CHAPITRE V
EXAMExN DÉTAILLÉ DES CONSONNES FINALES MUETTES
§ 283. Après avoir établi en règle générale que la consonne finale doit persister dans tous les mots où elle se fait entendre, même exceptionnellement(§280), mais que dans ceux où elle est toujours muette elle doit être éliminée,. sauf là où sa suppression risque soit d'entraîner des amphibologies, soit de nuire à la formation correcte des féminins et des dérivés (§ 267), nous pouvons procéder maintenant à Tétude individuelle des consonnes finales muettes dans un certain nombre de mots. Ceux-ci, quoique le total en soit assez élevé, sont bien loin de constituer une liste complète des termes dont la graphie serait à modifier conformément aux principes exposés dans les §§267 et 274. Us seront cités à simple titre d'exemples, pour achever de dissiper toute incertitude dans Tesprit du lecteur et lui faire clairement saisir la nature et les limites de la réforme.
B final muet.
Ex,: plomb, radoub,
§ 284. Ecrire pion, radou, comme on écrit coulon, go (dans tout de go), au lieu de coulomb, gob (vfr.), ainsi que les adverbes où, y, malgré le b de lat. ubi, ibi. Le b de gob-er ne nous empêchant pas d'écrire go, celui de plom^-er, radoub-er, ne doit pas davantage nous empêcher d'écrire pion, radou,
C final muet.
§ 28o. Il est à supprimer dans les mots où il est toujours muet, comme broc (sorte de vase), accroc, escroc, ajonc, jonc, tronc (déjà prononcé tron devant voyelle au xvn<^ s.), caoutchouc (\,%i9i, note), etc., qu'on doit écrire bro, acro, escro, ajon, jon, tron, caoutchou. Cette suppression est semblable à celle qui a été opérée dans brelenc, chambrelenc
éperlenc, gardenc, pdisenc, selonc, devenus brelan, chambellan, éperlan, gardien, paysan, sehn.
La graphie acro, escro, est sans danger en ce qui regarde les dérivés, ceux-ci étant déjà formés (acrocher, e$croqer, escroqerk, escroqeur, etc.) ; quant aux féminins, nous en avons également un pour escroc, c'est escroqeuse.
§ 286. Il est à conserver dans estomac, qui est quelquefois lié, et dans blanc, croc, flanc, franc (adj.), porc, à cause des liaisons comme « du blanc au noir, croc-en-jambe, de (lanc en flanc, à franc étrier, porcépic », etc. Si la conservation du c dans porc pouvait avoir pour effet de ressusciter et de généraliser la prononciation porky ce serait un bien, puisqu'elle servirait à le distinguer de ses homo phones pore et port (§ 78) : qu'on se rappelle le piètre calembour « Voyez ce port et cette majesté », contenu dans une chanson satirique du temps de la Restauration, relative au portrait de l'obèse Louis XVIII, qui venait d'être peint par Gros.
§ 287. Comment traiter fer-blanc, franc (monnaie), Franc (n. de peuple)? Puisque nous gardons le c de blanc (adj.), l'intérêt de la simplicité commande de garder celui de/cr-Wanc *, mot composé dans lequel l'idée de « blancheur » est encore bien sensible. Le même motif doit nous faire maintenir les graphies franc (monnaie) et Franc, puisque nous conservons franc (adj.);ces trois mots n'en font qu'un, pris dans trois acceptions différentes (v. Hatzfeld et Darmesleter, Dict., p. H13) : une graphie unique s'impose donc, d'autant mieux qu'il n'en peut résulter aucune amphibologie.
§ 288. Homophones. — Nous conserverons banc, cric, clerc, à cause de leurs homophones ban, cri, cler (p. clair) ^ .
Que faire de vainc, 3*^ pers. sg. du vb. vaincre ? Régulièrement il devrait s'écrire vint, par application généralisée du -t final des 3*^» pers. verbales (v. § 329, l®); mais, ce vint pouvant faire équivoque avec le vi7U de venir dans les phrases où il est employé sans régime, je pense que, tout en opérant la simplification de vain- en vin-, il faut garder le -c et écrire vinc,
* A écrire fer blanc, sans trait d'union (v. § 516).
* Les très médiocres jeux de mots sur « rompre son bàn » et « clerc obscur » sont connus de longue date, mais « le cric du jour » est plus nouveau ; il a fait récemment son apparition sur un prospectus d'accessoires pour automobiles.
DuTENs. — Etude sur la simplification de l'orthographe, 15
CH final muet.
Ex. : almanach.
§ 289. Jamais lié dans la prononciation courante, ce mot Test dans la prononciation soutenue, d'où la nécessité de lui conserver sa finale ch; mais, ce ch se prononçant comme un c dur, il faut écrire almanac, à Texemple de ce qui se fait pour estomac (de lat. stomachum), écrit estomach jusqu'à la fin du xviu« siècle (v. § 351).
D final muet.
§ 290. Il est tantôt étymologique, comme dans fond, grand, rond, nard, tantôt inétymologique,c' est-à-dire ou parasite, comme dans blafard, homard, normand, ou substitué à la véritable consonne exigée par rétymologie, comme dans bitord, chaland, lézard, marchand (V. § 259).
A cette dernière classe appartient le (/ final de la 3^ pers. sg. dans certains verbes en -dre, ainsi que dans seoir et son composé asseoir (fend, prend, tend, vend, coud, mjoud, sied, assied, etc.), où il tient indûment la place d'un t, le lat. fendit, prendit, tendit, vendit, consuit, molit, sedet, ^assedet, devant aboutir à fent, prent, tent, vent, coût, moût, siet, assiet, en vertu des lois phonétiques de notre langue.
Le -d de pied, comme celui de nid, nœud, est dû à une réaction étymologique. Levfr. écrivait jotf*, ni, n€tt, de lat. pedem,nidum, nodum, comme nous écrivons encore nu, mi, hui (dans aujourd'hui), denudum, médium, hodie, par suite de la chute normale du d intervocalique (v. § 259, 2o).
§ 291. Réglementation. — Le -d final est à réglementer comme il suit :
lo Le -d final toujours muet est à supprimer partout où l'on peut le faire sans dommage pour la clarté. Il faut écrire par an, on, ar, or, our, 0, eu, i, ui, les finales and, ond, ard, ord, ourd, aud, eud, id, uid. Ex. :
a) Aleman, chalan; Flaman, marchan, Norman, tisseran ;
b) blon, gon, ron, plafon ;
c) boukvar, brancar, brassar, brocar, dar, far, hasar, homar, hussar, lésar (p. lézard), poignar;
d) acor (p. accord), bitor, bor;
e) gour, bur, sour ;
f) cho, grimo, mxyrico, salo (p. chaud, grimaud, moricaud, salaud) ;
g) Tieu, ni, mui (p. nœud, nid, muid).
2® Le -(/final qui figure à la Supers, sg. des verbes en -dre et de quelques autres est à transformer partout en -t ; c'est la seule orthographe rationnelle et il faut en faire une règle générale ^. On écrira donc « il coût, moût, faut, font, mort, pert, prant, tant, prêtant, rant, siet, assiet, vaut », etc., au lieu de coud, mx)ud, fend, fond, mord, perd, prend, tend, prétend, rend, sied 2, assied, toend (vfr. coût, m^ut, etc.).
30 Grand, second, garderont leur d : les raisons en ont été données au§281, l^
4<* Pied ne se lie que dans de très rares occasions où il sonne piét\ comme dans « de pied en cap, mettre pied à terre », etc. ^. Comment récrirons-nous? On se trouve en présence de deux solutions : a) conserver la graphie actuelle de pied ; b) le noter pié (ex. : « lever le pié, de pié ferme, avoir un pié en Tair, poser \epié à terre ») et Taflecter d'un t euphonique dans les cas exceptionnels où il se prononce piét\ On écrira ainsi : « Armé de pié-t-en cap, mettre pié-lk terre », de même qu'on écrit « y a Ml, voilà-t-W, importe-t-ii, ra-^elle, dira- f-on », etc. Je crois celle-ci préférable : elle a l'avantage de distinguer les deux prononciations pié et piét\ tout en respectant le principe établi dans l'Introduction de n'avoir qu'une seule graphie (ici pié) pour le même mot *.
5<> Dans le sbst. plafond la suppression du -d s'impose, l'idée représentée par fond n'y étant plus sensible, par suite de l'oubli de son origine (plat et fond ; v. § 274, note).
6^ Profond, froid, qui font liaison (profon-t\ froi-f), garderont leur d, car je crois qu'il vaut mieux ne pas les écrire, — comme le voudrait la prononciation, — profont, froit, afin d'éviter une altération possible de leurs féminins en profonte, froite. C'est le
* La réforme proposée n'est pas autre chose que l'extension de la graphie dont nous avons coutume de nous servir pour les vb. en -aindre, -eindre, -oindre et -soudre. On écrit correctement craint, ceint, feint, geint, peint, oint, joint, point, absout, résout, etc. (de craindre, ceindre, feindre, geindre, etc.); pourquoi écrire à tort répand, fend, rend, vend, tond, mord, coud, moud, etc. ? Il est contraire au bon sens de diviser ainsi sans motif les vb. en -dre en deux catégories terminées à la 3^ pers. du sg. l'une par t, l'autre par d,
^ Remarquer l'incohérence de la graphie ofRcielle, qui donne un (i à sied (lat. sedet) et un t à surseoit (équivalent do lât. sttpersedet) et qui écrit coud, moud, en regard de absout, résout.
^ La liaison de pied est relativement moderne : au xvii* s. on ne la faisait jamais, excepté dans pied-a-terre que certains prononçaient comme nous pié-ta-tèr\
* Dans le Rapport de 1905 (p. 20, 8"), l'Académie déclare qu' « elle ne voit aucun inconvénient à ce que l'on écrive, ad libitum, pied ou pié », mais elle est muette sur la manière de noter la liaison dans les expressions « pied k boule, pied-'Aterre, de pied en cap », si l'on y substitue pié à pied.
même raisonnement qui a été fait à propos de grand (v. § 281, i^).
§ 292. Les suppressions qui viennent d*étre proposées peuvent s'effectuer sans inconvénient. Elles sont pareilles à bien d'autres déjà réalisées depuis longtemps. C'est ainsi que nous écrivons blé, nu, cru, là où nos aïeux écrivaient bled, nudy crud, et la pensée ne nous vient pas d'agrémenter quoi (vfr. queid), non plus que bai, degré, aujourd'hui, mi, d'un -d étymologique, en souvenir de lat. quid, badium, Hegradum, hodie, médium. Nous n^avons donc pas le droit de repousser la transformation de muid (lat. mjodium), nid, nœud (v. § 290), en mui, ni, neu, qui est absolument du même ordre, et Ton ne voit pas quel motif nous aurions d'hésiter à inscrire bor (p. bord) en regard du tapabor de la graphie officielle, qui est pour tape à bord ; à plus forte raison lorsqu'il s'agit d'un -d inétymologique comme celui que la réforme élimine dans aleman, brancar, hussar, homar, boulevar, etc. (§§ 259, 291).
En outre, elles sont incapables d'exercer aucune action nuisible sur la formation des féminins et des dérivés, puisque la plupart de ces féminins et de ces dérivés sont déjà tout formés, et, quant à ceux qui ne le sont pas encore, on peut avoir l'esprit en repos : ils le seront correctement, grâce à l'influence analogique de leurs prédécesseurs et à la grande extension qu'a prise dans notre langue la dérivation par -d (v. ci-dessus la 2^ note du § 268). Cette extension est due au nombre considérable de mots en -d final (particulièrement ceux en -ard) que renferme le français (§§ 239 et 291) et dont la majeure partie possède des féminins ou des dérivés. Il y a là une abondance de types solidement installés dans le vocabulaire d'où résulte, par imitation, une tendance morphologique à peu près irrésistible. Aussi voyons-nous, surtout dans le langage familier, la dérivation par -d s'appliquer même à des mots qui n'ont pas cette consonne pour finale. Ex. : bazar-d-er, brelan-d-ier, cauchemar-der, escobar-d-erie, faisan-d-er, etc. Ceci nous montre que nous pouvons supprimer le -rf final muet sans crainte d'entraver ou d'altérer les formations de l'avenir.
§ 293. Homophones :
1. Bard, bond. Ils garderont leur -d pour ne pas faire équivoque avec bar (poisson) et bon (sbst.).
2. Le remplacement de -d par-t (§ 291, 2») dans coût, mort, moût, tant (de coudre, mordre, moudre, vandre p. vendre), ne les expose pas à se confondre avec les sbst. coût, mort, m^ût, vaut (p. vent), par
suite de la différence des rôles syntactiques. Pour la suppression de laccent circonflexe dans coûty moût, v. § 329, 4®, et § 546.
3. Révérend, ordinand. Se reporter à' l'examen qui en a été fait au § 282.
4. Fond, qui est lié dans « de fond (fonV) en comble », doit, je pense, s'écrire font. Il n'est pas exposé à se confondre avec les formes verbales « il font (p. fond, de fondre), il« font (de faire) » ; il ne le sera pas davantage avec le sbst. font de fonts baptismaux. L'usage est de n'employer ce terme qu'au pluriel . On le rencontre cependant au singulier chez quelques auteurs, entre autres chez Flaubert : « un font baptismal ». Son -f, qui ne s'entend jamais, est à supprimer (§ 324, 2°) : on écrira donc sg. fon, plur. fons ^. Pour le traitement de fonds (lat. pop. ^fondus, -oris), v. ci-dessous § 320.
5. Laid (adj. et sbst.), de V a. h. a. laid, plus tard leid, « désagréable ». Nous lui garderons son -d muet en récrivant led et non let ou le, parce que : 1^ let se confondrait avec kt (p. lait); 2^ le se confondrait avec le (p. lai, sorte de poème) et le de « frère le » (également p. lai).
6. Ni (sbst.) p. nid ne court aucun danger de se confondre avec la conj. ni.
7. Plaid (de lat. placitum) s'écrira plè. Son homophone p/a/d (couverture de voyage) s'écrira plèd, en conservant le -d, parce que beaucoup de personnes, au lieu de plè, continuent de prononcer à l'anglaise plèd' ^.
8. Quand (vfr. quant, écrit quand par réaction étymologique) et quant sont deux mots différents de sens et d'origine : le premier vient de lat. quando, le second de quantum. Il faut donc maintenir entre eux la démarcation et les écrire respectivement cand, cant (§ 472).
9. Siet (p. sied) fait hémogramme avec siet p. sciait (imparf. du vb. scier, § 388), mais il n'y a pas à s'en préoccuper: l'amphibologie est impossible.
F finale muette.
§ 294. Peu de chose à en dire :
1. Clef reprendra la forme clé. La suppression de Vf toujours
* Celle graphie est Thomologuc de celle que nous avons dans les pluriels frai.^, gens (à écrire /*rés, jans), tous, pour frails, genis, touts (v. § 347, note).
* On pourrait écrire pled\ en se servant do l'apostrophe (v. § 357) pour indiquer que le -d n'y est pas muet, mais nous verrons au § 558 qu'il y a lieu de donner la préférence à l'emploi d'un accent grave sur Ve : plèd.
muette n'y est pas moins légitime que dans apprenti, bailli, joli, autrefois apprentif, baillif, jolif.
2. Cer/* s'écrira ser (§ 417). La suppression de lydans sa graphie, aussi justifiée que celle de clé, empêchera son rétablissement dans la langue parlée et contribuera à maintenir pour l'oreille l'utile distinction qui existe actuellement entre cer/* prononcé sèr et serf prononcé serf. Cette prononciation de cerf, est la seule qui soit bonne parce que seule elle est claire ; celle que font entendre quelques uns en l'articulant serf est mauvaise et ne doit pas être encouragée, parce qu'elle prête à l'amphibologie.
3. Chef sonne chè dans chef-tTœuvre. D'une part sa valeur primitive ((( caput operis », œuvre capitale) n'y est plus sentie, de l'autre il est certain que la prononciation ne lui rendra jamais son f; nous récrirons donc chè, comme on écrit chégros, chemier, et les noms propres tels que Chéfontaine, Chédéglise, etc., qui sont pour chefgros (xvi« s.), chef-premier, chef-fontaine, chef-d'église. Faut-il aller plus loin et écrire en un seul mot chèdeuvre? Non ; aux §§ 530-532 et 538, 3», le lecteur trouvera les raisons qui militent contre la multiplication nuisible de ces termes agglutinés.
Le pluriel de chè d'euvre sera naturellement chès d'euvre. Malherbe a eu beau le doter d'une s finale (« Tous ces chef s-d* œuvres antiques »), ce n'est pas un exemple à suivre. L'orthographe chèdeuvres, proposée par quelques réformateurs, est aussi défectueuse que le serait celle de nerdebeufs ou de chemindefers (p. nerfs de bœuf, chemins de fer) ; il faut s'en tenir à chès d'euwe.
4. Nerf a \f tantôt muette, comme dans « le nerf (nèr) sciatique, mettre un nerf (nèr) à nu », tantôt articulée, comme dans « le nerf (nerf) optique, avoir du nerf (nerf ) ». En conséquence, il ne peut être question de la supprimer et l'on écrira nerf, plur. nerfs.
5. Bœuf, qui à Vf muette dans (( le bœuf gras », la conservera, puisqu'elle est prononcée partout ailleurs et qu'il faut éviter d'avoir deux graphies pour le même mot : on écrira beuf
6. Par une raison identique, ainsi qu'on l'a déjà vu, l'adj. weu/*, qui possède la triple prononciation neuf neuv, neu, restera toujours écrit neuf
Cette habitude de ne pas articuler dans certains cas 1'/" finale de quelques mots est une survivance du xviF siècle : au dire de Chifflet, on ne faisait jamais sonner cette f devant un mot commençant par une consonne. Quanta la chute de 1'/" devant l'-s du pluriel, par exemple dans « les bœufs, les œufs, les nerfs », elle date du moyen âge, où substantifs et adjectifs étaient peu à peu arrivés
à perdre régulièrement leur dernière consonne devant cette -s. Au xiv® s. on récrivait encore, mais on ne la prononçait plus : de même que cors, sacs, arcs, s'étaient changés en cas, sâs, ars, de même chefs, clefs, fiefs, nefs,baiHifs, s'articulaient chés, clés, fiés, nés, baillis. Cette prononciation a réagi sur celle du singulier, en lui faisant perdre çà et là des consonnes finales que les siècles suivants ont partiellement rétablies : d où les bizarreries qui émaillent la prononciation moderne.
G final muet.
§ 295. On le rencontre soit à la fin d'une syllabe non nasale (bourg), soit à la fin d'une syllabe nasale (poing, sang).
Il se réclame parfois d'une origine étymologique, comme dans bourg, long, oing, sang, seing (de lat. burgum, Umgum, unguen, *sanguem, signum), etc.; ailleurs il est simplement la trace d*une ancienne mouillure (§ 259, 4«). En effet, antérieurement au xiii« s., le groupe -ng sonnait -gn (n mouillée), avec nasalisation de la voyelle précédente*; mais à la fin du moyen âge la mouillure disparut et les voyelles finales écrites par -ng finirent par se prononcer comme de simples voyelles nasales.
Tantôt il est toujours muet, comme dans étang, hareng, parpaing, seing, sterling, oing (dans tieux oing), coing, poing, faubourg, tantôt il est prononcé en liaison, avec la valeur sourde -c, comme dans bourg, long, rang, sang,
§ 296. Réglementation.—lo ]A où il est toujours muet il faut le supprimer et écrire étan, haran, parpin, sterlin, oin, poin, fôbour ^, etc.
L'exemple de ces suppressions nous est donné par la chute du -g final dans bain, gain, bénin, besoin, coin, loin, soin, témoin, etc., qui étaient en vfr. baing, gaaing, béning, besoing, coing, loing, soing, tesmoing.
L'objection qu'on pourrait tirer de l'étymologie est sans valeur : quand on écrit loin, provin, bénin, malin, tin^ éperlan (de lat. longe, propaginem, benignum, malignum, tignum, ail. spierling), on peut
* Cette prononciation mouUlée était, entre autres, celle de tous les mots qui font aujourd'hui leurs féminins en -gne (ex. : besogne, bénigne, maligne, de besoing, béning, maling) et elle explique l'anomalie qui existe maintenant entre les deux genres.
^ La conservation du -g dans bourg ne doit pas nous gêner, non plus que le souci des dérivations futures, car la relation étymologique de faubourg à bourg n'est plus sentie et, s'il y a lieu de lui donner plus tard dos dérivés, ils se modèleront nécessairement sur celui qui existe déjà : faubour-ien»
bien écrire oin, parpin^, poin, liaran, sterlin (de lat. unguen, *perpaginem, pugnum, a.h.a. haring, angl. sterling), et l'existence de féminins ou de dérivés comme parpaignc ou poignard, poignet, ne saurait plaider plus efficacement en faveur du maintien de parpaing ou de poing que celle de baigner, cogner, soigner, éloigner, maligne, bénigne, besogne, ne Ta fait en faveur de baing, coing, soing, loing, maling, béning, besoing.
2o Là où il est régulièrement ou accidentellement lié, il faut le conserver. Quant à la forme sourde ou sonore (c ou g) qu'il doit revêtir, se reporter au § 281, !<>, où la question a été posée et résolue : rang deviendra ranc, mais bourg, sang, long (et par suite ses composés barlong, oblong), garderont leur -g.
§ 297^ Homophones. — Coing, seing, poing, oing, et coin, sein, point, oint.
On gardera coing et sing (p. seing, § 229, 7, c), mais on écrira poin, oin, aucune confusion n'étant possible avec point, oint, qui gardent leur-t (§§ 324, !<> et 330).
Au sujet des homophones coing, coin, rappelons ici un calembour aimé de nos pères, qui professaient pour ce genre de facétie un goût dont nous nous sommes libérés : je veux parler de cette enseigne de cabaretier, jadis si répandue et dont on rencontre encore des spécimens à l'angle de quelques vieilles rues de Paris; elle représente un énorme coing précédé de l'inscription : « Aubon)){coin demeurant sous-entendu). Indépendamment de l'homophonie, le calembour s'y trouvait tout naturellement amené par l'homographie, puisque durant plusieurs siècles coin s'est écrit coing, par suite de la prononciation dont était affectée sa nasale : au xvi<^ s. on en trouve encore des exemples dans divers écrivains, tels que Montaigne et La Boétie. De 1694 à 1762 l'Académie adopta l'orthographe coin pour le nom du fruit, simplification bien faite pour perpétuer l'équivoque entre coin, de cuneum, et coin, de cotoneum. En 1835 elle y mit fin en décrétant l'emploi exclusif de la graphie coing dans cette dernière acception : on ne peut que l'approuver.
§ 298. Outre la prononciation è nasal qu'il présente dans coing, poing, etc., le polygramme -ing en possède encore une autre qui est celle non d'une voyelle nasale, mais d'un i suivi d'une n mouillée
* Remarquer que la graphie parpin ne s'en accordera que mieux avecle dérivé parpiner (v. § 228, 3' note).
(-ijw), comme dans meeting (pron. mitign*). Ce point sera traité au chapitre VII, § 463.
De la valeur -tnj' qu'il présente dans lasting rien à dire, puisque l'orthographe y est d'accord avec la prononciation, d'ailleurs incorrecte, que nous donnons à ce mot.
H finale muette.
§ 299. Elle figure :
lo Dans des mots d'origine étrangère comme fellah, schah, surah, dahabieh, etc. * .
2o Dans quelques interjections telles que ah!, bah!, eh!, euh!, oh!, peuh!, pouah!, etc.
Dans les mots de la 1'® classe, où nous ne la faisons jamais sentir, il faut la supprimer et écrire fella, châ, sura, daubié (§ 371), etc., comme nous écrivons helbé, narguilé, nipa, para, hourra, au lieu dehelbeh, narghileh,nipah, parah, hurrah. C'est également ainsi qu'on a coutume d'en user dans la transcription des noms bibliques : on écrit Anna, Coré, Dalila, Débora, Josué, etc., en omettant la finale h que ces mots possèdent en hébreu.
Dans ceux de la 2® classe il n'y a aucun inconvénient à simplifier bah, pouah, en bâ, pouâ, mais il faut peut-être garder peuh pour éviter aux chercheurs d'étymologies fantaisistes la tentation d'y voir un emploi détourné de l'adv. peu. En ce qui concerne ah,eh, oh, l'existence des mots à, é (p. et, § 325), ô, commande, je crois, de les laisser pourvus d'une -h par des considérations analogues. Bien qu'en réalité il n'y ait ni confusion ni fausse assimilation à craindre, la présence de cette lettre (affectée d'une transposition dont je vais parler) établira une démarcation encore plus tranchée, en contribuant à faire ressortir leur nature interjective. Seulementnous verrons, en traitant de l'/iaspirée (§444), qu'il vaudrait peut-être mieux déplacer l'A et écrire ha,hé, ho. De même, au lieu de simplifier cu/i en eu, serait il préférable de l'écrire heu (ibid.).
Dans peuh, pouah, on entend un léger souffle à la notation duquel conviendrait l'emploi deVh, puisque c'est le moyen dont nous nous servons pour noter cette particularité phonétique dans des mots comme/iaiwe,/i^os, hideux, où la prononciation soutenue fait sentir le même mouvement expira toire (§442). Mais nous sommes obligés d'y renoncer, parce qu'ici l'expiration se produit non au début du
* Foup ce qui concerne Vh finale muette des mots on -M, comme zénith, et en ch prononcé ky comme varech, v. ci-dessous §§ 350-351 et 35>9,
mot, mais entre le p et les phonèmes eu, oua, de cette manière : p-hreu, p-h'Ouâ. Or, nous ne pouvons songer à écrire pheu, phoud, puisque, d'après nos conventions de lecture, le digramme ph sonnerait /"et non p-h. 11 faut donc nous borner, comme je l'ai indiqué plus haut, au maintien de peuh et à la réforme de pouak en pcmâ.
L finale muette.
§ 300. En principe 1'/ finale muette doit être supprimée * : baril, chartil, chenil, coutil, fenil, fraisil, fusil, gentil, nombril, outil, persil, sourcil, sont à écrire bari, charti, cheni, couti, feni, frèsi, fusi, janti (§ 426), nonbri, outi, persi, soursi ^.
Par là nous ne faisons qu'imiter des suppressions déjà anciennes: ainsi dé, nenni, oui, émeri, etc., se sont écrits en vfr. deel, nennil, ouil, esmeril, et 1'-/ de escargol, loriol, a depuis longtemps disparu pour faire place au -t inétymologique dont sont maintenant affublés ces deux mots 3. Nous n'avons pas à nous laisser arrêter parla présence de 17 mouillée dans les dérivés tels que barillet, fusiller, outiller, persiller, sourciller, gentillâtre, etc. : sur ce point se reporter à ce qui a été dit (§ 270) de la relation graphique entre primitifs et dérivés. Voir également les observations du § 296 sur la sup-^ pression du g final muet malgré le -gn- des dérivés.
Pour le traitement de gentil en composition dans gentilhomme (à écrire jantillome), v. ci-dessous § 455.
Rien de particulier à noter au sujet de la finale -il qui figure dans fenouil. La prononciation officielle est fe-nou-y', bien qu'un grand nombre de personnes articulent /e-wou. Par suite /enout/ doit garder sa graphie intacte, au lieu d'être simplifié en fenou comme genxmil, peouil, verrouil, du vfr. l'ont été en genou, pou, verrou.
§ 301. Homophones.— Les mots en -/ finale muette la conserveront
* Naguère encore \'l finale était mouillée dans un certain nombre de mots ; la mouillure a disparu et cette / est devenue muette, comme dans fenil, ous'estchangée en / simple, comme dans avril, péril. Là où elle présente cette prononciation il est clair qu'il n'y a pas à la supprimer dans l'écriture, aussi n'en sera-t-il pas question.
> Remarquer la contradiction qui existe entre les prononciaUons sil et soursi de cil (lat. cilium) et sourcil (lat supercilium).
3 L'inverse s'est quelquefois produit : des mots qui avaient perdu leur / finale l'ont récupérée par réaction étymologique. C'est le cas pour pluriel. Nos anciens grammairiens se sont longtemps servis du sbst. plurier; ce n'était autre chose que pluriel prononcé plurié et écrit avec une -r par analogie avec singulier. Aujourd'hui cette graphie a disparu avec la prononciation qui lui avait donné naissance et pluriel a repris définitivement le dessus.
si de sa disparition peuvent résulter des homogrammes prêtant plus ou moins à Tambiguïté : tel est le cas pour soûl qui, écrit sou, serait accidentellement exposé à se confondre avec sou (pièce de monnaie). Bien que l'équivoque ait très peu de chances de se produire, il est préférable de l'éviter (v. § 107).
Au contraire, dans gril, homophone de gris, nous supprimerons 17 sans hésiter (gri), parce qu'au lieu de réduire gris à gri nous lui conservons son s finale (gris), comme on le verra au § 320.
N finale muette.
§ 302. On la trouve dans Béam (pron. Béar). Nous l'écrirons Béar (v. § 582), sans tenir compte de Vn du dérivé béarn-ais ; Béar sera à l'égard de béarnais dans le même rapport que chair, four, hiver, jour (de vfr. cham, fom, ivem, jom, § 270), à l'égard de charnu, fourneau, hiverner, ajourner,
P final muet.
§ 303. On le supprimera là où il est toujours muet, comme dans camp, champ, drap, galop, sirop, loup^, etc., qu'on écrira can, chan, dra, galo, siro, lou. Cette suppression est aussi naturelle que celle du p de chavirer p. chap-virer (de prov. capvirar, chapvirar) ; elle est pareille k celle du c et de r/*dans bédane, héjaune, chégros, etc., qui sont pour bec-d'âne, bec-jaune, chef-gros (§ 294, 3).
§ 304. Homophones :
Coup gardera son -p à cause de l'homophone cou.
La graphie de champ (de lat. campum), devenue chan, se confondra avec celle de chan p. champ 2 (de lat. canthum) ; mais il faut observer que, malgré l'identité de leurs formes actuelles {champ et champ), la différence d'emploi de ces deux mots empêche toujours de les prendre l'un pour l'autre : l'amphibologie ne se produira donc pas davantage avec la nouvelle graphie chan,
La notation chan, adoptée pour le simple champ (de canthum), entraînera logiquement celle du composé chanlever (p. champlever) ^ à l'imitation de ce qui s'est passé pour chanlatle ^, où chan représente également champ (de canthum),
* Vfr. lou ; le -p y est dû à une réaction étymologique.
* Cette orthographe, employée par l'Académie à la place de chant (partie la plus étroite d'une brique), est essentiellement fautive.
3 A simplifier en chanlate (§252, !•).
Q final muet.