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IV. Réglementation des consonnes finales senties en liaison

§ 280. Pour celles-là il n'y a pas l'ombre d'une hésitation possible. Peu importe qu'elles soient justifiées ou non par l'étymologie, qu'elles soient altérées, parasites ou dues au souvenir d'une ancienne pro-

nonciation, qu'elles se fassent sentir soit d'une façon constante, soit par intermittences et même dans des cas tout à fait exceptionnels, ou qu'elles appartiennent à des mots dont la prononciation n'est pas définitivement fixée et dans lesquels leur articulation subit encore la loi du caprice individuel : elles devront toujours être maintenues. En effet, si on ne les écrivait que là où elles se font entendre, on aboutirait à noter le même mot de plusieurs façons différentes; or, la logique, jointe à des considérations de simplicité et de commodité, nous impose l'obligation de n'avoir qu'une seule graphie pour un même mot. Je n'insiste pas sur ce point qui a été élucidé aux §§ 23-28 et 264, 1«.

§ 281. Forme de la finale, — Théoriquement, la consonne qui se fait entendre en liaison doit s'écrire d'une manière conforme à sa prononciation, mais, dans la pratique, ce principe comporte des restrictions assez nombreuses. 11 y a des circonstances où l'on peut se demander s'il faut conserver à la finale sa forme actuelle ou s'il y a lieu de la modifier. Ceci concerne principalement les finales -d, -ff, -/•, -5, -jr, < (V. § 262) :

lo Les sonores d,g, prennent en liaison la valeur des sourdes c c ^ : ngrant homme, segont exemple, sanc impur, lonc espoir, raric élevé, de bourc en ville », etc. Faut-il, comme on l'a proposé, écrire grant, sanc, lonc, etc., ce qui était Tusage de l'ancien français? De prime abord cela paraît rationnel, mais il pourrait s'ensuivre quelques inconvénients et nous devons compter avec l'inUuence visuelle et la réaction du graphisme sur les altérations possibles du français. On serait autorisé à craindre, par exemple, que la graphie sanc ne suggérât une altération de exsangue en exsangue et que les adj. lonc, segont, grant, ne finissent par déterminer le changement de leurs féminins en longue, segonte, grante. Déjà ce dernier a fait son apparition dans le langage populaire : il n'est pas rare d'entendre parler d'une « grante émotion », d'une « grante inflammation ». On pourrait en venir également aux dérivés incorrects longueur, grantir, scgontement, etc., et rien ne prouve non plus que, sous l'influence de bourc, bourgade n'arriverait pas à se transformer en bourcade, 11 est donc préférable de laisser à grand, second, long, sang, bourg, leurs finales actuelles.

Quant à ranc, il serait inoflensif. Son c ne saurait influer sur la chuintante (g doux) des dérivés ranger, arranger, déranger, qui en est phonétiquement trop éloignée pour en subir la réaction. Blanc

1 Au sujet de cette prononciation, V, § 262, note.

et sec nous en fournissent la preuve : leur c dur, accidentellement senti en liaison dans blanc ( ex. : « du blxinc au noir ») et toujours articulé dans sec, n*a pu entraîner la substitution de blanque et de sèqm aux formes à finale chuintante blanchCy sèche *.

Conclusion : le remplacement de la sonore (rf, j) par la sourde (f, c)dans les mots de cette espèce doit se borner exclusivement aux cas où il ne risque pas d'occasionner des déformations ultérieures. Du reste, les expressions dont il s'agit sont en fort petit nombre et, au pis aller, le maintien pur et simple du statu quo ne contribuerait guère à augmenter la liste de nos difficultés orthographiques.

2o L* /* finale sonnant v restera notée par /, pour ne pas avoir deux graphies du même mot, et Ton écrira ((neuf euves (p. heures))), comme «new/* arbres)), et non « neuv eures )) 2.

30 Vs finale liée prend en règle générale la valeur de la sonore z devant une voyelle ou une h muette : « A touz égards, pbtz ou moins, lez hommes, sanz honneur », etc. Il n'y a donc pas lieu de toucher à sa notation, puisque laltribution de la valeur z à Vs ainsi placée fait partie de nos conventions alphabétiques. Mais il se peut aussi qu'elle garde sa valeur sourde. Ceci arrive : a) régulièrement, dans les cas où on la fait entendre à la fin d'un membre de phrase ; b) exceptionnellement, devant une h muette ou une voyelle initiale. Ex. : « Ils sont tous' hallucinés, ils sont tous' assemblés, je les aime tous\ le plus* et le moins, je n'en dirai pas plus\ le sens' intime)), etc. Si l'on tient à marquer dans l'écriture cette déroga tion aux règles générales de la prononciation, on pourra recourir à l'emploi de l'apostrophe comme signe diacritique, de cette manière : tous', plus (v. §557.)

4<> L'a? final, qui sonne comme Vs en liaison, offre des variations semblables. Ex. : « Dix (diz) heures, six (siz) hommes)), mais: «ils sont(/t.r (dis') ou douze, j'en connais six (sis') )), etc. Il comporte le même traitement, puisque, comme on le verra plus tard, il doit

1 L'emploi du c dans la graphie ranc risquc-til d6 nous induire un jour à prononcer rank même devant les mots à initiale consonantique ? Rien de tel n'est à craindre, comme le montrent baiic et blanc, qui possèdent aussi la terminaison -anc : leur -c final n'ayant pas cessé de demeurer muet devant les consonnes, il n'y a pas de raison pour qu'il en soit autrement de ranc.

2 Cette prononciation de Vf est un phénomène isolé qui no vaut pas la peine qu'on dérange pour lui l'économie de notre écriture actuelle. Si toutefois l'on jugeait utile de distinguer ces deux manières de l'articuler, on pourrait recourir à l'apostrophe {neuf eures) dans les cas où Vf prend, par exception, la valeur sonore ; mais cette surcharge de l'écriture ne me semble nullement nécessaire.

être remplacé dorénavant par -s. Nous l'écrirons donc par s là où il se prononce comme s sonore (dt.s,sw), et par s' là où il se prononce comme s sourde (dis\ sis'), Ex. : « dis arbres, sis écrans ; ils sont dis\ je les vois tous les sis », etc. Les raisons en seront données au § 337.

50 Le z final prononcé en liaison se notera -s, Ex. : chés pour chez. Les exceptions (nez, lez, les formes verbales en -ez, etc.) seront étudiées et motivées aux §§ 342-345.

§ 282. Un môme mot peut présenter dans son écriture l'emploi sim ultané de la finale sourde et de la sonore. Ex. : différent (adj.) et différend (sbst.). Ici c'est une subtilité gi^aphique sans utilité comme sans fondement et introduite après coup. L'Académie la fait figurer pour la première fois dans la 6« édition de son Dictionnaire (1835) ; dans les cinq autres le substantif avait un -t (différent), comme l'adjectif. Différend n'étant autre chose que cet adj. différent em ployé substantivement ^ il faut récrire de même avec un -t final : diférant ^.

Ailleurs il se trouve que cette distinction est légitime et qu'en réalité l'on a affaire non à un seul et même mot, mais à deux mots distincts. Ainsi r^erend (sbst.), de lat. reterendum, n'est pas la même chose que révèrent (adj.), de lat. reverentem ^ : il doit conserver son d (révérand). Même observation pour ordinand et ordînant, de lat. ordinandum, ordinantcm,

1 Le cas est pareil pour les sbst. incidetit et expédient, qu'on n'a jamais sonffé à écrire incidend ni expédiend.

' L'Académie (Rapport de 19(K>, p. 20,5°) vient de déclarer qu' « elle accepte l'identificalion orthographique de di/férent et différend.))

3 Récérent ne figure pas dans les dictionnaires ; je le cite néanmoins parce qu'U se rencontre chez quelques écrivains, employé dans un sens ironique comme synonyme de révérencieux. On l'écrira révérant.

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