‹ Étude sur la simplification de l'orthographeChapitre 41 sur 58 · QU · texte numérisé non relu

QU

§ 468. Ce digramme nous vient du latin où il s'articulait kw. Son u a commencé à tomber çà et là dans la prononciation dès la période latine et cette évolution n'a cessé de s'accentuer durant le moyen âge jusqu'à devenir la règle générale dans notre phonétique. La graphie officielle emploie le c concurremment avec lui pour exprimer le phonème c dur. Il a ce son devant toutes les voyelles, à l'exception, de quelques mots savants où nous le rencontrons avec la valeur kw devant a et ku devant a, e, i (§ 82, 2® note).

Nous nous trouvons donc sur ce point en face d'une double catégorie d'inconséquences : i^ inconséquences de la prononciation à l'égard du digramme qu susceptible d'une triple interprétation ik, kic, ku ; 2^ inconséquences de lajgraphie dans sa double manière de noter ici le phonème c dur : qu, c. En voici quelques exemples :

§ 469. Inconséquences de la prononciation. — !<> qu s'articule k devant a d^ns qualité, quartier, quadernes, quateme, quatre, fabriqua, marqua, parqua, etc. ; ku dans quinquàieul ; kw dans adéquat, aquatique, colliquatif, équateur, équation; quartil, quatuor, quinquagénaire, squale, squameux, etc., dans tous les mots en quater- (excepté quateme), dans tous ceux en quadru- (quadrumane, quadrupède, etc.) et dans la plupart de ceux en quadra-, quadri-, comme quadrature(i, degéom.), quadr angulaire, quadrilatère, mais il sonne Jkdans quadrature (i. d'horlogerie, qui s'écrit aussi cadrature), quadrant (t. de géom.), quadrille, quadrillion, etc.

2o qu s'articule k devant e dans équerre, séquestre, séquelle, question, quêteur, enquêteur, etc., et ku dans équestre, loquèle, questeur, questure, etc.

30 qu s'articule k devant i dans aquilin, équilibre, équille, équivalent, équinoxe, équitable, inquiétude, quinquenove, quinquet, équin, quinaire, quinte, Charles-Quint, etc., et ku dans aquiculture, équiangle, équidifférence, équidistance, équilatéral, équitant, quiétude, quinquagénaire, quinquennal, quintette, quintuple, Quinte-Curce, Quintilien, etc.

§ 470. Inconséquences de la graphie. — Le qu étymologique est ; DuTENs. — Étude sur la simplification de l'orthographe. 22

remplacé par c dans car (lat. quare) cancan (quanquam) encan (in quantum)

écarter (de é et quart)

écarteler p. écarterer (de quartier)

carillon (* quatrinionem)

carnet (dimin. tiré de quatemum)

cadre (it. quadro, de lat. qua-

drum) carrefour (quadrifurcum) cadran (m. étym. § 264, 3<>) carême (quadra^esima, § 17, 4°)

carré (quadratum)

cote (quota)

aucun p. auqu'un, de vfr. auque

(aliquem) et i/n coi (*quetum, class. q^wiett/m) comm^ (quomodo) casser (quassare)

Au sujet de ce dernier mot il n'est pas hors de propos de faire remarquer qu'en réalité il existe dans notre langue deux verbes casser^ Tun qui signifie « briser », l'autre « annuler ». Le premier vient de lat. quassare, le second de cassare, terme de droit romain qui dérive de Tadj. cossus « vain, nul ». Littré a omis de signaler cette double origine. La distinction est du reste sans importance pratique, car il n'y a aucune amphibologie à craindre.

§ 471. Les verbes en -quer, -cre, fournissent aussi leur apport de contradictions, à l'exemple des verbes en -gtier examinés au § 435. Leurs participes présents en -quant s'écrivent par -cant lorsqu'on les emploie en qualité de substantifs ou d'adjectifs : c'est ainsi que, dans ce rôle, fabriquant, vaquant, containquant, deviennent fabricant, vacant, convaincant (^iliy note). Comme non-sens cela parait déjà suflisant, mais notre orthographe ne s en tient pas là et elle a trouvé le moyen d'enchérir en introduisant de nouvelles contradictions au sein même des premières. D'après la règle qu'elle a établie touchant l'usage du qu et du c dans les conditions synlactiques sus-indiquées, on s'attendrait à voir les participes

maintenu dans qualité (lat. qualitatem) quand (quando) quant, quantité (quantum,

quantitatem) quart (quartum) quartier (de quart) quatre (quattuor) quateme (quatemum) quademes (it. quademo, de lat.

qUrOtemum) qttadrillion (tiré de quadrus) quadrant (quadrantem) quarante (quadraginta,

^quaranta) équarrir (de é et carré) quote-part (quotam partem) aliquote (tiré de aliquot)

quoi (quid)

quolWet (quodlibet)

quasi (it. quasi, de lat. quasi)

pratiquant, choquant, marquant, de\emr praticant, chocant,marcant, dans les formules telles que celles-ci : « C'est un pratiquant, il est pratiquant, cela est choquant, c'est un homme marquant »; or, il n'en est rien et ces mots gardent invariablement le qu dans leurs divers emplois. On écrit un trafiquant et un fabricant-, à toquer répond toquade, mais à embusquer, embuscade. De parquer, plaquer, mastiquer, on tire parcage, placage, mmticage, mais de dépiquer, dépiquage. De môme nous avons piquage de piquer, mais d'autre part celui-ci fournit également picot, picoter, et non piquât, piquoter. Critiquer, remarquer, risquer, manquer, nous donnent critiquable, remarquable, risquable, immanquable, istndis que pratiquer, expliquer, confisquer, donnent praticable, explicable, confiscable.

Ajoutons que le polygramme qua ne peut même pas se réclamer ici de l'étymologie, ces verbes provenant de verbes latins en -care comme fabricare ou en -cere comme vincere : les mots en -quant issus d'une autre source, comme délinquant du vb. délinquer (lat. delinqu^re) sont exceptionnels ^ . Bref, nous sommes en présence d'une complication inutile, arbitraire, et qui doit forcément disparaître, car elle ne s'appuie sur aucun raisonnement plausible.

§ 472. Réglementation. — Si la situation ne laisse pas d'être embrouillée, heureusement du moins n'est-elle pas inextricable. La réforme en est même assez facile et, pour sortir d'embarras, il suffit de régler de la manière suivante l'emploi du r et du 9 en tant que notation du c dur :

1« qu prononcé k devant e, i, s'écrira q, avec suppression de Vu. Ex. : qe, qel, qi, fabriqe, éqipe;

2» qu prononcé k devant les digrammes ai, ay, sonnant é, hf, s'écrira q\ ce cas rentre dans le précédent, puisque ces digrammes doivent être remplacés par é, èi, {§§ 92, 101). Ex.: qé, qèiaje (p. quai, quayage) ;

30 qu prononcé ku devant a, e, i, s'écrira eu. Ex. : cuinameul, écuestre, écuitant 2 ;

40 qu prononcé k devant a, 0, u, s'écrira c. Ex. : çarante, catorze, sincante, fabrica, fabricons, fabricant (part, prés.), qelcun;

50 qu prononcé kw devant a s'écrira par c suivi du digramme oi.

^ Délinquant a été substitué à rancicnne forme délinquenl tirée directement de delinquem.

2 Pour les noms propres comme Quinte-Curce, Quintilten, etc., qui appar* tiennent à l'histoire ancienne et (|ui, à ce titre, doivent rester inaltérés, v. ci-dessous § 579.

Ex. : écoitcur, coidrangk, coidrllathre (p. équateur, quadrangle, quadrilatère).

Celte réglementation posée, voici maintenant les considérations sur lesquelles elle s'appuie :

§ 473. Qu prononcé k devant e, i.— Cette notation du c dur devant e. i , est à conserver, seulement elle doit s'alléger de son m. Celui-ci avait sa raison d'être chez les Latins, où il était prononcé ; il n'en a plus chez nous, où il est devenu muet. C'est un parasite encombrant dont il faut débarrasser récriture : q pour qu sera très préférable au k par lequel on a proposé de le remplacer (ke,kel^ki. etc.). Il en possède toutes les qualités, puisque, ayant partout comme lui le son du c dur, il ne peut prêter à aucune ambiguïté de lecture, mais en même temps il a cette supériorité de ne changer presque rien aux habitudes acquises : il y a bien moins loin de quh q que de quk k. Cette graphie, qu'Etienne Dolet réclamait dès 1540, constituera donc une excellente simplification^.

§ 474. Qu prononcé ku devant a, e, i.— Accoutumés que nous sommes aux groupes eue, eut, dans écuelle, écuisser, acuité, cuire, cuisine, Alcuin, etc.,la substitution de ces mêmes groupes à que, qui, dans écuestre, locuèle, cuesteur.écuidistant, écuilatéral, cuiétude,eiC',, n'est pas faite pour nous surprendre. Quant à la prononciation kna de -qua- dans quinquàieul, c'est un cas isolé dont l'écriture se règle tout naturellement par voie d'imitation sur celle des autres mots où qu sonne ku.

On alléguera sans doute que, dans équHatéral, équidistant, équimultiple, etc., la notation p'cvii- aurait le défautde rompre la relation graphique avec les autres mots où se présente le même élément équi' (de lat. sequus) prononcé ^fei-, comme équilibre, équivalent, équinoxe, etc. Les notations écuilatéral et éqilibre, écuidistant et éqivalant, êcuimultiple et éqinoxe, ne laisseraient plus transparaître la similitude d'origine ; il en serait de même pour caiétudc, oblicuité, locuèle, écueslre, en regard A'inqiHude, obliqer, séqèle, semestre,

La critique n'est pas sérieuse, car nous rencontrons dans lorthographe usuelle des faits sinon identiques, du moins très voisins, dont nous sommes si peu troublés qu'ils n'attirent même pas notre attention. N'avons-nous pas roi (lat. quietum, pop. * quelum), au lieu de quoi, en regard de quiétude (lat. quietudo) ? Qui s'en préoccupe ? Personne. Or, la distance de cuiétude à inqiétude n'est

1 Pour le remplacement par g du c dur plac(^ devant ai, ve^ a?if, v. § 410.

pas plus grande que celle de coi à qiétude. De lat. coquus nous avons lire queux, de cocina, variante de coquina, nous avons fait cuisine et, bien que les deux mots soient puisés à la même source, nous n'éprouvons pas le besoin d'écrire quisine (xn«-xiii®s.) pour mieux faire sentir leur parenté. Couard est un dérivé de queue, d'après l'ancienne forme coe (de lat. C4)da, variante de cauda), et cependant nous ne prenons pas prétexte du qu- de ce dernier mot pour écrire quouard, à l'instar de qu^ailler, autre dérivé de queue ^. Ces exemples nous montrent bien qu'il n'y a pas davantage à nous émouvoir des relations locuèle : séqèle, écuestre : séqestre, oblicuité: obliqer, et autres semblables, et qu'on ne saurait y trouver un motif de rejeter la modification proposée.

§ 47i). Toutefois si, se fondant sur le chiffre minime des mots en qu prononcé ku pour refuser de les réformer, on persistait à vouloir conserver leur notation actuelle, il serait peut-être utile de leur faire subir une amélioration pareille à celle du digramme gu ( § 436 ) et consistant dans l'adjonction d'un tréma sur Tu, de manière à en assurer la prononciation correcte : en regard de séqestre, éqère, Cqin, éqinoxe, éqilibre, etc., on écrirait équestre, éqûitant, éqiiiangle, rqûilatéral, etc. (v. § 361, 3»). Ce n'est pas que cette addition soit strictement indispensable, car la présence de lu d'un côté (équestre, èqnitant, etc. ), en opposition avec l'emploi du q simple d'autre part {séqestre, éqilibre,- etc.), devrait suflire par elle-même à indiquer une différence de prononciation. J'ai cru néanmoins qu'il fallait signaler le procédé comme un expédient destiné à épargner les chances d'erreur aux lecteurs les moins attentifs, tout en faisant observer que celte conservation exceptionnelle de la graphie académique, aflectée ou non du tréma, ne peut constituer qu'un pis aller 2. C'est une solution bâtarde que je ne saurais recommander et qui est fort loin de valoir l'acceptation franche et complète de la réforme du digramme qu en eu.

§ 476. Ici se pose une question supplémentaire d'une nature assez dé.li-

^ Là encore nous avons un spécimen intéressant des contradictions de l'orthographe oflicielle. A cùié àc qnoailler il y a couaille, qui se rattache également à queue et qui a été formé comme couard d'après le vfr. coe. On voit que, de ces deux mots si proches par la structure et par l'étymologie, l'Académie écrit l'un par un c- et l'autre par un qu-. Il faut les ramener à l'unité en remplaçant quoailler par coaiUer, ainsi qu'il a été dit au § 170.

* En rapprocher ce qui est dit plus bas ( § 479) de la notation qùa employée pour rendre le phonème kwa.

cate: cette réforme est-elle applicable aux mots latins passés dans l'usage courant, comme àqtiiu, quibus, quidam? Evidemmeni des notations telles que à cnia, cuibus, cuidam, auront tout ce qu'il faut pour scandaliser avec raison un latiniste, mais ce latiniste devra se souvenir que sur d'autres points l'Académie sanctionne des incorrections tout aussi graves. Elle écrit, par exemple, « des calm (altération de callus), des pensumsy des spécimens », au lieu de calli, pensa, specimina; elle fait un substantif de l'impératif sg. mémento et elle lui donne un pluriel mémentos; elle dit: « un quolibet, des quolibets », au lieu de « un quodlibet, des quœlibet »; elle accepte que l'ablatif plur. quibus devienne un substantif sg. ( « avoir du quibus » ) ; enfin elle dote quidam d'un féminin barbare quidane {issu de la prononciation vicieuse kidan), au lieu dequœdam. En agissant ainsi elle considère que ces mots sont devenus français, grâce à la fréquence de leur emploi dans le langage usuel, et, à ce titre, elle leur impose les mêmes conditions grammaticales qu'aux mots de création réellement française, sans se préoccuper d'en faire ou non des barbarismes. Nous avons donc le droit de nous regarder comme autorisés par ses procédés à faire subir la réforme aux autres expressions latines citées plus haut et à écrire cuia, cuibus, cuidam (v. § 207).

§ 477. Qu prononcé k devant a, o, u. — Lui substituer partout un c ne sera que généraliser une notation déjà existante et dont les spécimens abondent dans l'orthographe officielle. En écrivant cand, cant, cantité, car (p. quart), cartié, catre, catorze, cateme, cademes, cadrant, carante, écarir, -cote part, alicote, casi, coi (p. quoi, de lat. quid), etc., nous ne ferons que suivre l'exemple des mots cités au § 470 (cancan, encan, car, carré^ , écarteler, etc.), dont les origines sont identiques ou analogues et dans lesquels ne se retrouve pas le qu étymologique.

Même observation touchant calité, cocar, cocâtre,qelcun:i^l^gVR' phie cal- de calité p. qualité (lat. qualitatem) est l'homologue de celle de car p. quar (lat. quare); 2^ cocar et cocâtre p. coquard, coquâtre, sont modelés sur cocarde et cocardeau p. coquarde, coquardeau, dérivés

* Gomme ou l'a vu au §448, le qde lat. quddratum, vfr. quurré, a laissé sa trace dans leî que la langue des calculs emploie on quaUté d'abréviation du mot « carré », C'est une expression conventionnelle que nous devons respecter comme le s 1**, le ^, de « centimètre, hectare, kilogramme, kilomètre », etc. ; il n'y a pas à y toucher, d'abord pour les motifs généraux allégués plus haut {§ 367, 4*, et § 420, 4) relativement à nos désignations métriques, ensuite parce que la graphie ', si on la substituait à i , ferait confusion avec le «^ de « cube » (§ 448).

l*un et Tautre de coquard; 3<> qelcun p. q\œlqu*un correspond exactement à axicun p. auqu'un.

A la vérité la notation qelcun présente un défaut: le sg. qelcun^ privé de son apostrophe et ne formant plus qu'un seul mot, cessera de se trouver en harmonie avec le plur. qelqes uns, où les deux éléments qelqe et un ne sont pas fondus ensemble comme c'est arrivé pour aucun, si bien réduit à Tunité que son pluriel est aucuns. Mais on aurait tort, je crois, de se laisser arrêter par ce désaccord graphique entre les deux nombres. Dans Tétat actuel de la langue quelqu'un, aucun et chacun (la t. pop. *cascunum p. ^quiscunum, de quisque et unus) forment un groupe trop parfaitement homogène et où nous sentons trop bien la similitude des origines pour que l'identité d'écriture ne s'y impose pas d'elle-même.

Rappelons enfin qu'avant de posséder l'orthographe que nous leur appliquons aujourd'hui, cadran, cahier, caille, cancan, car, carcan, carême, carré, carreau, convaincant, cote, écarter, encan, etc., se sont longtemps écrits quadran, quaier, quaille, quanquan, quar, carquan, quaresme, quarré, quarreau, convainquant, quote, équarter, inquant.

Cette réforme s'appuie donc sur des précédents aussi nombreux et aussi sérieux qu'on peut le souhaiter et elle s opérera d'autant plus aisément que la perturbation amenée par elle dans la routine de notre écriture sera presque insensible, car les mots où, devant a, 0, u, le phonème c dur est encore exprimé par qu constituent une trèsfaible minorité relativement aux mots de même provenance dans lesquels, au contraire, le c a pris la place du qu primitif.

A la réforme de la graphie qu + u- en eu- se rattache celle de piqûre. En effet, le groupe -qû- y est une contraction graphique pour -quu-, ce mot représentant ptqruwre (écrit au xvi® s. piqurcure) : nul doute qu'il ne faille le simplifier en picure, avec suppression de l'accent circonflexe, sans effet sur sa prononciation (v. §546). Pic-ure est à piqu-eur comme vainc-u est kvain^u-eur; c'est une notation des plus normales et aussi légitime que le sont aujourd'hui pic-ot, picoter (xvi® s. picquoter), en regard du primitif piqu-er, et vac-ant, fabric-ant, par rapport à vaqu-er, fabriqurcr.

Il est presque superflu d'ajouter que la particule qu^ élidée en qu' devant an, un, etc., devra rester telle qu'elle est, c'est-à-dire qu'on écrira q*on, q'un, et non c'on, c'wn. Autrement on se trouverait amené à avoir pour elle une double graphie : 1<> c' devant un mot en a',0-, u-, initial (c'après,,., c'on,.., c'un.,.); 2^ q' devant un mot en e-,i- (q'en.,,,, q'ii.,,). Or, considérons qu'il ne se produit pas de

fusion entre elle et le terme qui la suit; elle en reste distincte et se borne à subir Télision, tout en gardant son individualité. On peut donc lui. appliquer ce principe général qu'une expression donnée ne doit avoir qu'une seule graphie (§ 27), et il n'existe pas de motif pour la soumettre au même traitement que le digramme qu figurant en iéte ou dans le corps d'un mot à titre de simple élément alphabétique (calité, alicote, sincante^ etc.).

Le pronom relatif que, là où il s'élide en qu' devant un mot à initiale vocalique, comporte naturellement les mêmes observations : il s'écrira toujours q\

Quiproquo (écrit qui pro quo par l'Académie, 1694-1740, d'après le lat. scolast. quid pro quod) étant complètement passé du latin au français, il y a lieu de lui appliquer la réforme et de l'écrire qiproco, en vertu des arguments exposés au § 476; puis, ce point une fois atteint, rien ne s'opposera à ce que statu quo, prenant modèle sur qiproco, se soude à son tour et s'écrive finalement statuco (V. § 533).

§ 478. Qu prononcé k-w devant a. — Ecoiteur, coidrilatère, coidrangle, etc., surprennent bien un peu au premier abord, mais il n'y a pas d'opposition valable à y faire, du moment qu'on accepte d'une part l'extension de la graphie usuelle oi à tous les mots dans l'intérieur desquels figure le phonème wa (v. §§170-172, 180, 439) et de l'autre la représentation du c dur devant o par eau lieu de qu, comme dans coi, cote, p. quoi, quote (de *quetum, quota, § 470). Dès lors il est logique que le phonème kua se note coi; c'est le correspondant de la notation goi p. gua qui a été étudiée au § 439 *.

Cette graphie rompt pour l'œil la relation entre des mots de même origine quoique de prononciation différente où, dans l'orthographe officielle, cette relation est restée jusqu'ici bien sensible, grâce au maintien du digramme qu devant a. Ex. : quartier et quartil, quateme et quaternaire, etc. Aussi pourrait-on être tenté de lui adresser la même critique qu'au remplacement de qu prononcé ku par CM (§ 474). Mais l'objection tombe d'elle-même si l'on réfléchit que, dans l'orthographe réformée, quartier, quateme, et autres termes de même sorte, doivent s'écrire cartié, cateme : par suite, la distance qui les sépare de coirtil, coitemère, se trouve notablement réduite et leur différence d'écriture ne frappe plus le regard autant qu'elle le ferait si l'on conservait le qua- de quartier, quateme^ en face du coi- de coirtil, coitemère,

1 En réalité Taspect de ces graphies n'a rien de plus étrange que celui de coiffe, coite, écoine, écoiner, etc.

§ 479. Dans le cas où, refusant de se rendre à ces arguments, on rejetterait la réforme de qua en ca et cot, pour s'obstiner à maintenir ce polygramme, il faudrait au moins consentir à en spécifier la double prononciation au moyen d'un u affecté de l'accent grave : qàa-, A quadrant, quadrille, quartier, quateme, etc., on opposerait quadrature, quadrilatère, qùartil, qùatemé, etc. L'n existant dans notre alphabet, son emploi dans cette circonstance aurait l'avantage de permettre de recourir à un signe diacritique sans nécessiter la création d'un nouveau caractère.

Ceci pourrait également avoir lieu dans le cas où, tout en concédant la réforme du qua prononcé ka en ca (cadrille, cateme, etc.), on persisterait cependant à garder le qua prononcé kwa(quadrilatère, quatemé, etc.); autrement on serait peut-être, dans une certaine mesure, en droit de craindre que la présence du groupe qua dans les seuls mots où il s'articule kwa ne suffît point à avertir le lecteur, encore imbu des souvenirs de l'ancienne graphie. L'accent grave de qùa lèverait alors tous les doutes.

Seulement je répéterai ce que jai dit au sujet de que, qiii (§ 475) : c'est une solution bâtarde et il vaut beaucoup mieux, pour n'avoir pas à user de ces expédients, adopter d'emblée la graphie coi, la seule vraiment recommandable au point de vue de la simplicité.

§ 480. Homophones :

QMarfrânf(t.degéom.«quartde circonférence )))gardera \equ pour ne pas se confondre avec cadrant a instrument de lapidaire », qui de son côté se différenciera de cadran (t. d'horlog.) grâce au maintien de son -t final (§ 329, 40). Ces trois mots ont une étymologie commune (lat. quadrantem), mais la différence de leurs significations rend nécessaire de leur conserver des graphies distinctes.

De môme l'existence dja terme de pêche colibet (à écrire colibè) doit peut-être mettre obstacle à la régularisation de quolibet « raillerie » en colibè, bien que l'amphibologie y soit fort peu probable, mais on pourra tout au moins le simplifier en qolibè.

Quart, quarte (de lat. quartum, quartn), s'écriront car, carte : il ne peut en résulter d'équivoque ni avec la conj. car, ni avec le sbst. carte (de lat. charta).

Quoi, pronom et interjection, s'écrira coi sans inconvénient : ses fonctions syntactiques sont de telle sorte qu'elles l'empêcheront toujours de se confondre avec l'adj. coi. Ses composés pourquoi, quoique, seront de même simplifiés en pourcoi, coiqe.

Quote (de lat. quota ), dans quote-part, doit devenir cote, comme

cela a déjà lieu dans cote (m. étym.), et ni l'un ni l'autre ne peut faire équivoque avec cotte (vfr. cote, d'un radical germ. kott-, m. sens), où le maintien du double tt prévient toute amphibologie, et d'ailleurs cote part ^ (p. quote-part) forme une expression composée impossible à confondre avec aucune autre.

S intervocalîque prononcée sonore.

§ 481. Quant -s- se trouve entre deux voyelles, dont la première n'est pas une voyelle nasale (v. § 387, note, et § 506, 2), la règle est de lui donner le son d'un z (s « douce » ou « sonore » ). Les exceptions sont très rares : il en sera question au §484.

On a proposé de modifier ce procédé : Ys sonore serait partout exprimée par un z (azile, bezogne, peloiize, etc.), tandis que le caractère s serait réservé pour rendre le phonème s sourde. Ex. : asurer, hiser, fosé, mouse, etc., p. assurer, bisser, fossé, mousse. Mais il ne faut pas songer à opérer cette réforme, quelques arguments qu'on puisse alléguer en sa faveur. Provisoirement elle est irréalisable à cause de la perturbation profonde qu'elle apporterait dans nos habitudes de lecture (§ 483).

§ 482. Nous devons distinguer, en eflet, deux sortes d's sonore intervocalîque : fo celle qui figure soit à l'intérieur du mot, comme dans asile, base, besogne, etc., soit à la fin, en liaison, après a, i, o, w, et e non muet (é, è), comme dans bas, gris, gros, refus, tombés, succès, etc. ; 2o celle qui figure à la fin du mot, en liaison, entre un e muet et la voyelle initiale du mot suivant, comme dans « asiles ignorés, bases inébranlables, besognes importantes ».

La première serait aisée à transformer en z : blouze, brazer, contuzion, lizeron, nazal, pelouze, écluze, et autres semblables, sont des graphies auxquelles nous^nous ferions vite. Des formes telles que « de baz en haut, des bontéz infinies, des criz horribles, un repoz absolu, un refuz impertinent », etc., pourraient se faire accepter de même sans trop de résistance.

Mais il en va tout autrement pour la seconde, c'est-à-dire pour la substitution du digramme -ez partout où nous employons -es, La raison en est simple. Outre les valeurs -è, -èz (en liaison), qu'il présente dans ces, des, les, mes, ses, tes, le groupe -es a deux prononciations, il sonne : 1^ ez' (e muet + z) en liaison, comme dans « tu chantes (chante-z') avec art »; 2^ e muet devant consonne,

1 Pour la suppression du tiret, v. § 518.

comme dans « lu chantes (chante) gafmenl». Ceci, du moins, dans la diction soutenue, car dans la diction courante Te muet disparaît le plus souvent et Ton dit « tu chant' z avec art, tu cliant' gaîment ». De même à la pause : « il faut que tu chanter (chant') ». Or, ici rien de pareil ne se produit pour la finale -ej. Actuellement, en dehors de quelques cas exceptionnels (§ 505, !<>), elle n'a que deux prononciations : éz' en liaison, é devant consonne ou à la pause. Ex. : (( chez (chez*) eux, chez (ché) nous ; vous serez (serez') estimés, vous serez (seré) malheureux », etc. Si donc nous remplacions à la finale le digramme -es par le digramme -ez, nous serions obligés de donner à celui ci, — en sus des valeurs é, éz\ qu'il possède déjà, — les deux valeurs e muet et e-z* du premier. Ainsi, dans « lu chantes avec art » comme dans « l\x chantes griment, il faut que tu chantes », nous aurions à employer uniformément la notation chantez pour respecter le principe, établi au profit de la simplicité de l'orthographe, qu'un même mot ne doit avoir qu'une seule graphie (§ 27), et nous devrions donner à chantez les prononciations chantez' dans le premier exemple'et chante dans les deux autres.

Nous aboutirions au même résultat dans les pluriels de substantifs et d'adjectifs en -e, tels que crimes, épouvantables, etc. : il nous faudrait écrire crimez épomantablez et épouvantabkz crimez ce que nous prononçons crimz épouvantabl', épouvantable crim\

On voit quelle confusion introduirait dans nos procédés de lecture ce manquement à la règle du § 66, 3», qui prescrit d'éviter par-dessus tout de donner des valeurs nouvelles aux notations déjà existantes. La conclusion, c'est que tout changement dans la notation de Ys intervocalique prononcée sonore serait prématuré et qu'il faut pour le présent nous en tenir à la graphie en usage.

§ 483. Par voie de conséquence, gardant le caractère s pour exprimer Vs sonore intervocalique, nous sommes contraints de rejeter la notation de Ys sourde intervocalique par s (§ 481). Celle-ci, du reste, imposerait à nos habitudes une transformation plus difiicile encore à accepter que la précédente : il est certain que nous trouverions fort malaisé de nous accoutumer à écrire braser, caser, viser, lise, rose, ruse, etc., au lieu de brasser, casser, visser, lisse, rosse, russe,

S intervocalique ^ prononcée sourde.

§ 484. Ex : bisacramental, contresens, contreseing, contresigner, entresol,

i Ne pas oublier qu'ici Texpresslon « intervocalique » est prise dans le sens de

resaluer, resigner, résonner, rraisemblable, préséance, présupposer, désuétude, réséquer, décasyllabe, monosyllabe, polysyllabe, hatresac, parasol, etc.

Cette notation tient à lorigine même et au mode de formatioi^ des mots où on la rencontre {bi p,bis et sacrement ; contre et sens, seing, signer; entre et soles; re et saluei\ signer, sonner; vrai et semblable ; lat. prœ et séance, supposer; lat. desuetudo, resecare, decasyllabus, monosyllabus, polysyllabus, de gr. decasullabos, monosullabos, polusullabos ; ail. haber-sack; il. parasole).

Elle est exceptionnelle, fort heureusement, car elle prêle à Téqui- Yoque, se trouvant en désaccord avec la règle générale qui veut que dans notre langue une s simple intervocalique soit lue sonore (5^ 481). 11 est irrationnel d'avoir la même graphie pour des prononciations aussi disparates que celles de désuétude, parasol, préséance, pi'ésupposer, réséquer, etc., et de désunir, parasite, préserver, présumer, réséda. Cela contribue à altérer la prononciation, par suite de la réaction de récriture sur la parole. Ainsi, au lieu de continuer à s'articuler correctement comme assourdir, abasourdir est devenu maintenant pour la plupart abazourdir et beaucoup disent à tort préséance pour préséance,

§ 485. Réglementation. — Ce défaut est à corriger par la substitution du digramme -ss- à Y s simple partout où elle sonne sourde entre deux voyelles. L'orthographe officielle nous en donne l'exemple dans un certain nombre de mots où elle rend de cette manière une -s- étymologique à laquelle notre prononciation donne la valeur d'unes sourde. Ex. : dissyllabe, unisson, pressentir, desservir (\tr. deservir), dessiccation, ressasser, ressauter, ressembler, ressentir, resserrer, resservir, ressortir, ressouvenir, ressuer, dessus, dessous, des- S' cher (vfr. desecher), desseuvrer (p. déserrer, de vfr. deseitrer,), etc. A ne consulter que les origines, ces vocables devraient s'écrire disyllabe, unison, présentir, déservir, désiccation, resasser, resauter, rcsembler, resentir, reserrer, reservir, resortir, resouvenir, resuer, desus, desous, désécher, désctrer (de lat. dlsyllabum, unisonum, prsesentire, deservire, desiccationem ; f r. re et sasser, sauter, sembler, sentir, serrer, servir, sortir, souvenir, suer ; de- et sus, sous: dé- et sécher, serrer,

« située entre deux voyelles dont la première est une voyelle orale ». Nous savons en effet (§ 387, note), qu'en se plaçant au point de vue non plus phonétique, mais scriptural, on considère l's simple précédée d'une voyelle nasale (ex. : danser, penser, pinson, réponse) comme succédant à une consonne (-w-) et qu'à ce titre, d'après nos conventions de lecture, elle reçoit la prononciation sourde bien qu'en réalité elle se trouve entre deux voyelles.

Ces exemples, en contradiction formelle avec leurs homologues du § 484, constituent un précédent sur lequel nous pouvons légitimement nous appuyer pour décider que Vs sourde intervocalique, c'est-à-dire placée entre deux voyelles dont la première n'est pas une voyelle nasale (§ 481), ne se notera plus jamais -s-, mais -ss-. On écrira donc déssuétxide^ presséanse, ressaluer,resson€r,monossillabey etc. , à rimitation de TAcadémie, lorsqu'elle écrit dessus, pressentir, res sasser, ressortir, ressuer, dissyllabe, unisson, etc. ^

§ 48G. On a vu au § 153 que e devant ss dans les mots en dess-, ress-, se prononce tantôt comme e muet (dessus, resservir), tantôt comme é (desservir, ressuyer) ou è (desserte). L'écriture ne distinguant pas ces nuances, j'ai déjà fait remarquer qu'il serait bon de pourvoir suivant les cas Ve de dess-, ress-, d'un accent aigu ou grave, à l'efïet de maintenir une prononciation correcte. Ex. : desservir, dessiner, déssuétude, réssuier, desserte, dessin, etc., en regard de dessin, dessous, ressaluer, ressoner, etc. En même temps il demeurera convenu que les mots en dess-, ress-, s'articuleront toujours par e muet lorsqu'ils n'auront pas d'accent : de cette façon la lecture n'en comportera ni obscurité ni erreur (v. § 550, 2o).

§487. Le groupe -5s- a, nous le savons, le défaut de s'articuler tantôt comme une s simple (assister, session, essart, etc.), tantôt comme une s double (assimiler, sessile, essence, etc.), sans que rien dans lé criture nous avertisse de la différence ; de là chez quelques personnes une incertitude relativement à la manière de prononcer tel ou tel mot où figure ce digramme. L'insertion d'une apostrophe partout où il est articulé s-s est, je le rappelle, le meilleur moyen de parer à cet inconvénient. On écrira donc as'similer,ses'sile, etc. Inutile d'insister plus longuement sur cette question : elle a été traitée avec les développements nécessaires aux §§ 386, 4», et 387.

S finale prononcée sourde.

§ 488. Comme nous lavons vu au chapitre V (§§ 309 et ss.), dans la plu-

1 II est à peine besoin d'ajouter que réciproquement le groupe -s>- succédant à V-tt- d'une voyelle nasale devra être remplacé par -s-, notation normale dans notre écriture du phonème s sourde venant à la suite d'une consonne. Cette graphie ne se rencontre que chez les imparfaits du sub]onctif comme tinmae, vinsse et leurs ôériyés obtinsse, retinsse, revinsse, convinsse, on souvenir de la désinence -B»em du latin (tenui8sem,venissem, etc.). Elle est donc à simplifier en -s-, puisque la lecture n'en peut être ambiguë, et l'on écrira tinae, vinse, tinsions, cinsiona, etc., comme on écrit intense, pentie, tension, pension, etc.

part des mots en s cette finale reste muette devant consonne et ne se fait même pas toujours sentir devant un mot à voyelle initiale. Ex.:

1° as, créas, scindas (des vb. avoir, créer, scinder), bas, damas, chas; agrès, cyprès; bis (adj.), taudis, lis (du vb. lire), haïs (plur. de hai); pianos (plur.), Iiéros; abus, inclus, camus, etc. ;

2o les noms propres tels que Lu^cas, Judas, Thomas, Ancenis, Denis, Paris, etc.

Mais à côté de ces mots il en est d'autres, en quantité beaucoup moindre, où ï-s finale sonne toujours sourde devant consonne comme devant voyelle. Ex. :

lo as (sbst.), pancréas, vindas, hélas ; florès, ahès, kermès;bis (adv.), jadis, lis (sbst.), mais; mérinx)s, albatros; rébus, calus, humus, etc.;

29 les noms propres tels que Arcas, Léonidas, Damas, Tunis, Iris, Ana^is, Hermès, Damoclès, Danaiis, Argus, etc.

Notre orthographen'indique pas cettedifférence de prononciation. 11 y aurait avantage, semble-t-il,à la caractériser par un signe, pour empêcher que de fausses analogies ne s'établissent entre les mots en -s finale et conserver à ceux-ci une articulation correcte. On pourrait, dans ce but, affecter partout d'une apostrophe \s finale sourde et écrire as*, lis\ bis', rébus , etc., en regard de (tu) as, (tu) lis, bis (^d].),abus, etc. Cette addition n'est pas absolument nécessaire, puisque nous nous en sommes passés jusqu'ici. Il est donc loisible de la repousser, si l'on craint d'ajouter une surcharge à l'écriture, mais on ne saurait nier qu'elle soit apte à rendre des services et qu'en fait la surcharge soit minime, du moment qu'on se limite aux termes du vocabulaire courant, car on peut à la rigueur laisser de côté les noms propres et dès lors les mots auxquels l'apostrophe demeurerait applicable sont en très petit nombre.

SH prononcé ch chuintant.

Ex. : shako, fashûm, shilling, mackintosh, shérif,

§ 489. L'emploi de ce digramme est exceptionnel et les très rares expressions où on le rencontre sont d'origine étrangère : shako vient du hongrois shako; fashion, shilling, mxickintosh (que nous prononçons facheun', cheUn, m/ikintoch') et shérif viennent de l'anglais. Le sh doit subir la même réforme que le sch et par les mêmes motifs (v. § 391). 11 esta remplacer par ch, ainsi que l'orthographe officielle la déjà fait dans châle, de l'angl. shaul, et l'on écrira /acheune (mieux facheun, § 571, 3^), chelin, mxiqinntoch. Ce dernier

mot prendra une double nn pour éviter que -qint- y soit prononcé kinV comme dans qinte (§ 472, !<>, et § 570), mais il ne prendra ni e muet ni apostrophe après le -ch, parce que c'est inutile : nous sommes habitués à rencontrer cette graphie avec la valeur chuintante à la fin de noms propres comme Puech ou de substantifs comme punch, tarbouch, farouch «trèfle incarnat». Elle n'aura pas à risquer de s'y confondre avec ch prononcé k (va/rech), puisque ce digramme doit être réformé en c (varec, § 351 ).

Shako (auprès duquel FAcadémie autorisait chako en 1835) sera remplacé par cAaco. Shéfri sera de môme modifié en chérif, sans danger d'équivoque avec son homogramme chérif (§ 391, l^), car personne ne s'avisera de confondre le titre d'un magistrat anglais avec celui d'un chef arabe.

T prononcé s devant 1.

§ 490. En français t devant i est susceptible de deux prononciations : t, s sourde. Ex. : « nous notions (no-ti-on), les notions (no-si-on) ; inimitié (inimi-ti é), initié (ini-si-é) ».

C'est une de ces notations ambiguës qui abondent dans notre écriture. Elle est aisée à faire disparaître : il sufiit de la remplacer par s après consonne (porsion p. portion), et par ss entre deux voyelles (nassion p. nation).

Cette graphie ne constituera qu'une innovation relative, car elle n'est pas sans analogie avec celle que nous rencontrons dans de nombreux mots où, sous l'action de causes diverses, inutiles à relater ici, un ti latin primitif se trouve aujourd'hui représenté par s, ss. Ex. : boisson, chanson, cuisson, frisson, nourrisson, chasser, dresser, etc., de lat. bibitionem, cantionem, coctionem, *frictionem, *nutrectionem (p. nutritionem), *captiare, *drectiare.

§491. En étudiant le c doux, nous avons déjà constaté combien la graphie académique est variable dans sa manière de traiter la sifflante qui représente en français un ti latin, puisqu'elle l'exprime tour à tour par c, Çy et par s, ss (chanson, rançon-, chasser, courroucer-, paresse, nièce, etc., v. § 416, 1*^).

Elle agit de même à l'égard des mots dans lesquels le groupe phonétique si représente un élément ti emprunté au latin directement ou par analogie. Ce si est noté tantôt par -ti-, tantôt par ci-. Rappelons, en effet, que :

1« En regard de licencié, circonstanciel, empruntés l'un au b. lat.

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Ucentiatus, l'autre à un type factice *circu7n8tantialis, nous tirons initier, essentiel, potentiel, substantiel, de lat. initiare, essentiaUs, potentialis, substantialis * ;

2o Auprès de pénitencier, fait à l'imitation du lat. eccl. pocnitentiarim, nous avons pénitentiaire, créé d'après le même type;

30 A propitiation (lat. propitiatianem, de propittare) répond différenciation, de différencier (lat. differentiare) ;

40 De noms grecs en -tia, -teia (ou, ce qui revient ici au même, de noms latins en -tia, empruntés du grec), nous tirons des noms en 'tie et en -cie 2, etd^adjectifs latins en -tiosus nous faisons simultanément des adjectifs en -tieux et en -cieux. Pour les exemples se référer au § 416, 2o et 3o.

§ 492. Ce manque de respect témoigné par l'orthographe officielle au -rtétymologique crée un précédent qui nous autorise à n'en pas tenir plus de compte et il est difficile d'imaginer quel argument valable pourrait dès lors être opposé au remplacement du digramme -tipar -si-, 'Ssi-, Cette notation n'offre que des avantages :

1° Nous avons déjà vu, à propos du c doux, qu'au groupe -ciissu de -ti- serait substituée la graphie -si-, -ssi- (§ 417 ) ; or, grâce àl'emploi de cette même graphie comme substitut de -ti-, les deux notations divergentes -ct-,-rt-, se fondent en une seule et cela nous permet d'unifier d'un trait de plume un nombre considérable de mots.

2<» Elle nous rend le service de supprimer l'ambiguïté de prononciation causée par l'orthographe actuelle dans les finales en 'tie, 'tié, 'tier, -tien, -tions, etc., où -(f- s'articule tantôt ft et tantôt se*. Ex. :

^ L'Académie vient d'introduire une tolérance dans la manière d'écrire une partie des mots en -ciel, -tiel : « Elle admet que l'on écrive, ad libitum, con/identiel ou confidentiel et les adjectifs analogues, c'est-à-dire ceux dont le substantif est en ence ou en ance » {Rapport de 1905, p. 20, 4*). Nous n'avons pas à nous occuper de celte modlAcation de détail, puisque la réforme exposée dans la présente étude supprime les deux graphies en question pour les remplacer par la notation unique -aiel (§ 492, 1*).

' * De ceux en -thia, -theia, on a tiré, conformément k l'étymologie, des mots en 'thie, tels que antipathie, apathie, etc. (lat. antipathia, apalhia, de gr. an<tpatheiay apalheia). Le th y est articulé t (§ 397). A cela rien de surprenant, mais ce qui l'est davantage, c'est l'exception concernant chrestomathie. Pour ce mot, qui devrait s'énoncer krestomati, l'Académie recommande la prononciation crestoniacie. Elle est injustiflable, il faut la rejeter et prononcer kreslomati. Par conséquent, au lieu de l'écrire cre^tomassie, en nous guidant sur cette prononciation fautive, nous l'écrirons crestomatie suivant la règle du § 396, en donnant à sa finale -tie p. thie la valeur correcte (t.

tutie philautie pitié entretien châtier

adoptions (nous) éditions (nous) relations (nous) etc.

en regard de

minutie diplomatie initié capétien balbutier adoptions (les) éditions (les) relations (les)

§ 493. Nul ne saurait reprocher à la nouvelle orthographe d'offrir un aspect insolite, car on ne voit pas ce qu'il peut y avoir de choquant à écrire :

inissier comme on écrit

mégisssier

tersière (p. tertiaire)

boursière

nassion

passion

sujession

profession

concression

compression

posission

possession

émossion

émission

exécussion

concussion

locussUm

discussion

mansion (p. m/^ntion)

expansion

contansion (p. contention ^)

tension

désersion

diversion

porsion

contorsion

torsionère (p. tortionnaire)

torsion

érupsion

avulsion

etc.

§ 49i. La réforme en s du t sifflé entraine nécessairement celle du groupe et prononcé ks et son remplacement par x (axion, fixion, etc., p. action, fiction). Pour tout ce qui concerne cette question se reporter à l'examen qui en a été fait plus haut, §423.

V médial prononcé 1.

§ 495. Nous savons combien le langage courant se plaît à supprimer ïe muet. Par suite, dans plusieurs mots tels que cheval, chevalet, che-

• Racine écrivait prctenswn p. prétention.

DuTF.Ns. — Etude sur la simplification de l' orthographe.

talier, chetet, cheveu, cheville, achever, écheveau, échevin, etc., et certains de leurs dérivés, ch et c venant en contact immédiat, il en est résulté pour le groupe ch'v la prononciation ch'f. Ex. : a le ch'fai, au ch'fet, un ch'feu, la ch'fille m, etc.

Faut-il dans ces cas écrire chef- au lieu de chev-? On Ta proposé, mais cette graphie est à rejeter. En voici les raisons :

lo L'altération de c en /", qui a lieu dans la prononciation familière, ne se produit jamais dans la diction soutenue, à cause du maintien de ïe muet nécessaire à la régularité de la scansion. Dans les vers suivants, par exemple :

Allons sur le chevet rêver quelque moyen. (Corneille)

Que nos flasques auteurs, en chevillant leurs vers, . . . (Voltaire)

Les mères, les maris me prendront aux cheveux, (La Fontaine)

Ma vengeance s'étonne et craint d'être achevée. (Qulnault)

Traîné par les chevaux que sa main a nourris. (Racine)

Des chevaliers français tel est le caractère. (Voltaire)

l'idée ne viendra à personne de dire ch'fet, ch'fillant, ch'feux, ach'fée, ch'faux, ch'faliers.

2o Même dans le langage familier le groupe chev- n'est pas toujours articulé chj- : certaines impossibilités phonétiques s'y opposent. Ainsi on dira bien « un ch'feu, un ch'fai, la ch*falerie, la ch' fauchée, la ch'fille », mais on sera contraint de prononcer « cliev'lu, chev'lnre, un coup de pied d'cheval, une âm' cheval' resque, un' chevauchée, un' cheville », etc.

Ceci fait voir dans quelles contradictions on tomberait en essayant de modeler l'orthographe sur la prononciation. Un mot ne pouvant comporter qu'une graphie et non plusieurs, cette graphie doit se régler sur la diction soutenue. La question ne mérite donc pas d'être discutée plus longuement : elle se résout d'elle-même, et l'on conclura au maintien du v dans les mots dont il vient d'être fait mention, comme dans tous ceux qui possèdent une structure analogue.

LT^l

VV prononcé v et ou consonne.

§ 496. Le te est extrêmement rare en français. Il se rencontre surtout dans des mots empruntés à des langues du Nord. Ex. : tramway, wagon, warie, icamette, warrant, water-closet, tcaterproof, xcattman, whist, tâche, wurst (t. d'artillerie), thalweg, etc. Dans les uns (wagon, wurst, thalweg) nous le prononçons comme un simple r,

et dans les autres (tramway , warie, ivarrant, waterproof, etc.) comme un ou consonne.

Ge w doit disparaître de l'orthographe usuelle, où il n'a que faire, pour céder la place aux notations t?, ou, selon l'occurrence. La graphie officielle nous offre sur ce point des précédents dont la plupart datent déjà de loin. Nous avons, par exemple, pourn'en citer que quelques-uns :

1® V remplaçant un w d'origine allemande dans vaguemestre, valse, vasistas, velche, vermout;

2^ ou remplaçant un w d'origine anglaise dans ouest.

C'est également ainsi que, dans les désignations géographiques de notre colonie algérienne, on transcrit toujours par ou et non par w le son du u'âw arabe. Ex. : Ouargla, Ouarsenis, Omd-Marsa, etc.

§ 497. 11 n'y a donc pas à hésiter : on doit écrire d'une part vagon, vurst ^, et de l'autre tramouè, ouarant' (mieux ouarannt, §§ 370 et 571, c), ouarie, ouarnète, ouateur-closef (mieux ouateur-closèt, v.571, 3»), ouateurprouf 2, ouatmxinn (mieux ouatman\ ibid.), ouist(% 403), ouiche (technoL).

f^ transcription oua- appliquée au groupe initial wa- de waterproof, warie, wamette, etc., soulèvera sans doute une objection. Il est certain qu'on pourrait transcrire ce groupe par oi- au lieu de oua- (oiteurprouf, oirie, oimète), de manière à n'avoir qu'une seule notation oi pour remplacer toutes les graphies qui sonnent actuellement wa ^. A priori cela paraît même indiqué, mais je ferai observer que cette simplification n^ serait peut-être pas sans inconvénient. Nous savons que la liaison et l'élision ne se font pas devant les mots en w- : on dit « un waterproof, la warie, des {dé) warnettes », etc., et non « un-n' waterproof, /'warie, déz warnettes ». Or,

1 Voursi vaudrait mieux, mais, vurat étant la prononciation consacrée, on ne peut faire autrement que d'y conformer la graphie.

^ Le digramme -er se prononçant dans ces mots comme -eur de orateur, il est normal de le noter par -eur et non par -cr, qui s'articule chez nous èr,

3 V. ci-dessus les groupes oa, oua, oe, oi, ua, dsLns joaillier, gouache, moelle, roi, ignune, équaleur (§§ 170-172, 180, 439, 478).

Dans pouâ (p. pouah, § 299), c'est un scrupule d'exactitude phonétique qui a fait maintenir la notation oua au lieu de la remplacer par oi {poî). Bien qu'elle soit monosyllabique, cette interjection, lorsqu'elle est émise avec une certaine emphase, sonne presque pou-â, plutôt que picâ, la voix insistant alors sur le début delà syllabe. On ne peut pas assimiler ce oua au oi {wâ)de croître : le phonème â y est beaucoup plus fermé et l'oit s'y prolonge davantage. La graphie poii4 semble donc préférable à pot; du reste, en ce qui concerne ce mot, la question est de peu d'importance. ,

il serait à craindre que la notation oi- n'entrainât promptement les prononciations vicieuses « un-ri' oiteurprouf, /'oirie, déz oirnètes », à rimitationdecequia lieu pour «tin oisif, /'oisiveté, (/es oiseaux ». Au contraire, la graphie oua- semble pouvoir s'y opposer dans une certaine mesure, si Ion s'en rapporte à ce qui s'est produit pour ouate. Bien qu'on doive faire l'élision et dire « touate, une feuille d^ouate », etc., la presque totalité du public aime mieux prononcer « la ouate, une feuille de ouate )>, et nul ne s'aviserait de dire ce un vêtement -('- ouaté, des paletots -j'- ouatés ». La même tendance se manifeste à l'égard du ou- initial de oui (§ 441), ouistiti : on dit « tin (et non un -n') oui bien net, le oui et le non, les (lé) oui ont été en majorité, un (et non win) ouistiti, /e ouistiti, des (dé) ouistitis ». Le fait est indéniable, bien que peu susceptible d'explication : on est donc fondé à espérer que l'hiatus sera mieux observé devant le ou de la graphie oua- (p. ira-) qu'il ne le [serait devant Vo de la graphie oi-, La barrière est fragile, évidemment, mais non pas imaginaire.

X initial et médiat ^

§ 498. L'j initial s'articule de trois manières :

lo gz dans les noms propres. Ex.: Xanthippe, Xamer, Xénophon, Xerxès ;

29 ks dans les noms communs. Ex. : xénélasie, xérophagie, xiphmde, xylophone, xyste. Sont seuls exceptés les substantifs qui commencent par xanth-. Ex. : xanthine, xanthose, etc. L'x y sonne gz : pourquoi cette contradiction, c'est ce qu'on ne saurait dire ;

30 c dur dans Xérès (sbst. et n. géogr.) qui se prononce kérès.

§ 499. Lx médial a quatre sons :

1® ks comme dans axiome, lexique, fixer, boxeur, luxer, Euxin, anxieux, etc. ;

2^ gz comme dans examen, exercice, exiger, exonération, exulcércr;

30^* sonore comme dans deuxième, dixième, sixième, sixain ;

4« s sourde comme dans soixante, Auxerre, Xerxès.

De ces quatre manières d'articuler I't médial, ks est de beaucoup la plus fréquente, on peut même dire que c'est la règle générale. Le son gz ne se trouve que dans sexagénaire, sexagésime, et dans le préfixe ex placé devant une voyelle, lorsqu'il fait partie intégrante

1 Pour ce qui concerne \'x final et ses multiples prononciations, dont il ne sera pas question ici, se reporter aux §§ 333-334.

du moi (examen, exercice, exiger, etc.). Mais, lorsqu'il lui est seule* ment rattaché par un trait d*union, Vx reprend sa prononciation normale fcî : ainsi l'on diiexempk(egzanpl'), tandis que ex sonne eks dans ex-employé, ex-inspecteur, ex-abrupto, etc. (§ 406). Pour qu'il sonne alors gz il faut qu'il y soit contraint par la qualité de la consonne suivante, comme dans ex-voto, qui s'articule egz-voto. Les deux autres prononciations, s sonore et s sourde (deuxième, soixante), sont exceptionnelles.

Malgré la diversité des phonèmes auxquels Vx sert de graphie, nous allons voir que sa réglementation n'offre rien de compliqué.

§ 500. X initial. — Dans Xérès il sera remplacé par q, notation régulière du c dur devant e (§ 473) : Qérès.

Dans les noms de personne (Xavier, Xénophon, etc.), où il sonne gz, il restera tel quel. Il en sera de même pour Yx des noms communs, qui se prononce ks (xénie, xénélasie, etc.).

La convention qui règle les prononciations respectives de ces deux classes de mots nous dispense d'ajouter à Vx, dans le second cas, un signe diacritique d'un ordre quelconque. Le lecteur n'en a pas besoin, puisqu'il sait d'avance de quelle manière il doit l'articuler : ayant à prononcer Xénophon et xénélasie, il dira sans hésiter gzénofon, ksénélazi. Mais que décider au sujet des noms communs en xanth-, qui par exception se prononcent gzant- ? Devrons-nous affecter leur lettre initiale d'un signe diacritique tel que l'apostrophe, par exemple : x'anthine, x*anthose, etc. ? 11 faut répondre, je crois, par la négative. L'intérêt en jeu n'est pas assez grand pour motiver une surcharge de l'écriture. En somme, si l'on s'avisait de prononcer par ks tous les substantifs en xanth-, comme on le fait pour ceux en xén-, xér-, xiph-, xyl- xys-, de manière à supprimer cette exception unique, quel mal pourrait-il en résulter ?

Cette différence dans la façon d'émettre Vx initial selon qu'il s'agit d'un nom propre ou d'un nom commun est assez ridicule en soi et ne repose sur rien. Les uns et les autres devraient s'énoncer de même et, puisque pour les premiers nous avons adopté l'usage de donner à Vx initial la valeur sonore, il faudrait l'étendre à ceux de la seconde catégorie. Souhaitons que l'Académie leur impose à tous une prononciation uniforme et qu'on ait le droit de dire gzénélazi, gzérofaji, comme on dit gzénofon, gzersès,

§301. X médiaL — i» Prononcé ks, il sera conservé. Ex. : axiome, lexiqe, fixer, etc. C'est, je l'ai dit tout à l'heure, la lecture normale

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