SS
de ïx médial (§ 499). La prononciation exceptionnelle segza- donnée dans les dictionnaires pour sexagénaire, sexagésime, n'est pas à recommander. 11 est irrationnel d'y articuler Vx autrement qu'on né le fait (seks-) dans sexangulaire, sexennal, sexifère, sexuel, etc. ; la prononciation seksajénèr\ seksajézim\ serait beaucoup plus satisfaisante et elle se trouve tout indiquée par sa conformité avec celle des autres dérivés du nom de nombre latin sex, comme sexangulaire, sexennaL
2® Il en sera de même pour -ar- articulé gz, car nous savons qu'abstraction faite de quelques termes en sexa-, cette prononciation se manifeste dans les expressions de la languecourante là senlement où l'on a affaire à un mot renfermant le préfixe ex (§ 499)^ ; or, du moment que l'écolier a été mis au courant de cette particularité, il devient inutile de la signaler par une distinction graphique.
Lorsque, au contraire, le préfixe y reprend la valeur eks, c'est qu'il est suivi d'un trait d'union [e^-appariteur, ex-inspecteur) : ici encore on le notera simplement ex-, sans y ajouter aucun signe diacritique. Le trait d'union en tiendra lieu, car sa présence sufïit à établir une démarcation bien tranchée entre cet ex- et celui de examen, exécuter, etc.
Ex-voto ne comporte pas non plus de notation spéciale, la prononciation egz s'y imposant en vertu d'une loi phonétique ( « sonore devant sonore » ) indépendante de notre volonté et à laquelle nous obéissons inconsciemment.
Pour Vx des groupes exe-, exs-, se reporter à ce qui en a été dit aux §§406-407.
3<' Articulé à la manière d'une s sonore (z), il s'écrira par s, ce caractère ayant été adopté comme représentant régulier du phonème s sonore intervocalique (§ 482) : on écrira donc deusième, disième, sisième, sisin. Ces mots n'en cadreront que mieux avec leurs primitifs deus, dis, sis, (§334, 3°) ; de plus l'Académie, qui, en regard de dix, six, écrit dizain, dizaine, dizenier (antérieurement dixain, dixaine, dixenier), sizette, et qui accepte sizain kcàié de sixain, nous fournit un précédent bien fait pour nous autoriser à ne pas respecter Y-x- de deuxième, dixième, etc. 2
40 Articulé comme une s sourde, il est à remplacer par le digramme -ss- qui a été choisi comme notation régulière del's sourde
i Le premier -x- de ir(axera*é.s s'articule également gz {artagzèrsès) mais nous n'avons pas à nous en occuper, puisque c'est un nom propre qui appartient k l'histoire ancienne (v. ci-après 4*).
2 Bien que la graphie sizain figure dans l'édition de 1877, l'Académie vient de déclarer à nouveau, dans le Rapport de 1905 (p. 21, 14<>) qu'elle est <f favorable à
intervocalique (§485) : on écrira soissantc, soissanîhie, soissantième.
Soixante (vfr. soissante) est le fruit d'une réaction étymologique, d'après le lat. class. sexaginta (pop. *sexanta). La réforme ne fera que supprimer une graphie exceptionnelle pour lui en substituer une autre plus conforme aux habitudes de la langue, qui changf normalement lat. -x- intervocalique en a sourde. Ex. : aisselle, coasser, cuisse, essaim, issir (d'où issu), Issoudun, laisser, lessive, paisseau, etc., de axilla, coaxare, coxa, examen, exire, Uxellodtinum, laxare, lixica,* paxellum (class. paxillum). Donc, rien de plus naturel que de traiter sur le même pied l'-jr- de soixante.
Commandée par le bon sens, l'adoption delà nouvelle forme ne saurait être critiquée comme établissant un désaccord d'écriture entre ce nom de nombre et ses dérivés. Les rapports tant phonétiques que morphologiques entre les expressions d'origine populaire soixante, soixantaine, soixantième, et les dérivés savants de sexaginta, comme sexagénaire, sexagésime, sont trop éloignés pour que la graphie soiss- puisse gêner personne. C'est une relation identique à celle que nous présentent aisselle, cuisse, lessive, etc., et les formations savantes a^iWatre, coxal, lixiviation: nous ne songeons guère à nous en offusquer, pas plus qu'en écrivant a^ais'ser, fausset ou poisseux, nous ne nous préoccupons de V-x de faix, faux, poix.
Auxerre s'écrira Ossère : on ne peut réclamer le maintien de son X au nom de l'étymologie, puisque le nom latin de cette ville est Autessiodurum.
Pour ce qui est de Ix médial postconsonantique articulés sourde dans Xerxès, Artaxerxès, son remplacement par une s (Xersès, Artaxersès) n'aurait évidemment rien de nuisible. Ce ne serait pas prendre avec ces noms plus de liberté que les Latins ne l'ont fait, en sens inverse, lorsque dans Ajax ils ont substitué un -x à V-s finale du gr. Aias; mais, les noms propres qui appartiennent à l'antiquité devant échappera la réforme, je pense qu'il est meilleur de conserver les graphies traditionnelles Xerxh, Artaxerxès (%d19).
§ 502. Pour terminer l'examen des questions afiérentes à 1 x initial et médial, il ne reste plus qu'à mentionner une réforme préconisée depuis longtemps par les phonétistes et relative à sa double valeur ks, gz. Ils ont proposé de le supprimer et d'écrire ks ou gz suivant l'occurrence (aksimne, egzact, etc.). Ce serait probablement un tort
la proposition d'écrire sizain comme on écrit dizain et dizaine », et eUe ajoute que «l'on pourrait étendre celte réforme k dizième et sizième (au lieu de dixième et sixième) par conformité avec onzième et douzième, »
et il semble, au contraire, qu'il vaille mieux le conserver. N'avoir à tracer qu'un seul caractère, au lieu d'un digramme, constitue en définitive une simplification de l'écriture, une abréviation commode dont nous ferons bien de continuer à profiter. L ambiguïté qu'on lui reproche est k peu près sans importance, car elle n'existe que pour l'interprétation phonétique du signe et n'apporte aucune gène à celui qui écrit, puisqu'il emploie la même lettre dans les deux cas. De plus nos règles d'épellation spécifient dans quelles occasions Vx doit recevoir la valeur sourde, dans quelles autres la valeur sonore, et les exceptions sont en nombre insignifiant. Dès lors le remplacement de x par ks et 3^, qui introduirait un changement considérable dans nos habitudes, offrirait sans doute moins d'avantages que d'inconvénients et le statu quo paraît préférable. Dans les très rares circonstances où il pourrait devenir nécessaire de préciser la nuance de prononciation, ou en sera quitte pour recourir à l'usage d'un signe accessoire, tel que relui dont il a été parlé (§ 406) au sujet des graphies ëxéder, ëxeptcr, ëxiter, etc, remplaçant excéder y excepter, exciter.
^'ôiYA. Le traitement du z final toujours muet ou senti seulement en liaison a été étudié aux §§ 342-345. Il nous reste à examiner ce qui concerne le z final toujours articulé, ainsi que le j initial et médial.
Cette notation du phonème s sonore est tantôt conforme et tantôt contraire aux origines :
1« Elle est étymologique dans azédarac, azalée, azerole, azyme, horizon, trapèze, zèle, zéphyr, zone, zéro, zibeline, zinc, etc., de pers. azâd'dirakht, gr. azaleos, esp. azarolla,\sii. azymum, horizontem, trapezium, zelum, zephyrnm, zona, it. zéro, zibellina, ail. zink-,
2<^ Elle est inétymologique dans azimut (ar. as-semt « le chemin »), zénith (m. orig., § 399); gazon (vfr. guason, de a.h.a. tvaso); gazette (technol.), altération de casette (dimin. de case; it. casetta); dizain, dizaine, dizenier, sizain, sizette, de dix, six (§ 501, 3^); dans laize (vfr. laise), lézard, mélèze, de lat. *latia, lacertum, *mellicem (créé d'après laricem)', alèze, de vfr. alaisier a mettre au large» (lat. pop. *allatiare, de ad et latus) ; dans la finale -ze des noms de nombre ffuze, douze, treize, quatorze, quinze, seize, où le -z- représente le -c de lat. -cim dans undecim, duodecim, tredccim, etc. ^; dans gaz, du
* La finale -decim a donné en lat. pop. *-decf, qui est devenu en français successivement -deze, -dze, -ze. Ex. : duodecim, *dodece, *dodeze, *dodze, doze^ douze.
flam. geest ou de lall. gœsehen (v. § 506, 3j; fez, de Fez (ville du Maroc), transcription fautive de Tar. Fès, etc.
§ 504. Le -j de source étymologique est fort peu respecté par l'orthographe officielle, qui ne se fait pas faute de lui substituer une -ssonore. Nous avons, par exemple, alise à côté d'alizé (a.h.a. eliza), basane, besant, bosan, magasin, misaine, au lieu de bazane, bezant, bozan, magazin, mizaine (prov. bazana, lat. byzantium, ar. bottza, it. magazzino, m^zzana), et la désinence -iser, au lieu de -izer, dans la longue liste des verbes tirés de verbes latins en -izare (de gr. -izein) ou forgés à leur imitation. Ex.: agoniser, autoriser, anathématiser, baptiser, catéchiser y dogmatiser, gargariser, introniser, prophétiser, scandaliser, thésauriser, etc., de agonizare, anctorizare, anathematizare, baptizare, catechizare, dogmatizare, gargarizare, inthronizare, prophetizare, scandalizare, thesaurizare ^ .
§5()i). Réglementation. — Ce sont là des antécédents dont nous avons le droit de nous inspirer pour réformer remploi de cette lettre. Voici comment on doit y procéder :
1° bwZ' initial rien à dire : étymologique ou non, il n'y a qu*à le
garder. Le -z final persistera également dans les mots où, toujours
senti (fez, gaz, etc.), il s'articule s sonore (§ 344); mais il n'en
sera pas de même dans les noms géographiques et autres où nous
lui donnons le son d'une s sourde. Conformément aux principes
énoncés dans les §§ 576-582, nous le changerons en -s, lui faisant
subir un traitement pareil à celui dont le z initial et médiat a été
l'objet dans Saragosse, salsepareille, sapote, sarabande, cassolette,
bagasse, calebasse, mélasse, sargasse, grandesse, etc., qui représentent
Zara/joza, zarzaparrilla, zapote. zarabanda, cazoleta, bagazo, cala-
baza, m^laza, sargazo, grandeza. C'est ainsi, du reste, que nous
voyons des Français d'origine espagnole, s'appelant Alvarez,
Mendez, Ferez, etc., modifier leurs noms en Alcarès, Mendès, Pérès.
2® Le -Z' médial prévocalique est à conserver lorsqu'il est précédé :
soit d'une n (c'est à-dire d'une voyelle « nasale »), soit d'une autre
consonne. Ex. : onze, bonze, bronze, quinze, quatorze (à écrire
qinze, catorze). Les graphies onse, bonse, bronse, qinse, catorse,
seraient incompatibles avec la prononciation, puisqu'il est de
règle qu'une s- placée dans ces conditions s'articule sourde
(v. §387, note, et §481) 2.
* Parmi les verbes cités ici les uns appaptienncnt au latin proprement dit, les autres au latin ecclésiastique ou au bas latin.
* On se demandera peut-être si cet argument est appli cable au pluriel de
3® Le -z- médial intervocalique (c'est-à-dire placé entre deux voyelles « orales ») est à supprimer: \\ faut partout lui substituer l'-s-, que nous sommes accoutumés à prononcer sonore lorsqu'elle se trouve entre deux voyelles. Cela nous permet de ne pas conserver inutilement deux notations différentes du même son; comme de ces deux graphies Vs est de beaucoup la plus fréquente, c'est elle qui doit l'emporter dans notre choix, l'extension de son usage ne devant changer que fort peu de chose à nos habitudes ^ On écrira donc asime, dinn, disène (comme disième, sisième,% 501, 3^), orison, lésar, lèse, îrapèse, dôme, trèse, sèse, etc.
Le double -zz- intervocalique qui s'articule comme un z simple djans lazzi, razzia (it. lazzi, ar. ghâzia), termes aujourd'hui complètement francisés, est de même à remplacer par -s- : lasi, rasia.
Faisons observer qu'en représentant par -s- dans lésar, mélèse^ douse, trèse, sèse, lèse, alèse, le -c- de lat. lacertum ^mellicem, duod^cim, tredecim, scdecim, et le -t- sifflé de ^latia, ^allatiare, nous nous bornons à imiter l'orthographe officielle, lorsque dans les ffnales -seau, -sin, -sir, -ser, de oiseau, raisin, plaisir, aiguiser, etc., elle traduit de même par -s- le -c- et le -t- de *aucellum, *racimum, placere, *acutiare. C'est aussi le cas pour l'it. lazzi, où la réduction de 'ZZ'k-s- est identique à celle que nous rencontrons dans magasin, misaine, d'après magazzino, m>ezzana,
§ 506. Exceptions :
1. Nous venons de voir que les noms de nombre douze, treize, seize, s'écriront sans difficulté douse, trèse, sèse, mais que onze, catorze et qinze conserveront leur z, les graphies orne, catorse, qinM, étant à rejeter, puisqu'elles se prononceraient ons\ kators, kins\ par s sourde. Assurément il est regrettable de ne pouvoir respecter ici l'analogie et d'avoirà scinder ces six nombres en deux séries écrites l'une par -se, l'autre par-w^, mais la nécessité nous y contraint. A ceux qui refuseraient d'admettre cette division on peut répondre que depuis longtemps ils en acceptent sans résistance
bonome (p. bonhomme, g 371) et s'il faut l'écrire bonzomes,SLVL lieu de bonsomes (p. bonshommes). La réponse n'est pas douteuse : il faut écrire bonsomes. Malgré la soudure nous y percevons encore de la façon la plus nette Tindividualité des deux composants, Vs s'y présente à nous avec son caractère de signe du pluriel et l'on peut être sans inquiétude, la graphie bonsomes n'incitera personne à prononcer bon-som' au lieu de bon-zom\
* n est entendu que celle réforme, comme toutes les autres, ne s'appUqae qu'au vocabulaire usuel et que les expressions appartenant à la langue scientifique (apozème, azygos, ozéne, etc.) conserveront leur z (§ 591).
une autre tout à fait équivalente, celle des radicaux rfij-, siz-, et dix-, six-, dans diz-aine, si2-ette, en regard de dix-ième, sixième. Il n'y a donc pas d'objection à formuler contre une graphie imposée par la force des choses.
2. Ceci nous amène à parler des mots en trans- où Vs est suivie d'une voyelle. Contrairement à la règle rappelée au § 387, la presque totalité d'entre eux se prononce tranz-, Y s y prenant la valeur sonore. Ex. : transit, transiter, transitif, intransitif, transition, transitoire, transiger, intransigeant, transaction, transatlantique, transhumer, transhumance. Seuls transe, transept, transir, transissement, qui se prononcent trans', tran-sepf, transir, tr an-sis' -raan, nous l'ofirent avec sa valeur normale. Cette contradiction dans la manière d'articuler le même radical n'a pas le moindre motif et son inconséquence est particulièrement frappante dans des expressions comme transit (it. transito, de lat. transitum) et transir (de lat. transire), qui procèdent dune origine commune ^ Mieux vaudrait qu'elle ne fût pas, mais, puisqu'elle existe et qu'elle ne parait pas devoir se modifier, il faut en prendre son parti et se résigner à marquer la différence phonétique par une différence d'écriture, en donnant à trans- la graphie tranz-lk où il se prononce par 5 sonore. Ex. : tranzit, tranziter, tranzitif, etc.
3. Les dérivés de gaz méritent aussi de nous arrêter un instant. Ils sont assez nombreux. Ex. : gazéifier, gazéiforme, gazifère, gazier, gazeux, gazogène, gazomètre, etc. Faut-il les réformer, en écrivant gaséifier, gaséiforme, gasifère, etc., ou est-il préférable de les laisser intacts?
La première solution peut se justifier par le désir d'introduire le moins d'exceptions possible dans la règle posée au § 505, 3^. Quand on établit une règle orthographique, il est certain que les exceptions sont toujours fâcheuses et qu'à en trop admettre on risque d'arriver à la rendre illusoire et à se perdre au milieu des contradictions. Nous savons en outre qu'on aurait grand tort de pousser jusqu'à l'obsession le souci de maintenir un lien graphique entre le primitif et ses dérivés. La présence d'un-;: final dans gaz n'est donc pas faite pour nous empêcher absolument d'y substituer une s dans les mots qui en sont issus, d'autant plus que c%z n'est pas conforme aux origines. Qu'au xvi® siècle l'alchimiste Van Helmont ait forgé gaz d'après le flamand geest « esprit », sui-
* Comparer la coDtradicUon analogue qui existe entre les deux prononciations de l'-8- de sub$- dans subside (st/psi(/e), subsister {suhzister), et dont il a été question au § 409.
vant rhypothëse la plus répandue, ou qu'il l'ait emprunté à Tallemand gœschen a bouillir, fermenter », comme Ta suggéré Scheler, dans les deux cas Tétymologie n'a rien à démêler avec sa consonne finale, qui devrait être s et non z. Si Ton veut la faire entrer en ligne de compte, il faut au contraire reconnaître qu'elle serait bien mieux respectée dans les graphies gaséifier, gaséiforme, gasifère, etc.
Néanmoins la deuxième solution me semble devoir être préférée, au nom de la simplicité. En effet, Técolier qui sait que gaz prend un -z sera instinctivement porté à l'introduire dans tous les dérivés de ce mot et il est à craindre que l'obligation de les écrire par gas ne devienne pour lui une complication inutile.
§ ;307. Homophones. — Gazette (technol.), comme il a été dit au § 303, est une altération de casette (à écrire casète) : sous sa nouvelle forme gasète ce mot n'en sera que mieux en harmonie avec casète. Gazette « journal » (de l'it. gazzetta) s'écrira de même gasète et l'homographie de ces deux homophones n'entraînera aucune ambiguïté : l'éloignement de leurs significations la rend impossible.
11 en va de même pour l'homographie de lèse (p. laize) et de lèse (dans lèse-majesté, lèse-humanité, etc.) : entièrement inoffensive, elle ne figure ici que pour mémoire.