme, entamer, Vécriiure a suivi la prononciation, mais ailleurs l'ancienne orthographe a persisté jusqu'à nos jours, sans raison valable.

4<^ Il en est enfin qui, purement arbitraires (comme dans buffle, chiffre, greffée, allemand, salle, etc.) ou filles d'un pédanlisme inintelligent, ne se justifient ni par létymologie, ni par le besoin de noter une prononciation particulière. A cette catégorie appartiennent, entre autres, beaucoup de formes créées à l'aide du préfixe à et dans lesquelles la double lettre qui suit ce préfixe n'est qu'un ressouvenir maladroit de la composition latine à l'aide du préfixe ad 2. Ex. : accoucher, accouder, affadir, affaiblir, affaisser, affichei\ affleurer, affoler, affranchir, affréter, affriander, allonger, appareiller, appauvrir, appesantir, approfondir, attabler, attacher, attendrir, atterrer, atterrir, attiédir, attifer, attirer, attraper, attitrer, attrister, attrouper, etc., qui viennent respectivement de d et comcher, coude, fade, faible, faix, ficher, fleur, fol, franc, fréter, friand, long, pareil, pauvre, pesant, profond, table, tache (dans le sens de « point fixe »), tendre, terre, tiède, tiffer (\iv.), tirer, trappe, titrer, triste, troupe. Ils ont été affublés d'une double lettre à l'imitation de accommoder, af^rmer, affluer, etc. (lat. accommodare, affirmare, affluerc),

§246. Dans l'état actuel, leur graphie et leur prononciation nous offrent

1 La double nn de ennui, ennuyer, remplit encore actueUemeDt cet ofllce : elle sert à nous avertir que la première voyelle est affectée d'une prononciation nasale (§ ^0).

* Le môme procédé a été mis en œuvre dans les mots composés avec le préfixe é (vfr. es , de lat. ex). C'est ainsi qu'on a e/facer, effaner, effaroucher, effeuiller, effiler, etc., pour éfacer, éfaner, éfaroucher, éfeuiller, éfiler, de é et face, faner, farouche, feuille, fil, à l'imitation des composés latins effeminare, effervere, eflicere, efflnvium, çlc, tirés de ex et femina, fervere, facere, fluere. Du reste, même dans cette fausse voie, la graphie « savante » n'a pas su demeurer fidèle à son système et plus d'un mot en a- ou en é- c^t resté indemne du redoublement. Ex. : améliorer, a-ménager, a-maigrir, è-crémer, é-pointer, etc. Les contradictions foisonnent, comme on va le voir au § 250.

rimage du plus parfait désordre qui se puisse imaginer. Ainsi :

1° Les consonnes étymologiquemenl doubles sont rendues tantôt par des consonnes doubles, tantôt par des simples ;

2« Les consonnes étymologiquement simples sont rendues tantôt par des simples, tantôt par des doubles ;

30 Des consonnes simples et des consonnes doubles se trouvent réparties sans règle apparente et de la façon la plus contradictoire entre des mots de formation analogue et qui devraient n'offrir qu'une même graphie ;

4° Pour achever de compliquer la situation, la prononciation entre en jeu avec ses inconséquences et, parmi les consonnes que nous écrivons doubles, les unes sont toujours articulées comme des doubles, les autres comme des simples, d'autres enfin tantôt comme des simples et tantôt comme des doubles, suivant lés mots dans lesquels elles figurent (v. ci-dessus § 6).

Voici quelques exemples de ces différents cas :

!• Consonnes étymologiquement doubles rendues par

des doubles.

§247. Abbé, accrùxtre, addition, affirmatif, a^jgrarer, allaiter, ammoniac, anneau, appeler, arrêter, arrhes, associer, attendre, etc., de lat. abbatemy accrescere, additionem, affirmatitum, aggravare, allactare, ammoniacum, annellum, appellare, * arrestare arrha, associare, attendere (§245,10).

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