‹ Étude sur la simplification de l'orthographeChapitre 46 sur 58 · ACCENTS · texte numérisé non relu

ACCENTS

§ 540. L'accentuation du grec, inventée par Aristophane de Byzance (§13, 30, note), nous a fourni le modèle de nos accents. Ils ne commencent à faire leur apparition que vers la seconde moitié du xvF siècle. C'est Dolet le premier qui, en 1540, s'avise de doter la préposition a et l'adverbe la d'un accent grave (à, là) pour les distinguer de la 3® personne du verbe avoir et de l'article féminin la ; il crée également, pour indiquer l'apocope de l'e muet, un signe qui a été le point de départ de notre accent circonflexe. Les -e finals s'accentuent d'abord au hasard é ou è, puis peu à peu, dans le cours des xvii« et xvni** siècles, l'usage des trois accents va se développant et se précisant de plus en plus, pour aboutir au mode de fonctionnement que nous leur connaissons dans l'orthographe contemporaine, où ils jouent un triple rôle : 1» noter les nuances de la prononciation vocalique ; 2° indiquer des suppressions de lettres; 3^ différencier des homophones.

§ 541. Prononciation des voyelles. — Ces trois accents ( ' * " ) expriment les trois nuances principales de la prononciation française et constituent une notation qui, bien que théoriquement incomplète, suffit à peu près aux besoins de la pratique.

L'articulation des voyelles auxquelles on les applique a beaucoup varié depuis l'origine et elle continue encore à varier de nos jours. En principe, l'aigu sert à indiquer un son fermé, le grave un son ouvert plus ou moins bref, le circonflexe un son long tantôt ouvert, tantôt fermé, mais, en réalité, la prononciation ne répond que très imparfaitement à cette règle. Nous émettons certaines voyelles comme si elles ne portaient pas d'accent ou comme si elles portaient un accent autre que celui dont elles sont affectées dans l'écriture, et, inversement, des voyelles qui ne portent pas d'accent sont articulées comme si elles en étaient pourvues (§ 550). En voici quelques cas :

1° Nous donnons un son ouvert à beaucoup d'e frappés d'un accent aigu. Ex. : allégement, complètement (sbst.), poétereau, qui se prononcent allèfm/in, konplèt'man, poèVrô;

2<^ Nous donnons rémission de IV fermé à ai, e, frappés du circonflexe dans pairai, gaité, gaîment, têtu, têtu (pron. péré, ghété, ghéman, têtu, vêtu);

30 Le digramme ai de connaît, plaît, s'articule ouvert et bref comme Ve de bonnet, complet;

40 Les voyelles et digranjmes î, oî, où, û, de remerclment, croit (vb. croître), goûter, crûment, dénûm^nt, (nous) fûmes, mûrier, sûreté, ne sonnent pas autrement dans la prononciation courante que i, oi, ou, u, de ciment, croit (vb. croire), goutter, crudité, dénuder, (tu) fumes, muraille, surtout;

5« Au contraire, nous articulons à la façon d'un 0 et d'un eu frappés du circonflexe (ô, eu) l'oet Veu dépourvus de ce signe qui figurent dans hippodrome, tome, atone, fosse, pot, rot, gueuse, meule, etc., et nous leur donnons le même son qu'à ïô de dôme, symptôme, trône, aumône, impôt, rôt, et à Veû de jeûne,

§ 542. Ces inconséquences sont particulièrement remarquables en ce qui concerne les syllabes désinentielles (ou les monosyllabes) renfermant les voyelles a, e, 0, eu^ :

a) Les unes, telles que -abre, -ose 2, -ot ^, -euse, ont toujours l'a, Vo et Veu fermés. Ex. : sabre, rose, pot, curieuse ;

b) D'autres, telles que -ade, -ague, -ère, -eure, ont toujours l'a, l'e et ïeu brefs et ouverts. Ex. : estacade, bague, colère, démettre ;

c) D'autres enfin, telles que -able, -agne, -aie, -ame, -amme, -ane, -anne, -asse, -ele, -eme, -ene, -om^, -one, -osse, -eule, -eune, etc., sont communes, c'est-à-dire que la voyelle y est tantôt brève ou longue, tantôt ouverte ou fermée. Ex. : aimable, pagne, pale, lame, gamme, membrane, canne, masse, fidèle, neuvième, mène, astronome, monotone, crosse, seule, jeune, en regard de affable, gagne, pâle, réclame, flamme,

1 Plusieurs d'entre eUes ont une source étymologique; elles trouventleur explication dans l'histoire de la langue, mais il n'y a pas à nous occuper ici de cette question d'origine, car elle ne saurait influer sur les changements qui doivent être apportés à l'application des accents.

* C'est à partir du xii' s. que cet 0, antérieurement ouvert et prononcé comme l'est celui de cosse, brosse, carrosse, devient fermé devant une sifflante et s'articule o : chose, rose, arrose, etc. Dans certaines provinces, notamment en Picardie, le parler populaire a conservé l'ancienne prononciation.

3 Partout où leur -t est muet, les mots en -ot conservent l'o fermé. En liaison quelques-uns d'entre eux prennent le son ouvert : ainsi l'on dit d'une part « un sot [sô) raisonnement, un pot {pô) de fleurs », et de l'autre « un sot (so-f) argument, un pot ipo-t') à eau », en regard de flot, complot, qui sonnent flô-V, compW't', devant une voyelle. Pour la prononciation de canot, v. §329,4»; pour celle de sot, v. § 78.

crâne, manne, casse, grêle, extrême, gêne, binôme, atone, grosse, meule, jeûne.

Or, dans Tindication de ces nuances, remploi de l'accent se montre extrêmement inégal :

1^ Les syllabes finales toujours longues ou fermées n*en portent en général aucun; le circonflexe n'y figure que rarement, comme dans ventôse, impôt, rôt ;

2p Dans celles qui sont communes la nuance s'indique également de façon très irrégulière. De temps à autre on y voit figurer le circonflexe. Ex. : câble, châsse, infâme, âne, chôme, trône, jeûne, etc. Mais le plus souvent l'accent y fait défaut (affable, gagne, réclame, etc.), ou bien encore la nuance y est marquée d'une façon inexacte : ainsi en regard de blême, carême, chrême, etc., on trouve divers mots en -eme, comme problème, barème, crème, etc., qui portent une accent différent, bien que la prononciation de la voyelle y soit pareille.

§ 543. Suppression de lettres. — Le circonflexe est assez souvent usité pour rappeler des suppressions de lettres:

1» Contraction et chute de voyelles, comme dans assidûment (p. assiduement), âge, mûr, sûr, piqûre, etc. (de vfr. eage, meur, seur, piqueure). Ici comme toujours la graphie officielle se montre des plus contradictoires. Ainsi, à côté de mots dans lesquels à un ancien -ie- ou -ne- ont été substitués 4-, -m-, elle en présente beaucoup d'autres dans lesquels les mêmes groupes sont maintenant remplacés par-i-, -u-, sans accent. Ex.: hardiment, poliment, vraiment, absolument, résolument, qui, après s'être écrits par -iement, -uement, puis par Am^nt, -ûment, ont fini par perdre leur circonflexe (v. § 131). Une contradiction semblable nous le fait conserver à mû, mûre (sbst.), tandis que nous l'enlevons à pu, blessure, que le Dictionnaire de 1694 écrivait pu, blessure; mais, en même temps que nous maintenons la graphie du participe mû, nous écrivons sans accent ses congénères ému, promu.

2o Chute de consonnes telles que n^, s (spécialement celle-ci). Ex. : âme, blâmer, côte, goûter, hôtel, rôtir, tête, de vfr. anme, blasmer, coste, goutter, hostel, rostir, teste. Sur ce point toutefois il ne faudrait pas s'y fier aveuglément, car on risquerait de se laisser induire en erreur. Il y a plus d'un cas, en effet, où rien ne légitime sa présence: si, par exemple, dans eût, fût, eûtes, fûtes (vfr. eiist,

1 Cest-à-dire, pour parler plus exactement, transformaUon d'une voyeHe nasale en voyelle orale.

fust, eiistes, fmtes, de lat. habuisset, fuisset, habuistiSf fuistis)^ il se justifie étymologiquement comme représentation d'une s disparue d'origine latine, il n'en est pas de même dans eûmes, fûmes (lat. habuimus, fuimus), qui sont des hérésies graphiques issues d'une fausse analogie.

§ 544. Distinction des homophones, — Les cas où l'accent, quelle qu'en soit la source, nous rend le service de distinguer des homophones, sans être très nombreux, ne sont pas rares. Ex. : d, là, çà, oi), dès, lès, dû, sûr (« certain»), pêcheur, rôt, etc., en regard de a (de avoir), la, ça (p. cela), ou, des, les, du, sur (« acide »), pécheur ^, rot (§329).

Dans sûr, pêcheur, rôt, l'accentuation a une cause étymologique (vfr. seur, pescheur, rost), mais dans à, là, çà, où, dès, lès 2, l'introduction de l'accent grave est tout artificielle: elle a été inspirée par le désir d'établir une démarcation visible entre des mots d'aspect semblable mais de sens différents.

§'545. Réglementation. — Après avoir parcouru les diverses fonctions des accents dans notre orthographe, en y constatant des contradictions, des superfluités et des lacunes, il faut voir quel parti on peut en tirer et quel traitement il faut leur appliquer. Celui-ci tient en quatre mots: supprimer, conserver, rectifier, ajouter.

§ 546. Suppression. — Du moment qu'on peut le faire sans déterminer d'homographies nuisibles, il faut les supprimer partout où, la prononciation de la voyelle ne motivant l'emploi d'aucun accent, ils sont inutiles. Ex. : bdte, cloître, août, coût, moût ^, soûl, eûmes, eûtes, fûmes, fûtes, reçûmes, reçûtes, mû, bi-ûler, piqûre, crûment, dénûment, dûment, remerchment, ô *, etc., qui sont à écrire boite, cloitre, août, coût, moût, soûl, etc. ^

^ Dans pécheur, pécheur, la différence d'accent est d'autant mieux justifiée qu'elle répond à une différence dans la manière de prononcer l'e [pé-, pè-, §548,4«).

i* Lès ne figure ici que pour mémoire, puisqu'il doit être remplacé par lez : j'en ai donné la raison au § 342.

3 Rappelons que les sbst. coût, moût, débarrassés de leur accent et écrits cont, moui (§ 329, 4»), ne peuvent se confondre avec les 3" pers. coût, moût (p. coud, moud) des vb. coudre, moudre, grâce à la différence des fonctions syntactiques (§ 293, 2).

* Comme un de nos principes de lecture veut qu'un 0 final ou isolé se prononce toujours fermé, l'accent est aussi superfiu dans l'interj. ô qu'il le serait dans coco, piano, zéro. Nous avons déjà vu (§ ili) que, là où une règle générale fixe la prononciation, il est sage de renoncer (sauf pour des motifs exceptionnels) à la marquer par un signe: cela simplifie d'autant l'écriture.

5 Par la même raison de simplicité que celle dont il est question dans la note

Chez certains de ces mots la prononciation de la voyelle a changé, dans d autres l'accent fait allusion à une contraction, à la chute d'une consonne, etc. Peu nous importe le motif, nous n'avons qu'un point à considérer, c'est celui-ci : l'accent y est-il nécessaire pour représenter une nuance de la prononciation actuelle? Si la réponse est négative, il doit disparaître. C'est pourquoi il est supprimé dans les exemples ci-dessus, que nous devons écrire comme on les articule aujourd'hui dans la langue courante, sans nous inquiéter de savoir si une prononciation disparue ou quelque autre cause a pu y légitimer autrefois la présence de l'accent. Dans ces mots, en effet, les groupes ol, où, eu, et les voyelles û, î, ô, n'y sonnent pas autrement que le oi de boire, gloire, le ou de garou, licou, mou, sou, Veu de (il) eut. Vu de (tu) fumes, (tu) réfutes, nu, basculer, récure, crudité, dénuder, dunette, Yi de ciment, Vo de zéro: le circonflexe n'y a que faire.

On supprimera de même l'accent grave de déjà ^ au delà, en deçà, qui ne sert à rien : il y est sans influence sur la prononciation et nous n'avons pas les mêmes raisons de le conserver que dans là et çà.

On pourra aussi opérer un allégement très appréciable de l'écriture en enlevant le circonflexe à diverses syllabes finales dont la voyelle a toujours le son fermé, comme celles en -ot et quelques autres. Ainsi dépôt, entrepôt, impôt, suppôt, prévôt, tôt, clôt, éclôt, enclôt,eic, dont la prononciation ne diffère pas de celle de pot, tripoty pavot, dévot, hottentot, cachalot, comp/o^, devraient s'écrire delà même manière : dépôt, prévôt, tôt, dot 2, etc. 11 ne pourrait en résulter aucune incertitude de lecture, puisque l'élève serait averti une fois pour toutes que les désinences offrant telle ou telle forme se prononcent toujours comme si elles avaient l'accent circonflexe. Ce serait l'analogue de ce qui a lieu pour les monosyllabes en -es, comme ces, mes, ses, tes, etc. L'e y sonne toujours è, aussi ne prendon point la peine de le marquer d'un accent, à moins qu'on n'ait besoin de le faire pour différencier deux homophones,. par exemple des et dès (§ 544). Les exceptions telles que près, très, pour-

du § 516f les mots cités dans la présente secUon (§§ 540-551) comme exemples des changements k opérer dans l'accentuation sont tous présentés avec leur orthographe académique. Pour avoir leurs graphies réformées {unies, ules, picure, crumant, fètar, tètar, etc.), se reporter aux chapitres antérieurs, où les règles en ont été données.

1 L'Académie vient d'adopter la graphie déjà {Rapport de 1905, p. 19, !•).

5 Pour rôl et les exceptions analogues, v. § 547, 2*.

raient être ramenées à la règle commune et s'écrire : presj très i . Si près p. près ne peut pas faire équivoque sous le rapport de la lecture, il en est autrement de son composé après. Ce mot doit garder l'accent (§ o47), puisque la notation a/>rcs répondrait à une prononciation apf (comme dans Tadj. plur. âpres), au lieudeaprè: epour è y constituerait une graphie inexacte.

Comme toutes les réformes proposées dans cet ouvrage, les suppressions d'accents dont je viens de parler s'appuient sur des précédents bien connus. Depuis longtemps, en effet, l'Académie en a fait disparaître une quantité assez notable. C'est ainsi que chute, gaine, goitre, joute, masser (t. de jeu), tôper (id.), otage, pâli 2, vice versa, sont devenus chute, gaine, goitre, joute, masser, toper, otage, pâli, vice versa, et qu'elle a simplifié en -iment, -ument, beaucoup de mots qui s'écrivaient autrefois par -im^nt, -ûment (v. les exemples cités aux §§ 131 et 543) 3.

§ 547. Conservation. — Il faut les conserver sans modification :

lo Là où ils sont nécessaires pour indiquer correctement les nuances de la prononciation vocalique, comme dans âge, âme, après, gêne, tempête, sèche, pêche, étiez, êtes, etc. ;

2^ Là où, sans jouer un rôle effectif comme signes de la prononciation, ils servent à empêcher la confusion des homophones. Ceci concerne surtout le grave et le circonflexe ; j'en ai donné des exemples au § 544, on peut y ajouter croisy croit, crûs, crûsse, crût, crû, etc. (de croitre), qui resteront intacts à cause des formes cor-

i Si les notations près, ires, étaient acceptées, on pourrait simplifier de même en fres la graphie de frès (p. frais), dont il a été parlé au § 92, ainsi que celle de tous les autres monosyllabes en -es prononcé é, tels que rès, fè$, pès, jès, etc., p. rais (ibid.), faix, paix (§ 334), jais (§ 320), etc.

*^ Langue sacrée de l'ile de Ceylan.

3 Elle vient encore de subsUtuer assidûment, dévoument, crucifiment, à assidûment, dèvoùment, crucifiment, (Rapport de 1905, p. 20, 2»), et d'adopter les graphies ile, flûte, maitre, naitre, traitre, croûte, voûte, en remplacement de île, flûte, maître, naître, traître, croûte, vcûte « et autres mots où l'accent circonflexe ne sert qu'à rappeler Vs étymologique » (ibid., 3*) .

En ce qui regarde maitre, cette modification appelle une remarque. Dans le cas 011, au lieu de conserver à ce mot son digramme ai, comme il a été dit au § 95, on préférerait le simplifier en e (conformément à la régie du § 92 , il n'y aurait pas à se préoccuper de la décision académique relative à la suppression de l'accent. Il est évident, en effet, qu'on devrait doter du circonflexe la graphie mètre (p. maitre), et cela par une double raison : 1* la présence de cet accent est commandée par la prononciation ; 2* il contribuera à empêcher que l'on ne confonde l'un avec l'autre les deux hémogrammes mètre, métré (p. 80» note 3).

respondantes crois, croit, crus, crusse, crut, cru^, etc. (de croire).

De même pour fût (imparf. du subj.), à cause de fut (parf. de l'indic); il faut y conserver Taccent, qui est loin d'être inutile comme quelques grammairiens l'ont prétendu en réclamant sa suppression. En effet, dans une phrase telle que celle ci : « fût-il (i. e. « quand même il serait ») vraiment aussi coupable que vous le supposez, il n'en faudrait pas moins lui pardonner », fût présente une autre valeur que le fut de celle-ci : « fut-il (i. e. « a-t-il été ») vraiment aussi coupable que vous le supposez ? » Cette autre : (( croyez-vous qu'il fut (i. e. « qu'il a été ») insensible à cette attention? » n'a pas le môme sens que : «croyez-vous qu'il fût(\,e. « qu'il serait ») insensible à cette attention ?» A première vue sans l'accent on ne saurait deviner de quel mode il s'agit. L'observation qui est faite ici à propos de fût est applicable à tous les imparfaits de subjonctif (3® pers. sg.) en -it et -ût. Ceux en -ât (chantât, parlât, etc.) pourraient sans inconvénient perdre l'accent, leur -t final suffisant à les distinguer du parfait défini (chanta, parla); mais il est indiqué de le leur conserver afin de n'avoir qu'une seule règle pour les quatre conjugaisons.

Evidemment il en est parmi ces mots qui, malgré l'identité des formes, ne prêtent guère à l'erreur, à cause de la différence de leurs fonctions grammaticales. Néanmoins, comme la liste n'en est pas longue, l'accent y doit être maintenu, car il ne constitue pas une surcharge d'écriture difficile à retenir pour les écoliers, et, tout préjugé d'étymologisme mis à part, il n'est pas sans utilité (v. § 39) qu'un procédé si simple vienne en temps opportun nous rappeler que :

à (lat. ad) est autre que a (la t. habet) çà (* ecce hac) — ça (ecce hoc illac) ^

dû (* debutum) — du (de illo)

dès (* de ex) — des (de illis)

là (illac) — la (illa)

i Outre ce partie, cru il y a un adj. cru (de lat. crudum) qui n'en diffère ni par le son ni par la graphie. Si l'on tenait absolument à établir entre eux une démarcation, on pourrait le faire en donnant à ce dernier un accent grave {crû), mais la nécessité n'en est pas démontrée : l'écart qui règne entre leurs significations est tel que jamais jusqu'ici leur emploi n'a donné lieu à la moindre amphibologie.

Sur la conservation de l'accent dans goûter, dégoûter, dégoûtant, v. § 57, b, et § 256.

^ Ça est une abréviation de cela (§ 12i), composé de ce et là. Dans ce composé là vient du lat. class. illac et ce ( vfr. iço, ço) du lat.pop. * ecceoc p. ecce hoc.

où (ubi) — ou (aut) ^

etc.

§ 548. Rectification. — Il faut les corriger comme il suit là où, la prononciation s'étant modifiée, un nouvel accent est devenu nécessaire pour exprimer la nuance actuelle:

1^ Accent aigu à changer en grave. E^r. évériement, cofnpléternent (sbst.), planchéie, qui devraient s'écrire événement, complètement, plunchèie. C'est la réforme qu'on a fait subir à avènement, complètement (adv.), affrètement, collège^ siège, etc., notés encore av&tiemsnt, complètement, affrètement, collège, siège, il y a peu d'années. Remarquer ici l'illogisme de l'orthographe officielle, qui donne à complètement deux accents distincts, suivant qu'il s'agit du substantif ou de l'adverbe, sans tenir compte de la prononciation, qui est identique dans les deux cas: kan-plèt'-man.

2® Accent grave à changer en circonflexe: un grand nombre de mots en -eme portent Taccent grave, comme emblème, problème, enthymème, poème, crème, théorème, abstème, anathéme, système, blasphème, etc., bien que la prononciation y soit exactement celle de Yê que nous avons dans blême, même. Bohème, carême, chrême, suprême, baptême, et non celle de ïè bref qui figure dans pénultième, quantième, troisième, sème (§ 542, 2o). C'est une notation fautive, qui serait à réformer en donnant à ces finales la notation -ême: poème, crème (§ 353), problème, etc. Pour la plupart d'entre elles ce ne serait qu'une restitution, car elles ont longtemps porté l'accent circonflexe, dont on ne les a dépossédées qu'à une époque relativement récente.

3^ Circonflexe à changer en aigu: dans plusieurs mots tels que évèché, têtu, vêtu, etc., Yè ne se prononce pas autrement que Yè aigu de léché, fétu, vétille (§ 541, ^). Jl faut écrire évèché, têtu, vêtu (comme le demandait Ronsard).

40 Circonflexe à changer en grave: c'est le cas de quelques mots comme fêtard, têtard, pêcheur, qui devraient s'écrire fêtard, têtard, pécheur, si l'on voulait leur donner un accent conforme à leur prononciation.

§ 549. Cette rectification des accents est chose assez délicate, car la prononciation est riche en inconséquences. La même voyelle, dans un même radical, revêt fréquemment des nuances opposées, selon qu'à

ce radical vient s'ajouter telle ou telle terminaison : c'est un phénomène d'influence par voisinage. Ainsi le radical gen- du vb. gthi-er se prononce jén- dans gênant, gênais, gènUms, gêneur, et jén- dans gêner ^ gêniez, gêné; répétiez, répétais, s'articulent répétié, répète; tolérer, tolérerais, sonnent toléré, tolhfrè. Or, de deux choses l'une:

1» Ou l'on regarde l'accentuation comme utile pour indiquer les nuances vocaliques, et dès lors il faut faire varier l'accent chaque fois que ces nuances se modifient;

2^ Ou l'on trouve que faire ainsi varier les accentg du radical, c'est compliquer par trop l'orthographe et qu'il est préférable de ne donner au mot écrit qu'une seule accentuation, toujours la même, et dans ce cas l'accentuation ne répond plus à son rôle, elle devient un guide infidèle, bon seulement à égarer le lecteur dans la majorité des circonstances : mieux vaudrait alors le supprimer. Or, personne n'est de cet avis et cela montre que la première solution est la seule vraie.

En conséquence, pourquoi ne pas exécuter d'une manière complète une réforme que l'Académie a déjà ébauchée en plusieurs endroits? Pourquoi, lorsqu'on écrit allège, collège, continuer à écrire allégement, collégien, au lieu de allégement, collégien^ Pourquoi, lorsqu'on écrit vous êtes et vous étiez avec deux accents différents, ne pas donner à nous étions sa notation véritable : étions? En un mot, pourquoi ne pas rentrer franchement dans la réalité phonétique, du înoment qu'on le peut, et en quoi est-il plus difiicile d'imposer au public une accentuation exacte qu'une fausse?

§ 550. Addition. — Les accents seraient à introduire dans beaucoup de mots qui en manquent, bien qu'ils en aient un besoin réel pour rendre les nuances de leurs voyelles. Voici l'indication sommaire des principaux cas où il y aurait avantage à opérer cette addition de l'accent :

lo Breveter, séneçon, qui se prononcent non bre-ve-té, se-ne-son, mais brè-ve-té, sè-ne-son, devront prendre l'accent grave et s'écrire breveter^ sènesson (§ 419), à l'exemple de ce qui est arrivé pour l'accent aigu de lé dans certains mots comme défendre, férir. Primitivement cet e y avait le son labial : défendre, ferir; ayant passé plus tard au son fermé, il a fini par recevoir dans l'écriture l'accent qui concorde avec sa prononciation.

2*» Nous avons vu que ç dans le groupe médial -ess- sonne tantôt comme e labial (dessous, dessus, resserré, ressentir), tantôt comme é

(dessiner, desserrer), tantôt comme è {dessin, desserre, dessert). Rien de moins rationnel que ce graphisme unique répondant à une triple interprétation. On lui donnera la précision qui lui fait défaut en écrivant selon les circonstances -ess- (dessous), -éss- (déssiner), -èss- (dessin); v. §§ 133, 238, 486.

3^ Par la même raison, e remplaçant le groupe ai dans l'orthographe réformée devra être affecté de Taccent convenable. Ex. : éder, édé, fédé, fèdès, p. aider, aidé, f aidai, f aidais.

4^ Jl serait bon de donner l'accent grave à certaines finales réformées en -er, -ef (v. §§ 317, 325, 381), pour indiquer que la prononciation y fait entendre les consonnes -r, -t. Ex. : désèr, disèr, avèr ^ closèt, sèt (§ 538, note, et § 371, c), etc.

Pour l'emploi des notations -?n, -èd, dans abdomen, imèn, plèd{p. hymen, plaid), etc., se reporter aux §§ 230, 3®, et 293, 7.

Rappelons aussi ce qui a été dit aux §§ 439, 479, des services que pourrait rendre l'introduction éventuelle de l'accent grave dans les groupes gua, qua, prononcés gica, kwa.

50 Une catégorie de syllabes où cette addition d'accent se montre particulièrement nécessaire, ce sont les finales dont il est question au § 342, c), et dans lesquelles la voix oscille de l'articulation ouverte à l'articulation fermée. Il n'est pas douteux que dans ce dernier cas on ne doive les doter de l'accent circonflexe. Ex. : fable, gagne, réclame, axiome, atone, fosse, etc.

6<> Enfin la présence de ce même accent pourra encore avoir son utilité dans quelques mots où l'on tiendrait à y recourir pour empêcher une confusion d'homogrammes, comme dans ét(p, ait), lira (p. liera) ou lâs (p. lacs), en regard de et (p. est, de être), de lira (de lire) et de l'adj. las (v. §§ 129, 337, 394).

§ 531. RÉSUMÉ. — Tout ce qui vient d'être dit de l'accentuation et de sa réforme peut se résumer en quelques mots :

« Il faut s'abstenir de faire appel aux accents dans tous les cas où ils ne sont nécessaires ni pour différencier des homogrammes, ni pour préciser le son de la voyelle; partout ailleurs celle-ci devra recevoir un accent en harmonie avec son caractère. »

* Parmi les mots en -er, cet accent ne frappera que ceux déplus d'une syllabe, car il serait inutile dans les monosyllabes. la règle étant de les articuler -èi"* et non -é, prononciation réservée aux polysyllabes. Ex. : cher^ fer, fier (adj.), mer, ver, en regard de clocher, chau/fer, estafier, ramer, lever, etc. C'est pourquoi, au §317, il figure dans anrèr, avèr, convèr, revèr (p. envers, avem, convers, revers), tandis que la prép. ver (p. vers) en reste dépourvue.

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