CONSONNES MUETTES NON FINALES
§ 346. Les consonnes muettes qui figurent au commencement ou dans le corps des mots * sont loin de comporter des distinctions aussi délicates que le font les muettes placées à la finale. Par suite le traitement en est beaucoup plus simple : il se borne à les supprimer.
§ 347. 11 est, à la vérité, une sorte de muette préfinale qui fait^exception. Elle est d'une nature toute particulière et possède une importance majeure : je veux parler de celle qui précède V-s du pluriel dans les substantifs et les adjectifs. Ex. : bancs, blancs, grands, longs, méchants, passants, savanU, etc. Mais je n'ai pas à m'étendre de nouveali sur son compte, l'ayant fait ailleurs avec tous les développements nécessaires (§î^ 25-28 et 267, o<>). Qu'il suffise de rappeler que la règle est celle ci : « Toute muette finale que la nouvelle orthographe aura laissée subsister au singulier d'un substantif ou d'un adjectif sera maintenue devant l'-s du pluriel.» On doit donc condamner la suppression du t préconisée par Littré (Hist. gén. de la langue française, 1. 1, p. 327) et adoptée par la Revue des Deux- Mondes d'après les errements de l'Académie dans les S^ei^^ éditions de son Dictionnaire (1740 et 1762) : amans, enfans, méchans, passans, puissans, etc. 2. Le défaut capital de ce procédé, c'est d'ac-
1 Quelques-uns des groupes où se rencontrenl ces consonnes muettes ne figurent pas seulement clans le courant des mots, mais parfois encore à la fin. Tels sont, par exemple, le cli prononcé k cl le ih de varech, zénith, où la dernière consonne du mot écrit est une h que la prononciation ne fait pas entendre. Rigoureusement l'examen de ces groupes terminaux aurait dû prendre place dans le §299, relatif à Vh muette finale, mais c'eût été là, on en conviendra, pousser jusqu'à la minutie le scrupule de la classification. Aussi, pour éviter de multiplier les subdivisions du sujet et d'éparpiller en trop d'endroits divers l'étude de matières étroitement connexes, l'examen en a-t-il été reporté aux §§ 350 et 399 du présent chapitre.
3 Néanmoins il convient de faire une restriction au sujet de quelques pluriels où la suppression du -t- doit être tenue pour définitive, comme frais, gens,
croître la complication de l'orthographe en multipliant les graphies (l'un même mot et de créer inutilement une exception au principe général qui veut que le pluriel se marque par l'addition d'une s à la forme du singulier. L'avantage est si grand, je le répète, de pouvoir régler une question grammaticale par une formule absolue qu'il faut à tout prix se garder d'y porter atteinte, à moins d'une nécessité incontestable.
§348. Les consonnes dont il va être question dans ce chapitre sont de deux espèces : on les rencontre tantôt à l'état isolé, comme Vh de homme, cahot, tantôt engagées dans un groupe de consonnes dont un ou plusieurs éléments sont muets, comme cela a lieu, entre autres, pour 1'/» des groupes cA, th, d^nsanachorète, théâtre, V s de sch dans schisme, ou le ch et le th de yacht, asthm^i (pron. iot\ asm').
Les principaux cas à examiner sont les suivants :
1® c muet dans les groupes ch, ck, cq, es, et, se, xc. Ex. : yacht, bock, grecque, lacs, amict, scène, excéder;
2^ d muet dans le groupe ds, Ex. : coud^, poids;
3<> g muet dans les groupes gs, gt. Ex. : legs, doigt ;
4» h muette isolée. Ex. : homme, cahot;
50 h muette dans les groupes ch, cch, kh, rh, rrh, sch (pron. sk), th, wh, Ex. : choriste, bacchante, khédive, rhéteur, arrhes, schène, théâtre, whist;
G" /muette dans les groupes Is, Ix, Ex. : fils, pouls, aulx;
> m muette dans le groupe mn. Ex. : automne;
8» p muet dans les groupes pi, ps, pt, Ex. : champlerer, corps, dompter ;
90 r muette dans le groupe rs, Ex. : messieurs, volontiers;
10® s muette dans les groupes sch, st, xs, Ex. : schisme, est (du vb. être), exsangue;
Ifo t muet dans les groupes th, ts, Ex. : asthme, mets,
toua, qui sont pour fraits, genU, iouU, pluriels de frait (vfr.), gciit, tout. Leur orthographe a trop complètement pénétré dans nos habitudes et depuis trop longtemps pour qu'on puisse songer à revenir en arrière et à réintégrer dans ces mots la consonne disparue.
A cette classe de pluriels en -s pour -^s appartient aussi appas. Le vfr. écrivait au singulier appa^t et au pluriel indifféremment appasls ou appas. Bien que les deux mots n'en fissent originairement qu'un seul, l'usage avait fini par leur attribuer des valeurs différentes. L'Académie vient de supprimer cette distinction et, dans le Rapport de 190;*) (p. 20, ii"), « elle accepte l'identification orthographique de appâts et appas^ en ce sens cju'on écrirait : u la retraite a pour vous des appâts. )) Mais à la graphie académique il faut substituer apâs. En effet, d'après la règle du § 252, 1% sur les consonnes doubles, et celle du § 324, ^, sur la suppression du t final muet, le sg. appât doit s'écrire apâ : d'où le plur. apâs.
Ils vont êlriB passés en revue par ordre alphabétique.
CH muet.
§ 349. Ex. : yacht, que beaucoup articulent à tort iak, la véritable prononciation étant iot\ Il faut écrire wte ou mieux ioV (v. § 242).
CH prononcé k.
§ 330. La langue courante nous le présente dans une soixantaine de mots ^, tels que anachorète, archaïsme^ catéchumène, chaos, chœur, choriste, chrême, chrétien, écho, eucharistie, orchestre, psychologie, technique, loch, looch, varech, etc. 2.
A de rares exceptions près, comme loch, looch, varech, qui viennent de angl. log, ar. la'àq, suéd. vrak, ces mots puisent leur origine dans le grec, dont ils sont tirés soit directement, soit par l'intermédiaire du latin.
Pour cette catégorie de vocables la langue parlée est d'une surprenante irrégularité, car tantôt le groupe ch, représentant dii khi grec, y a le son chuintant, comme dans archée, archétype, archevêque, archimandrite, architecte, catéchiste, chirurgie, psyché, etc., tantôt il s'y articule k, comme dans archaïsme, archange, archéologie, archiépiscopal, catéchumène, chirographe, pyschiâtrie, etc. Ces contradictions sont d'autant plus remarquables qu'elles se produisent entre mots sortis de la même source étymologique, ainsi qu'on peut s'en convaincre par les exemples ci-dessus.
La langue écrite ne procède pas d'une manière plus rationnelle, car, lorsqu'il s'agit de représenter le khi originel dans les termes où l'usage est de le faire entendre comme un c dur, elle emploie tour à tour les quatres graphies ch, c, k et qu. Ex. : psychologie, choléra, eucharistie, chondrome, exarchat, chiliade, chiliaste, conchylien, en regard de métempsycose, colère, eucologe, hypocondre, patriarcat, kilomètre, coquille.
c 351 Réglementation. — La notation de ce phonème par qu devant e, i, et par c devant les autres voyelles ou à la finale, est depuis longtemps en usage dans notre orthographe^. On la trouve dans un tiers
* La langue scientifique est beaucoup plus riche en termes pourvus du ch dur; il n'en sera pas question ici, puisqu'ils doivent garder leur graphie étymologique (§ 5^).
* Sur la présence de loch, looch, varech, dans ce paragraphe, v. la noie du §346.
3 L'Académie a commencé dès 1762 à écrire pascal, patriarcal, scolarité, scolastiquê, scolie, au lieu de paschal, palriarchal, scholarité, scholastique, scholie (v. § 392). Déjà le xvr s, en empruntant à l'italien damasquin et faquin, avait transcrit non par ch, mais par cm, le ch de damaschino, facchino.
environ des mots qui s'écrivaient encore par cA il y a un siècle et demi. Elle est conforme à notre manière la plus habituelle de rendre graphiquement le c dur * , aussi le mieux que nous puissions faire est-il de la généraliser et de formuler la règle suivante : «Afin d'éviter toute confusion avec le ch chuintant, le ch dur sera remplacé par q (pour gw, §472) devant les voyelles e,t ; partout ailleurs il le sera par c, »
On écrira donc arcàisme, exarcat, arqéologue, orqestrc, arqiépiscopaly psicologue, catécumène (orthographe de Voltaire), îecniqe, loc, tarée, etc. 2, comme on écrit déjà caractère, Caran, car te, mécanique, monacal, patriarcat, pascal, stomacal, estomac, coquille, corde, eucologe, mélancolie, métempsycose, mastic, etc., tous mots où l'étymologie exigerait un ch au lieu du c et du qu qu'on y rencontre. Bien entendu cette règle concerne également le groupe sch prononcé sk, qui n'est qu'un cas particulier de la prononciation k appliquée au ch et qui deviendra se ou sq dans les mêmes occasions où ch doit devenir c et q, Pour plus de détails, v. § 392.
§ 352. On se demandera peut-être si, en raison de leur caractère spécial, certains termes du vocabulaire religieux comme eucharistie, Christ, christianisme, chrétien, etc., ne devraient pas échapper à la réforme et garder leur ch dur. Je ne vois pas de motif pour établir cette exception. Nous écrivons bien eucologe au lieu de euchologe (gr. eukhologion, de eukhê « prière»), pourquoi n'écririons-nous pas eucaristie, comme on écrit Caron pour Charon(gT,Kharôn) ?L'exemple de l'espagnol et de l'italien, dans Cristo, cristianismx), cristianesimo, cristiano, nous montre de même qu'il n'y aurait aucun inconvénient à écrire Crist et à donner une orthographe semblable à ses dérivés.
§333. Homophones :
Echo, chaos, s'écriront éco, caos, à l'exemple de Caron p. Charow, ils ne se confondront pas avec leurs homonymes respectifs écot et cao (p. cahot). Pour ce qui concerne la graphie de ces derniers se reporter au § 329, 4^ et 00, où ils ont été examinés.
Chœur sera remplacé par qetir, et ses dérivés choral, choriste, chorégraphe, etc., deviendront coral, coriste, corégrafe, absolumentcomme on écrit corde au lieu de chorde (lat. chorda). Aucune confusion à
' La transforma tioD de cU en c simple avait déjà fait son apparition dans un certain nombre de mots latins pendant les derniers siècles de l'empire romain : cochleare, par exemple, était devenu codeare, et ainsi de plusieurs autres.
* Pour le ch final 6'almanach simplifié en almanac, v. § 289.
craindre avec son homophone cœur, puisque ce ci restera écrit cœur diu lieu d'être réformé en qeur : on en a vu les raisons au § 178. Si Ton aimait mieux donner à cœur la notation qeur, il faudrait, pour éviter l'homographie, conserver par exception à chœur son ch et l'écrire cheur; or, l'inconvénient serait grave, puisque nous serions logiquement forcés de garder aussi le ch de choral, choriste, chorégraphe, chorège, chorévêque, etc., et nous y perdrions l'avantage de pouvoir simplifier en cor- toute une série de mots en chor-. Aussi la première solution est-elle de beaucoup préférable, la conservation de cœur et le remplacement de chœur ^div qeur nous permettant de réduire au minimum le nombre des cas où le c dur devra rester exprimé par ch.
Par sa réduction à cor- l'élément chor- (gr. khoros « chœur ») de choriste, chorégraphe, etc., revêt une apparence identique à celle du radical cor- (gr. korê « jeune fille ») qui figure dans coroplaste (( fabricant de poupées », mais on ne risque pas pour cela de les confondre, leurs significations étant trop complètement distinctes d'une part, et, de l'autre, coroplaste appartenant beaucoup plus à la langue de l'érudition qu'au vocabulaire usuel. 11 n'y a donc pas d'erreur à redouter et personne n'aura jamais la pensée de traduire coroplaste par ce contresens : a celui qui organise des chœurs». Remarquons d'ailleurs que, dans une circonstance analogue (§ 392), l'Académie ne se fait aucun scrupule d'effacer toute différence entre les radicaux gr. skol- et skhol-, lorsqu'elle réunit sous la même graphie scolie « commentaire » (de skholion) et scolie (( chanson de table » (de skolion),
Cholériqe (p. cholérique) conservera son ch pour se distinguer de colériqe (p. colérique), ce qui nous oblige à garder intacte la graphie de son primitif choléra, au lieu de la simplifier en coléra à l'exemple d' hypocondre (étymologiquement hypochondre), comme nous serions en droit de le faire d'après les principes posés au § 393, puisque ce mot appartient maintenant à la langue courante autant qu'à la langue scientifique.
(irâce à la différence des genres, le sbst. masc. chrême simplifié en crème ne se confondra pas avec le sbst. fém. crème (§ 548, 2o).
Chronographie est un synonyme peu usité de chronologie. Nous l'écrirons cronografie et tous les mots où entre le radical chron- (de gr. khronos « temps ») se simplifieront de même en cron-, Ex.: anacronisme, croniqe, cronomètre, etc. Mais, sous cette nouvelle forme, cronografie a quelques chances de se confondre avec cronografie (actuellement cronographie) qui signifie « description de la
planète Saturne ))/Pour empêcher l'équivoque, on fera bien de recouriraufc étymologique du nom grec de Saturne iKronos) et d'en doter le terme d'astronomie, qu'on écrira kronografie. On aurait tort d'adopter la solution inverse, c'est-à-dire de garder cronogr a fie pour le terme astronomique et de remplacer chronographie par kronografie, car alors, pour rester conséquent, il faudrait écrire par un k tous les mots où entre l'élément chron- (chronique, chronologie y anachronisme, elc), et l'on se trouverait conduit à multiplier sans nécessité l'usage de ce caractère, d'un aspect toujours un peu insolite dans notre alphabet, tandis qu'en le réservant au radical Krono-(i Saturne », nous n'avons à le faire figurer que dans kronografie (\,%mi, 20).
Pour l'homographie de loch, looch, réduits à /oc, se reporter au § 183.
CCH prononcé k, kk.
Ex. : bacchanal, -aie (adj. et sbst. m. et f.), bacchante.
§35a. Dans bacchanal le groupe cch sonne comme un simple k (ba-kanal). Conformément à ce qui a été dit du ch (% 331) et des consonnes doubles (§ 232, !«), ce groupe devra se réduire à un seule: bacanal.
Bacchante, étant prononcé par les uns bakanf et par les autres bak-kant\ sera écrit baccante (§ 232, 2o).
CK prononcé k.
§3do. Qg groupe figure dans des mots empruntés à diverses langues étrangères, principalement à l'anglais et à l'allemand. Ex. : arack, bifteck, bUickboulery blockhaus, bock, brick, carrick, colback, copeck, dock, drawback, jocko, stick, stock, stockfisch, trick, jockey, ticket, etc.
Théoriquement le c muet doit disparaître et le k se changer en c (§ 446), ce qui pratiquement revient à ceci : supprimer le k et écrire arac, biftec, blacbouler, blocôs, boc, Imc, carie, colhac, copec, doc, drôbac, joco, Stic, stoc, stocfich (§ 390), trie ; quant à jockey, ticket, ils s'écriront joqè, tiqèt, le c dur s'exprimant par q devant e (§ 472).
La graphie officielle n'agit pas autrement quand elle emploie les notations tique, blocus, havresac, heiduque, schalrraque, astic, truc, chèque, paquet, paquebot, pour rendre germ. tick, ail. blockhaus, habersack, heiduck, schabracke, angl. stick, truck, check, packet, packetboat.
CQU prononcé k.
Ex. : grecque, socque, acquérir^ acquiescer^ acquitter,
§356. Il faut supprimer le c muet et écrire grèqe au lieu de grecque (§ 473). Les masculins turc, public, ont pour féminins turque, publique, et non turcque, publicque : il n'y pas de raison pour qu'il en soit autrement de grecque.
On écrira de même soqe, aqérir, aqiés'ser (§§ 153, 386, 4^, et 472), aqiter,
C muet dans le groupe CS.
Ex. : lacs, échecs, vaincs,
§357. Lacs (vfr. laz, las, xv^s. lacs, de lat. pop. *lacium, class. laqueuw) est à écrire las. On évitera ainsi : !<> l'amphibologie qui, au pluriel, peut résulter de la confusion avec lacs, plur. de lac; 2ola chance d'une restitution du c dans la prononciation, qui ferait passer cette amphibologie du langage écrit dans le langage parlé. Quant à une équivoque du sbst. las avec l'adj. las, elle n'est pas possible; si toutefois on la craignait, on pourrait facilement y parer en marquant le sbst. d'un accent circonflexe : Ids (v. § 550, 6°).
Le plur. ^c/îe(;s, quand il s'agit du jeu de ce nom, est articulé échè par les uns, échèk par les autres. En conséquence il gardera son c.
Vaincs, qui figure à l'impératif (vaincs) et à l'indicatif (je ou tu vaincs) du vb. vaincre, s'écrira vincs, en gardant son c pour prévenir toute amphibologie avec vins, l^c el 2« pers. du parfait défini du vb. venir. Comparer sur ce point ce qui a déjà été dit de la graphie vinc (3« pers.) aux §§ 229 et 288.
C muet dans le groupe CT.
Ex. : aspect, respect, instinct, amict, succinct.
§358. Placé devant la finale -f, le c est traité de façons très diverses par la langue parlée:
!• Le groupe et sonne kV en toute circonstance dans compact, exact, tact, abject, correct, direct, infect, intellect, circonspect, suspect, distinct, etc. Rien à en dire : il y gardera sa graphie actuelle.
2*^ 11 sonne toujours k dans anspect, qui devra s'écrire anspec, comme on Ta vu au § 325, 3.
3° Il est muet devant un mot à initiale consonantique, mais il sonne k en liaison devant une voyelle, dans aspect, respect,
instinct.Ex, : « aspè redoutable, rcsp^ simulé, instin pervers; aspèk affreux, respèk empressé, imtink inexplicable » (ibid.).
4® Il est toujours muet dans amict (pron. ami), de lat. amictum, qui s'écrira amit (v. § 329, 4»), comme on écrit dit, édit, lit, de lat. dictum, edictum, lectum,
o® Il sonne toujours t d^ns succinct (pron. siuicinV), qui s'écrira HHxint (§ 421) ou mieux suxint' (§ 557); de même l'adv. succinctement se notera suxintemant. Succinct vient de lat. succinctum comme ceint vient de cinctum ; le remplacement de -et par -t y sera aussi naturel qu'il l'est dans cdnf (écrit ceinct au xvi^ s.)* .Le cas est le même que pour joint, oint, point, de \sLi. junctum, unctum, punctum. Cette graphie est la seule conforme aux lois de l'évolution historique de notre langue. Se rappeler en outre l'exemple de pratique que le xvi" s. écrivait pracït^tie, de lat. practicum, et qui depuis s'est phonétisé en pratique. Même observation pour étique, de lat. hecticam. C'est donc en toute sécurité et avec l'appui de précédents nombreux 2 que nous pouvons opérer les modifications énoncées dans ce paragraphe.
I) muet dans le groupe DS.
Ex. : poids, remords, couds, mouds, rends, perds, tonds, tords, mords,
§3;>9. Le d de poûfe est une consonne parasite due à une fausse étymologie, les lettrés du xvf s. s'étant imaginé que ce mot venait de lat. pondus; or, il vient de pensum qui, d'après les lois phonétiques du français, aboutit kpois, exactement comme mensem, tensa, abou tissent à m^Ui, toise. C'était, du reste, son orthographe antérieurement à l'époque de la Renaissance. Néanmoins je crois qu'il est utile de conserver la mauvaise leçon poids, pour éviter une confusion, possible à la rigueur, avec pois (légume), comme dans petits poids, gros poids, etc. ^.
Le d de remords (lat. remorsum) est également parasite : il faut écrire remor (v. §317).
§360. Dans un certain nombre de verbes en -dre tels que coudre, moudre, tendre, etc., les i^' et 2*^ pers. sg. de l'indicatif présent, ainsi
t Pour la substitution de la graphie cint à ceint, v. § 229, d.
* v. les exemples cités au § 3^,3.
^ Lii vieille langue renfermait deux homophones lods, los^ issus l'un et Tau- Ire do lat. laudea, mais différents par le sens et la graphie. Sortis de l'usage et n'offrant plus qu'un intérêt historique, ils ne seront pas étudiés ici.
DuTENs. — Etude sur la simplification de V orthographe. 18
que la 2»^pers. sg. de l'impératif, renferment un d muet qui est tantôt d'origine étymologique comme dans vends, perds, tonds, etc., de lat. vendu, perdis, tondes, tantôt inétymologique comme dans œudSy mouds, tords, de lat. consuis, molis, *torces (class. torques). H est à supprimer et ces formes doivent se modeler sur les formes correspondantes des verbes en -eindre, -oindre, où ne figure pas le d. Ainsi l'on écrit, d'après les lois phonétiques du français, (je ou tu) peins, feins, geins, joins, poins, et non peinds, feinds, geinds, joinds, poinds; nous écrirons donc de même (je ou tu) cous, mous, vans, pers, tons, tors, mûrs. En adoptant cette simplification autorisée, comme on le voit, par des exemples antérieurs, nous obtenons l'avantage de réduire à un seul type des notations entre lesquelles l'orthographe académique maintient des distinctions inutiles (v. ci-dessus §§ 290 et 291, 2o).
Ajoutons que les formes verbales cous, mous, vans, pers, tons, tors, mors, ne peuvent en aucun cas faire amphibologie avec cous, mous, vans, pers, tons, tors, mors, pluriels des sbst. et adj. cou, mou, van, ton, per (p. pair), tôt, mor (v. § 320).
G muet dans le groupe GN.
Ex. : signet (pron. sint), vfr. sinet.
§361. Ce mot a gardé l'ancienne prononciation perdue par ses congénères signe et signer, que le xvii« s. articulait sine, siner ^. Il faut l'écrire sine, en y supprimant, avec le t toujours muet (§§ 324 et 325, 2), le g étymologique, comme on le fait dans les mots asséner, dessiner (lat. assignare, it. disegnare de lat. designare), directement apparentés à signet, puisque celui-ci n'est qu'un diminutif de«tjnc (lat. signum) : il n'y a pas de raison pour conserver ce désaccord d'écriture entre mots de la même famille ^ et de plus on peut, à l'appui de la suppression du ^dans sine p. signet, invoquer comme précédent celle du g deprognostic (lat. prognosticum), que nous écrivons maintenant pronostic.
G muet dans le groupe GS.
Ex. : legs, sangsue.
§ 362. Legs est pour lais, sbst. verbal de laisser (lat. laxare). Le g parasite
* II traitait de môme assigner, comme l'indique Ghimet, et l'on trouve dans La Fontaine assinée {p. assignée) rimant avec hyménée.
* Pour ce qui concerne les deux autres manières de prononcer le digrammegn (n mouillée, comme dans vigne, et g-n, comme dans igné), v. ci-dessous §§ 430-
y a été introduit à tort pour le rapprocher du vb. %Mer(lat. kgare). Il faut le supprimer et écrire lès. Pour ses homonymes se reporter à ce qui en a été dit au § 320.
Sangsue (\tr. sancsue^ sansiie, de lat. sanguisuga) se simplifiera de même en sansue. La présence de sang n'étant plus perçue dans ce mot, il n*y a aucun prétexte pour lui conserver le g étymologique. La graphie sansue pour sangsue est calquée sur celle de sandis, sambleuy qui sont pour sangdis, sangbleu (i.e. sang-Dieu),
G muet dans le groupe GT.
Ex. : doigt, longtemps, vingt,
§ 363. Ces trois mots sont à écrire doit, lontans (v. tempsy §§ 218, 376), tint. Le g de doigt (vfr. doit, de lat. pop. *ditum, class. digitum) est dû à une restitution étymologique. La notation proposée doit est identique à celle qu on emploie couramment dans les termes techniques doite et doitée, tous les deux tirés de doigt, et l'on ne saurait objecter que cette graphie risque de créer une amphibologie avec le sbst. doit, employé en comptabilité pour indiquer un ensemble de valeurs passives : « Le doit de Monsieur X, le doit et l'avoir », etc. La confusion y est impossible. Elle Test de même entre le nom de nombre vint et la 3« pers. vint de venir. Nous pouvons donc supprimer sans crainte son g, issu d'une réaction étymologique assez maladroite d'après celui de lat. viginti, et remettre en usage la graphie du vfr. vint.
Dans longtemps (de long et temps) la suppression du jf est aussi naturelle que celle du c muet dans béjaune^ bédane (p. bec jaune, bec d'âne), de 1' s muette dans soucoupe, toujours (p. sous coupe, tous jours), du t muet dans néanmoins, plafond, vaurien (p. néant moins, plat fond, vaut rien, § 512, 7«, note), etc.
H muette initiale.
§ 364. Elle est tantôt étymologique, tantôt parasite. Ex. :
1^ h étymologique dans /lafti/e, habit, halluciné, harmonie, hécatombe, herbe, hérédité, hirondelle, hiver, homme, Iwnneur, hôtel, horrible, humble, humide, héberge, etc., de lat. habilem, habitum, haUucinatum, harmonia, hécatombe, herba, hereditatem, hirundo ^ hibei^num, homi-
* Hirondelle est pour arondelle (encore usité au xvir s.), diminutif de aronde (lat. pop. *Atninda, class. hirundo). Le vfr. écrivait de même abille (et able), abit, armonie, erbe, eredité, iver, omnie, onneur, oslel, etc. Vh qui flgure maintenant en télo de ces mots provient d'une réaction étymologique.
ncm, honorerriy hospUale, horribilein, humilem, humidum, a.h.a. heriherga, etc.
2» /i parasite dans herminejietirjiièbley huile, huis, huit, huître"^ (vfr. armine, ermine, aur, eùr, eur^, ièble, uile, tds, uit, oistre, tm- /rc), etc., de lat. armenia, augurium, ebulum, oleum, ostium, octo, ostrea.
§36;). Parasite, Yh muette a contre elle à la fois la phonétique et Félymologie, sa disparition s'impose et Ton doit écrire eimine (à l'exemple de erminette, graphie admise à côté de hermineite. diminutif de hermine), eur (et par suite eureus), ièble, uile, uis, iiitre. Pour huitW y a à faire une exce ption dont les raisons seront données au §369.
Etymologique, sa suppression s'impose également par un motif de simplification. Ici encore l'orthographe officielle s'est chargée de nous donner l'exemple. La liste est longue, en effet, des mots où elle omet une h muette dont l'étymologie commanderait la présence. En voici quelques-uns :
aigrette, dérivé de vfr. aigron, forme dialectale de hairon, fr. mod. héron (a.h.a. heigir)
anicroche^ écrit AanicrocAc jusqu'en 1762
aronde (lat. pop. *hirunda, class. hirundo)
attelle, vfr. astelle (d'où astdier, fr. mod. atelier), diminutif de aste (lat. hasta)
atoir (lat. hahere)
Espagne (lat. Hispania)
épagneul, au xiv^ s. espaignol (lat. pop. ^hispaniolum)
étique, altération de hectique (lat. hecticum)
obus (ail. haubitze)
on, vfr. om (lat. homo)
or, conj. (lat. pop. *hora, contraction de hac liora)
orang-outang (malais ôrang hoûtan)
^ La pn^sence do 1' h dans ces cinq mots s'cxpliquo par la double valeur t et j, n et V, que possédaient les lettres i, n, dans notre ancienne écriture lorsqu'elles se trouvaient employées en qualité d'initiales : « Il était impossible de savoir H priori si un mot écrit uit devait se lire vil ou uit, si un mot écrit uile devait se lire vile ou uile. On eut alors l'idée d'indiquer par une h que la lettre u était une voyelle et non une consonne, 1' h ne se plaçant en français que devant les voyelles. » (Clédat, Grani. rais, de la lang. franc, p. 14). Dans hièble, substitué à ièble, la même convention servit à empêcher la confusion de l' t initial avec j (8 13. 3').
* C est par une fausse étymoloi^ie, sous l'influence de heure (p. ex. dans les locutions « à la bonne heure, à la maie heure »), que eur est devenu heur.
ordure, de vfr. ord (lat. Iiarridiim)
orge (lat. hordea, plur. de hordeum)
oui, vfr. oïl, composé de o et il (lat. hoc illud)
ouragan, xvi« s. haurachan, xvii<*-xviiF s. houragan (esp. huracan, emprunté du caraïbe).
Si nous tenions compte des origines, nous devrions écrire haigrette, hanicroche, haronde, hattelle *, hatcliei\ havoir, Hespagne, hépagneul, hétique, eic. Ne le faisant pas, nous n'avons point à nous montrer plus rigoristes à l'égard des autres mots dans lesquels nous avons conseiTé jusqu'ici l'habitude d'employer une h de source étymologique. Rien de mieux justifié que sa suppression, qui allégera notre orthographe de la plus inutile de ses muettes. Nous écrirons donc abile, abit, erbe, érédité, iver, oneur, irondèlc, orne, orriblc (à l'exemple de aronde, on, ordure), etc. 2.
§366. Les exceptions à la règle concernant la suppression générale de l'A muette initiale sont en fort petit nombre. Elles proviennent d'une double cause :
i«> La notation des homophones (§ 367) ;
2» Les variations que subit la prononciation de 17* dans certains mots (§ 368).
§367. Homophones. — L'A est à garder dans un petit nombre de mots tels que :
i« Halène (p. haleine), à cause de alêne « poinçon de cordonnier » ;
2^ Nombre, jeu de cartes (de l'esp. hombre « homme »), à cause de ombre;
30 Heure et, par suite, horloge. Bien que la simplification cure soit très bonne en elle-même, elle me semble à rejeter, car elle entraînerait logiquement celle de horographie (dont il a déjà été question au §52, a) en orografie, et ce mot serait exposé à faire confusion avec orografie (p. orographie), dont le sens « description des montagnes ))est tout différent. Il est regrettable qu'au lieu d'accepter en 1877 la substitution û' orographie à l'expression antérieure orèographie, l'Académie n'ait pas maintenu celle-ci : nous pourrions aujourd'hui opérer sans difficulté la triple modification de heurt*, horloge, horographie, en eure, orloje, orografi^e ;
40 Les noms de mesures où ligure hecto-, de gr. hekaton « cent » (hectogramme, hectolitre, hectomètre, etc.), à cause du préfixe ecto-,
' VU étymologique se retrouve dans hdtelet.
* Pour l'application de la graphie élan à l'interj. hélas, v. § 445.
de gr. ektos « en dehors w, qui se trouve dans ectopage, ectoparaùte, ectopogone, ectozoaire, etc. Quoique Tamphibologie y soit à peine probable, il vaut cependant mieux pour la netteté de l'expression que ces deux préfixes, si profondément dissemblables par le sens et par l'origine, se distinguent aussi par Torthographe. De plus, il est à considérer que les mots en hectc- appartiennent à notre système métrique et que celui-ci est en voie de s'imposer au monde entier : or, pour s'occuper de changer la forme de ses termes, consacrés par un usage déjà séculaire, serait-il vraiment bien opportun de choisir le moment précis où les nations étrangères achèvent de se familiariser avec lui ?
§ 368. H initiale intermittente. — Dans quelques cas 17i, tantôt aspirée ^, tantôt muette, offre une prononciation variable, par une de ces contradictions sans motif dont notre langue est coutumière. Ainsi :
1" Dans le masc. héros elle est aspirée, tandis qu'elle est muette dans le fera, hérdine, comme dans les dérivés héroïque, héraismey etc. Même contradiction entre héraut et héraldique,
2» Dans huis elle est muette (Phuis) ; dans huls-clos elle est aspirée (te htiis-dos).
3^ Huit y huitaine y huitième^ nous la montrent tantôt aspirée comme dans « le huit de ce mois, le huitième jour, la huitaine », tantôt muette comme dans dix-huit, vingt-huit, trente-huit, dix-huitième, tingt-huitième,trente-huitième, une huitaine,q\ii se prononcent diz uit\ vint' uit\ tranf uit\ diz uitième, vint' uitième, tranfuitième, un' uitène. Dans huitain elle est toujours aspirée. Ex. : un huitain (et non « un-n'htiitain »), ce huitain (et non cet), ces huitains, des huitains, Us huitains, etc. (pron. se, de, le, et non sèz, dèz, lèz).
§ 369. Comme il n'est pas admissible qu'un mot de la langue courante possède une double orthographe, il faut appliquer ici le principe qui nous a déjà servi de guide dans des occasions analogues, celui d'une graphie unique pour le même mot. Mais quelle sera cette graphie : conservation ou suppression de l'A?
Pour hérdine, héroïque, héraisme, héraide, il n'y a pas à hésiter, l'A y sera maintenue. F^ raison en est évidente : héros, dont l'A aspirée doit persister, comme on le verra au §443, se rattache d'une manière
^ L'expression inexacte « h aspirée » est prise ici simplement dans ce sens convcnUonnel et restreint : « lettre devant laquelle ne peuvent se faire ni réUsion ni la liaison delà lettre précédente. » Pour plus do détails, v. §§440 et 442.
trop intime à son féminin et à ses dérivés pour qu'on puisse sans heurter le bon sens établir entre eux une divergence d'écriture ; on ne saurait accepter érâine, érôiqe, érmsme, éroide, en regard de héros.
Pour héraut, où \h est aspirée, et son dérivé héraldique, où elle est muette, même solution par le même motif : on écrira hérot, iiéraldlqe.
Dans huis et huis clos Fimpossibilité d'une double notation uis et huis clos est encore moins discutable, puisqu'il s'agit d'un seul et même vocable et non de deux formes plus ou moins étroitement apparentées. La notation uis, uû clos, avec suppression de l'A parasite, est tout indiquée. On aurait tort de la rejeter sous le prétexte qu'elle peut influer un jour sur la prononciation, de telle façon qu'on en vienne à dire l'uis clos, comme on dit luis, l'umié; au contraire, cette modification conforme à la logique et auxorigines n'aurait rien que de souhaitable.
Pour huit et ses dérivés huitain, huitaine, huitième, je crois qu'il faut raisonner un peu difléremment. Là il ne s'agit plus d'un seul mot, mais de quatre; devant chacun d'eux ce, de, le, la, ne font pas l'élision; au n'y devient pas à V ; aux, des, les, un, n'y font pas la liaison et il en est de même pour les finales consonantiques -s, -t, etc., des formes conjuguées. Gela constitue donc une assez longue liste de cas où l'initiale de ces mots est traitée en h aspirée. Tout inétymologique qu'elle est, elle y remplit actuellement une fonction qui ne manque peut-être pas d'utilité, car elle sert dans une certaine mesure à rappeler que devant huit et ses dérivés l'élision et la liaison ne sont pas une règle constante, mais qu'il est de nombreuses occasions où l'on doit prononcer tout autrement. 11 semble donc qu'en raison de l'influence de la graphie sur la lecture la suppression de Vh ne soit pas sans risquer d'introduire un peu de trouble et qu'il vaille mieux conclure au maintien provisoire de cette consonne, malgré son caractère parasite.
H muette médiale.
§ 370. Comme Vh muette initiale, elle est tantôt étymologique, tantôt parasite. Ex.:
lo h étymologique dans déhanché, élionté, bonhomme, prud'homme, souhaiter, aujourd'hui, exhausser, adhérer, cohésion, cohorte, exhiber exhorter^, appréhender, géhenne, etc., de dé et hanche (b. ail. hancke)
^ A propos des mots qui commencent par exh' il est t)on de noter en passant
é (lat. ex,) et honte (germ. haunita), bon, prvd ^ et homme (lai. hominem), sous et vfr. hait (d'orig. germ.), vfr. AMt(lat. hodie), vfr. eshaucier (es et haucier « hausser »), lat. adheerercy cohxsionemy cohortem, exhibcre, exhortari, apprehenderey gehenna (hébr. gê-hinnôm),
2o h parasite dans bonheur, bienheureux, malheur, malheureux (de bon, bien, mal, et heur, heureux, § 364,2»), cahier (de lat. pop. ^qitaternum, pris dans le sens de quatemio « cahier de 4 feuillets de 4 pages », l'équivalent d'une feuille d'imprimerie in-8«), envahir, trahir (vfr. envair, trair, de lat. pop. *invadire, *tradire, class. invadere, tradere).
Dans ca/tot, cahute, son origine est obscure.
Son introduction tardive (xvi®s.)dans cahier, envahir, trahir, a eu sans doute pour but d'indiquer que les deux voyelles a-i devaient s'y articuler séparément : elle remplissait l'office du tréma. Même observation pour haïr, qu'on rencontre parfois sous la forme hahir (xu® s.).
§37i. Réglementation. — En principe Vh médiale muette est à éliminer, quelle que soit son origine. On écrira donc soM<?fcr, ôjourdui (§ 538, 2^)^ , adérer, apréander, coésion, coorte,exiber, exorter, etc. Bonhomme, gentilhomme, pru4^ homme, malheur, malheureux, bonheur, etc., s'écriront bonome, jantillome (§ 455), prudome (§ 538, 2»), maleur, maleureus, fconewr, d'après oîn«, eur (§365). Ca/iof s'écrira cao (§ 329, 5*^). Envahir, trahir, prohiber, cahute, s'écriront entjaïr, tràir, proiber, caiite, avec tréma (v. § 561, 1»). Cahier s'écrira caié sans tréma: il n'en a pas besoin, la lecture ne pouvant être douteuse, son cas est le même que celui de paien, aieul (§ 97). Dahabieh, silhouette, s'écriront daabié (% 299), sihuète ^ .
une faute des plus fréquentes : c'est ceHe qui consiste à écrire exhorbitant au lieu de exorbitant (lat. exorbitantem, de ex et orbita), sous une fausse impression d'analogie avec les autres mots en exh- comme exhaler, exhanaser, exhéréder, exhiber, exhorter, exhumer, oiiïh est étymologiquement justifiée.
1 Pour preu d\ Le mot prud'homme représente vfr. preu d'homme, qui faisait au cas suieipreuz d'homme, composé de prenz, d' et homme.
•2 Nous avons vu au § 112 que le datif de l'article, au lieu de se simplifîer en «, doit conserver sa graptiie au. Mais cela ne doit pas nous empêcher de simplifier l'adv. aujourd hui en ôjourdui : nous n'y sentons plus la composition, il nous donne l'impression d'un mot simple, tel que son corrélatif hier, et pratiquement on peut, malgré les origines, appliquer k son élément au- la graphie ô sans mériter le reproche de contradiction.
^ Ce mot vient de Silhouette, nom d'un contrôleur général du x\iii* s., mais l'origine en est oubliée, la présence d'un nom propre ne s'y fait plus sentir et 11 est devenu un simple nom commun, ce qui nous donne toute liberté pour en modifler la graphie.
La suppression de 17t muette médiale dans ces divers mots est semblable à celle qui a été opérée dans alcool^ écrit alcohol.alkohol(de l'ar. al-kohl), antérieurement au xix« siècle.
§ 372. Exceptions et Homophones. — L7t sera maintenue : 1» pour empêcher certains homogrammes; 2^ dans l'intérieur des composés, lorsqu'elle provient d'un simple à /i initiale dans lequel il a été décidé qu'elle persisterait (v. §§366 et 443). Ex.:
Déhanché vient de hanche, qui garde son h comme nous le verrons au § 443. 11 faut donc lui laisser également la sienne, afin d'éviter la double graphie d'un même mot: hanche, -anche.
Le même raisonnement et la même solution s'appliquent à éhonté, à cause de honte qui reste intact (ibid.).
Exhausser (à écrire exhôsser) gardera aussi 1'/*, d'abord parce que nous la conservons au vb. hôsser (p. hausser) dont il dérive (§ 443), ensuite pour éviter la confusion avec exôsser (p. exaucer, § 420). Celui-ci n'est qu'un doublet de exhausser. Haut (vfr. holt) vient du lat. altum, modifié en *haltum sous l'influence du h. ail. hoh, et hausser 3^ été créé de la même manière, le lat. pop. *altiare étant devenu *haltiare, d'où le vfr. halckr, haucier, haucer. Le composé ex-aucer est, comme ex-hausser, un équivalent de ^exaltiare : c'est le même mot écrit d'une autre façon. Les deux expressions ont revêtu deux sens très éloignés l'un de l'autre et la différence de leur graphie en ce qui concerne l'A, répondant à une différence de valeur, est excellente à maintenir dans la pratique.
KH prononcé k.