‹ Étude sur la simplification de l'orthographeChapitre 40 sur 58 · KH · texte numérisé non relu

KH

Ex. : khédive,

§ 430. Dans les transcriptions de mots d'origine orientale le français a coutume d'articuler le kh comme un simple c dur, aussi le trouve- t-on noté en conséquence dans les termes d'une importation déjà ancienne, comme calife, corfje, caratch, etc., de ar. khalîfa, khordj, turc kharâdj. Cette prononciation n'est pas correcte et nous verrons aux §§ 567 et 577 qu'on devrait recourir à une graphie plus exacte. Mais cela ne pourra se faire que dans les transcriptions futures : dans celles qui existent actuellement il faut y renoncer, les habitudes étant trop invétérées pour se prêter à une réforme. Nous ne toucherons donc au kh de khédive et de ses congénères que pour le simplifier en lui appliquant la notation usuelle du c dur, sur le modèle des mots qui viennent d'être cités. Ex. : qédive (p. quédive, §§ 472-473).

L mouillée.

§ 4SI. Le son véritable de VI mouillée a totalement disparu de la prononciation officielle. Ce que nous continuons d'appeler de ce nom est simplement un i consonne ou yod palatal (v. § 9, l'onote). Ex. : tailler, treillage, briller, cueillir, rouiller (pron. td-yéy trè-yaj, bri-yé, keu-yir, rou-yé) *. Ce phonème se note par -iW- devant voyelle et par -il à la fm des mots (quand il n'est pas suivi d'un c muet). Ex. : baille, (il) travaille, ensoleillé, œillade, feuillu, recueilli, grenouille; bail, travail, soleil, œil, cerfeuil, recueil, fenouil (§ 300).

Cette convention graphique assez bizarre, avec son / tantôt simple, tantôt double, ne répond plus à une prononciation où 17 a cessé de figurer. Elle appellerait une réforme, mais celle-ci est d'une exécution difficile et je vais en montrer les causes. A cet efiet, il faut opérer une distinction préalable et examiner séparé-

1 Rappelons que la prononciation des mots qui étaient autrefois terminés par i -f / mouillée a bifurqué : les uns, comme fe^iil, sont devenus en -i (feni) et doivent s'écrire par un simple -i ; les autres, comme avril, péril, se prononcent maintenant -il et n'ont qu'à conserver leur -l (1" note du § 300).

ment les deux notations du phonème, selon qu'il figure dans le corps du mot ou qu'il le termine.

§ 4:)2. Dans le premier cas, celui de 17 mouillée médiale, la réforme est des plus aisées. Les groupes -aill-, -etU-, -ill-, -oill-, -oiiiW-,-ui//-,de tailleur, reiller, piller, goiller (p. gouailler, § 171), souiller, éguiller (p. aiguiller), sonnent exactement comme les groupes -ai-, -et-, -ii'^ -oi- (p. oy), -oui-, -mi-, de àieul, planchéier, (vous) liiez, roial (p. royal), (vous) jouiez, essuier (p. essuyer) ; de même le groupe -iU- des verbes en -riller, tels que briller, griller, sonne comme V-i- des verbes en -rier, tels que prier, crier * . Il serait donc tout indiqué d'écrire tâieur, véier, piier, goier, souier, égiiier, brier, grier, et le remplacement de -euill- par -eui-, dans fetiiée, andeuié, etc., pour feuillée, endeuillé, s'effectuerait de même par analogie. La simplification serait excellente et pourrait s'opérer sans trop heurter nos habitudes, puisqu'à une graphie elle en substituerait une autre avec laquelle nous sommes déjà familiarisés.

§ 453. Dans le second cas, celui de 1'/ mouillée finale, la question change de face et se complique :

1« -ail, -eil, -oil^ , -eut/, ceil (à écrire euil, § 176), -ueil (à écrire -euil), -ouil, sont impossibles à remplacer par les digrammes -ai, -et, -oi, -eui, -oui, qui, placés à la finale, ne sonnent jamais a-y\ è-y\ o-y\ eu-y\ ou-y\ L'adoption de cette manière d'écrire serait contraire au principe posé dans l'Introduction : ne pas changer la valeur de nos caractères et de leurs groupements et se borner à demander les éléments de la réforme aux graphies existantes (§ 66, 30).

Le recours à Vy ne nous tirerait pas d'embarras, puisque les polygrammes ay, ey, euy, ouy, ne sonnent pas autrement que ceux en ai, ci, etc., qui viennent d'être rejetés.

2«' La même impossibilité se présente pour le remplacement de -aille, -euille, -ouille, -uille, -ille, par -aie, -euie,-ouie,-uie, -ie ^, Exceptionnellement (dans l*interj.ate)le groupeaiesonnea-t/'; exceptionnellement encore-iue, -te, offrent parfois les valeurs ui-y\ i-y\ (que

^ Cet t y représente un double phonème t voyelle -f- t consonne :priyé,cri-yé; le cas est pareil pour le ill- de briller, griller, qui sonnent bri-yé, gri-yé.

* Ex: nigroil{i. dezool.), pour lequel Littré indique la prononciation nigro -\- W {l mouillée).

••» Seul eille poujrait ôlre simplifié en èie (d'après planchéie), mais cela obligerait à introduire une exception dans la règle du § 454.

je ou quil) fuie, essuie, fie, etc. En règle générale ils sonnent è, lit, t. Quant à -^uie, -ouie, il n'y a pas d'exception : ils sonnent toujours eut, oui.

L'emploi de Vy dans 'aye,'euye,'Ouye, etc. ,substitués à -ai/fe,-et<t/fc, -ouille, etc., n'y est pas davantage admissible, pour des motifs identiques à ceux qui ont été donnés tout à l'heure au sujet de-ay^-eny, 'Ouy, etc. Sur certains points nous créerions des graphies ambiguës et sur d'autres nous imposerions à divers polygrammes une valeur phonétique qu'il n'est pas dans nos usages de leur donner.

§ 434. Réglementation. — Il faut donc pour le présent renoncer à apporter aucun changement dans la graphie des syllabes finales.

En ce qui concerne 1'/ mouillée en syllabe non finale on a le choix entre deux solutions : 1» adopter les modifications examinées dans le § 452 ; 2' les rejeter et rester dans l'état actuel.

Si on les adopte, on se trouvera forcé d'édicter un double système de notation du son yod : i*» -i- dans le corps du mot (baieur) ; 2<> -il, 'ill- devant e muet, dans la syllabe finale (bail, baille). Par ce moyen on obtiendra d'un côté une grande et utile simplification, mais d'autre part on tombera dans une complication regrettable, par la nécessité d'avoir plusieurs graphies d'un même phonème, ce qui augmente toujours la difficulté pour les écoliers.

Quitte à sembler un peu trop timoré, je crois en conséquence que la seconde solution doit être tenue pour préférable, comme étant la plus simple et pouvant se formuler en une règle absolue, d'application facile : « VI mouillée (c'est-à-dire le yod qui en tient aujourd'hui la place) se notera -ill- devant c muet et les autres voyelles, et -// .partout ailleurs. »

§ 453. L'/ barrée, qui a été souvent proposée comme notation de 1'/ mouillée, est à écarter du moment qu'on tient à ne pas introduire de caractères nouveaux dans notre alphabet.

L'emploi de 17/ double devant voyelle se justifie par le besoin de signaler au lecteur qu'il a sous les yeux autre chose qu'une /ordinaire. Etant données nos habitudes de prononciation, -ail-, -eil-, -Mt/-, etc., devant voyelle se seraient articulés è/,Mi7, et non ay\ hj\ uiy\ Il fallait trouver moyen d'empêcher l'équivoque : on l'a cherché dans le redoublement de 1'/.

La notation exceptionnelle -i7- médial, au lieu de -i//-,qu'on ren-

, contre dans gentilhomme tient à ce que ce mot est pour gentil homme

(vfr. gentil humf) « homme noble », gentil (de lat. gentilem) y étant

pris au sens « bien né, qui est de race ». Autrefois 17 y était mouillée et gentil se prononçait jantirW. Les deux mots se sont soudés et Torthographe du premier, protégée par la composition, n'a pas été modifiée. D'après la règle donnée plus haut il faut écrire jantillome par -//-, comme nous écrivons gentilldtre (qui deviendra jantillâtre). L'aspect de cette graphie ne doit pas surprendre : elle n'est que la résultante logique des règles relatives à la réforme du g doux, de la voyelle nasale en, de ïh muette et des consonnes doubles. On aura au pluriel ;anti$oin€$, conformément à la prononciation de gentilshommes et d'accord avec jantis, pluriel normal de gentil réformé en janti (§ 300).

§ 456. En raison du maintien du statu quo, les mots en -et//-, tels que conseiller, veiller, etc., gardent leur orthographe accoutumée. Elle ne sera pas en contradiction avec la règle posée au § 159, qui prescrit de substituer un e simple au digramme et sonnant e, car, en nous plaçant uniquement au point de vue scriptural, abstraction faite des origines, nous pouvons envisager ces formes comme offrant non un phonème e noté par et, mais : i^ un phonème e rendu par e (couse-, u-) ; 2p un phonème / mouillée rendu par -ill- (§ 451).

§ 457. 1, double rendue par 11. — La convention admise pour exprimer 1/ mouillée et à laquelle se rallie la règle du § 454 ne prête à aucune ambiguïté de lecture, sauf en ce qui regarde le polygramme -ill-, là où il est destiné à représenter t -h yod (mordiller, sautiller, etc.). Il devrait s'écrire -it//-, par analogie avec -aill-y-eill- (tailler,veiller), etc., qui représentent a + yod,e + yod, A la place de cette notation on a jugé bon d'en adopter une plus simple (-«//-), mais qui est moins précise, car dans notre orthographe ill a le défaut de répondre à trois prononciations différentes :

\o i+ Il double. Ex. : millénaire, millésime, titiller, ùlla, etc. ;

2» t -h /simple. Ex. : mille, milliaire, milliard, millième, millier, million, tranquille, distiller, ville, village, etc. ;

3<>t -I- /mouillée (j/orf). Ex.: charmille, millet Jonquille, apostiller, cheville, pillage, etc.

C'est un inconvénient auquel il est facile de remédier. Pour cela il suffira de noter par t/7 le groupe -ill prononcé t + / double. Ex. : mil'lénère, millésime, titiller, villa. Quanta -ill- prononcé i-\-l simple, nous savons déjà qu'il doit se noter par t7 (§252, l*»). Ex. : mile, milière,miliar, milième, milié, milion, tranqile, etc. De cette manière

aucune confusion n*est plus possible entre les trois valeurs Ul, il, et iy' du polygramme ill (op. rniVUnère, milié, et mille p. millet), et récriture s'en trouve à peine surchai^ée, car le nombre des cas dans lesquels on aura l'occasion de faire appel à l'apostrophe est des plus restreints.

§ 458. Homophones :

Ville écrit vile peut à la rigueur être confondu avec son homophone l'adj. fém. vile (v. § 57, 4o). Un bon moyen de concilier ces deux ennemis, le phonétisme et la clarté, serait de pourvoir le substantif d'un tréma (tn/e), employé en qualité de signe diacritique pour indiquer que ce mot n'a rien de commun avec Tadjectif : cet avertissement au lecteur serait suffisant. Si l'on n'en veut pas et qu'on tienne néanmoins à éviter l'homographie, il faut se résigner à garder la double // de ville ; sur ce point se reporter aux observations du § 256. Mais le recours à la notation v^le me semble préférable au maintien de tn/te, en ce qu'il permettrait d'établir une complète homogénéité graphique entre les divers membres du groupe réformé i^ïfe, vilasse (p.villace), vilaje, vilajois(y. § 561, 5o).

Le terme médical et botanique miliaire, réformé en milière, n'est pas de nature à faire amphibologie avec mi/ière p. milliaire (borne); mais, si l'on croit nécessaire de les distinguer, on pourra user du même procédé et écrire milière là où ce mot représente milliaire.

§ 459. Groupe -illi-. — Le polygramme 411- appelle une dernière remarque :

Dans un certain nombre de substantifs et de formes verbales -illmouillé est suivi d'un t. Ex. : bailliage, joaillier, groseillier, marguillier, médaillier; (nous) baillions, veillions, effeuillions, (vous) pilliez, souilliez, etc.

Autrefois cet i se faisait sentir partout; à présent on ne l'entend plus que dans les formes verbales, avec la valeur d'un • consonne : ainsi veillions, souilliez, se prononcent vèy'-yon, souy'-yé. Il n'y a pas à y toucher et l'on continuera d'écrire veillUms, souilliez, etc. (v.§203).

Dans les substantifs, au contraire, il a disparu de la prononciation familière tout en persistant dans l'écriture : joaillier, m/irguillier, médaillier, etc., s'articulent jwa-yé, marghi-yé, méda-yé. De cette disparition résulte aujourd'hui pour ces mots la fausse apparence d'une graphie -i//ê- (au lieu de -t//-) exprimant /mouillée, bien qu'en réalité il n'en soit rien : ce phonème a continué d'y être noté -t//-

comme par le passé, seulement il est suivi d'un i devenu muet. Ainsi qu'on l'a vu aux §§ 170 et 204, celte graphie maintenant incorrecte est à modifier: Vi muet doit disparaître et l'on écrira joillé, marguillé. De même médaillier deviendra médailler, en conservant son -r pour éviter toute chance d'amphibologie avec médaillé, part, passé du wh.médailler (v. §307). Mais bailliage, bien qu'il s'articule couramment ba-yaj, gardera son i (bailliaje), parce que la versification le scande ba-yi-aje.

M devant B, P, M.

§ 460. On sait qu'en français il est de principe que la nasalisation de la voyelle soit indiquée par une n devant toutes les consonnes, sauf devant fc, p, m, où elle Test par une m. Ex. : ambassade, comble, emplir, simple, immangeable, etc. Cette notation remonte au latin, dont la phonétique ignorait la nasalisation des voyelles. Elle est restée exacte dans notre langue jusqu'au moment où s'est produite l'évolution qui, de la fin du x® siècle au xvii®, a donné naissance aux voyelles nasales et a fini par les amener à l'état où nous les voyons. Aujourd'hui il n'existe plus pour nous de différence entre une voyelle où la nasalisation est indiquée par m et celle où elle l'est par n : am, em, im, om, um, de ambre, emploi, imbu, ombre, humble, ne sonnent pas à notre oreille autrement que an, en, in, on, un, de antre, entier, interdire, onde, brun.

Il n'y a pas de motif pour que la distinction graphique persiste là où la distinction phonétique a cessé de se manifester et les deux notations sont à fondre en une seule. L'm doit disparaître pour céder partout la place à Vn, qui deviendra désormais le signe unique de la nasalisation de la voyelle ^, et nous écrirons anfrre, anploi, inbu, onbre, unble, etc., comme on écrit antre, entier, interdire, etc. (v. §207, 2^^ note, et §§ 221, 233).

§461. Nous avons déjà dans l'orthographe officielle quelques spécimens de cette manière d'écrire, tels que nonpareil, bonbanc, bonbec, bonbon, embonpoint, on Vn de non, bon, a été maintenue devant les labiales b, p, par le souvenir des origines non pareil, bon banc, bon bec, bonbon, en bon point ^; seulement dans ce dernier mot, chef-d'œuvre d'inconséquence, on a eu le tort de changer en m

I Nous avons vu au § ^1 que l'Académie vient de donner à ce desideratum un commencement de satisfaction, en ce qui concerne l'expression de la nasalité par une n devant tn.

* Le picard dit encore « être en nn bon point » pour « avoir de l'embonpoint ».

Yn de en tout en conservant Yn de bon : il fallait écrire embompoint ou enbonpoint, mais ne pas faire un mélange contradictoire des deux graphies dans le même terme.

Du moment qu'on écrit nonpareil, bonbanc, bonbec, bonbon, on ne saurait se scandaliser des graphies nonbre, bonbanse, bonbe, bonber, bonbone, non plus que de ponpon, ponpe, ponper, et, de proche en proche, on est forcé d'avouer, si Ton est de bonne foi, que la persistance de Ym dans la notation des voyelles nasales devant 6, p, w, est un archaïsme à supprimer.

M devant S, T.

Ex. : Reims, comte.

§462. Nous venons d'examiner une m dont la présence devant les labiales est uniquement dictée par l'étymologisme. Il en est de même de celle qui figure dans Reims et comte. Contraire à la règle, rappelée plus haut (§ 460), qui veut que, devant une sifflante ou une dentale, la nasalisation de la voyelle se note toujours par 7ï, Ym n'est dans ces deux mots qu'une orthographe savante, due au souvenir du latin. Pour Reim^s, on a vu au § 232 qu'il est à réformer en Rins. Quanta comte, ce traitement ne lui est pas applicable. Le vfr. lui donnait la graphie correcte conte, d'après le lat. cowftem^, comme nous le faisons pour conter, d'après cornpiitare, où la nasale labiale m, mise en contact immédiat avec la dentale tparlachutedel'wetdup, s'est changée normalement en la nasale dentale n (v. § 381). Nous devrions restituer à comte son ancienne forme, mais nous en sommes empêchés par une raison de prudenceet d'utilité pratique qui nous oblige à faire une exception en faveur de la graphie défectueuse comte et à la garder intacte pour éviter la chance — d'ailleurs minime — d'une équivoque avec son homophone conte.

NG prononcé n mouillée.

§ 463. Cette notation anormale de Yn mouillée ne se rencontre que dans de rares mots en -ing empruntés presque tous à l'anglais, comme meeting : ils doivent être ramenés à nos conventions graphiques par la transformation de ng en gn et meeting s'écrira mitigne, ou mieux mitign (v. §§ 242, 298). On agira de même avec tous les mots en -ing sonnant -ign qui pourraient être introduits parla suite dans notre langue. Ce sera le moyen d'éviter l'établis-

* Comparer scmila, qui a donné sente et non ternie.

sèment de prononciations et de graphies défectueuses comme celle depoudingue (t. de géoL), d'après Tangl. pudding (§242). Lasting est également fâcheux: si dès le début on Teût phonétisé en lastign, on n'aurait pas aujourd'hui la mauvaise prononciation /ostmj' (§ 298). Pudding, dans le sens culinaire, ne Ta été qu'à demi sous la forme pouding; comme la prononciation pouding* ne règne pas saas partage et que beaucoup articulent correctement powdijw, il serait encore temps de transformer pouding en poudign.

NI prononcé n mouillée.

§ 464. Miniature, qui devrait se prononcer mini-ature, est en général articulé mignature. Cette façon de dire est infiniment plus répandue que l'autre à cause de sa plus grande commodité, et pour son dérivé miniaturiste Littré n'en indique même qu'une seule: mignaturiste. A la place de miniature, étymologiquement plus exact (lat. minium, miniare), mais moins conforme à la prononciation courante, il est tout indiqué de remettre en honneur la graphie mignature, si fréquente sous la plume des écrivains du xvn® siècle (§586, l'« note),

§ 465. En dehors de quelques noms d'origine biblique, comme Raphaël, Séphora, Joseph, pharisien, philistin, etc., cette graphie prend le plus souvent sa source dans le grec, soit que les mots où elle figure aient été tirés directement de cet idiome, comme phalène, phase, phénomène, philanthrope, phlegm^sie, phlogose, pholade, phonétique, etc. (de phalaîna, phasis, phainomenon, philanthrôpos, phlegmasia, phUh gàsis, phàlas, phônétikos), soit qu'ils nous aient été transmis par l'intermédiaire du latin, comme éléphant, orthographe, philtre, phrase, physique, etc. (lat. elephantum, orthographia, philtrum, phrasis, physica, de gr. elephas, orthographia, philtron, phrasis, phusiké).

Frère de Vf latine et descendant comme elle du bh ario-européen, le phi grec se prononçait p'A. Il sonnait encore ainsi du temps de Quintilien et c'est seulement à une époque beaucoup plus tardive que lui vint la valeur /"avec laquelle il se présente à nous dans le grec moderne. Le groupe ph dont nous nous servons pour le

^ Le ph n'a pas été traité au chapitre précédent, en compagnie des groupes ch, schy th (§§ 350, 392, 397), par la raison qu'il ne rentre pas dans la même catégorie. En elTet, ce n'est pas un digramme renfermant une consonne muette, mais un digramme servant à exprimer, concurremment avec le caractère /*, la spirante labiale sourde : le cas est tout ditlérent.

représenter constitue un anachronisme et une superfluité dans notre écriture : il y fait double emploi avec Vf et son maintien n'est que le résultat d'un préjugé aussi général et aussi tenace qu'inexplicable^. Il y a quelques années, lorsque des journalistes allèrent prendre Topinion des membres de l'Académie française sur le problème d'une réforme orthographique, la suppression du ph fut précisément un des points sur lesquels les opposants se montrèrent le plus énergiques. Elle souleva entre autres les protestations indignées du duc d'Aumale et de Leconte de Lisle : à les entendre, il semblait que ce fût là commettre une sorte de sacrilège, altérer « la physionomie des mots », leur ôter « leurs titres de noblesse », bref, déshonorer la langue (v. § 21). Et pourtant ce sacrilège, que de fois ne leur était-il pas arrivé de s'en rendre coupables à leur insu. Ils oubliaient que l'Académie ellemême l'avait dès longtemps couvert de son autorité et que nombreux sont les mots où le ph primitif est remplacé par une f ou même par deux, circonstance aggravante. En voici quelques-uns :

coffre de lat.

cophinum

faisan »

phasianum

flamme »

phlebotomum

flegme »

phlegma

flegmatique »

phlegm/iticum

frénétique »

phreneticum

orfroi »

aurum phrygium

girofle »

caryophyllon

greffe »

graphium

griffon »

gryphum

olifant »

elephantum

eufraise h. lat.

euphrasia

fiole »

phiola (class. phiala)

fantasm^agorie gr.

etc.

Pour être conséquents, ces fidèles du p-

phantasma et agoreuein

h auraient dû écrire cophre,

phaisan, phlamm^, phlegme, phlegm^tique, phrénétique, orphroi, giro-

phle, grèphe, gryphon, oliphant, eupkraise,

phiole, phantasm^gorie.

§ 466. Réglementation. — En nous montrant quelles libertés Tor- Ihographe officielle a déjà prises à l'égard de ce digramme suran-

' Le changemont du groupe phth en plU au lieu de fl en est un exemple curieux et bien caractéristique (v. § 397).

né,Ies exemples ci-dessus nous prouventdu même coup son inutilité et la facilité de son remplacement par f. Pourquoi ne pas écrire, en effet, apocrife, logogrife, sifon, comme griffon; éléfant comme olifant ; diafane, iérofante, comme fantasmagorie ; Eufrasie, frase, comme en fraise; faéton, fase, comme faisan; fibsofe comme fiole; frénoh^ue comme frénétique; ortografe, fotografie, comme greffe; o/icléide comme coffre?

Dans le vocabulaire scientifique rien de plus légitime et de plus nécessaire que de respecter scrupuleusement le ph (§ 591), mais pour tout ce qui tient au vocabulaire courant sa réforme s'impose de la manière la plus rigoureuse. Exception faite de rarissimes homophones comme philtre (lat. philtnim) et filtre (it. filtro), dont la différenciation exige le maintien de la graphie actuelle, il faut que le groupe ph s'efface devant f et qu'on écrive désormais afte, blasfème, eufémisine, Eufémie, eufonie, Epifanie^ Stéfanie, falène, falanje, fare, fénix, ftisie, fisionomie, orfelin, piroscafe, scafandre, etc.

Q final.

Ex. : coq, cinq.

§ 467. Ayant adopté c pour exprimer le phonème c dur partout ailleurs que devant e, i, nous écrirons coc et sine (§ 417), notations aussi naturelles que celles de choc ou de zinc.

Le vfr. écrivait coc ^. La forme ultérieure coq, due à l'influence du qu qui figure dans le dérivé coquet, n'est pas à garder. Il faut revenir à l'ancienne graphie, conservée dans un autre dérivé cocarde, c'est la seule qui soit bonne.

Le q decinq(\dii. pop. *cinque^ class. </M/n^tie) est conforme à l'étymologie, mais nous savons que ce n'est pas une raison suffisante pour le soustraire à la réforme, et d'ailleurs, s'il en était besoin, on pourrait s'appuyer sur un précédent fourni par l'orthographe académique, qui rend par un c le -qu- de lat. nnquam dans onc, vfr. onque : celui de quinque n'a pas droit à plus de respect.

Le q de cinq sonne toujours (stnfc') devant une voyelle, une h muette età la pause (((dw</élèves,dnq^hommes,ilssontdnq'))),mais il est muet (ain) devant consonne (« cinq chevaux, cinq soldats m), excepté lorsqu'il s'agit d'un nom de mois, dans une date. Ex. : « le d«ry (sink'l mai, le vingt-cinq (vint' sink')/Vrwr ». Conformément à la règle du § 281, ces variantes de la prononciation ne réagiront

* L'origine de ce mot n'est pas connue. Beaucoup d'auteurs y voient, avecDiez, une onomatopée.

pas sur sa graphie, qui sera sine dans tous les cas. Pour l'homophonie de cinq'ei saint devant un mol à initiale consonanlique, se reporter au § 229, 8.

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