‹ Étude sur la simplification de l'orthographeChapitre 48 sur 58 · PONCTUATION · texte numérisé non relu

PONCTUATION

§ 562. Il n'y a presque rien à en dire : elle ne touche pas d'une façon directe à la question de l'orthographe. Je veux seulement présenter une remarque concernant les points d'interrogation et d'exclamation. Ces signes devraient être inscrits au commencement de la phrase, au lieu de figurer à la fin. Voici pourquoi :

i^ Il arrive souvent, on le sait, qu'une phrase interrogative offre une construction d'apparence affirmative. Ex. : « // sera visible

demain à quatre heures? Vous convenez que vous êtes dans

votre tort? », au lieu de : « Sera-t-il visible demain à quatre

heures? Convenez-wus que \ous êtes dans votre tort ?» C'est

uniquement la nature de la ponctuation qui nous renseigne avec certitude sur le sens.

2"^ De même pour les phrases exclamatives. Nous leur voyons fréquemment une structure identique à celle d'une phrase soit interrogative, soit affirmative. Ex. : « Combien de fois avezvous manqué à vos engagements ! Il ne craint pas d'affirmer la vérité de son récit! » On pourrait tout aussi bien écrire :

« Combien de fois avez-vous manqué à vos engagements?

Il né craint pas d'affirmer la vérité de son récit. » La nuance de l'idée se trouverait modifiée, sans que la forme de la proposition ait subi de changement.

Le vers suivant de Racine nous en fournit un autre spécimen:

Tu voudrais l'affranchir du joug de mes bienfaits.

Il est affirmatif ; mais il devient interrogatif ou exclamatif suivant qu'on l'écrit:

Tu voudrais t'affranchir du joug de mes bienfaits?

ou:

Tu voudrais t'affranchir du joug de mes bienfaits !

La forme est la même dans les trois cas: seule la différence de ponctuation nous indique l'intention de l'auteur.

§ 563. Or, à chacune de ces trois manières de s'exprimer, affirmation, interrogation, exclamation, correspond une intonation différente.

Dans les phrases interrogatives ou exclamatives elle se fait sentir en général dès le début, et celui qui lit à haute voix a besoin d'être averti à ce moment même, afin de pouvoir prendre immédiatement rinflexion caractérislique: par conséquent, Userait rationnel et pratique d'en inscrire le signe entête de la phrase. C'est ce que les grammairiens espagnols ont fort bien compris: dans l'écriture de leur langue toutes les phrases qui ont une valeur interrogative ou exclamative doivent commencer par un point d'interrogation ou d'exclamation renversé et se terminer, comme les nôtres, par le même point dans sa position ordinaire. Seulement il y a dans cet emploi d*un double signe un luxe exagéré de ponctuation, et nous pourrions nous en tirer à moins de frais : il suffirait pour cela que le premier mot de la phrase fût précédé du signe voulu, sous son aspect habituel (?ou /),et qu'elle se terminât simplement par le point final. Ex. :

?Quel temps à mon exil, quel lieu prescrivez-vous. (Racine) !Que vous allez troubler mes vœux irrésolus. (Corneille)

C'est une petite réforme facile à opérer et qui, sans être d'une nécessité absolue, peut cependant offrir, le cas échéant, une utilité réelle.

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