‹ Étude sur la simplification de l'orthographeChapitre 34 sur 58 · V. ci-dessous · texte numérisé non relu

V. ci-dessous

R finale muette.

§ 305. 1** L' r finale se fait toujours entendre dans les mots en -ar, ir, -ûir, 'ur, -eut (excepté mo/isiewr), -our, Ex. : hangar, bazar, loisir, venir, miroir, voir, futur, mur, sieur, labeur, jour, contour, etc. 2.

2^ Dans divers mots en -er, -ier, tantôt elle se fait toujours entendre, tantôt elle ne sonne qu'en liaison devant voyelle d'une façon soit régulière (comme dïins les infinitifs de la 1'® conjugaison), soit intermittente. Ex. : amer, cher, cuiller, enfer, éther, fer, fier, hier, hiver, magister, mer, partner ^, ver, en regard de aimsr, alléger, chanter, C'Onfier, donner, défier, épier, lier, nier, entrer, léger, premier, dernier, singulier, etc.

30 Dans tous les autres mots en -er, -ier, ainsi que dans mxmsieur *, elle reste constamment muette. Ex. : berger, porcher, barbier, acier, amandier, greffier, figuier, cahier, sanglier, millier, fumier, grenier, papier, usurier, gosier, tapissier, mortier, vivier, écuyer, etc.

§ 306. Réglementation. — Rien à dire des mots appartenant aux deux premières classes : ils garderont naturellement leur -r. Les seuls dont j'aie à parler sont ceux de la 3« catégorie : il faut leur enlever à tous V-r finale.

Des notations telles que porche, barbié, amandié, fumié, mortié, jujubié, milié, sorbié, cordié, saladié, batelié, cavalié, papié, caié (§371), etc., n'auront pas un aspect plus insolite que les finales en -ié de allié, associé, amitié, initié, moitié, pitié, marié, etc. 11 ne manque pas non plus de mots que l'ancien français écrivait par -et (am£t, bontet, crestientet, fiertet, letret, marchiet, povretet, etc.) et que nous écrivons aujourd'hui par -é (aimé, bonté, chrétienté, fierté, lettré, marché, pauvreté), sans songer à nous inquiéter de l'absence du -( étymologique (§§ 325, 327). Aussi ne vois-je pas de raison pour que nous ayons davantage à nous préoccuper de la disparition de V-r finale muette.

1 Le q final muet devant un mot à initiale consonantique ne se rencontrant que dans ctnq^le peu qu'il y a à en dire a été reporté au chapitre Vil, pour nepasscinder inutilement en deux articles l'étude relative à une graphie d'un usage si restreint.

s Piqueur a les deux prononciations pikeur et pikeu (U de vénerie).

3 On écrit maintenant plus volontiers partenaire (à simpUfier en partenère).

* Remarquer l'inconséquence de la prononciation, qui articule Vr dans le simple sieur et qui l'omet dans le composé monsieur.

Pourpier (vfr. porpié), dont V-r est inétymologique, puisque ce mot représente, comme nous l'avons vu, poulpkd (de lat. pullipedem), s'écrira pourpié.

Monsieur s'écrira messieu, le groupe ess- y sonnant e muet + s sourde, comme dans dessus, dessous, ressembler, ressentir, et nous aurons au pluriel méssieus (§§ 133, 2^, 238 et 384;.

§ 307. Homophones. — Il faudra conserver l'-r muette dans les mots où sa suppression, en les rendant semblables à certains participes passés, pourrait exercer une influence équivoque sur le sens. Nous garderons, par exemple, cette finale dans les sbst. boucher, noyer, ménajer (p. ménager), carier (p. carrier), parce que les graphies bouché, noyé, ménajé, carié, identiques à celles des participes passés bouché, noyé, ménajé, carié, dont la signification est tout autre, pourraient dans quelques occasions sembler ambiguës. En revanche, les sbst. déjeuner, dîner, goûter, souper, lever, seront écrits déjeuné, diné, goûté, soupe, levé, parce que la similitude de ces graphies avec celles des part. pass. déjeuné, diné, etc., ne peut présenter aucun inconvénient : ceci est démontré par une expérience déjà longue, car il n'est pas rare de les trouver écrits de cette manière dans les textes antérieurs au xïx« siècle.

On pourrait objecter à juste titre que cette graphie est irrationnelle, puisque ces mots sont des infinitifs pris substantivement et que les expressions /c déjeuner, le diner, le lever, le coucher, etc., sont similaires de celles-ci : le boire, le manger, le dormir, A ne consulter que la logique, il serait donc préférable de leur laisser la forme de l'infinitif; mais les avantages dus à la simplification et à l'uniformité de l'écriture sont tels qu'ils doivent, ce me semble, peser beaucoup plus lourd dans la balance et entraîner la substitution définitive de la désinence -é à la finale -er.

§ 308. Féminins des mots en -er, -ier. — Dans le cas où Ton ferait subir à la règle des finales muettes la restriction que, — tout en la déconseillant, — j'ai cru devoir mentionner aux §§ 275, 276, il est entendu que ceux des mots en er, -ier, qui possèdent des féminins en -ère, -ihre (bouchère, va/^ hère, jardinière, singulière, etc.), garderont leur -r (boucher, vacher, jardinier, singulier). Seulement, comme je l'ai fait observer, le résultat en serait des plus regrettables, car cette restriction aurait le grave défaut d'enlever à une portion très importante du vocabulaire le bénéfice de la simplification orthographique.

S finale muette.

§ 309. En principe Ys finale est muette à la pause et liée devant une voyelle, en prenant dans ce cas la valeur de la sonore Zy mais les exceptions à ces deux règles sont nombreuses et Ton peut dire que c'est la finale dont la prononciation offre les contradictions les plus surprenantes, non seulement dans des mots différents, mais encore dans les mêmes mots (v. §§ 261-262) :

1® Parfois on peut y discerner une raison d'euphonie; ainsi, tandis qu'elle sonne dans « tu crois (croiz) arriver, tu Vds (az) eu, tu Vas (az) entendu », elle est muette dans « tu aimes (èm') à jouer, tu les as (a) eus, tu les as (a) entendus ». Dans ces locutions et d'autres semblables la logique a été sacrifiée à l'oreillefv. § 261,2<>J^.

2^ Ailleurs, au contraire, — et c'est le cas le plus fréquent, — l'euphonie n'a rien à voir dans les inconséquences de la prononciation. Ainsi, à côté de « un abus (abu), une fleur de lis (U), tu les vis (vi) », on dit « un obus (obus'), un lis (lis'), les vis (vis') »; comme nous l'avons vu précédemment, tiers sonne tièr' dans « le tiers et le quart » et tierz dans « le Tiers-Eidii » ; on voit tour à tour V-s de tous rester muette devant consonne, comme dans « tous (tou) les hommes », ou sonner soit devant consonne, comme dans « ils sont tou^(tous') les mêmes », soit à la pause, comme dans « ils y sont tous (Unis') M ; devant une voyelle il lui arrivera de s'articuler tantôt sourde (s'), tantôt sonore (z) : « Us se sont tous (toUrS') égarés, à tous (touz) égards ». Heures, plus, sens, donnent lieu à des remarques analogues: « Des heures (eurz) ennuyeuses, dix heures (eur) et demie ; plus (plu) grand, plu^s (plus') que personne, qui peut le plus (plus') peut le moins, je n'en peux plus (plu), il parlera moins mais il agira plus (plus); cet homme n'a pas le sens (san) commun, ces expressions ont toutes un sens (sans') commun », etc. (v. ci-dessus §§25et281,3o).

3° Dans les mots où elle est toujours muette au singulier elle fait liaison au pluriel : « la souris (souri) était prise, les souris (souriz) étaient prises ». Ici le phénomène est d'ordre intellectuel : dans l'esprit de la personne qui parle, au substantif s'est ajoutée Vs du pluriel, pour laquelle il est de règle de faire la liaison 2. C'est

1 Ceci est surtout vrai pour les deux derniers exemples, car dans la prononciation de (( tu atmas {èin') à jouer », donnée par Littré, l'intérôt euphonique parait beaucoup moins évident.

-Dans les cas de cette espèce (( Ts de flexion s'ajoute véritablement au mot, bien qu'elle se confonde nécessairement dans la graphie avec Vs muette finale telle qu'on l'a au singulier ». (Clédat, Gram. rais., p. 106).

absolument comme si Ton avait écrit « la .court, les souris », de même qu'on écrit « un abri, un défi, un cri », et « des abris, des défis, des cris » (v. la 3® note du § 261).

§ 310. Bien que la présence de Y-s finale soit le plus généralement conforme aux origines, il y a néanmoins de nombreux cas où, loin de pouvoir se réclamer de Tétymologie. elle est due à une altération phonétique ou à un phénomène de parasitisme. Aux exemples qui en ont été donnés plus haut (§ 259, 3<> etS») on peut ajouter :

lo Vs placée en qualité de signe du pluriel à la fin de quelques mots empruntés qui sont déjà par eux-mêmes des pluriels, comme agenda (plur. de lat. agendum) : « un agenda, des agendas » ;

2o Celle dont est affecté quatre-vingt dans certaines conditions (v. § 314). Ex. : « quatre-vingts chevaux ; ils sont venus au nombre de quatre-vingts », etc. Nous ne la devons pas au latin, où viginti est indéclinable. L'expression quatre-vingts, dans laquelle vingt est traité comme un substantif au pluriel (« quatre vingtaines »), constitue une formation purement française qui a supplanté octante (de lat. pop. *octanta, class. octoginta) ; elle provient de l'ancienne coutume de compter par vingtaines. Ce mode de numération, qui a persisté jusqu'au xviii® s. dans la langue des affaires et dont on trouve encore des vestiges dans le parler populaire de plusieurs provinces, était courant au moyen âge * : on disait alors trois vingts, six vingts, etc., pour soixante, cent vingt, comme quinze vingts pour trois cents, d'où le nom de YHospice des Quinze-Vingts. A l'instar de la numération décimale cette méthode puise son origine dans le nombre des doigts. Cela se voit clairement dans la manière dont procédaient les Néo-Calédoniens à l'époque où nous nous sommes emparés de leurs îles. Ils comptaient sur les doigts de leurs mains jusqu'à 10; au delà ils se servaient de leurs doigts de pied et, pour exprimer 20, disaient « un homme » (c'est à-dire 20 doigts, pieds et mains réunis); 40, 100, s'énonçaient de même « deux hommes, cinq hommes », et ainsi de suite. Le même usage se retrouve chez d'autres peuples de civilisation rudimentaire, par exemple en Afrique chez les Lakas, au sud du lac Toufouri, et les N'dris, au nord de l'Oubangui.

L'-s finale que prend cent dans des conditions pareilles à celles oh le vingt de quatre-vingt devient vingts (i( deux cents hommes,

* L'Angleterre le connaît aussi. Ex. : threescore, fourscore (trois vingtaines, quatre vingtaines), au lieu de sixt^, eighty, pour exprimer « soixante, quatrevingts ».

trois cents canons, six cents chevaux », etc.) tient également à ce que cent y est envisagé comme un substantif ^ ; de plus, cette formation a pu être influencée par le souvenir des pluriels latins tels que ducentos, trecentos, sexcentos, etc. *

Maintenant il nous reste à examiner de quelle manière doit se régler la graphie de V-s finale, suivant qu'elle fait ou non liaison.

§ 311. S finale liée. — D'après la règle générale (§ 280), V-s finale liée, ne le fùt-elle que dans des cas tout exceptionnels et même seulement par la minorité des personnes qui s'expriment avec correction, doit toujours être écrite ^ .

V-s du pluriel est naturellement hors de contestation ^ : c'est l'exposant du nombre, elle remplit une fonction syntactique de premier ordre, aussi doit-elle toujours figurer dans l'écriture, quelles que puissent être les irrégularités de la prononciation en ce qui la concerne *. Ainsi, dans le plur. guetsapensy qui se prononce ghètapan, V-s ne se fait pas entendre devant Va de apens et cependant guets la conservera parce qu'elle y est l'exposant du nombre ; par la même raison arcs, chars, crocs, douces (à réformer en dousses), etc., des plur. arcs-en-ciel, chars à bancs, crocs-en-jambe, doucesamères s, garderont leur -s muette (v. ci-dessous § 319), Du reste, en principe, elle fait liaison et les cas sont extrêmement rares où les caprices de la langue la rendent muette devant une voyelle (§261, 2«). Ils l'étaient beaucoup moins au xvm® siècle, où le bon ton commandait de supprimer la plupart des liaisons de cette espèce, et déjà, au xvii^, Chifllet avait signalé la chute de V-s du pluriel comme très fréquente. Depuis longtemps cette fâcheuse mode a disparu, à très peu d'exceptions près.

11 y a bien une -s du pluriel qui peut faire matière à discussion,

^ Comparer les expressions usuelles « un cent d'œufs, un cent de marrons, je vous en vendrai un cent », etc.

« U serait superflu de multiplier ici les exemples de mots où V-s doit persister dans la graphie parce qu'elle fait liaison : pour se renseigner sur ce point le lecteur n'aura qu'à consulter les dictionnaires dans lesquels la prononciation se trouve indiquée.

3 On a vu dans l'Introduction (§§ 30, 34) les dangers que présenterait le phonétisme radical relativement à la notation du pluriel : il est inutile d'y revenir. Jamais, sous aucun prétexte, l'-s du pluriel ne pourra être supprimée dans une reforme orthographique bien comprise.

* \\ va de soi, par conséquent, que tous les mots au singulier desquels je conseille plus loin de supprimer Vs muette (§§317, 320) devront la reprendre au pluriel et qu'on écrira : « des apantis,deslociitis, des jus, des talus, des mors, des remors, des velours, des pis, des souris », etc.

^ Pour la suppression du tiret dans ces mots, v. §§ 515-516.

c'est celle dont les noms propres sont parfois affectés, comme dans cette phrase : « Les Crébillon et les Campistron ne furent ni des Corneilles ni des Racines .» Mais ce n'est pas le moment de nous en occuper, car elle relève de la syntaxe et non du graphisme proprement dit. Elle sera étudiée plus loin avec quelques autres sujets accessoires, en traitant de l'orthographe des noms propres (§§ 583-584).

§ 3^2. S, euphonique, — On appelle ainsi Vs qui, par une singulière anomalie, vient prendre place entre les adverbes t/, en, et la 2» pers. sg. de l'impératif du vb. aller, ainsi que des autres verbes lorsque cette personne s'y termine par une muet. Ex. : vas-y, parles-y, cueilles-en, prêtes-en, etc. Comme elle se fait toujours entendre, il ne saurait s'élever de doute sur son maintien dans l'écriture, seulement une question peut se poser: doit-on continuer à la laisser faire corps avec le verbe ou l'en séparer par un trait, ainsi que cela a lieu pour le t euphonique de va-t-il, y a-t-il, cueille-t-elle, donne-t-on, etc.? Logiquement l'hésitation n'est pas possible: cette s ne fait point partie intégrante de la forme verbale. Ainsi l'on dit et l'on écrit: « va au loin, parle à ton frère, cueille une fleur, prête attention à mes paroles )),et non: « vas au loin, parles à ton frère, cueilles une fleur, prêtes attention à mes paroles ». 11 faut donc la traiter comme le t euphonique et la placer comme lui entre deux traits, pour qu'elle se distingue bien ostensiblement du véritable impératif. Ex. : va-s-y, parle-s-y, cueille-s-en, prête-s-cn (à écrire m-s-i, parle-s-i, geuilles-an, prête-s-an), La division me paraît nécessaire : étrangère au verije, ïs ne devrait pas y être soudée, car cette graphie défectueuse peut devenir une cause d'erreur et engendrer des fautes même sous une plume experte. Voltaire nous en fournit un exemple dans ce passage de la Henriade :

Retranches, ô mon Dieu, des jours de ce grand roi Ces jours infortunés qui Téloignenl de toi ! *

§ 313. Conformément aux principes, les -s contraires à l'étymologie, qui sont mentionnées aux §§ 2;i9, 3», 5«, et 310, et d'une manière générale toutes les -s finales, même celles qui sont parasites et dépourvues de raison d'être, seront maintenues dans la graphie du moment qu'elles se font entendre en liaison (§311); elles sont trop profondément entrées dans nos habitudes grammaticales pour qu'on puisse songer à les extirper.

» V. en outre sur cette question § 528, n* 15.

DuTENs. — Etude sur la simplification de l'orthographe. 16

Dans les adverbes dedans, dessus, dessous, V-s est maintenant toujours muette, ces mots n'étant plus usités devant un régime, mais elle est liée chez Corneille et les autres poètes du xvii® siècle, qui les employaient en qualité de prépositions là où nous nous servons de dans, sur, sous, aussi faut-il y conserver cette lettre, qu'on est forcé de faire sentir dans la déclamation de leurs vers; de plus, le maintien en est commandé par 1 analogie des simples dans, sus, sous, d'où ont été tirés les composés dedans, dessus, dessous, et dans lesquels V-s subsisle nécessairement, puisqu'elle fait liaison.

A côté de guère, qui est la forme régulière et courante, se trouve guères (v. § 318), qui ne s'emploie plus qu'en poésie, pour les exigences de la rime ou de la mesure; il n'y a pas lieu d'y toucher.

Os, dont la prononciation est notée ô par Littré, s'articule aujourd'hui le plus souvent os' au singulier; nous lui conserverons donc sa finale.

Volontiers, qui se lie dans le langage soutenu, s'écrira volontiés, avec suppression de Vr (§ 384).

Les prépositions envers, à travers, ne sont généralement pas liées; néanmoins, comme quelques personnes prononcent enverz, à traverz, devant une voyelle, il vaut peut-être mieux leur conserver Ï'S. On écrira donc ani^er^, à travers. Par suite il en sera de même pour l'adverbe de travers, bien que sa finale soit toujours muette : raison de simplicité, puisque c'est le même mot (travers) qui figure dans l'adverbe et dans la préposition. Pour les sbst. envers, travers, V. ci-dessous §317.

§314. Quatre-vingts et cents. — Lorsqu'ils fonctionnent en qualité de nombres cardinaux, quatre-vingt et cent précédé d'un nombre qui le multiplie s'écrivent, nous le savons (§ 310, 2®), quatre-vingts, cents, à la pause ou devant un substantif, mais ils ne prennent pas d'-s devant un autre nom de nombre. Ex. : « Venus deux cents, ils repartirent quatre-vingts; quatre-vingts chevaux, f/cwa? centshommes; quatre-vingt-dix chevaux, deux cent quatre hommes ».

C'est là une règle étrange et d'un emploi gênant ^. Voici l'explication qu'on peut essayer d'invoquer en sa faveur : dans quatrevingts nous avons cessé de sentir la présence d'un substantif au

1 Elle ne s'applique pas à ces mots lorsqu'ils fonctionnent en qualité de nombres ordinaux, c'est-à-dire avec la valeur « quatre-vingtième, centième ». Dans cette acception quatre-vingt et cent restent toujours invariables. Ex. : « Le numéro quatre-vingt, la page deux cent, l'an quatre-vingt, l'an quinze cent ». Cette dis tinction est fondée et doit être maintenue.

pluriel et celte expression ne représente plus pour nous a quatre vingtaines »>, comme elle le faisait à Torigine. Les deux mots associés qui la constituent nous semblent aujourd'hui n'en faire qu'un seul, lequel est un simple nom de nombre comparable à soixante, trenUy quinze, etc. Nous n'éprouverions donc aucun besoin d'y ajouter une -s, si cette finale n'avait survécu dans la prononciation. Par un motif analogue, les expressions deux cents, trois cents, quatre cents, etc., ne nous apparaissent plus comme les équivalents de « deux, trois, quatre centaines »; nous n'avons pas l'impression que cents y puisse être un substantif au pluriel, il ne nous semble point avoir plus de titres à prendre une -s que nous n'en reconnaissons à mt/fe,dans deux mille, trois mille, etc. ^ Rationnellement il faudrait établir que dans les locutions de cette nature cent et quatre-vingt seront désormais invariables. Par malheur, nous avons à compter avec les inconséquences de la prononciation, qui ne nous permettent pas de supprimer la règle actuelle d'une manière absolue, mais il existe un moyen indirect de l'améliorer dans une très large mesure : c'est de tourner la diflîcullé en décidant, au contraire, que quatre-vingt et les multiples de cent prendront partout ï-s finale, excepté devant les trois noms de nombre qui commencent par une voyelle ou une h muette: un, huit étonne. Ex. : « quatre vingts chevaux, quatre vingts deux arbres, quatre vingt un canons 2; deux cents quatre maisons, deux cent onze mètres, trois cent huit colonnes ». La restriction est bien minime et elle sera des plus faciles à retenir, puisqu'il suffit de la prononciation pour nous y faire songer ^.

% 313. Même adjectif et adverbe. — Ce mot, venant à la suite d'un substantif au pluriel, prend Y-s quand il ne peut être déplacé, parce qu'alors il est adjectif et signifie « eux-mêmes, eux en personne ». Ainsi l'on écrira : « Ses amis mêmes l'ont trahi », si l'on veut dire

1 En réalité mille, qui vient de lat. miUia, est une forme plurieUe, comme on Va vu au § 252, mais nous en avons perdu conscience.

* En graphie réformée catre vint», catre vint» den8,catre vint un. Pour les notations deua, vint et catre, v. § 334, 3% § 3C3, et § 477, 4v Pour la suppression du trait d'union, v. § 528, n* H.

3 L'arrêté ministériel du 26 février 1901 déclare en termes généraux qu' « on tolérera le pluriel de vingt et cent, môme lorsque ces mots sont suivis d'un autre adjecUf numéral », mais il ne spécifie aucune réserve pour les cas où cet adjectif numéral serait un, huit ou onze. Ce ne peut être que l'effet d'un oubli, car il est bien difficile d'admettre les graphies « quatre-t7tn(;(s-un, deux cents huit, cinq cents onze », ert si complet désaccord avec la prononciation.

(( ce sont précisément ses amis qui l'ont trahi, ce sont eux-mêmes et non d'autres ». Mais, lorsque mèm^e peut se déplacer pour être mis devant le substantif, il est adverbe et demeure invariable. Ainsi l'on écrira : « Ses amis même l'ont trahi », si l'on veut faire entendre « même ses amis l'ont trahi », c'est-à-dire « il a été trahi wi^me par ses amis, tous ;w.^7M*à ses amis l'ont trahi ». La différence d'orthographe correspond ici à une différence de signification : c'est une distinction parfaitement justifiée et excellente à garder, quoi qu'on ait pu dire ^.

§ 316. Quelque et quelques devant un pluriel. — Quelque signifiant « si, tellement », a la valeur adverbiale. Il en résulte une règle assez délicate concernant l'emploi de ce mot avec ou sans -s devant un adjectif au pluriel. Ainsi Ton écrit : « Quelque braves que soient ces soldats, quelque brsves soldats qu'ils soient », parce que quelque y est adverbe, ces locutions équivalant à : « Si braves que soient ces soldats, >st braves soldats qu'ils soient». Inversement, on doit écrire : « Quelques mauvaises raisons que vous me donniez », parce que, dans une locution de cette espèce, la valeur de quelque n'est pas la même. Le sens y présente une variation de nuance très appréciable : ce mot ne joue plus le rôle d'un adverbe, mais d'un adjectif 2 , et la prononciation fait sentir cette différence d'une manière on ne peut plus nette dès que l'occasion s'en présente, c'est-à-dire si çue/qfuc est suivi d'un adjectif commençant par une voyelle ou une h muette. Remplaçons, en effet, les adjectifs braves et mauvaises par ceux-ci : héroïques et absurdes, et nous verrons que personne n'est tenté de dire <( quelques (kelke-z) héroïques que soient ces soldats, quelques (kelke-z) héroïques soldats qu'ils soient », ni « quelque (kelk) absurdes raisons que vousmedonniez», mais qu'au contraire nous disons tous sans hésiter : « Quelque(kelk) héroïques

que soient , quelque (kelk) héroïques soldats , qitelques (kel-

ke z) absurdes raisons ».

La règle bien connue à laquelle je fais allusion, et que Littré

* Sur ce point TarrMé miDisléricl porte que « dans Texemple : les femmes y les enfanta même, Taccord de même au pluriel sera toléré : les enfants mêmes. » C<»lle décision est regrellablo, car elle tend à consacrer uue erreur qui ne tient pas devant le raisonnement le plus simple.

^ 11 est facile de s'en convaincre en substituant à l'exemple donné un équivalent tel que celui-ci :« Quelques raisons de mauvais aloi que vous me donniez» ; le caractère adjectif de quelque s'y montre avec évidence et cela nous fait senUr

que, dans la phrase « quelques mauvaises raisons », quelques modifie le

sbsl. raisons et non l'adj. mauvaises. D'où la nécessité de l'accord.

dans son dictionnaire considère comme fondée, a été critiquée à tort par divers grammairiens estimant que, devant un adjectif au pluriel, gwc/çttc devrait toujours faire Taccord du nombre. C*est une erreur, on vient de le constater. Je n'entrerai donc pas dans cette discussion de syntaxe et je me bornerai à dire qu'il n'y a aucune raison d'innover. La prononciation courante suffit pratiquement pour trancher à elle seule toute difficulté de graphisme, en nous montrant sans ambiguïté possible dans quelles circonstances q^t^/que doit recevoir ou non la marque du pluriel ^.

§ 317. S finale toujours muette. — Après ces généralités sur la graphie de 1'^ finale régulièrement ou accidentellement liée il ne reste plus que peu de chose à dire de Vs finale toujours muette. La règle sera naturellement de la supprimer, sauf dans les cas où cette élimination créerait des homogrammes nuisibles à la clarté.

Voici quelques-uns des mots où la suppression de la finale s'impose :

Appentis, locatis, de lat. pop. * appendititium, localicium. A écrire apanti, locati 2 , de même que vfr. apprentis, de * apprendititium (§264, 4<^), est devenu apprenti (à réformer en apranti).

Lors et son composé alors (de à et lors) ; Vs y est inétymologique 3, lors représentant for, composé de l'art, l et de l'adv. or (v. § 259, 5<^). A écrire lor, alor.

Jus, taffetas, remords, velours, A écrire ju, tafeta, remor (v. § 359), velour.

Talus, avec s inétymologique (lat. pop. * talutum, vfr. talu, plus tard talut, v. § 259, 5^). A écrire talu.

En revanche fleur de lis conservera son s parce que, malgré la différence de prononciation, lis y est le même mot que lis (nom de

1 Du reste, en cas de doute, il y a un moyen très simple de résoudre la question, c'est de voir si l'on peut supprimer l'adjectif qui suit quelque : si oui, c'est un signe que quelque est lui-même adjectif. Ex. : « Quelques (vains) lauriers que promelte la guerre u (Boileau) ; « quelques (grands) avantages que la Jiature donne » (La Rochefoucauld) ; « quelques (msLuyaiscs) raisons que vous me donniez ».

Si, au contraire, cette élimination n'est pas possible, c'est que la valeur de quelque est adverbiale. Ex. : 0 quelque (braves) que soient ces soldats, quelque (braves) soldats qu'ils soient, quelque (rusés) compères que vous les croyiez ». Ici, le sens ne permettant pas cette suppression, on voit sur-le-champ que le rôle de quelque est de modifler non les sbst. soldats^ compères, mais les adj. braves» rusés, et que l'on a, par conséquent, affaire à un adverbe.

2 En 1798 l'Académie écrivait locati.

3 Pour l'origine de cette -s adverbiale, v. au Dict. g en. de Hatzfeld et Darmesteter, p. 286, § 725.

fleur) et qu'il n'y a pas de raison pour les doter l'un et l'autre de deux graphies distinctes. Du reste, il serait fort à souhaiter pour la logique que le maintien de Vs y déterminât le rétablissement de la vraie prononciation : fleur de lis',

La prép. vers, Tadj. convers et les sbst. avers, revers, envers, s'écriront ver,convèr,avèr,revèr, anvèr ^ Le sbst. envers n'est pas le même mot que la prép. envers, à laquelle nous avons conservé son -s (§ 313) : celle-ci est un composé de en et vers, tandis que le sbst. envers est l'ancien adj. envers a retourné », delat. inversum,^i l'origine, ni le sens ne sont les mêmes; cela légitime la différence de traitement de leurs graphies.

Dans le sbst. travers l's ne fait jamais liaison; néanmoins elle persistera par un motif de simplicité, ce mot étant le même que celui qui figure dans la locution prépositive à travers (§ 313).

§ 318. Cette suppression de V-s muette n'est pas à proprement parler une innovation dans notre graphie, car il est beaucoup de mots que nous écrivons sans celte finale, bien qu'ils l'aient possédée autrefois. Tels sont entre autres apprenti p. apprentis (rappelé tout à rheure) ; guère, jadis guères (§ 313), qu'on rencontre souvent écrit de cette façon jusqu'à la fin du xvni« s.; envi, anciennement envis; conclu, que le moyen âge écrivait conclus (fém. concluse); exclu, en regard duquel l'ancienne forme exclus (fém. exc/wse) persista jusque dans le courant du xviii® siècle.

§ 319. S du pluriel dans demi-, nu-, mort-. — J'ai dit aux §§ 146, 148, les raisons qui, au pluriel, me paraissent devoir militer en faveur des graphies demis, demies, et nus, nues, dans les composés; je n'y reviendrai pas, me bornant à rappeler que, conformément à la 2« note du § 311, leur -s finale, — quoique toujours muette, — n'en doit pas moins figurer dans l'écriture, vu sa qualité d'exposant du nombre : le cas est le même que pour arc5-en-cte/, chars àbans,crocsen-jambe, elc.

Mort, dans mort-né, soulève un problème analogue, dont la solution a été présentée au § 149, avec l'exposé des motifs qui doivent faire adopter au pluriel les graphies morts nés, mortes nées.

§320. Homophones :

Corps gardera sa graphie actuelle, à cause de cor, pour éviter les

i Sur l'emploi de l'accent grave dans ces mots pour indiquer que l'r n'y est pas muette et que le groupe -er s'y prononce -ér', v. ci -dessous §550.

confusions qu'entraîneraient aux deux nombres des notations comme le cor, les cors, p. le corps, les coi'ps (v. § 376) ^

Fonds perdra son -s, ainsi que vient d'en décider l'Académie (v. ci-dessus § 273, note), et sa grapliie, désormais identifiée à celle de fond, sera réformée comme elle en font (v. § 293, 4). Il est vrai que, fonds se prononçant fort, sans' jamais faire liaison au singulier, sa nouvelle notation devrait être fon, mais, dans l'intérêt de la simplicité, il vaut mieux n'introduire aucune différence dans récriture de ces deux mots.

Gris conservera son -s, à cause de gril réformé en gri (§ 301), les deux mots pouvant à la rigueur se confondre lorsque l'adj.^m est employé substantivement.

Jais (de lat. gagatem, vfr. jai) s'écrira jès et non jè, en gardant son -s parasite à cause de je (p. geai, § 428).

Lais s'écrira lès; il ne se confondra ni avec lez, ni avecfô, let, led, p. lai, lait, laid (§§ 97 et 293, 5). Pas d'équivoque possible non plus dans la pratique, malgré l'identité d'écriture, avec lès p. legs (§ 362), à cause de l'éloignement des significations.

Mors s'écrira mor; nulle confusion à craindre avec inort, qui conservera son -t (§ 329, 40).

Pis (de lat. pectm) s'écrira pi, tandis que pis, de lat. pejus, gardera son -s, qui est liée.

Plus tôt a offusqué certains réformateurs, qui ont proposé de supprimer V-s de plus et de souder ensemble les deux mots, de manière à ne plus distinguer dorénavant plus tôt de plutôt 2 . C'est un tort. Les deux expressions ont bien, à la vérité, la même origine, mais l'usage leur a donné deux valeurs distinctes : plus tôt exprime « l'antériorité », plutôt « la préférence ». 11 est bon qu'à la différence des sens réponde une différence graphique; nous conserverons donc plus tôt en regard de plutôt.

Pouls simplifié en pous (de même que le vfr. lih est devenu lis, § 373), conservera son s à cause de pou, bien que les chances d'équivoque y soient fort peu vraisemblables.

1 Un exemple à rappui : on a pu voir, il y a peu de temps, sur l'affîche d'un théâtre parisien ce titre : « Le cor lleuri ». Rien de plus clair avec la graphie actuelle, rien de plus ambigu si l'on adoptait pour corps la notation cor.

^ Plupart nous offre un exemple de cette soudure : on a écrit longtemps la plus part (XV* s.), puis lapltispart (xvi' s.), avant d'en venir à l'orthographe actuelle. C'est également ainsi que /"ors, hors, sous, très, gens, tous, figurent sous les formes for-, hor-, sou-, tré-, gen-, tou-, dans forfaire, hormis, soucoupe, trépasser, gendarme, toujours, etc.

Souris (de lat. soricem) s'écrira soi/W, tandis que souris (de lat. subrisum) gardera son -s, qui est liée.

Ris, dans ris de veau, s'écrira ri ; aucune équivoque possible, soit avec la graphie ri substituée à riz (§ 345) et à m, terme de marine (si l'on soumet cette expression technique à la réforme), ni avec ris (de lat. risum), auquel nous conservons V-s comme à son parent souris.

Suros gardera sa finale : i^ pour empêcher toute confusion avec suro p. sureau ; 2^ parce que, ce mot étant un composé de sur et os, qui conserve l'.-s (§ 313), il est rationnel de lui maintenir la sienne.

L'adj. tors s'écrira tor. De même, par conséquent, le sbst. tors se simplifiera en tor; il le peut, je crois, sans inconvénient, car, à cause de sa valeur très spéciale, on ne risque guère de le confondre avec le sbst. tor p. tort (§ 330). A plus forte raison retor, qui n'expose à aucune amphibologie, prendra-t il la place de retors.

Le sbst. vers gardera son -s et nous ne l'écrirons pas ver (comme la préposition, § 317), à cause de rer (de lat. vermem), pour éviter une équivoque fort peu probable, il est vrai, mais néanmoins possible dans quelques circonstances exceptionnelles *.

T final muet.

Le -t final est :

lo toujours senti, comme dans fat, mat, net, aconit, granit, dot, azimut, rut, etc. ;

2o lié régulièrement devant voyelle, comme dans délicat, éclat, état, effet, guet, esprit, petit, point, tôt, salut, sot ; exceptionnellement dans quelques locutions, comme « chat en poche, mort ou vif, mort aux rats, de part en part, plat à barbe » ;

3« lié exceptionnellement devant consonne, comme dans vingt qui, par une remarquable inconséquence, se prononce vint' devant un nom de nombre à initiale consonantique (vingt deux, vingt trois, etc.), tandis qu'il s'articule normalement vin devant toute autre espèce de mot commençant par une consonne : tm(gt) dieux, rm(gt) trophées, etc.^ ;

^ Témoin celte phrase : « Un vers lui remonta à la gorge, » récemment employée par un romancier, pour exprimer qu'un vers revenait à la mémoire de son héros dans un moment de colère et d'angoisse.

2 Dans ceiU la prononciation du t présente une anomalie d'un autre genre : devant un mot commençant par une voyelle ou une h muette, il fait liaison lorsque ce mot est un substantif, mais il reste muet lorsque c'est un nom de nombre. Ex. : « cent (sanf) arbres; cent (sanf) hommes; cent (san) un hommes ». Pour les autres particularités relaUves à cent, se reporter aux §§ 218, 3 ; 314;420, 4;441.

4o senti non seulement en liaison, mais encore à la pause, comme dans sept, huit ;

&> toujours muet, comme dans consulat, ralet, acabit, abricot, moût, art, désert, effort, heurt, il meurt, il court, il sort, il part, etc.

§ 322. Il arrive fréquemment que ce -t est contraire à Tétymologie et prend la place delà finale légitime indiquée par les origines. Ex. :

l» t pour / dans loriot, escargot, au lieu de loriol, escargol (§ 259, 3°);

2® t pour c dans gerfaut, haubert, tarot (ibid.), paletot (p. paletoc, de holl. paltrok) ;

30 1 pour d dans dont, souvent (ibid.) ; dans quelques mots en -art, comme brassart, cuissart (qu'on rencontre parfois à la place de brassard, cuissard), où la désinence se distingue mal à propos par ce t fautif du suffixe -ard, le seul étymologiquement exact * ; dans des locutions telles que en chantant, en disant, chemin faisant, etc., où chantant, disant, faisant, ne sont pas des participes présents mais des gérondifs (lat.can(an(/o, dicendo, faciendo): confondus sous une graphie unique avec chantant, disant, faisant, de lat. cantantem, dicenîem, facientem, ils n'en proviennent pas moins de sources différentes.

Ailleurs il n'est pas seulement inétymologique, mais purement et simplement parasite, comme dans chat-huant, jumart, rempart, pavot (§ 259, 50), fabt (it. fah), etc.

§ 323. T euphonique, — Au -t final parasite se rattache le t dit euphonique (aiwic-M*/, chante-t-elle, dira-t-on, voilà-t-il pas). Il n'est pas, comme on pourrait le croire, un vestige du -t de la Supers, sg. des verbes latins (amat ille, cantat illa, etc.): celui-ci était tombé en français du xi« au xii® s. et l'on prononçait aim'il, chanVclle, Plus tard (xvi^ s.) le t euphonique a été introduit par analogie avec les formes verbales qui ont régulièrement un -t à la 3® personne soit du pluriel, soit du singulier : aiment-ils, chantaient-elles, finit-il, reçoit ii dit-elle, croit-on, etc. L'usage en a même étendu l'emploi à la locution toilà-t'il pas, probablement sous l'influence des formes verbales en -a telles que va-t-il, a-t-il, ya-til. A Tépoque où il apparut dans la prononciation on ne l'écrivait pas ; c'est seulement

* Le suffixe -ard est d'origine germanique {hardus « dur, fort »). C'est lui qui figure dans les noms propres tels que Bernard, Richard. De là il a passé dans la langue populaire pour concourir à la création d'une longue liste de substantifs et d'adjectifs. Ex. : babillard, criard, étendard, fuyard, poignard, vantard, etc. Il ne faut pas confondre la désinence -art pour -ard avec la finale -art de écart, essart, brocart, dont l'origine est tout autre (vb. écarter, lat. pop.* exsartum it. broccato).

vers la fin du xvii" s. que naquit Thabitudedele faire figurer dans la graphie, en le plaçant entre deux tirets ^

Dans l'état présent de la langue il n'appartient point à la conjugaison, aussi n'est-il pas soudé directement au verbe. N'appartenant pas non plus au pronom qui le suit, il ne peut pas davantage se fondre avec lui. D'autre part, il ne saurait en être absolument détaché, car son rôle « euphonique » le relie étroitement aux deux mots entre lesquels il prend place. Ce double caractère est parfaitement exprimé par l'orthographe actuelle (v. en outre § 528, n*' 14).

§ 324. Réglementation. — Le traitement du -t sera pareil à celui des autres consonnes finales qui ont été examinées jusqu'ici. En règle générale :

1® Le -t final senti au singulier, ne fût ce que dans des cas tout à fait exceptionnels 2, devra être conservé ; il persistera naturellement devani 1-5 du pluriel (§ 267, 5**).

11 est à peine nécessaire d'ajouter qu'en vertu des motifs donnés au § 323 le t euphonique gardera intacte sa notation -t-.

2° Le -t final toujours muet devra être supprimé, à l'exception des cas où ce -t remplit une fonction grammaticale (§ 329, 1»), comme de ceux où sa suppression risquerait d'engendrer des homogrammes nuisibles à la clarté.

§ 325. Voici quelques exemples de -t à supprimer :

1. Conj. et (vfr. é , variante de et). Ecrire é, comme nous le faisons pour les finales en -et du vfr., qui sont devenues -é dans le français moderne. Ex. : bontéy cité, beauté, lé, vfr. bontet, citet, beltet, let, de lat. bonitatem, civitatem, *bellitatemy latum (§§ 306, 327).

2. Mots en -aty -et, -it, -ut, -ant, -ent, comme appât, format, mulet, acabit, affût, chat-huant, adent, arpent, etc. Ecrire apd (§ 347, note), forma, mule, acabi, afu, chaiian, adan (comme redan, de redent, § 212, 1»), arpan.

Parmi les mots en -it il en est un qui mérite une remarque spéciale : c'est bénit. Son maintien en regard de béni constitue une distinction inutile, c'est un anachronisme à faire disparaître : il faut écrire « du pain béni, du buis béni », comme on écrit « ce pain, ce buis a été béni », mais il n'y a pas à toucher au fém. bénite, dans eau bénite, puisque le t y est entendu. La relation du masc.

« v. les Cahiers de Remarques du Dictionnaire de 1694. 5 Pour les exemples, v. § 321, 2' et 3\

béni au fém. bénite est aussi acceptable que celle des niasc. facori, coiy aux fém. favorite, coite.

3. Mots en -cf, comme anspect, aspect, respect, instinct. Ecrire anspeCj aspec, respec, instinc. Ces graphies sont conformes à la prononciation, puisque anspecf est toujours articulé anspec^ al que aspect, respect, instinct, qui sonnent ospè, respè, instin, devant consonne et à la pause, sonnent aspec, respec, instinc, en liaison. Dans cette nouvelle notation le c de aspec, respec, instinc, muet devant consonne, se comporte comme le c de banc et le q de cinq, qui restent muets l'un et l'autre devant tout mot à initiale consonantique : « un ban(c) brisé, cin(q) maisons ». 11 n'y aura donc là rien de déconcertant pour nos habitudes.

On objectera peut-être, en se mettant au point de vue de l'eu phonie, que le remplacement du groupe -et par -c dans aspec, respec, instinc, risque d'amener un jour l'emploi de la prononciation -ec, -inc, même devant consonne. Ce n'est guère probable, mais en tout cas l'inconvénient serait nul, cette prononciation ne pouvant jamais se manifester que devant desconsonnes sourdes, des liquides, des sifflantes, c'est-à-dire dans des conditions qui permettent une articulation facile. On peut s'en fier au français, qui repousse obstinément toute combinaison consonantique exigeant un peu d'effort. Si l'on arrivait à dire « respec simulé, aspec redoutable, instinc tapageur », les groupements phonétiques c-s, c-r, c-t, n'y seraient pas plus durs à l'oreille qu'ils ne le sont dans l'intérieur des mots inspection [^von, inspec-sion), mécréant, instinctif,

La présence du groupe -et- dans inspecteur, respectable, instinctif, etc., ne saurait nous faire reculer devant l'adoption de aspec, respec, instinc, pas plus que, dans un cas analogue, l'existence de effectif, objectif, préfectoral, n'a mis obstacle à l'emploi des graphies simplifiées effet, objet, préfet, au lieu de effect, objecta préfect. J'ai déjà dit au § 269 dans quelle mesure la réforme doit tenir compte des dérivés et montré combien peu, en général, l'orthographe officielle se préoccupe de rétablir le lien étymologique, là où le primitif nous offre l'exemple de la suppression d'une consonne qui figure dans le dérivé, dû le plus souvent à une formation savante. Ex.: affété (d'où afféterie), contrat, élite, joint, oint, point, projeter, raxitailler (de re et avitailler), saint, tein-

I La graphie anspec est, de plus, conforme à rétymologie (angl. handspike), puisque le -t muet ûe anspect est parasite. Cette simpliticHtion du groupe cl en c dans anspec, aspec, etc., est pareille à celle qui a été opérée dans aqueduc, écrit autrefois aqueduct (Vaugelas, Quinte-Curce, V, 1), d'après le la t. aquœductus.

ture, etc., en regard de affectation, contractuel, électi[, jonctioUy onctuetix, ponctuel, projection^ victuaille (vfr. vitaille), sanctifier, tinctorial,

4. Mots en-ot, comme abricot, capot, escargot, goulot, loriot, marmot, rabot, sabot, trot. Ecrire : abrico, capo,escargo,goulo, lorio, m/irmo, rabo, sabo, tro. Leur o aj^ant toujours le soiifermé(6), on pourra, comme je Tai dit au § 111, profiter de cette règle sans exception pour éviter de surcharger la graphie en affectant cet o d'un accent circonflexe : c'est ainsi que nous avons coutume de traiter tous les mots en-o comme halo, piano, solo, zéro, etc., pour lesquels on n'a jamais jugé nécessaire remploi d'une notation par -ô (halà, piano, solo, zéro).

5. Mots en -aut, comme artichaut, boucaut, gerfaut, levraut. Us subiront naturellement la même réforme que ceux en -ot : articho, bouco, jerfo, levro (§ 111).

6. Mots en -rt, comme écart, essart, jumart, désert, disert, port, sort, heurt. Ecrire écar, essar, jumar, désèr, disèr, por, sor, heur. Le sbst. sor ne peut faire équivoque avec l'adj. sor p. saur; por reste distinct de porc, qui garde son c muet (§ 286), et heur ne se confondra pas avec heur a chance », puisque celui-ci sera désormais écrit eur, par suppression de ïh muette (§ 365).

§ 326. A ceux que choquerait cette notation par -o simple des mots en 'Ot, -aut, il faut faire observer qu'elle n'a rien d'insolite dans notre orthographe, qui nous offre déjà un grand nombre de termes en '0 puisés aux sources les plus diverses (grec, espagnol, italien, latin, etc., surtout ces deux derniers idiomes). Ex. : halo, cacao, banco, coco, caraco, écho, go (§ 284), à gogo, embargo, largo, piano, allegro, presto, oratorio, numéro, zéro, in-octavo, in-quarto, virago, lumbago, cicero, recto, verso, lavabo, mémento, silo, primo, secundo, tertio, etc., sans compter les expressions familières comme bobo, dodo, vélo ^.

On peut en dire autant de la notation par -a simple appliquée aux mots en -at : la finale -a n'est pas plus exceptionnelle chez nous que la finale -o, Ex. : agenda, alpaga, baba, bêla, catalpa, duplicata, errata, falbala, gala, movouba, mica, mimosa, opéra, rémora, réséda, seringa, sopha, visa, etc,

§ 327. Comme les autres réformes proposées dans ce travail, la suppres-

Cette remarque s'étend également à la notation par -o des mots en -aud {§ 291. !•). Voir en outre § 113, 2\

sion du -t final toujours muet n'est au demeurant que l'application généralisée d'un procédé antérieur et déjà fort ancien dans la langue. Ex.:

1. Finale -at devenue -a dans les verbes en -er : vfr. rfowa/(delaL donavit)y fr. mod. donna. De même pour a, va : \Qt de at, lat (lat. habet, vadit), est tombé de très bonne heure.

2. Finales -c(, -i/, -ut, devenues -é, -t, -w, : vfr. amet, boniet, cUet (§ 325, 1), mercity escut, vertut, fr. mod. aimé, bontéy merci, écu, vertu.

3. Finales -ent, -ant, devenues -en, -an : vfr. redent(dere eideni), enty inquantj plus tard encant (lat. inde, in quantum), carquatit (xv® s.), etc., fr. mod. redan, en, encan, carcan,

4. Finale -rt devenue -r : vfr. court (sbst.), de part (dans « de part le roi »), fr. mod. cour, de par.

§ 328. Il n'est pas à craindre que cette suppression du -t final risque d'exercer une mauvaise influence sur les dérivés futurs des mots auxquels nous l'imposerons. On doit se rappeler, en effet, que la dérivation au moyen du t est des plus fréquentes et que l'usage l'étend de jour en jour même à des formes où sa présence est loin de se trouver juslifiée. Ex. : abri-ter (\lr. abrier), caillou-ter, caoutcliou'tcr, queu-ter, bijou-tiery pape-ticry etc. Ceci est particulièrement remarquable en ce qui concerne les mots terminés par le phonème o (noté o, au, eau), Ex. : agio-ter^ cabo-ter (de l'esp. cabo), chaotique, écho-tier, piano-ler, siroter, tuyauter, biscau-ter, blaireau-ter, panneauter, etc. (v. § 268). Nous pouvons donc être certains que, grâce à l'analogie, les mots privés de leur -t par la réforme sauront le retrouver le jour où besoin sera de les employer en qualité de radicaux pour former des dérivés.

!^ 329. Exceptions et Homophones :

i^ Dans certains verbes la 3® pers. du sg. possède un -t qui ne sonne jamais en liaison. Ex. : il court, il meurt, il part, il sort. Toutefois ce -t doit être scrupuleusement conservé, parce qu'il remplit une fonction grammaticale : c'est l'exposant de la 3« pers. du sg , il est identique au-f final lié qui figure à la 3« pers. des autres verbes en -ir, -oir, -re, telles que il rient, il meut, il dit. La logique, l'histoire de la langue, la simplicité orthographique, sont d'accord pour réclamer sa présence dans tous les verbes des 2", 3® et 4^ conjugaisons : ceci est, on ne saurait trop le rappeler, la justification du -t légitime qui doit remplacer le -d anormal des 3^» personnes telles que coud, moud, prend, rend, rend, etc., réformées à

l'avenir en coût, moût, prant, rant, vant (§ 291, 2^). Pour la restriction relative à vinc, fondée sur la nécessité de le distinguer de son homophone vint, se reporter au § 288.

2« On sait que le -( des participes présents se fait entendre en liaison. Or, nombre de ces participes sont employés substantivement. Ex. : un absorbant, un fabricant, un officiant, un appelant, un gouvernant, un occupant, un soupirant, un exposant, etc. Parmi les substantifs de cet ordre il en est beaucoup dont le -t ne fait pas liaison; néanmoins ce -t muet doit persister, parce que le substantif est identique au participe présent. Même mot, même graphie, c'est la devise à laquelle la simplicité dans l'écriture nous commande de rester fidèles, ainsi que je Tai si souvent rappelé.

30 Un fait semblable se remarque chez divers substantifs en -mt, qui ne sont autre chose que des adjectifs en -ent employés substantivement. L'adjectif (réformé en -ant, § 216) gardant partout son -t, qui est lié, le substantif, qui lui est identique, gardera aussi ce -t, lors même que celui-ci serait devenu muet.

40 Le -t final toujours muet est également à maintenir dans un certain nombre de mots pour empêcher la création dhomogrammes incompatibles avec la clarté. Voici un aperçu rapide des principaux d'entre eux :

Amict s'écrira amit (§ 338, 4"), à cause de ami.

Assaut s'écrira assot ( et non asso), à cause de asso p.asseau.

Ballet s'écrira balet, à cause de balè p. balai.

Brocart, cadrant (instr. de lapidaire), coût, ergot, flamant, lialot, jet, moût, poupart (crustacé), garderont leur -r, pour ne passeconfondre avec brocar (p. brocard), cadran (d'horloge), cou, ergo *, flaman (p. flamand), halo, je (p. geai), mou (sbst.), poupar (p. poupard). Conservant le -t à coût et à moût, on peut supprimer sans inconvénient leur accent circonflexe : coût, moût (v. § 293, 2, et § 546).

Canot gardera son -t, pour éviter un plur. cawo.s(aulieu de canots) qui risquerait d'être confondu avec canos (p. canaux), plur. de canaL D'ailleurs, à défaut de ce motif, il en est un autre qui commanderait le maintien du -t : c'est que, dans la marine, sous l'influence de la prononciation bretonne, ce mot s'articule ordinairement canot\

Chant gardera son -t, pour éviter de se confondre avec chan (p. champ). L'exemple de Berlioz (« A travers c/ianfs »), cité au § 52, e, prouve que l'amphibologie pourrait se produire.

* Ccllo conjonction s'emploie parfois substantivement. Ex. : « Votre ergo n'est qu'un sot » (Régna rd).

Ecot gardera son -r, à cause de éco (p. écho). J'ai montré au § 57, b), par MU exemple tiré de V. Hugo, la confusion possible de ces deux mots.

Fort (sbst.) gardera son -f, à cause de for (dans « for intérieur, for ecclésiastique, les fors de Béarn », etc.) ; de plus, le sbst. fort est le même mot que l'adv. fort, où le -t doit persister parce qu'il est lié. Par voie de conséquence, l'adj. /art gardera également son -t muet, car il est identique à ces deux mots, lesquels ne sont en réalité que ce même adjectif employé tour à tour comme substantif et comme adverbe.

Fret gardera son -f, parce qu'au pluriel (frès p. frets) il se confondrait avec frès p. frais.

Héraut étant écrit hérot, son pluriel hérots ne pourra pas être confondu avec celui de héros (§ 52, a).

Lait s'écrira let, à cause de /è p. lai\ d'ailleurs, si son -t est toujours muet dans la prononciation courante, il se fait entendre en liaison dans le parler soutenu, d'après Littré.

Mort (sbst. masc.) étant le même mot que le part. pass. mort, qui garde son -t parfois lié (§ 321, 2«), conservera également le sien, bien que muet; de plus, cela l'empêchera de se confondre au pluriel (morts) avec mms, plur. de mor p. mors (§ 320).

Teint, simplifié en tint, gardera son -t muet, à cause de tin (§ 229).

Vert (sbst.) gardera son -r, à cause de ter. Ecrit ter, il donnerait au pluriel ters, qui peut à la rigueur se confondre dans quelques circonstances avec ters, plur. de ter, et surtout avec ters, plur. de ters. Ex. : « Il a des ters d'une fraîcheur exquise ». S'agit-il ici des terts d'un peintre ou des ters d'un poète? Evidemment, dans un cas de cette espèce, le contexte ne saurait tarder à éclaircir l'amphibologie, mais, si peu qu'elle puisse durer, il vaut mieux qu'elle ne se produise pas.

L'adj. tcrt, identique au substantif, doit par cette raison garder de même son -t (comparer ce qui vient d'être dit au sujet de fort sbst. et adj.). De cette façon le pluriel « Verts galants » n'entraînera aucune confusion avec cet autre : « Vers galants ».

5» En revanche, il y a des homogrammes créés par la suppression du 't qu'on peut accepter sans crainte, parce qu'ils ne présentent aucun danger. Ex. :

L'adj. accort écrit acor ne se confondra pas avec le sbst. acor p. accord.

Cahot simplifié en cao (§ 371) ne se confond naturellement pas

avec caos p. chaos, § 333) ; mais il n'y a pas non plus de confusion possible en ce qui regarde le plur. caos (p. cahots), puisque caos p. chaos ne s'emploie qu'au singulier.

L'adj. court s'écrira sans inconvénient cour; impossible de le confondre avec le sbst. fém. cour, ni avec cours, qui garde son -s.

Part est écrit à tort par dans la locution prépositive rfe par, comme on l'a vu au § 327, 4; mais, cette graphie ne pouvant avoir aucun mauvais résultat, il n'y a pas à la modifier.

Pout-de-soiCj dont l'origine est incertaine, s'écrit aussi potidC'Soie ; il faut adopter exclusivement cette dernière notation, qui est la plus simple et dans laquelle pou ne risque nullement d'être confondu avec pou (insecte) ^.

Rot (éructation) et rôt perdront l'un et l'autre le -t, mais le second gardera l'accent circonflexe qui, joint à l'éloignement de leurs significations respectives, rendra toute confusion impossible (ro,rd).

§ 330. Pour ce qui est des mots font (dans fonts baptismaux), oint, point, ordinant, révèrent, heurt, sort, saut, tort, vint (de venir), qui ont été examinés précédemment en compagnie de leurs homophones fond (§ 293, 4), oing, poing (§§ 296 297), ordinand, révérend (§ 282), heur, saur (§ 323, 6), sot, sceau, seau (§ 112, note), tors,{% 320), »aiwc(§288), il n'en sera pas question ici: se reporter aux paragraphes qui les concernent.

X final muet.

§ 331. Vx final n'est étymologique que dans un très petit nombre de mots, tels que coccyx (gr. kokkux), crucifix, flux, six (lat. crucifixum, fluxum, sex), taux, sbst. verbal de tauxer, ancienne forme de tajcer (lat. taxare).

Partout ailleurs il est inétymologique (§ 83, 1»). Ex. :

1® Sbst. faix, paix, chaux, faux (fém.), perdrix, prix, choix, croix, noix, poix, voix, époux, houx, toux,

2» Adj. en-auj?,-ciéjr, -oux : faux, ambitieux, curieux, odieux, oiseux, jaloux, roux:

3*' Pluriels en -aux, -eaux, -eux, des sbst. et adj. tels que beaux, boyaux, chevaux, eaux, veaux, vaux, cheveux, jeux, yeux -.

* On écrira pou de iioie sans trait d'union, conformément aux principes exposés plus loin sur la suppression de eo signe dans les composés dont le premier terme prend l'exposant du pluriel (§5iG).

* Parmi les pluriels illégitimes en -x je ne mentionne pas ceux do bijwi, caillou, chou, genou, hibou, joujou, pou, parce que l'Académie vient de déclarer que ces substantifs rentreraient dans la règle générale des mots en -ou et prendraient une 8 au pluriel (v. Rapport de 1905, p. 20, 9*). On ne peut qu'applaudir à cette décision.

4® Plur. de l'art, au et des pron. lui, celui : aux^ eux, ceux.

5» Formes verbales telles que je ou tu faux (maintenant inusité)» vaux, peux, veux.

6® Noms de nombre deux, dix; adv. mieux.

Dans ces diverses catégories de mots ïx est absolument contraire aux origines. En effet, nous Ty voyons représenter à la fois c, s, se, ss, ti, du latin et s du germanique, sans compter les cas où il est uniquement parasite. Ex. :

a) Lat. c dans paw?, chaux, faux (sbst. fém.), dix, perdrix, poix^ voix, croix, noix, doux, de pacem, calcem, falcem, decem, perdicem, picem, vocem, crucem, nucem, dulcem *.

b)Lat.5 : l^dans les sbst. et adj. comme faux, ambitieux, curieux, odieux, oiseux, époux, jaloux, de falsum, ambitiosum, curiosum, odiosum, otiosum, sponsum, *zehsu7n ;

2» dans le nom de nombre deux et Tadv. mieux (vfr. deus, mieiis), de duos, melius ;

3^ dans les plur. en -x de l'article, des pronoms et des substantifs, comme aux (vfr. as, puis aus), de à et les, lat. ad illos; eux, ceux (vfr. els, cels, puis eus, ceus), de illos, *eccillos ; beaux, boyaux, chevaux, eaux, veaux, vaux, cheveux, jeux, yeux, de belbs, botellos, *caballos, aquas, vitellos, valles, capillos, jocos, oculos 2 ;

4« Dans les 2^*8 pers. du sg. telles que faux, vaux, peux, veux, etc., de fallis, vales, *potes, *voles ^ .

c) Lat. se, ss, ti, dans faix (de fascem), roux, toux (de russum, tussim), prix (de pretium).

1 Ceux qui no sont pas familiarisés avec l'histoire de la langue française s'imaginent volontiers que Vx final de certains de ces mots est d'origine étymologique, à cause des nominatifs lat. pa-x, cal-x, fal-x, etc., mais c'est une erreur complète de leur part. Ces mots ne dérivent en aucune manière du nominatif sg. lat. en x: ils proviennent de l'accusatif en 'Cem{pa-cem, calcem, fal-cem, etc.).

2 J'ai rappelé au §13, 4", l'origine de cet x du pluriel, dû ù une notation abréviative du groupe -us au moyen âge {animax, ckevax, p. aniniaus, chevaus). Plus tard on rétablit I'm, mais en conservant l'a; (animaux, chevaux] ; dès lors cette lettre, employée en qualité de finale, n'eut plus que la valeur d'une s. Indûment substituée de la sorte à Vs étymologique, on la voit pulluler dans l'ancienne écriture jusqu'à la fm du xviii' s., qui en use avec une prodigalité déconcertante : filoux, loix, fraix, etc. Sa persistance dans le rôle d'exposant du pluriel est certainement un des faits qui montrent de la façon la plus frappan la jusqu'où notre orthographe pousse le mépris de la logique, puisque nulle part cet -x n'a de raison d'être.

3 Du lat. pop. *potere, * colère (2' conj., au lieu de class. posse, velle).

Sur le changement de l'-s de flexion en -x dans ces différents verbes, v. la 2* note du §259.

DuTENs. - Etude sur la simplification de l'orthographe. 17

d) Gerni. s dans Aowr (vfr. hous), de a. h. a. huis; choix, sbst. verb. de choisir, got. kausjan.

e) Enfin, dans le plur. vœiix (vfr. reuz), où la langue n*a pas tenu compte du lat. rota, mais qui a subi l'influence analogique des autres pluriels à finale sifflante, ïx est parasite au même titre que ia sifflante à laquelle on Ta substitué, et les l^^^^ pers. telles que je faux, je vatix, je peux, je vetix (\aL fatlo, valeo, possum, tolo), donnent lieu à une remarque semblable : il y constitue une désinence parasite, également introduite par Faction de Tanalogie, comme l'avait été V-s hystérogène dont il occupe aujourd'hui la place (v. 3« note du §259, 5«).

§ 332. En outre, sur ce point comme sur tant d'autres, l'écrilure officielle se plaît à accumuler les contradictions. Ex. :

en regard de V-x de nous avons Vs de

aux (à ks) des {de les)

beaux {bellos) cheaus (catellos)

tu veux (*voles) tu meus (moves)

mieux (m^elius) pis (pejus)

prix (pretium) palais (palaiium)

perdrix (perdicem) brebis (*berbicem)

voix (vocem) fois (ttccm)

fltix ifluxum) buis (buxum) etc.

Sans compter /andatts, aWews, bleus, qui, comme cheaus, font

exception à la règle générale du pluriel en -x dans les mots en -au, -eu.

§ 333. L' 'X final offre les trois prononciations ks, s sonore, s sourde, et dans un certain nombre de mots il est toujours muet. Ex. :

a) X articulé ks. — Ceci a lieu dans divers noms géographiques comme il û*, Geo?, dans le préfixe cjr- signifiante ancien «(^r-pr^Wenf, ex-inspecteur) et dans quelques mots savants comme borax, index, onyx, phénix, sphinx, etc. ^

b) X articulé s sonore. — C'est, à de rares exceptions près, sa prononciation la plus ordinaire quand il fait liaison devant une voyelle : (( div arbres, six Anes, une paix incertaine, un prix élevé, un époux outragé » (pron. diz, siz, pèz, priz, épouz), etc.

c) X articulé s sourde. — i« devant une voyelle : « Le coccyx

1 Pour la proDonciation gz présentée par Vx de la particule adverbiale ex dans ex-votOy V. ci-dessous § 499.

(<:oxis') est situé au-dessous du sacrum, dix (dis) à douze chevaux, six (sis*) et trois font neuf, dix (dis') et cinq font quinze », etc.; 2^ devant une consonne, dan^ quelques locutions de ce genre : « un dix (dis*) de cœur, un six (si/) de carreau » ; 3« à la pause : « ils sont dix (dis), je les vois tous les six (sis') ».

d) X toujours muet. — Ex. : perdrix, saindoux. Ceci est un cas fort rare : en règle générale, muet devant une consonne ou à la pause, Yx fait liaison partout ailleurs.

§ 334. Réglementation. — 1» Nous n'avons pas à nous occuper des mots où V-x sonne ks : il va de soi qu'il doit y être maintenu.

2» On le supprimera dans les mots où il est toujours muet. Ex. : perdri, sindou (§ 229).

3<> Dans tous les mots où il se prononce soit comme une s sourde, soit comme une s sonore, en liaison, devant une consonne ou à la pause, d'une façon régulière ou accidentelle, on doit le remplacer par -5. Nous écrirons donc fès, pès (v. §546), crussifis, prw, crois ; (je ou tu) vos, peus, veus ; curieus Jalons, épous, fins, etc., pour faix, paix, crucifix, prix, etc., et tous les pluriels en -x sans exception seront remplacés par des pluriels en -s. Ex : chews, animas, eus, deus, iem, jeus, p. chevaux, animaux, eux, deux, etc.

§ 335. Cette réglementation n'est pas difficile à justifier :

1« La suppression de Vx toujours muet ne peut soulever d'objection, puisqu'il n'a aucune raison d'être, ni phonétique, ni étymologique (§ 85, 10).

2^ Dans les mots où il fait liaison nous n'avons pas à être choqués de son remplacement par s plus que nous ne le sommes actuellement par la présence d'une -s finale dans des expressions similaires; ainsi, reprenant quelques-uns des exemples donnés au § 332, il est facile de voir que :

au-s 1 fp. à ks) est l'équivalent de des fp. de les) boio-s (botellos) — cheau-s (catellos)

crussifi-s (crucifijniw) — ai-s (axem)

deu-s (duos) — trois (très)

dous (dulcem) — brebis f* berbicem)

fins (fluxum) — buis (buxum)

mieus (melius) — pis (pejus)

pris (pretium) - palais (palatium)

tu veus (*wles) — tu meus (moves)

tu vaus (vales) — tu bous (bullis)

> Pour la conscrvaUon de au- dans le pluriel am, v. § 112, 2* Dote.

Observons en outre qu'il existe dans notre orthographe un autre fait entièrement analogue et dont nous ne songeons pas à nous étonner : c'est l'écriture des mots tels que aisselle, cuisse, essieu, laisser, taisson (de lat. axilla, coxa, *axile, laxare, *taxonem), e(c., où Yx intervocalique du latin, devenu s sourde dans notre prononciation, est rendu parsi? (§ 501, 4®). Or, une notation qui nous paraît toute naturelle,là où nous avons affaire à un a? étymologique, doit à plus forte raison être acceptée sans résistance, dès qu'il s'agit d'un X qui ne l'est pas.

§ 336. Loin de troubler l'harmonie de l'orthographe, cette substitution d's à X mettra au contraire plus d'homogénéité :

lo entre les pluriels, qui n'auront plus à l'avenir qu'un seul exposant -s ;

^ entre les substantifs ou adjectifs masculins en -^us, -ous (p. -eux, 'Oux, vfr. -em, -ous), et leurs féminins en-euse, -ouse, Ex.iodieus, épous^ jalous^ en regard de odieus-e, épous-e, jalous-e;

30 entre les primitifs et leurs dérivés. Ex. : pois, pris, nois,jalous, épous, et poiss-er, pris-er, nois-ète, jalous-ie, épous-er ;

40 dans la conjugaison en -otr, par la réduction de toutes les l"^* et 2^» pers. à une seule désinence -5. Ex. : vos, veus, peus, formés comme dois, vois, etc.

Les fervents de l'étymologisme eux-mêmes sont tenus de lui faire bon accueil, car, bien mieux que la graphie ofTicielle, elle se montre respectueuse des origines, en restituant à un nombre considérable de mots tels que aieus, cheveus, deus, odieus, curieus, épous, jalous, etc., ïs qui leur vient légitimement de lat. ^aviolos, capillos, duos, odiosum, curiosum, sponsum,^2elosum, etc.(v. §85, 1*^).

En résumé, la transformation de V-x final peut s'opérer sans la moindre difficulté et ne présente que des avantages. On ne saurait apporter trop d'insistance à le répéter, car, par une inexplicable bizarrerie, la conservation de cette finale est un des points sur lesquels la routine semble le moins disposée à céder, et cependant, parmi les inconséquences de notre écriture, c'est sans contredit celle qui se montre le pluscomplètementdépourvue de justification théorique ou pratique. 11 n'est pas un seul argument qu'on puisse invoquer en sa faveur, et sa réforme est une des premières à laquelle il devra être procédé le jour où l'on se résoudra enffn à commencer le déblaiement de l'orthographe française.

§ 337. Homophones. — Quelques rares homogrammes comme bos, vos (p. baux, vaux, et beaiw, veaux), risqueraient d'occasionner des

confusions de sens : aussi sera-t-il bon d'y parer, non par la conservation de V'X final, mais par le respect de la graphie -aw, au lieu de son remplacement par -o. Ainsi à côté de bos, vos, représentant beaux, veaux, on aura baus, vaus, pour représenter baux, vaux, comme il a été dit au § 112.

Au contraire, les homogrammes suivants n'offrent aucune chance d'amphibologie :

Fès, veus, vos, pris, chois, crois, vois, pois (fém.), p. faix, vamx (§ 178), veaux, prix, choix, croix, voix, poix, ne risquent pas d'être confondus avec fès, veus, vos (p. fais, veux, vaux, des vb. faire, voubir, valoir), pris, chois, crois, vois (des vb. prendre, choir, croire, voir), pois (sbst. masc).

Le sbst. chos (p. chaux) ne se confondra pas au pluriel avec chos (p. chauds), plur. de l'adj. cho (p. chaud).

Dix, six ^, écrits dis, sis, ne semblent pas susceptibles de pouvoir se confondre avec dis (impér. de dire) et sis (adj.), en raison de l'éloignement des sens et de la différence des fonctions. Néanmoins il serait possible qu'un doute passager se produisit dans quelques cas très exceptionnels, par exemple dans une interrogation analogue à celle-ci : « Combien sont-ils, dis? » Rien n'y indique si la graphie dis représente l'impératif de dire ou le nom de nombre dû*. 11 est facile de remédier à cet inconvénient, — d'ailleurs fort peu probable, — en décidant que, partout où V-s finale de dis, sis (p. dir, six) est articulée sourde, elle devra être affectée de l'apostrophe : dis\sis' (§281, 4^). De cette manière aucune amphibologie ne pourra jamais avoir lieu, car, par suite des hasards de la prononciation, les seules occasions où l'équivoque serait capable de se manifester ne se rencontrent que dans des locutions où dix, six,s*articulent di-s\ si-s\ et non di-z, si-z 2.

Nous savons que Tadj. fauj: (lat. falsum) est à écrire faus et non fos\ les raisons en ont été données au § 112. Si on les rejette et qu'on préfère pour faux la graphie fos, cela ne devra pas nous empêcher de donner cette même graphie fos au sbst. fém. faux (lat. falcem), car ces deux mots ne seront pas plus exposés à se con-

* Par Teffel d'une fausse analogie, l'existence de la graphie six (vfr. sis), due à une réaction étymologique, a entraîné le remplacement de vfr. (/tsparla notation vicieuse dix.

^ Parmi ces locutions il en est très peu qui puissent devenir une occasion d'amphibologie, mais, plutôt que de se perdre au milieu des distincUons, il vaut mieux, dans l'intérêt de la simplicité et pour la plus grande commodité des écoliers, se borner à une formule absolue comme celle-ci, en vertu de laquelle 1'-$ sourde de rfis^ si^, devra toujours porter l'apostrophe (v. § 557),

iondre sous leur nouvelle forme qu'ils ne le sont aujourd'hui sous la forme faux, où cette confusion n'a jamais lieu. Ils n'engendreront pas davantage d'amphibologie avec (je ou tu) fos (p. faux), que d'ailleurs je mentionne ici uniquement pour mémoire, puisque cette manière de conjuguer l'indic. prés, du vb. faillir ne se rencontre plus dans les auteurs contemporains (§ 331, ^^).

Paix écrit pès devient pareil à pès (p. pafe), impér. duvb. pétre (p. paître); mais de ce côté encore aucune inquiétude à avoir : l'équivoque n'y est pas possible.

Le sbst. quetjLX a deux genres, deux origines et deux significations : 1® le masc. qu^ux représente lat. cocus, variante de coquus, en vf r. cu^eus, queus; c'est le cas sujet maintenu à la place du cas régime queu; 2« le fém. queux représente lat. cotem, vfr. queuz, dont le>îest inexpliqué. Actuellement la graphie unique queux ne crée jamais d'amphibologie : il n'y a donc pas de raison pour qu'elle en crée lorsqu'elle aura été modifiée en qeus (§ 472).

§ 338. Noms géographiques. — Les noms en -x abondent dans notre géographie. Ex. : Bordeaux, Caux, Mcaux, Bayeux, Lisieux, Périgueux, Croix, Foix, Poix, Charroux, Limoux, Trévoux, etc. 11 va de soi que leur orthographe sera réformée d'après la règle posée dans le § 334, 2«, 3<>, l'écriture des noms de lieu étant appelée, comme je l'ai dit plus haut (§ 88), à subir les mêmes simplifications que celle des noms communs. Leur -x devra donc être soit supprimé, soit changé en -s, selon qu'il y est constamment muet ou articulé en liaison.

Z final muet.

§ 339. Le ;: final est d'un emploi restreint. 11 figure entre autres :

10 Dans les sbst. raz (moi d'origine bretonne, qu'on écrit aussi ras), nez, rez (dans rez-de-chaussée), riz-,

2» Dans les verbes, à la 2« pers. du pluriel de tous les temps et de tous les modes : chantez, chantiez, chanterez, chanteriez, etc. ; 3» Dansl'adv. assez; 4» Dans les prép. chez, lez.

11 est tantôt étymologique, tantôt inétymologique.

§ 340. Il est étymologique là où il représente un groupe antérieur ts, réduction d'une finale lat. t -h voyelle + s. Dans ce rôle son emploi est général chez les mots de la vieille langue. Ex. :

1» Pluriel des sbst. et adj. : vfr. ahez, amez (lat. abbates, amatos), fr. mod. abbés, aimés;

2o Plur. des verbes : vfr. amez (lat. amalis), fr. mod. aimez;

3» Adv. assez, prép. kz (de lat. satis, latus, § 259, 4»), adverbes et prépositions du vfr. tels que raenz, denz, laenz, soz(ir, mod. céans, dans, léans, som), etc. Dans ça-enz, d-enz, la-enz, l'élément -enz représente lat. intus: -tus y aboutit à z par -fs. Même évolution pour le 'tus de subtus, qui par -t^s devient le z de so-z,

A l'exception des pluriels verbaux et des quelques mots signalés au § 339, ce z final représentatif de ts est devenu partout s en français moderne.

§ 341. Il est inétymologique :

1« Dans chez, nez, rez, (vfr. ches, nés, res), de lat. casa, nasum, ror sum, et dans m, de l'it. riso (lat. oryza) ;

2o Au pluriel de l'impératif, où la forme en -ez [chantez) ne répond pas au latin (cantate), mais a été créée à l'imitation de celle de l'indicatif « vous chantez » (de lat. cantatis).

Du reste, qu'il soit ou non conforme à l'étymologie, que la prononciation le fasse sentir en liaison ou qu'il reste constamment muet, sa réglementation ne soulève, comme on va le voir, aucune difficulté.

§ 342. Z final lié.— En règle générale le remplacer par s et écrire chés, assés (§ 281, 5^). Les « étymologistes » ne peuvent critiquer ni chés, auquel nous ne faisons que rendre son s originelle [casa), ni assés [-satis), dont là graphie est exactement l'homologue de celle de lassés [lassatos).

Lez, au contraire, est à conserver, car la graphie les pourrait donner lieu à des équivoques. Qu'on se reporte au § 52, 1^ d), où j'ai cité diverses localités dont les noms composés sont susceptibles de prêter à une double interprétation : on remarquera, comme je l'ai dit, qu'en les entendant énoncer il est impossible de deviner à priori si Ton est en présence de l'article les ou de la préposition lez. En effet, dans beaucoup d'expressions géographiques de cette espèce le second terme est tantôt un nom propre offrant l'aspect d'un nom commun, tantôt un véritable substantif commun adjoint au premier terme en qualité de surnom; l'emploi d'une notation unique les pour les et lez peut donc y devenir aisément une source d'incertitude ^ Dira-t-on qu'en marquant les d'un accent grave [lès), là où il représente lez, nous réussirons à empêcher l'équivoque? L'expédient serait sans doute insuffisant, car l'accent

1 On s'en convaincra sans peine on parcourant le Dictionnaire des Communes V. § 52, 2* note).

ne tarderait pas à disparaître dans l'usage, comme cela s'est déjà produit pour plusieurs noms de lieu où lez, écrillès, s'est transformé en les dans l'orthographe courante. Evidemment le dommage n*est pas bien grave, puisque, en fait, il ne saurait y avoir d'erreur sur l'identification des localités auxquelles s'appliquent ces noms. Au point de vue de la signification topographique le danger est donc nul; mais le véritable inconvénient est d'ordre historique, car la graphie les risquerait dans certains cas de rendre obscure l'origine du nom composé : ainsi, en lisante Plessis-fes-Tours», on est en droit de se demander si Tours y représente lat. turres ou Turones, tandis que « Plessis-k^-Tours » ne peut donner lieu à aucune hésitation.

Par ces motifs j'estime préférable de maintenir le -z; fes et lez étant deux mots d'origine et de valeur différentes, il est utile et rationnel de leur conserver des graphies distinctes.

§ 343. L'impératif doit garder son -z final. Si l'on y substituait -s, il deviendrait parfois possible de prendre cette forme verbale pour un participe passé, ce qui changerait totalement le sens dans certaines phrases d'un tour exclamatif. Ainsi « Passez, mes jours de deuil! » a une valeur différente de «Passas, mes jours de deuil! », qui équivaut à «(ils sont) passés, mes jours de deuil! » La graphie unique passés pour l'impératif et le participe rendrait le sens douteux, tandis qu'il demeure parfaitement clair si l'on garde la double graphie passez, passés (v. § 34). Bien que les cas où cette équivoque peut se présenter soient des plus rares, il n'est cependant pas tout à fait superflu de prendre des précautions pour la prévenir *.

§ 344. Le z étant maintenu à la 2« pers. plur. de l'impératif, une raison d'analogie et de simplicité doit nous le faire également conserver aux 2®s pers. plur. de tous les autres modes, afin de ne pas multiplier les notations de la 2^ personne du pluriel. C'est l'intérêt pratique qui nous dicte cette règle, car,au point de vue théorique, il faut reconnaître que l'emploi de l'-s dans formés, aimés, animées, etc., pour formez, aim^z, animez, de lat. formatis, amatis, anima^tis, y

^ Celte distinction, qui n'existait pas au xvi* s. et qui n'est devenue générale que deux siècles plus tard, était réclamée dès 1540 par Etienne Dolet. U demandait qu'au lieu d'écrire des dignitez, des voluptez, etc., on écrivit des dignités, des voluptés, et que le -z fût réservé au pluriel de la 2' personne dans les formes verbales .

serait aussi légitime qu'il l'est dans les participes formés, aimés, animés, de lat. fcmnatos, amatos, animatos.

Quant aux mots où il est prononcé comme une s sonore non seulement en. liaison, mais encore à la pause, il va de soi qu'ils n'ont de ce chef aucune modification à recevoir et que gaz, fez, etc., resteront écrits gaz, fez (v. §§ 503, 505).

§ 345. Z final toujours muet. — En principe il doit disparaître : ainsi nous écrirons râ au lieu de raz. Mais nous le garderons dans nez, parce que la graphie né, plur. nés, peut faire confusion avec né, nés, du vb. naître, et favoriser ainsi un détestable calembour, trop souvent répété, qui doit son existence à l'homophonie de (( un nouveau-n^, un nouveau nez ». On conservera donc la graphie nez, tout inexacte qu'elle est par rapport aux origines. Pour la prononciation de ce -z qui, muet au singulier, sonne en liaison au pluriel, parce que nous y sous-entendons involontairement la présence de V -s signe du nombre, se reportera ce qui en a été dit à la 3« note du §261.

Rez-de-chaussée est à écrire ré-de-chôssée (§ 522) ; on ne saurait confondre ce ré avec la note de musique (§ 73).

Riz s'écrira ri\ il ne fera pas amphibologie avec le ri de ri de vo (p. ris de veau, § 320). 11 est superflu d'ajouter qu'au pluriel (ris) il ne se confondra pas davantage avec ris, synonyme de rires : l'éloignement des sens y fait obstacle.

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