GN
§ 429. Le digramme gn a trois prononciations : 1» n mouillée : indigné, cognac; 2o g-n (très rare) : igné, cognât; 30 n simple (exceptionnelle) : signet.
11 ne sera question ici que de la première et de la deuxième, la troisième ayant été étudiée au § 361.
GN prononcé n mouillée.
§ 430. Comme notation de n mouillée, phonème dans lequel g n'a aucun rôle à jouer, le groupe gn est des plus défectueux, mais cette graphie a une explication historique : elle tire son origine du grand nombre de mots latins renfermant un digramme gn (agnellum, dignum, ignobilem, magnanimum, malignitatem, repugnare, etc.)
qui a fini par contracter en français le son d'une n mouillée (a^neaw, digne, ignoble, magnanime, malignité, répugner). De là, par extension, son emploi pour exprimer ce son même dans les cas où il n'existe pas de g étymologique et où l'/i s'est mouillée dans d'autres conditions, en particulier au contact dun i soit primitif, soit sorti d'un e latin primitif* Ex : cigogne, oignon, pignon, seigneur, rossignol, araignée (vfr. araigne, aragne), châtaigne, ligne, vigne, etc., de lat. ciconia, unionem, ^pinnionem, seniorem, *lusciniolum, aranea, castanea, linea, vinea (lat. pop. *arania^ * castania, etc.).
L'n tildée de l'espagnol, vraie notation de Vn mouillée, serait très préférable. Aussi y a t-il longtemps qu'elle a été proposée par divers réformateurs de l'orthographe, Buffier, Henricy, Marie, Volney, Féline, etc., mais il n'y faut pas songer quant à présent : j'ai signalé dans l'Introduction (§ 80, note) les considérations qui nous interdisent d*y avoir recours et qui nous obligent à conserver provisoirement au digramme gn sa fonction traditionnelle.
431. Groupe -gni-. — Il figure à l'imparfait de l'indicatif et au présent du subjonctif dans les vb. en -gner. Ex. : gagnions, clignions, cognions, gagniez, cligniez, cogniez, etc. Pour ce qui concerne sa réduction à -gn- se reporter aux §§ 200 et 203, où cette proposition a été combattue.
GN prononcé g-n,
432. Les mots où les deux consonnes s'articulent séparément ne sont pas nombreux. Ex. : igné, inexpugnable, stagnant, diagnostic, diagnose, gnostique, gnome, gnomon, cognoscible, incognoscible, récognition, agnition, agnat, cognât, magnat, etc.
Notre façon de les écrire a le tort d'être ambiguë. Rien n'avertit le lecteur qu'il est en face d'une prononciation exceptionnelle et qu'il doit articuler séparément le g et l'n. Aussi risque-t-il de se laisser induire en erreur par la ressemblance de certains autres mots où le gn a le son de n mouillée, tels que indigna, répugnant, gagnant, cagnotte, vignoble, agneau, accompagna, cogna, magnanime, etc. Il se trouvera même d'autant plus exposé à le faire qu'il peut à l'occasion y être fortement incité par la logique et l'étymologie : n'est-il pas absurde, en effet, de prononcer inexpug-nable, lorsqu'on prononce répu-gnant, l'un et l'autre étant également issus de lat. pugnare ?
Le remède le plus simple à cette ambiguïté sera de séparer dans
ces mots le g de Yn par une apostrophe : ig'né, inexpug' noble, stag'nant, diag'nostic, etc. (v. § 557). De cette manière pas d'erreur possible. Ce procédé est l'analogue de celui qui est en usage pour la transcription des noms bretons renfermant la gutturale aspirée (spirante vélaire sourde) ch : on l'écrit c'h pour indiquer qu'il ne s'agit pas d'un ch chuintant. Ex. : Venmarc'h, Aberwrac'h, Marc'hadour, etc. Il est évident qu'une précaution de ce genre deviendrait inutile le jour où Ton pourrait remplacer par l'n tildée, dont il a été question au §430, le groupe gn sonnant n mouillée, car dès lors, la graphie gn ne figurant plus que dans les mots où ce groupe s'articule g-n, toute hésitation de lecture disparaîtrait.