‹ Étude sur la simplification de l'orthographeChapitre 39 sur 58 · GU · texte numérisé non relu

GU

§ 433. Le digramme gu a trois prononciations :

lo g dur devant a, e, i, o : navigua, gtietter, gui, toguons; 2o g-u devant les mêmes voyelles : argua, arguer, aiguilk, arguons; 3» gou devant a : guano.

GU prononcé g dur.

§ 434. lo Devant c, i. Ex. : nargue, narguer, nargué, guêpe, gui, guide, guipure, anguille, etc.* .

Primitivement le groupe gu devant voyelle est sorti d'un w appartenant à des mots d'importation germanique : c'est ainsi que tcërra, warjan, wardôn, ont abouti à vfr. guerre, guarir, guarder. Par analogie, la même influence étrangère ayant transformé en tu le t? de certains mots latins comme vespa, vagina, vadum, vasconem, vastare, etc., qui devinrent wespa, wagina, uadum, wasconem, wastare, il en résulta les formes en gu- du vfr. guespe, gudine, guet (fr. mod. gué), guascon, guaster, et de cette graphie généralisée par imitation est née la coutume, qui a persisté jusqu'à nos jours, d'exprimer le g dur par gu toutes les fois qu'il est suivi des voyelles e ou i (v. Darmesteter, op. cit., p. 104; Clédat, Gram. hist., p. 75).

Cette notation n'est pas bonne, puisque, pour représenter un phonème simple, elle se sert d'un digramme dont le second élément n'est point articulé; mais, faute de mieux et pour ne pas

^ Le g dur devant t possède encore une autre notaUon, d'une nature tout à fait exceptionnelle : c'est le gh qui figure dans Enghien. Pour le traitement de ce digramme, v. § 582.

changer brusquement les habitudes, il est nécessaire de la garder ^, en attendant l'heure où, Tusage exclusif du ; pour rendre le son du g doux (§ 426) ayant pénétré définitivement dans la pratique, g dur devant voyelle pourra s'écrire partout g, Ex. : gère, gide, p. guerre, guide, en regard dejère, éjide, p. gère (de gérer), égide. Pour le moment cette réforme, préconisée par certains novateurs, est prématurée et doit être ajournée sine die.

§ 435. 29 Devant a, o, dans les vb. en -guer. Ex. : fatigua, fatiguant, fatiguons, intrigua, intriguant, intriguons, etc.

Ces groupes gua, guo, sont partout à remplacer par ga, go, en leur faisant subir une simplification pareille à celle qui, dans l'orthographe moderne, a transformé vfr. gudine, guant, guarant, guarder, guarnir, guaschier, guascon, guason, guaster^ guaude, en gaine, gant, garant, garder, garnir, gâcher, gascon, gazon, gâter, gaude. On écrira donc fatiga, fatigant, fatigons, intriga, intrigant, intrigons, par extension de la graphie depuis longtemps en usage dans les sbst. et adj. en -gant (fatigant, intrigant, etc.), dont la plupart 2 ne sont autre chose que des participes présents pris substantivement ou adjectivement. Cette double manière d'écrire le même mot (fatiguant et fatigant, intriguant et intrigant) n'a pas de raison d'être: c'est une superfétation dont il est urgent de se débarrasser (v. § 214, 1«, note).

Dans les vb. en -quer nous retrouverons le même phénomène (partie, fabriquant, trafiquant, en regard des sbst. fabricant, traficant, etc.), pour lequel s'impose le même traitement (§ 471).

GU prononcé g-u.

§436. lo Devant les voyelles c, t. Ex.; ar^Mcr, argué, aiguille, aiguiser, linguiste, etc.

Cette graphie crée une équivoque de lecture avec les groupes gue, gué, gui, prononcés ghé, ghi, dans narguer, nargué, anguille, guise, droguiste, etc., rien ne distinguant pour l'œil les deux

^ Cf. ci-dessus §§ 66, 3% 81 el 192. Cet emploi du digramme gu pour exprimer le phonème g dur aura pour résultat d'entraîner la substitution de^u- à g- dans les mots en gai-, comme gaine, par suite du changement de ai en e (§ 92). Pour gaine nous écrirons guêne et non gêne, cette graphie se trouvant en désaccord avec la prononciation. C'est l'homologue de ce qu'on a vu au sujet de la notation du c dur par q dans qê^se p. caisse (§ 410).

> Tous, en eflet, n'ont pas la même origine : ainsi élégant vient de Tadj. lat. elegantem.

prononciations. Il serait bon de la faire disparaître au moyen dun tréma sur Vu et d'écrire arguer, argiié, égiiille, égûiser, linguiste (v. §561,2^).

Ce procédé est du même ordre que celui dont use l'Académie lorsqu'elle écrit arguë, aiguë, ambiguë, exiguë, ambiguïté, exiguïté, pour indiquer qu'il ne faut pas articuler ar^', hg\ anbig\ exig\ anbighitâ, mjAe'r^, comme on le fait dans ar^MC (technoL), aiguë (marine), bisaigue, exsangue, qui se prononcent arg\ èg\ hizèg\ eksang\ Seulement elle a eu tort d'en limiter l'emploi à quelques mots. Il faut, au contraire, le généraliser et l'étendre à tous ceux qui renferment le groupe gu prononcé g-u devant e, t. Quant au tréma déjà existant dans arguë, aiguë, ambiguë, exiguë, ambiguïté, exiguïté, il sera déplacé et reporté de ïe et de ïi sur Vu (argue, égile, anbigiie ^, etc.) à l'exemple de argiier, égiiille, égiiiser, etc.

Evidemment on pourrait faire l'inverse, laisser dans ces mots le tréma à la place qu'il occupe et décider en même temps que ce signe figurera toujours sur la voyelle consécutive au groupe gu. Ex. : arguë, éguïser, etc. Mais il y a pour préférer l'autre solution une raison péremptoire qui sera donnée tout à l'heure au § 438.

§ 437. 2o Devant les voyelles a, o. Ex. : argua, arguant, arguons.

Ici le cas est autre. Du moment que nous remplaçons gu prononcé 3 par un simple g devant a, 0, il est évident que la présence de Vu (argua, arguons, en face de narga, nargons) suffit par ellemême à caractériser la prononciation (/-m, sans qu'il soit besoin d'y faire allusion par un tréma. Néanmoins, dans l'intérêt de l'uniformité indispensable à toute règle orthographique, je pense qu'il vaut mieux ne pas faire de différence, mais décider simplement que, dans toutes les circonstances sans exception où gu sonne j-u devant une voyelle, il sera écrit gû et qu'on aura argiia, arguons, à l'imitation de argue, arguer, égiiiser, etc. (v. §561, 2o).

§438. On devine maintenant pour quelle cause le tréma, ainsi que je l'ai dit un peu plus haut (§ 436), doit figurer sur Tm et non sur la voyelle suivante. Il faut considérer en effet que, si notre alphabet possède une, unï et un ii avec tréma, il est dépourvu d'à, dVet d'o munis de ce signe. Il y aurait donc nécessité de fondre de nouveaux caractères pour rendre la prononciation des formes comme

^ Pour la suppression du tréma et le remplacement du radical arguer- par argur- dans les formes du futur et du conditionel telles que arguëra, arguërait, etc., V. ci-dessous § 5G0, d.

argua, argué, arguons, puisque dans ce cas ce serait justement aux voyelles a, é, o, que se trouverait dévolu le tréma. Or, j'ai exposé dans l'Introduction (§ 79) que la réforme devait scrupuleusement éviter ces créations intempestives de nouveaux caractères, et voilà pourquoi il faut placer le tréma sur Vu et étendre cette disposition même aux polygrammes gue, gui, de argue, exiguë, anbigiiité, etc., de manière à conserver à la règle la plus grande simplicité possible en donnant à sa formule une valeur absolue.

GU prononcé gou (i. e. gw) devant a.

Ex. : guano, iguane.

§ 439. Cette prononciation du groupe gua est des plus rares. Il est tout indiqué de l'écrire goi (goino, igoine). Pour la substitution de oi à ua prononcé ttvi, se reporter aux §§ 170-173. Bien qu'elle puisse surprendre un peu au premier aspect, elle n'a rien que de fort naturel ; cette graphie ressemble à beaucoup d'autres formes en -goi- dont nous nous servons journellement, comme Grégoire, goitre, dégoiser, angoisse, etc., et il suffit de rapprocher igoine de idoine, moine, pour constater qu'elle est des plus acceptables.

Si cependant on répugnait à l'admettre, il faudrait écrire goua-, ou tout au moins gùa avec accent grave, en utilisant la lettre ù pour indiquer qu'on est en présence d'une prononciation exceptionnelle de I'm. L'écriture n'en serait pas simplifiée, mais d'ambiguë elle deviendrait claire : ce serait un petit progrès. La notation oi est infiniment préférable. Sa grande supériorité tient à ce qu'elle permet d'unifier du même coup toutes les graphies comme celles de joaillier, moelle, gouache (§§ 170-172), iguane, quadruple § 472), etc., où le phonème wa est rendu simultanément par les groupes oa, oe, oua, ua,

H aspirée.

§ 440. Le vieux latin aspirait très fortement l'A. Dès la fin de la République sa prononciation s'affaiblit dans le langage populaire et, sous l'Empire, bien qu'elle continuât de figurer dans l'écriture, elle arriva très vite à cesser de se faire entendre. Chez nous, à l'épo que gallo-romane, elle n'existait plus dans la prononciation vulgaire, mais le contact des envahisseurs francs et bourguignons la fit renaître dans notre idiome, l'ancien français reçut d'elles un

stock de mots pourvus d'une h initiale * dans lesquels cette consonne garda longtemps son aspiration originelle, et Fanalogie rétendit à un certain nombre de termes qui n'avaient rien à démêler avec les dialectes germaniques. Cette h, restée fréquente dans notre écriture mais devenue très rare dans la diction courante, n'est pas à proprement parler une consonne, c'est un souffle et répithète d' «aspirée » par laquelle on a coutume de la désigner est inexacte, car elle résulte, au contraire, d'un effort expiraloire qu'on retrouve encore avec son intensité normale dans le parler populaire de la Normandie.

Dans le vocabulaire actuel elle a deux origines, l'une légitime, l'autre illégitime :

lo Légitime, elle provient le plus ordinairement d'une source germanique (hache, haie, hair, hère, halbran, halle, hallebarde, halte, hameau, hanap, hanche, hanneton, hanse, harde, hardi, heaume, hourd, houx, hutte, etc.), souvent latine (hennir, hernie, héros, herse, etc.), parfois grecque (halaide, halurgie, etc.). Quelques autres langues ont aussi fourni leur contingent, mais d'une manière tout à fait accidentelle, comme l'arabe dans houle, l'espagnol dans hâbler, le hongrois dans hussard, etc. ;

2^ Illégitime, elle a été introduite dans la prononciation et dans l'écriture contrairement à l'étymologie. Ex. : hulotte, hoche, hoqueton, hurler, huppe (vfr. osche, auqueton, uller, uppe), haut, etc., de ail. eule, prov. osca, ar. al-qoton, lat. ulularc, upupa, altum (v. § 372). L'A de chat'huant appartient également à cette catégorie: elle n'a aucune relation avec celle de huer, ainsi qu'on l'a vu au § 239, S^. Chat-huant est le fruit malencontreux d'une étymologie populaire et cette fausse notation est à remplacer par chaUan (\, § 325, 2, et§561,l«).

§ 441. Dans sa manière de traiter l'A aspirée notre prononciation ne pouvait manquer de se montrer fidèle à ses habitudes d'inconséquence. Les contradictions relatives aux mots huis, huit, héros, héroïne, etc., ont été examinées aux §§ 368-369, aussi n'y reviendrai-je pas. Hanse, huile, hiérarchie, nous offrent des phénomènes du même genre. Ainsi l'on dit. « la Hanse teutonique » et « les miles (vil'z) hanséadques »; on prononce « Vhuile, les (lez) huiks », mais on dira « la peau du nègre est (è) huileuse », en donnant à l'A du dérivé une valeur aspirée qui fait défaut à celle du primitif huile,

1 Les seules h aspirées dont la trace se rencontre chez nous dans la langue parlée sont des h initiales ; Vh aspirée médiale y est inconnue (v. § t^'"^'

et Musset dans La Coupe et les Lèvres traite de même Tautre dérivé huiler :

« .... une fille discrète.

Capable de huiler une porte secrète. »

On dit « la hiérarchie » avec h aspirée, mais « l hiérophante, une pose(p6z) hiératique)), avec h muette, malgré l'identité étymologique (gr. hieros « sacré »).

Elle va plus loin encore, en supposant une aspirée là où récriture ne présente pas d7t. Ainsi il lui arrive de supprimer la liaison comme l'élision et défaire un hiatus devant des mots à voyelle initiale, tels que uhlan, oui, onze, onzième, un, Ex. : « ce uhlan, des (dé) uhlans; le oui et le non; le onze, le onzième, ils étaient (été) onze», etc. On dit de même « cent (san) un homme, quatre-tingt (vin) un canons » (v. §§ 314 et 321, 3®, note), et Ton prononce « le un )) quand on veut parler du chiffre un, tandis que partout ailleurs on dit « Vun », comme dans « lun ou l'autre, hm et l'autre, Vun dit oui et l'autre non », etc.

On voit que ces anomalies peuvent marcher de pair avec celles de la graphie décorant d'une h tantôt aspirée, tantôt muette, des mots qui n'y ont aucun droit, comme hulotte, hoche, hoqueton, etc. (§ 440), et, à l'inverse, s'abstenant de transporter à aigrette Vh étymologique de son congénère héron (§ 363).

§ 442. Quelques grammairiens ont affirmé que l'A dite aspirée n'est jamais entendue et que la prononciation se borne à ne faire ni liaison niélision devant les mots qui commencent par cette lettre; en d'autres termes, à leur avis, sa présence dans l'écriture sert simplement à indiquer un hiatus. Cette opinion est fondée pour la plupart des cas, mais elle constitue une grosse erreur sur plusieurs, autres points. H y a deux sortes d'/i aspirée : celle qui n'est jamais sentie, comme lorsqu'on dit « le hasard, les haillons, le hibou, la hulotte »,etc., et celle qui, au contraire, est nettement perceptible à l'oreille, comme dans hair, haine, hideux, honte, etc. Cette particularité est surtout appréciable dans la diction soutenue. Ex. :

Rome enfin que je hais (Corneille)

La haine enracinée au milieu de ton sein, (id.) Les voilà ces héros si longtemps invincibles. (C. Delavigxe) Aux crins de ses coursiers hideusement traînée. (Lemercieii) Dieu! quel spectre hideux redouble mon effroi. (M. J. Chénieu) La gloire d'une mort qui nous couvre de honte. (Corneille) DuTENs. — Etude sur la simplification de l'orthographe. 21

A ces honteux moyens gardez de recourir, (id.)

De nos hontetix soldats les phalanges errantes. (Voltaire)

Dans ces vers, quand ils sont dits comme ils doivent Têtre, on entend fort bien le souffle de ïh et je h-ais, la h-aine, ces h-éros, de h-onte, etc., n'y sonnent nullement ;c é, la êne, ces éros, de onte.

Dans certains mots encore où d'habitude on ne l'entend guère, comme haletant, hardi, elle se montre parfois susceptible d'une émission vigoureuse. Ex. :

« Elle est toute haletante d'émotion ; c'était un hardi compagnon », etc.

Le voyageur trompé dans son attente, Redouble en vain sa marche hàletanie. (Millevoye) Là, hardi ! tâche à faire un effort généreux. (Molière) Les choquer hardiment et, sans craindre la mort, Les aborder de front (Corneille)

La diction courante elle-même n'échappe pas à la nécessité de prononcer Y h aspirée lorsque, grâce aux hasards de la phrase, cette lettre se trouve figurer entre deux voyelles semblables. Les besoins de l'articulation nous obligent alors à la faire légèrement sentir. Ex. : « la hardiesse de son langage, lahart au col, un pas (pa) hasardeux, atteindre aux (ô) hauteurs de la plus sublime philosophie, l'écho lointain du hurlement des bêtes fauves », et autres expressions du même genre.

Il est inutile d'insister et les exemples qui précèdent suffisent à prouver que, si Yh aspirée n'est pas une vraie consonne, elle doit cependant être traitée comme telle, puisqu'il lui arrive en mainte occasion d'en remplir le rôle avec ses conséquences diverses.

§ 443. Partis de l'idée erronée que, tout en figurant dans l'écriture, elle n'en est pas moins absente de la prononciation, les mêmes novateurs ont voulu la bannir de l'orthographe, alléguant que la non-élision de la voyelle terminale du mot précédent constituerait à elle seule une indication suffisante. Or, ceci n'est vrai que pour les mots où ne se manifeste jamais le souffle de Yh, et uniquement dans les cas où la finale du mot précédent comporte une graphie capable d'indiquer si Ton doit ou non faire soit la liaison, soit lélision. Ainsi, que nous écrivions « la ulotte, ce ibou », il n'y a pas de doute possible quant à la prononciation, mais il n'en est pas de même pour « une xdotte, des iboux)) : ce sont des graphies ambiguës dans lesquelles rien n'avertit le lecteur de ne pas articuler

« ufC ulotte, déz iboux)). Ceci fournit la preuve que même pour les mots de cette catégorie la conservation de Vh est chose nécessaire.

A fortiori Test-elle pour ceux où Ton sent le mouvement expiratoire (comme dans les exemples citéâ au § 442) et où il est indispensable qu'un signe quelconque le décèle dans la graphie. Si Vh aspirée venait à être supprimée dans l'orthographe, la réaction de récriture sur la parole se produirait sans aucun doute à bref délai. On commencerait par hésiter sur Texacte prononciation, puis rhiatus ne tarderait pas à disparaître, en raison même de Teffort qu'il impose aux organes vocaux. On arriverait vite à faire les liaisons et les élisions que la présence de cette lettre a empêchées jusqu'ici : elles deviendraient la règle et nos successeurs aboutiraient infailliblement à dire nl'amais, Varangue, l'aridelle, il et' ardi, elle et' idetise, ils sont touf onteux, un* oi^sse neuve, une voiz aktante, emportez wz ardes », etc.

Ce sont là plus d'arguments qu'il n'en faut pour démontrer que, contrairement à une opinion avancée un peu trop à la légère, l'orthographe doit respecter Vh aspirée dans tous les mots' sans exception où elle figure actuellement. Son maintien est la meilleure barrière qu'on puisse opposer à ces altérations de la langue, et l'action en sera d'autant plus efficace qu'il ne subsistera aucune équivoque sur son interprétation lorsqu'on aura fait disparaître Vh muette de la graphie usuelle où, ne servant à rien, elle devient par là-même nuisible (§ 365).

Interjections. — Un certain nombre d'interjections commencent par une h aspirée. Ex.: ha, hé^ ho, heu, hem, hein, hourra (k écrire hin, houra).

Nous conserverons cette h, qui accentue bien leur caractère exclamatif et que Ton fait entendre inconsciemment dès qu'il s'agit de communiquer à l'expression un plus haut degré d'énei^ie. Ex. :

Hé ! mon père, oubliez votre rang à ma vue. (Racine)

Hé bien ! vous triomphez et mon fils est sans vie. (id.)

Hé quoi ! ... de mon inimitié vous plaindrez-vous toujours ? (id.)

Hé\ que puis-je au milieu de ce peuple abattu ? (id.)

D'ailleurs les mots dont elles peuvent être précédées dans la phrase font toujours l'hiatus. Ex. : « pousser des ho, des ha (pron. dé ho, dé ha) ; avez-vous entendu ce ha d'étonnement ? » etc. Ils ont donc tout droit au maintien de Vh,

Les interjections ha, hé, ha, heu, sont identiques aux interjections

ah, eh, oh, euh, dont il a été question au § 299. Il est donc superflu d'imposer à ces dernières une différence d'écriture et l'on fera bien, je crois, de ramener les deux séries à une seule en leur donnant une forme compune ha, hé, ho, heu,

§ 445. Il en est autrement d'hélas, qui se prononce toujours éUis et ne fait jamais hiatus. Ex. :

« 11 poussait de grands (granz) hélas : elle murmura un (un-n) hélas désespéré », etc.

Que cet hélas a de peine à sortir ! (Corneille)

Aussi cette interjection doit-elle rentrer dans la classe des mots à h muette initiale et s'écrire élas (§ 363), malgré sa parenté avec hé, auquel nous conservons son A. C'est en effet un composé de hé et de ladj. las, souvent pris en vfr. dans le sens de « malheureux »; mais, le souvenir de son origine s'étant effacé, il n'y a plus à en tenir compte et sa graphie doit se régler par des considérations purement phonétiques.

§ 446. Le k n'est usité que dans un petit nombre de mots tirés des langues étrangères anciennes ou modernes. Ex. : kanguroo, kirsch, képi, kermesse, kiosque, moleskine, kyrielle, etc., qui sont respectivement d'origine australienne, allemande, flamande, turque, anglaise, grecque.

Il fait double emploi dans notre alphabet avec le c et le q. Ce n est point qu'il ne soit par lui-même des plus recommandables, car, ne possédant qu'une seule valeur, invariable devant n'importe quelle voyelle comme devant consonne, il constituerait le meilleur substitut du c dur et du q dans une orthographe vraiment rationnelle et il devrait prendre partout leur place. Ex. : kalité, kar, kel^ keuter, eskif, kode, kou, kuhe, etc., au lieu de qualité, car,qtœl, queuter, esquif, code, cou, cube. Mais cette simplification apporterait un changement trop brusque dans nos habitudes et, tout en regrettant de ne pouvoir l'adopter, il faut y renoncer provisoirement.

§ 447. Réglementation. — La valeur du k étant celle d'un c dur, il est à remplacer par la notation la plus habituelle de ce phonème, c'est-à-dire : 1° par c devant consonne, devant a, o, u, et à la fin des mots (§ Îfô5) ; 2» par q (p. qu) devant e, t. On écrira donc : cangourouy qirch, qépi, qei-mx'^sc, qiosqe, molesqine, qirièle, etc.

Kaléidoscope^ klephte, qu'on emploie encore à côté de ccUéidoscope, clephte (à écrire ckfte), leur céderont définitivement la place. Karo- Ungien subira la même modification. On ne voit pas de raison pour conserver un A; à ces mots, lorsque leurs congénères cahmel, calligraphky clepsydre (à écrire calligrafie, clepsidre), carliste, se contentent d'un c. A kaolin on substituera son concurrent caolin et le kartophile devra renoncer à cette dénomination prétentieuse pour s'appeler désormais cartofile, conformément au bon sens, puisqu'il collectionne des cartes (postales) et non des kartes. Et ainsi des autres.

Ce ne sont pas les précédents qui manquent pour justifier la substitution de c, 9, à k. Sans parler, en effet, des nombreux mots tirés du grec dans lesquels le k primitif a pour représentants c, q, comme ccu^chyme, cacologie, cacophonie, catalyscy cathar- Uque, squelette, squirre, etc. (de kakokhumos, kakologia, kakophônia, katalttsis, katharticos, skeletos, skirrhos), nous avons entre autres :

l® k germanique rendu par c, q, dans clapet, calèche, coprose, trinquer, etc. (de l'ail, klappe, kalesche, klaperrose, trinken), quenotte, dimin. de vfr. quene « dent » (de l'isl. kenna « joue »);

2® k d'origine orientale transcrit également de cette manière dans cajeput, calambour, calapite, criss, caravane, etc. (de mal. kâyou'poûtih, kalambaq, kalâpa, kris, pers. kârwân);

3^ c, q, substitués à une notation plus ancienne par k, non seulement dans caléidoscope, caolin, clephte, cités tout à l'heure, mais encore dans alcool, Caaba, cacatoès, caouane, carabe, carat, cari, colback, Coran, quinine, etc., qui se sont écrits antérieurement alkohol, Kaaba, kakatoès, kahouane, karabé, karat, kari, kalpack, Koran, kinine.

§ 448. Exceptions et Homophones :

Kilo- demeurera intact dans tous les termes qui le contiennent, comme kilogramme, kilomètre, etc. ^ Evidemment il serait conforme à la règle posée plus haut de l'écrire qilo-, à l'exemple de l'espagnol qui le note par quilo-, d'après les principes de sa graphie, mais il vaut peut-être mieux s'en abstenir. Il arrive souvent que ce mot est désigné en abrégé par son initiale ^ ; d'autre part il est à remarquer que « carré » s'exprime par l'abréviation Q (de lat. quadratum), pour éviter toute confusion avec ^ qui signifie «cube», de cette manière : 100 »*^ , 100 ««« (« cent mètres carrés, cent mè-

* Kilo- est un terme barbare, doublement fautif sous le rapport étymologique puisque pour « mille » le grec dit khilioi et non kiloi.

1res cubes »). Or, avec la notation actuelle, S25 *9 , par exemple, signifie « 225 kilomètres carrés» : cela saute aux yeux, sans aucune hésitation possible. Si, au contraire, on adoptait Q comme abréviation de qilomètre (p. kilomètre), l'expression QQ, où Q serait pris successivement dans deux sens différents (« qilomètres w et « carrés ))), ne présenterait pas une égale netteté. On peut alléguer à cela, il est vrai, que l'emploi d'une même initiale avec une double signification se rencontre dans l'abréviation de centimètre cube en ce et que personne n'y trouve d'ambiguïté. Néanmoins, puisque f'Q nous offre une formule dans laquelle à deux idées différentes correspondent deux notations également distinctes, pourquoi renoncer volontairement à un graphisme si rationnel? En matière de précision l'excès n'est jamais à craindre.

Coke (masc.) et maki, devenus coqe, moçt, ne pourront faire amphibologie avec le fém. coqe (p. coque), ni avec mo^tslp. maquis), qui gardera son s.

Pour l'emploi de k dans kronografie « description de la planète Saturne », se reporter au § 353.

§ 449. Langue scientifique. — On y fait abus ()u k sans le moindre motif plausible. Ainsi ukali, tetélectrotonus, Motomie, kénozoïque, kératolde, fcéraunographique, kinésithérapie, kirrhonose, oArj/métrie », etc., ne s'expliquent pas en présence de « alco/i, catalepsie, hématocèfe, éocène, c^ratothèque, céraunie, cinématique, cirrAose, ocî/tocique ». Il est incontestable que tous ces mots devraient s'écrire parc: « cali, catélectrotonus, célotomie », etc.

Un seul des termes de cette espèce a le droit de garder son k, c'est kyste. Cyst- ayant retenu dans la plupart des cas la valeur « vessie, vésicule », les deux radicaux kyst- et cyst-, bien qu'originairement identiques, n'ont plus la môme signification (cf. cystique, cystoptose, en regard de kystique, kystoptose), et la différence de prononciation et de graphie peut y être utile à la clarté de l'expression. Hors de là on ne voit pas de raison qui, dans la formation des mots scientifiques, s'oppose à la transcription traditionnelle de gr. k par c. 11 faut le conserver partout où Ton ne saurait le supprimer sans inconvénient, mais en même temps se garder d'accroître à l'avenir le nombre de ces transcriptions vicieuses. Les seuls cas où sa présence reste nécessaire sont ceux où elle est motivée soit par une prononciation passée en habitude vraiment irréformable, soit par le besoin d'éviter une confusion possible entre deux significations différentes données au même radical.

Lorsqu'un de ces mots en k appartient à la fois au lexique des sciences et à la langue courante, rappelons que celle-ci lui fera subir la réforme (par exemple anqilose,qisteyRu lieu de ankylose, kyste), sans avoir à se préoccuper de l'orthographe des savants (§ 593).

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