CONSONNES EN GÉNÉRAL
§ 408. Sous ce titre se groupent un certain nombre de consonnes simples ou de digrammes que leurs caractères respectifs ne permettent de classer dans aucune des catégories qui ont été étudiées aux chapitres précédents. G*est par l'examen de ces phonèmes et de leur notation que se terminera la revue des éléments alphabétiques de Torthographe française et des modifications qu'il conviendrait d'y apporter.
B prononcé p dans les groupes BC, BS, BT.
§ 409. Ces groupes sont ceux qui figurent dans les mots en abc-^ abs-^ obs-, obt-, subs-, subi-, comme abcès^ abside, absolu, obscène^ obstiné, obtenir, subside, subtil, etc.
Par suite d'une loi phonétique bien connue («' sonore devant sonore, sourde devant sourde »), le 6 y sonne comme un p devant c doux, s sourde et t : il devrait se noter p.
C'est ainsi que procédait le latin, lorsqu'il écrivait, par exemple, nupta, scripta, nupsi, scripsi, lapsus, relapsus (p. nubta, scribta, nubsi, scribsi, labsus, relabsus), des vb. nubere, scribere, labi, rc/aèé.Il obéissait à cette même loi, lorsque dans les composés il changeait les préfixes ob, sub ^ en op-, sup-, devant un mot commençant par un p, comme dansop-pefo, op-pignero, op-pono, sup-peto, sup-pono, supputo, etc. % Il faut remplacer désormais le b par un p dans les
' Ces préfixes sous leur forme indépendante sont dus eux-mêmes à rapplicaUon de la loi, car leur type premier est op, sup (cf. op-erio, le gr. kupo, le comparatif $iip^r, etc.), et obt sutf, consUluent simplement des doublets syntactiques issus de l'emploi de op, sup, devant des mots k iniUale sonore. Voir V. Henry, Gram, comp, du grec et du latin, p. 73.
^ « Le témoignage des grammairiens nous est garant que ce changement s'effect^uait avec une extrême rigueur dans la prononciation alors même qu'il n'était, pas observé par l'écriture... et la fausse graphie ob-tinto n'empêchait pas la prononciation optineo. » (V. Henry, ibid.].
digranimes bc, bs, bt, et écrire apsh (§ 417), apside ^ apsolu, opsène, opstiné, optenir, supside, suptil, etc.
On objectera sans doute que cette notation rompt l'analogie avec les mots tels que ab-diquer, ab-ject^ ab-jurer, ob-jectUm, ob-jet, objurgatian, sub-diviser, sub-juguer, etc., où figurent les mêmes préfixes. C'est vrai, mais l'argument est loin d'être sans réplique. En effet, ces préfixes n'existant pas en français à l'état de mots indépendants, l'identité étymologique n'est sensible que pour les lettrés, le grand nombre n'en a pas conscience. Les Romains, qui peuvent nous servir de modèle sur ce point, sacrifiaient également l'analogie graphique au phonétisme, lorsqu'ils écrivaient ap-pono, oppono, sup-pono, etc., p. ad-pono, ob-pono, sub-pono, en regard de admitto, ob-lino, sub-dOy etc., et qu'ils faisaient coexister dans la conjugaison d'un même verbe des formes telles que of-fero et 06latum, suf'fero et sub-latum. Nous venons de voir que le b de labi, relabi, ne les empêchait pas d'employer un p dans lap-susy relap-sus, et nous, qui écrivons d'après eux laps^ relaps, nous serions mal venus à nous insurger contre le p dç apside, apsoluy opstiné, etc.
Toute secondaire que semble la modification du b en p, elle n'est cependant pas aussi dénuée d'importance qu'on pourrait se le figurer, car le chiffre des mots qui possèdent les digrammes be, bs, bt, dépasse largement la centaine.
Ajoutons pour finir qu'en distinguant l'une de l'autre les deux prononciations ps eibz du groupe bs, actuellement confondues sous la même notation, la réforme proposée servira à corriger la faute de ceux qui s'imaginent bien faire en articulant le -bs' de subside comme celui de subsister (pron. subzisté) : la double orthographe supside, subsister, coupera court à toute erreur sur ce point 2,
< Abside vient du lat. abaida, emprunté au gp. apsis. Le fr, on le volt, y est contraire non seulement à la phonétique, mais à Tétymologie. Rien ne peut donc s'opposer à ce que ce mot soit écrit correctemenl apside, comme cela a lieu pour le terme d'astronomie apside^ qui vient aussi de gr. apsis.
3 La valeur z donnée à V-s de su^s- dans subsister est tout k fait exceptionnelle et contraire aux principes de notre phonétique. Faut-il, pour ce cas isolé, changer la notaUonde l'élément -sisteren zister et écrire subzisterf Cela ne parait pas indispensable. H est plus simple et plus pratique de conUnuer à écrire subsister conformément à l'analogie des autres verbes en -sister, tels que désister,résister, etc., et de se borner à l'opposiUon des graphies sups- et subs-, très suffisante pour caractériser d'une manière indirecte la différence de prononciation.
SI cependant on n'était pas de cet avis et qu'on jugeât nécessaire d'indiquer la nuance au moyen d'un signe diacritique, on pourrait utiliser à cet effet le tréma, qu'on placerait sur l't des mots où subsi- sonne subzi-, de cotte manière : subsister (v. ci-dessous §561, 6»).
C dur devant ai, ue, œu.
Ex. : caisse, cercueil, cueillir (et ses dérivés accueillir^ recueillir, accueil, recueil, etc.), cœur,
§ \\{) Par le changement des graphies ai, ue, œu, en e, eu, ces mots deviendraient cesse, cerceuil, ceuillir, etc., ce qui serait en désaccord avec la prononciation, puisque c devant e s'articule s etnonfc. Leur consonne initiale est donc à remplacer par qu simplifié en q, graphie adoptée au § 473 pour rendre le phonème c dur devant la voyelle c. On écrira qêsse pour came (xvi® s.quesse), eiserqeuil, qeuillir, aqeuillir, etc., seront substitués à cercueil, cueillir, accueillir, etc., comme cela a déjà été indiqué au § 192.
Cœur devrait se changer de même en qeur, mais on a vu aux §§178 et 353 les motifs qui semblent plaider contre cette transformation.
C prononcé g.
Ex. : reine-Claude S second.
§ 411. Un g doit être substitué à ce c, car, dans tous les autres mots où c dur (ou qu) étymologique s'est adouci en g, notre écriture le note g, conformément à sa prononciation. Ex.
aigle
de lat.
aquila
aigre
acrem
aigu
acutum
aiguë (-marine)
aqua
aiguille
^acucula
aveugle
*aboculum
cigogne
ciconia
ciguë
cicuta
dragon
draconem
égal
œqualem
églantier (§ 91)
^aquilentum
église
*ecclesia
églogue
ecloga
glaire
*claria
glas
gourde (vfr. courde)
classicum
cucurbita
gras (vfr. cras)
crassum
« Du nom que portail la femme de François I" et qu'autrefois on écrivait fre^ quemment Glande,
jongleur
joculatorem
langouste
locusta
maigfe
macrum
migraine
hemicrania
seigle
secale
rergogne (vf r. vergonde^
verecundia
d'où dévergondé)
etc.
Maintenant que Torigine de reine-Claude est effacée de notre mémoire, nous pouvons en régler Forlhographe sans nous laisser influencer par le c du prénom Claude, Pas plus dans cette façon de désigner une certaine espèce de prune que dnns automédon, batiste, ph/iéton, quinquet, silhouette ou sosie, nous ne sentons aujourd'hui là présence d'un ancien nom propre '*. Le mot est devenu pour nous un simple nom commun et il doit être (raité comme tel.
C doux.
§ 412. La notation du c doux, cest-a dire articulé comme une s sourde, présente trois variantes dans notre écriture;
lo c devant e^ i : nacelle, adoucir;
2» ç devant a, o, u : pi^ononcOy leçon, reçu;
3<> ce devant a : douceâtre.
On a vu au § 143 l'historique de cette triple graphie et comment le cdoux fut longtemps noté par un simple c, ainsi qu'on le faisait pour le c dur, sans que rien marquât la différence de prononciation; plus tard elle fut indiquée par ce, puis par r. Il est étrange que l'Académie ait gardé la graphie archaïque ce devant ï a de douceâtre, lorsque partout ailleurs elle lui a définitivement substitué ç : menaça, commença, tança, etc.
§ 413. L'expression graphique du phonème s sourde par ç est tantôt conforme, tantôt contraire à l'étymologie. Etymologique, ce c répond à un c antérieur généralement latin, comme dans cm/, cendre, cercle, celer, cession, citer, cité, pourceau, etc. Inétymologique, il représente le plus souvent soit s du latin ou de quelque autre langue, soit lat. t ou ti. Ex.:
lo c représentant une s antérieure :
* C'est pourquoi beaucoup de personnes, remplaçant avec raison par un c minuscule le C majuscule que. lui donne l'Académie, écrivent reine-claude, comme on écrit reine-marguerite et non reine-Marguerite.
amorce
vfr.
amorce, part, du vb. amordre (de à et mordre)
berceau
berseau, dim. de bers
cingler *
sigler, de scand.stj/a
ciron
siron, de a.h.a. siuro
forcené
. forsenéy de fors et sen (ail.
sinn) « sens, raison »
cercueil
serqueil, sarcou, de lat.
sarcophagum
harceler
herseler, de herser
morceau
morseau dérivé du part.
mors, lat. morsum
rinceau
rainseau
sauce
sausse, de lat. satsa
saucisse
sausisse, de lat. salsicia
souci
soussiej solsie, de lat. solsequia, plur. de sokequium
source
sourse, sorse
céleri
it.
selleri, var. dial. de seleni, lat. selinum
escarcelle
scarsella
etc.
2<» c représentant un /,
ti, antérieur:
chiromancie
de lat.
chiromantia
gracieux
gratiosum
justice
justitia
linceul
linteolum
m^alicieux
malitiosum
police
politia
service
sertitium
spacieux
spatiosum
tierce
tertia
vicieux
viliosum
etc.
§ 414. Les mêmes observations s'appliquent naturellement à ç tantôt étymologique comme dans arçon, maçoii, séneçon, tronçon, etc., où
1 Tcrmo de marine. Ne pas le confondre, au point de vue étymologique, avec son homonyme cingler « frapper », dont l'origine est différente (v. § 416, !•).
il représente un c antérieur (lat. *arcionem, *macionem,senecionem, *lruncionem), tantôt inétymologique, comme dans rançon, caparaçon, caleçon, caveçon, estramaçon, garçon (lat. redemptionem, esp. caparazon, it. calzone, catezzone, stramazzone, garzone), etc.
Rare chez les subtantifs, le ç est beaucoup plus fréquent chez les formes conjuguées, où il figure dans les désinences -ça, -çais, -çaient, 'Çois, 'Çoit, 'çonsy -çu, -çus, -çut, etc, des verbes en -ccr, -cevoir, tels que commencer, menacer, recetoir, apercevoir, etc.
L'écriture officielle est loin de s'astreindre à rendre d'une manière constante un c antérieur parc. Elle le traduit, au contraire, fréquemment par.^. Ex. :
blesser
vfr.
blecer
brasse
brace,
lat.
brachia
chanson
chançon
chausse
chance
lat.
^calcia p. calceus
chaussée
chaucée
*calciata p. calceata
chausser
chaucer
*calciare p. calceare
chausson
chauçon
échdnson
eschançon
lat.
mér. scancionem
échasse
eschace
embrasser
emhracer
lat
. *imhrachiare
génisse
genice
*junicia, de class. junicem
glousser
glocer
♦ glociare p, gbcire
hausser
haucer
• halciare p. *altiare, de altus
hérisson
heriçon
^hericionem p. hericium
herse
erce
hirpicem
jaunisse
jalnicc
nourisson
nourreçon
peaussier
peaucier
pelisse
pelice
lat.
*pcllicia
pesse
pece
picea
poussin
poucin
^pullicinum p. pullicenum
sangle
cengle
cinguld
sarcelle
cercelle
*cercedula p. querquedula
salade *
it.
éclata
cœlata, de cœlare
etc.
§ 416. En outre elle mélange arbitrairement les graphies s, t et c entre mots de même origine ou de formation homologue. Ainsi :
^ Sorte de casque.
lo Nous trouvons brassard (de bras) chanson (cantionem) chasser (^captiare) cuisson (coctionem) dresser (^drectiare) exhausser (vfr. eshaucier) fasse (faciam, de /octo) fausse (falsa) forsenant (t. de chasse) frisson (*frictionem) génisse (*junicia) hérisson (*hericionem) herse (hirpicem) liesse (lœtitia) paresse (pigritia) pelisse (*pellicia) poussin (^pullicinum) sangle (cingula)
sarcelle (^cercedula) saucisse {sakicia) vaisseau (vascellum) etc.
2° Elle écrit tantôt par t, tantôt verbes tirés de formes latines en démocratie (democratia) et
ambitieux (ambitiosum) —
séditieux (seditiosum) —
superstitieux (superstitiosum) — balbutier (*balbutiare 2) —
initier (initiare) —
etc.
en regard de bracelet (de bras) rdnçon (redemptionem) courroucer (^corruptiare) façon (factionem) tracer (^tractiare) exaucer (§ 372) face (*façia p. faciès) sauce (salsa) forcené (p. forsené) leçon (lectionem) nourrice (nutricia) arçon (^arcionem) harceler (p. herseler) Lutèce (Lutetia) nièce (*neptia p. neptis) factice (facticium) ricin (ricinum) cingler (dér. de cingulum
« lanière à fouetter ») cerveau (cerebellum) épice (species) rinceau (* ramuscellum)
par c, les substantifs, adjectifs et 'tia, -tiosus, -tiare, -tiari, Ex. :
chiromancie (chirom^ntia) ^
malicieux (malitiosum)
vicieux (vitiosum)
licencieux (licentiosum)
vicier (ïdtiare)
négocier (negotiari)
30 Elle traite de même le suffixe lat.-fta/w, dont elle tire à la fois -tiel et -ciel Ex. : substantiel (de lat. substantialem) et circons-
* Même contradiction entre aristocratie (de gr. aristocraleia) et nécromancie (lat. necromantia^ de gr. necromanteia).
Type 'dciïce pour balbutire, créé probablement sous l'influence àe balbutia, par suite d'une fausse analogie supposée entre cette 1'' pers. et celle en -tio des vb. en 'tiare^ comme initiare.
DuTENs. — Etude sur la simplification de l'orthographe.
tanciel (de circonstance, d'après un type latin factice circumstantialem)^ .
§ 417. Réglementation. — Nous voyons par ces divers exemples que le c doux n'est pas à respecter. On ne saurait invoquer en sa faveur aucune considération tirée de Tétymologie, puisque, d'une part, il lui arrive fort souvent d'être contraire aux origines (§§ 413- 414) et que, de l'autre, l'Académie ne se fait pas faute de le rendre par s (§§ 415-416). 11 ne nous reste plus qu'à transformer en règle cette particularité de la graphie oflicielle et à remplacer partout le c doux par 5 (s.ç entre deux voyelles orales). Le choix de cette notation est tout indiqué, parce qu'elle est de beaucoup la plus usitée entre toutes celles que nous employons pour traduire le phonème s sourde (§§ 9, 65, 4», et 82, 1). Nous écrirons donc :
Brasselet 2, courousser, fasson, exôsserjarsené^nourme, fasse (sbst.), sôsse, lesson, arson, niesse, factisse, rissin, singler, etc., comme on écrit brassard, chasser, cuisson, exhausser, forsenant, génisse, fasse (subj.), fausse, frisson, hérisson, paresse, pelisse, pomsin, sangle, etc. (§416).
De même amorse, glasse, tanser, sourse, jerser, tierse ^, berso, morso, rinso, curasso, garson, doussâtre, imbessilité, linseul, ospisse, polisse, séleri, servisse, serqeuil, sine, sincante ^ comanser, malissieus, vissietis, sirconstansieU apersevoir, apersoit, apersu, etc. (§§ 413, 414, 416).
De môme encore balansèle, escarsèle, fissile, vermissèle, violonsèle, etc. Au sujet de ce dernier mot rappelons que de rares personnes se croient, on ne sait pourquoi, obligées de dire violonchèle, en donnant au c un son chuintant. Cette prononciation est à rejeter, violonchèle n'étant ni du français ni de l'italien, puisque dans celte dernière langue on dit violonntchello. Violoncelle n'est pas comme adagio, concetti, lazarone, lazzi ou scherzo, un mot italien passé tel quel dans le français, c'est quelque chose de tout différent : un mot français tiré de l'italien. Il vient de violoncello absolument comme vermicelle vient de vermicelli et l'on doit dire violon-sèl comme on dit vermi-sèl, en lui donnant la prononciation que reçoi-
* V. ci-dessous § 491, 1°, la note relative à une décision récente de l'Académie sur ce point.
'-î L'orthographe brasaelet se rencontre dans la correspondance de Charles Nodier.
3 Remarquer que le fém. tierse se trouvera ainsi mieux en harmonie avec son raasc. tiers que ne l'est la graphie actuelle tierce,
* Pour la substitution de sinc^ sincante^ aux noms de nombre ctng, cinquante, V. ci-après §§ 467 et 472, 4°.
vent chez nous tous les autres mots en -celle, quelle qu'en soit la provenance.
Il suffit de jeter un coup d'œil sur les listes sommaires qui ont été présentées dans les paragraphes précédents pour se rendre compte de l'importance de la simplification introduite dans l'orthographe par la substitution de s à c, puisque, indépendamment des mots qui possèdent un c doux initial ou médial, elle aura l'avantage de réduire à un seul type en -ss- les finales des nombreux substantifs et adjectifs en -ace, -èce, -ice, -oce, -uce, -ottce, 'Ceau, et -asse, -esse, -isse, -osse, -usse, -ousse, -sseau.
§ 418. Minimum. — Si l'on se refusait à opérer dans toute son étendue une réforme si légitime, il en est une partie du moins à laquelle on n'aurait rien à objecter, je veux dire celle qui consisterait à remplacer le c doux par une s dans tous les mots où cette dernière consonne est conforme aux origines, comme c'est le cas pour amorce, morceau, berceau, céleri, etc. (§ 413, l»). C'est le minimum de ce qu'on peut réclamer sur ce point et aucun étymologiste ne saurait s'élever à rencontre.
§ 419. Le remplacement du c doux intervocalique par -ss- appelle deux observations relatives la première à la double prononciation de -ss- (s simple et ss), la seconde à la triple prononciation de c dans le groupe -ess-i e muet comme dans dessous, ressembler, é comme dans esseulé, essorer, et è comme dans essence, esseret. On pourrait craindre : lo que, par suite de la disparition de l'ancienne graphie, courousser, fasson, rissin, etc., ne fussent exposés à s'articuler fautivement courouS'Ser, fas-son, ris-sin;2^ que am^sson (ip. hameçon), calesson, cavesson, lesson, slnesson, etc., n'en vinssent peu à peu à sonner amè son, calè-son, cavè-son, lè-son, sènè-son, suivant l'analogie de besson, tesson, grâce à la réaction de l'écriture sur la lecture.
Le premier cas ne doit pas nous préoccuper, puisque domine de plus en plus dans notre phonétique la tendance à émettre les consonnes doubles comme des simples (§§77, 251, 2o4) : il n'y a donc pas la moindre chance de voir le phénomène inverse se produire et les simples devenir des doubles ^ .
* D'ailleurs il n'y aucun danger qu'ici l'écriture réagisse un (our sur la prononciation, si l'on admet l'emploi de l'apostrophe pour indiquer la valeur 8-s du digramme ss {as'similer, ses'sile, etc., v §§ 387 et 487). Il est clair que, là où ce signe ne figurera pas, son absence même constituera un ayertissement suffisant d'avoir à donner à -ss- la valeur d'une s simple.
Le second péril ne semble guère plus inquiétant, si Ton en juge d'après les faits antérieurs. Prenons pour exemples les mots en ress- eien desS'i
i® Sur 31 mots en res.s-, formés à l'aide de la particule re-, 28 ont conservé leur prononciation correcte par e muet, comme ressembler, ressouder, etc. ; 3 seulement se prononcent re-, ce sont resstisciter^ ressuyer, ressui, et rien n'est plus explicable pour ces deux derniers, puisque Te de re- s'est nécessairement élidé devant l'e initial prononcé é de essuyer, essui ;
2® Sur 40 mots en dess- il y en a 38 qui se prononcent (fé-, ce qui est absolument normal puisque la plupart sont formés à l'aide des préfixes dés-,dé-(àe lat. rfis-), quelques autres étant tirés directement de mots latins en des- ; les deux qui ont été créés à l'aide de la préposition de {dessous, dessus) ont conservé intact leure muet.
11 en est de même pour les noms de lieu en -esson comme Ormesson : ils ne sont pas devenus en -èsson et, parmi les noms communs terminés de la sorte, nous voyons cresson tendre à changer son è ouvert (crè-son) en e muet (cre-sou).
On peut donc accepter sans inquiétude les graphies proposées, d'autant mieux qu'en ce qui concerne amesson, calessan, cavesson, sènesson, la langue courante y supprime Ve muet : on dit am'son, caVson, cavson'^ , sènson, et cette manière de parler fait que personne n'aura jamais l'idée de prononcer amè-son, calè-son, cavè-son, sènèson 2 .
§ 420. Homophones. — Le c doux devra subsister dans un certain nombre de mots dont voici les principaux :
1. Celui, celle, cela, cette, ceux; çà, ça (var. de cela), ce, ci, ceci, cet, ces. En soi, la notation .9 appliquée à celui, celle, cela, cette, ceuœ, est inoffensive : seluiy sèle, sela, sète, sens, ne pourraient entraîner la moindre erreur. Il en va de même pour çà, ça, ce, ci : écrits sa, sa, se, si, ils ne seraient jamais confondus avec l'adj. sa, le pron. se, la conj. si; à plus forte raison sessi (p. ceci, de ce et et), qui n'a pas de similaire.
Mais il en est autrement pour cet et ces. Dans quelques occasions,
1 Ou, plus exactement, cafson (v. § 495'.
^ Au § 153, où est mentionnée la triple prononciation {e, é, é) de Te situé devant -88-, j'ai proposé de l'affecter d'un accent partout où il peut être nécessaire de spécifier qu'il s'articule é ou è. En acceptant cette addition on enlèvera toute ambiguïté à la graphie -ess-^ et des lors il n'y aura plus à redouter aucune altération dans la façon de la prononcer.
toul à fait exceptionnelles d'ailleurs, cet écrit set (au lieu de sèt, § 381) pourrait être pris pour le nom de nombre set. Ce serait le cas devant un substantif pourvu à la fois d'une voyelle initiale et d'une s finale comme l'est avis, Ex. : « 11 ne fallut pas moins que set avis pour le décider. » S'agit-il ici de cet ou de sept? Un lecteur peu attentif risquerait d'en éprouver quelque embarras.
Pour ces les chances d'amphibologie sont beaucoup plus sérieuses. Ecrit ses, le démonstratif ces risquerait souvent d'être pris pour le possessif ses. Des débuts de phrases tels que : « Ses prétendus
amis...; Ses erreurs et ses travers », etc., où ses représenterait
le CCS actuel, seraient de nature à laisser planer tout d'abord un doute sur la véritable signification.
Il faut donc renoncer à réformer cet et surtout ces en set, ses, ce qui nous oblige à laisser également leur c à chacun des mots énumérés en tête de cet article : l'adjectif-pronom ce est leur chef de file, ils lui sont tous plus ou moins directement apparentés et le bon sens, comme l'intérêt pratique, leur impose une orthographe uniforme. Nous conserverons donc la notation en usage, sans autre changement que la simplification de celle et de cette en cèle, cète. Aucun danger d'équivoque entre le pronom cèle et la 3® pers. cèle du vb. celer.
2. Celer, cène, cens ^, cigne (p. cygne), fèces 2, pinçon, poucier, prémices, cession, intercession, à cause de s^ter (p. seller), sène (p. scène), sens (à écrire sans 3), signe *, fesses, pinson, pomsier, prémisses, session, inf^session (intervalle entre deux sessions). La conservation de cession, intercession, entraînera celle du c dans céder, intercéder et tous les autres dérivés de céder.
3. Ceint, aux multiples homophones, sera écrit cint, comme on l'a vu au § 229. Le maintien du c dans le vb. cindre et ses dérivés, comme ancindre (p. enceindre), empêchera toute amphibologie entre ancègnant (p. enceignant) et ansègnant, du vb. anségner(p. enseigner).
4. Cent (ainsi que ses dérivés) pourrait fort bien s'accommoder
* Et ses dérivés censé, censément. Beaucoup de personnes commettent l'erreur graphique d'employer seiisé, sensément, pour exprimer censé « supposé » et censément « par supposition »,
* Au sujet de vèce, employé comme simplifîcation de vesce (homophone de vesse), V. ci dessus § 388, note.
3 Pour l'orthographe de sens dessus dessous (à écrire sans dessus dessous)^ V. ce qui a été dit au § 218.
* Ce calembour était cher au goût peu raffiné de nos aïeux : les enseignes « Au cygne de la croix », représentant un cygne enlacé à une croix, pullulaient dans l'ancien Paris.
de la graphie sant, néanmoins il n*y sera pas touclié : le motif est identique à celui qui a été invoqué en faveur de la conservation de Y h initiale dans hecto (§ 367, 4o). En eflet, cent et labréviation c pour «centimètre, centigramme », etc., entrent dans la composition de nombreux termes aujourd'hui communs au français et à diverses langues étrangères, comme Titalien, l'espagnol, rallemandj'anglais ((( système C,G,S.,centimetro, centigrammy per cent, procent )), etc.). Pourquoi lui donner une graphie différente de celle à laquelle sont habitués les autres peuples? Le radical cent- étant prononcé par eux sèn't-, tchèn't-y tsèn't-, ils ne pourraient adopter la notation sant-, et ce serait un grand tort que d'introduire ce désaccord orthographique dans des expressions devenues internationales.
5. Lacery délacer (et par suite entrelacer), suce, ressuce fp. resuce, § 485), sont à garder pour ne pas créer d'homographies avec lasser, délasser, (que je) smse, (que je) ressusse (p. reçusse), des vb. savoir, recevoir. Cette mesure s'étendra naturellement à suces, sucions, suciez, ressuces, ressucions, ressuciez, et par analogie à toute la conjugaison des vb. sucer, ressucer, qui restera intacte.
6. En revanche, il n'y a aucune confusion à craindre entre 6onasse' (didj.)y fasse [suh].), épisser (i. de mar.), lisse, perse, pousse, poussette, sicle, sil, silice (à écrire silisse dans la langue courante), stre, et leurs homophones /^onoce (sbst.), face (sbst.), épicer, lice, perce (sbst.), pouce, poucette, cycle, cil, cilice, cire. Ceux-ci s'écriront sans inconvénient bonasse ^, fasse, épisser, lisse, perse, pousse, poussette, sicle, sil, silisse, sire 2.
7. Dessus p. déçus, plur. de déçu, ne se confondra pas avec Tadv. dessus : la présence de l'accent et la différence des fonctions y mettent obstacle.
8. Exôsser p. exaucer sera préservé de toute équivoque avec exhôsser p. exhausser par le maintien de l'A dans ce dernier (§ 372).
9. Cerf et serf ont été traités au § 294. Rappelons seulement que, le premier s'écrivant ser et le second serf, l'erreur n'y sera pas possible.
» De bonasse p. ôowacé rapprocher : V filasse, terrasse, qui ont été subsU tués à vfr. filace, terrace ; 2« galéasse, pinasse, autorisés par TAcadémie concurremment avec galéace, pinace,
* La plaisanterie contenue dans le titre « Musée de sires ù, sous lequel un journal satirique de Paris lit paraître en 1900 les caricatures de plusieurs souverains, ne suffirait pas à démontrer la possibilité d'une amphibologie ni, par suite, la nécessité de maintenir le c de cire.
10. Raiponse (p. raiponce), réponse : l'équivoque y est empêchée par le maintien du digramme ai dans raiponse (§ 95).
ce prononcé ks.
§ 421» Au c doux se rattache le groupe ce prononcé ks devante, t, comme dans accéder, accélérer, accident, accise, occire, succin, succinct, succion ^ vaccin, etc.
Remplaçant le c doux par s devant e, i, il va de soi que nous devons remplacer le groupe ce prononcé ks par x, puisque cette lettre constitue dans notre alphabet, comme dans Talphabet latin auquel nous l'avons empruntée, un signe doué d'une valeur phonétique équivalente kk + s. Nous écrirons donc axéder, axélérer, axidant, axise, oxire, suxin, suxint (suxint\ § 357), suxion, vaxin, de même que nous écrivons extatique là où le xvi® s. écrivait ecstatic (de gr. ekstatikos).
Occident s'écrira de même oxidant ; aucune amphibologie à craindre avec son homophone l'adj. oxidant p. oxydant, si l'on adopte dans l'orthographe courante la forme oxi- pour le radical oxy- (d^us oxyde, oxyder, oxydable, eic), au lieu de lui conserver ïy qu'il possède dans l'orthograplie scientifique (§ 593).
es, cz.
Ex. : tocsin, ecsarcome, eczéma.
§ 422. Simplifiant en x le groupe ce articulé ks, à plus forte raison ferons-nous subir la même modification à l'orthographe du groupe es de tocsin (§ 229), d'accord avec la tradition du latin, qui écrivait appendix, nutrix, pax, vix, vox, lux, luxi, duxi, etc., pour appendic-s, nutriC'S, pac-s, vic-s, voc-s, luc-s, luc-si, duc-si.
Sont naturellement exceptés de cette règle, en leur qualité de termes scientifiques, les mots qui, comme ecsarcome (de gr. eksarkôma), possèdent un digramme -es- de source étymologique. De même ceux qui renferment un groupe -cz- emprunté au grec -kz-.
Toutefois la graphie exéma (de gr. ekzema) me semble devoir être admise en dehors des écrits d'ordre purement scientifique. Ce mot fait maintenant partie du vocabulaire usuel presque au môme
* Succion est pour suction, dérivé de suctum, supin du vb. lai. siigere ; on voit que le -ce- de ce mot n'est même pas défendable au point do vue étymologique.
titre que dysenterie ou phtisie et dès Jors doit tomber comme eux sous le coup de la réforme.
CT prononcé ks.
Ex. : action, inspection, élection, fiction, déduction, factieuse.
§ 423. Ce n'est qu'un cas particulier du t sifflé : et se siffle en ks devant i dans les mêmes circonstances où ti se prononce si. Or, le t sifflé devant être désormais remplacé par*- (§ 490) et l'ar étant dans notre alphabet le représentant normal du groupe es, il faut logiquement substituer cette consonne au digramme et partout où celui-ci se prononce ks et écrire axion, inspexion^ élexion, fixiony déduxiony faxieusey etc. Ces graphies n'auront pas plus mauvaise tournure que ne l'ont actuellement celles de axiome, sympexiony flexion, crucifixiony fluxion, anxieuse. Elles ne font d'ailleurs que se modeler sur l'exemple donné par l'Académie, lorsque dans l'adj. équinoxial (p. équinoctial) elle subsitue un x au et de lat. œquinoctialem.
G doux.
§ 424. Le g doux,qui partage avec le ; la fonction de représenter la chuintante sonore, possède deux graphies : g devant e, i, et ge devant a, o, u (§ 144). Ex. : gémity girofle, partagea, geôle, gageure. La notation bizarre ge fait le digne pendant du ce de douceâtre : a Elle dérive des formes anciennes telles que geuy participe passé de gésir, qui se prononçait jadis geii, et où ge était devenu le signe d'un simple g doux.» (Clédat, Gram. hist., p. 73.)
Etymologique dans argent, geindre, geler, gencive, gendre, gent, nager, gerbe, etc., où il représente lat. g de argentum, gemere, gelare, gingiva, gen^rum, gentem, navigare, et a. h. a. g de garba, il est inétymologique :
lo dans genièvre, génisse, gindre, gésir; geôle, gercer, girofle, charger, juger, manger, venger ; germandrée; gingembre, etc., où il représente lat. j, c, eh, z (juniperum, *junicia, junior, jacere; *caveola, *carptiare, caryophyllon, *carricare, judicare, manducare, vindicare ; chamœdrys; zingiberi);
2o dans cage, congé, danger, déluge, lange, linge, orge, pigeon, sergent, vendange, etc., où il provient de lat. e ou i placés en hiatus {cavea, commeatum, *domniariumy diluvium, laneum, lineum, hordeum, pipionem, servientem, vindemia) ;
30 dans girafe, où il représente ar. z (zourâfa).
§ 425. L'écriture officielle abonde en contradictions dans l'emploi du g doux et du;. Ex. :
1° Après ravoir vue recourir au g doux pour traduire le ; latin d^ns genièvrCy génissCy gindre, etc. ^ nous la voyons faire l'inverse et se servir du ; (au lieu àege) pour rendre lat. g, dans jambe, jatte, jaune, joue, jouir, etc., de gamba, gabata, galbinum, gavata (var. de gabata), *gaudire (class. gaudere);
2° Elle rend simultanément par g et ; le g de gemsllum, qui devient en français gémeau et jumeau-,
30 De même lat. z devient g dans gingembre et j dans jaloux, jujube, de zingiberi, ^zelosum, zizyphum;
40 Caveola donne geôle et enjôler (xvi« s. engeoler), de en et geôle;
50 En regard de pipionem rendu par pigeon nous avons gobionem rendu par goujon;
60 Domni' aboutit à dang- dans danger (vfr. dongier) et à rforydans donjon, le premier venant de *domnianum et le second de b. lat. domnionem;
70 De *jettare p. jactare, fréquentatif de;acerc (3® conj.) « lancer », nous tirons j'efer, mais dejocere (2«conj.)(( être étendu» nous tirons gésir et, par suite, gite, gîter.
§ 426. Réglementation. — - Il n'y a donc pas à s'en laisser imposer par l'étymologie, dont l'Académie tient si peu de compte : le g doux doit disparaître entièrement de notre orthographe et à la triple notation g, ge, j, il faut substituer une graphie unique;. On écrira jémoy jinjambre, jôk, pijon, danjé, comme on écrit jumeau (i. e. jumo, § 111), jujube, enjôler, goujon, donjon. Nous aurons de même partaja, jémir, jirofle, bourjon, surjon, gajure, etc., et à plus forte raison jenièvre, jénisse, jindre, jésir, jite, jiter, dans lesquels nul n'est en droit de critiquer remploi du ;, puisque la réforme s'y trouve coïncider avec l'étymologie (juniperum, *junicia, junior, jacere).
§ 427. Cette graphie ne sera une nouveauté pou ries yeux que devant t, aucun de nos mots n'ayant présenté jusqu'ici le groupe ;t, à la place duquel on trouve toujours gi: partout ailleurs nous sommes accoutumés à la présence du ;. Possédant jérémiade, jésuite, sujet, objet, nous n'aurons pas à nous étonner de jérer, jeste, siéjet, lojet (p. siégeait, logeait), non plus que de tout autre mot où ; sera venu prendre la place de g devant un e, comme jéne, jénéral, jénie, etc., et le remplacement du digramme ge par cette simple consonne devant
a, 0, îi, n'aura rien dlnsolile à nous offrir, car siéja, jôle ou gajure sont d'un aspect aussi naturel que déjà, joli, injure. Remarquons en outre que pour gageure la réforme aura cette utilité de prévenir une faute de prononciation très fréquente, due à une ambiguïté de la graphie. On sait que beaucoup de personnes, influencées à tort par la vue du groupe eu, se laissent facilement aller à dire gajeure : elles en seront désormais empêchées par la substitution de -jure à -genre. Bringeure, neigeure, tireront le même bénéfice de leur simplification en brinjure, néjure.
§ 428. Homophones. — Les homophones sont en nombre insignifiant. Ex, : geai, jais, jet; jante, gente. Ils n'entraîneront pas d'exceptions :
Je (p. geai), jès (p. jais) et jet ne peuvent être confondus entre eux, grâce au maintien de ï-s et du -t muets dans jès (§ 320) et jet (§ 329, 40).
Gente, fém. de gent (de lat. pop. * gentum p. genitum pris dans le sens de « bien né »), est complètement tombé en désuétude et vînt-on à le ressusciter qu'il ne saurait faire équivoque avec;awfe (de roue). L'un est un adjectif, l'autre un substantif, et leurs significations sont tellement éloignées qu'ils ne pourront jamais introduire le moindre doute dans les phrases où ils viendraient à figurer. Aussi n'y a-t-il là rien qui doive entraver, même partiellement, la transformation du g doux en ;.