RÉSUMÉ
§ 602. L^amélioration de l'orthographe actuelle, dont les défauts les plus caractéristiques ont été énumérés avec leurs causes dans l'Introduction (§§ 2-13), doit être demandée au phonétisme (§ 64), rétymologisme étant à écarter définitivement pour ce quadruple motif qu'il est non seulement inutile et irrationnel, mais encore nuisible et d^ailleurs impossible à réaliser d'une manière intégrale (§ 17). Mais le phonétisme dont il s'agit ne saurait être le phonétisme radical, malgré la séduction très compréhensible qu'il exerce sur tant d'excellents esprits (§24): les inconséquences de la prononciation française y opposent un obstacle insurmontable, et son adoption serait de nature à entraîner les résultats lès plus fâcheux (§§ 24-50). C'est à un phonétisme mitigé que nous ramène invinciblement l'étude impartiale de la question (§§ 60, 87) : tout en procédant par règles générales (§§ 64, 67), il admet certaines exceptions, en nombre assez restreint, qui lui sont imposées par des raisons de clarté, d'analogie et d'uniformité, comme par le respect de la prosodie (§ 586) ou le souci de préserver la pureté de la langue (§§36-37; 76, note; 268), et dont voici les principales :
1° Il sera indispensable d'apporter le plus grand soin à éviter les homogrammes, c'est-à-dire la transcription de deux ou plusieurs homophones au moyen d'une notation identique, partout où ces homogrammes risqueraient de déterminer des amphibologies en exposant le lecteur à confondre entre eux des termes de signification dissemblable : c'est pourquoi, dans tous les cas où des mots se prononçant de même présenteront une différence d'écriture réellement utile à la clarté, on s'abstiendra d'y toucher (§§ 38-39, 49-50, 65, 68-73, 267, 282, 544, 547, 591, etc.). Cette catégorie d'exceptions est de beaucoup la plus importante, à cause des erreurs parfois très graves que l'homographie est susceptible d'engendrer et qui constituent l'objection capitale contre le recours au phonétisme absolu (§§ 49-58).
2o Une lettre muette ne devra pas être supprimée du moment qu'elle remplit une fonction syntactique (§§30-33, 140-141, 311, 324, etc.), quelle peut soit prévenir une amphibologie, soit servir à assurer la formation correcte des féminins et des dérivés (§§ 36-37, 76, 264, 267, 273, etc.), ou qu'elle concourt indirectement à maintenir la régularité de la prononciation (§§369, 443).
3« Pour réduire au strict nécessaire la liste des changements à opérer (en vue de heurter le moins possible les habitudes acquises), certaines notations, même phonétiquement inexactes, — comme eu, gn {n mouillée), gu (g dur), ill (l mouillée), in (è nasal), ot, oin, ou, un (§§ 163, 430, 434, 451, 226, 180, 235, 185, 241), etc. , — seront conservées du moment que les conventions sur lesquelles elles reposent ne laissent place à aucune équivoque de lecture (§§ 66, 8i).
4® Par le même motif, quand à plusieurs graphies, usitées concurremment pour traduire un phonème donné, il y aura lieu de substituer une notation unique, on choisira celle dont l'usage est le plus fréquent (§ 82), lors même que d'autre part elle ne serait pas exempte de reproche aux yeux d une phonétique rigoureuse.
5® Le même mot gardera toujours la même graphie, quelles que soient les variantes apportées à sa prononciation par sa place dans la phrase, par son emploi dans certaines locutions ou par toute autre cause (§§ 25-29, 123; § 264, lo; § 267, 5«; §§ 280, 294, 347, 384, etc.). Cette graphie sera réglée d'après la prononciation que reçoit le mot dans la diction soutenue (§ 29).
Je n'ai pas à insister sur ces considérations, puisque, après avoir été exposées dans l'Introduction, elles ont reçu au cours de l'ouvrage tous les éclaircissements qu'elles comportent. Nous les avons vues aboutir logiquement à diverses transformations orthographiques dont il ne reste plus qu'à donner un relevé sommaire : c'est ce relevé qui, — sous la réserve des exceptions rappelées tout à l'heure. — va faire l'objet des §§ 603-619 ^
§ 603. Voyelles orales. — On a constaté dans l'Introduction (§ 7) combien peuvent être nombreuses les graphies d*un même son vocalique. Conformément à la règle du § 602, 4°, nous ferons disparaître cette diversité en choisissant parmi les multiples notations de chaque phonème celle qui est le plus souvent employée et nous l'affecterons exclusivement à sa représentation. En conséquence :
1 Pour les détails et le renvoi aux passages où sont discutées les différentes graphies vocaliques et consonantiques, voir l'Index alphabétique placé à la fin du volume.
a) Les phonèmes a, e {é, è, ê), o, u (voyelle et consonne), eu, ou (voyelle et consonne) ^, seront notés respectivement par a, e [é, è, è), 0, u, et*, ou;
b) L'c muet (ou c labial) sera noté régulièrement par e, exceptionnellement par en dans la finale verbale -eut (§ 141) ;
c) Les phonèmes t voyelle et % consonne {yod) 2 le seront par i;
d) Par suite, les groupes phonétiques t + i, i + yod, j/orf + î, yod + yod^ n'auront en principe qu'une môme graphie : ii^;
e) Le groupe phonétique wa {ou consonne + a) sera représenté régulièrement par ot, exceptionnellement par oua (§ 497) ;
f) Les groupes phonétiques way' et way'y' (c'est-à-dire wa + t consonne, wa + i consonne redoublé), le seront respectivement par oi et oii ;
g) De même les groupes phonétiques uiy' {ui + i consonne) et uiy'y\ {ui + t consonne redoublé) s'écriront respectivement ui * et uii ;
h) L'e muet médial prévocalique (e des groupes -ea-, -eau, -eoi-, etc., § 125) et postvocalique (c des groupes -ée-, -te-, -ue-, etc. §§ 126, 132) sera supprimé.
Cette réglementation conduit aux changements orthographiques que voici :
1*» Prononcées a, les graphies ao, e, ea (Jaonner, solennel, Jeanne), seront remplacées par a : faner, solanel, Jane.
2^ Prononcées aou, les graphies ou, ow {rout, cloum), le seront par aou : raout\ claoun\
3^ Prononcée ay' (a + yod), la graphie ay {bayadère) deviendra ai : baiadère.
4** Prononcées e (é, è, ô), les graphies a, ai, ay, ea, ei, ey, œ {square, clair, ait, tramway, break, verveine, poney, œcuménique), deviendront e (c'est-à-dire é, è, ô, selon les cas) : scouère, ckr, et, tra^ moue, brec, vervène, ponè, écuméniqe,
^•^ L'on et ri consonnes figurent dans cette section et non dans ceUe des con • sonnes (§ 608) : 1* parce que ce sont des voyelles légècement modifiées dans leur prononciation, c'esl-à-dire où « la vibration des cordes vocales, sans disparaître, cesse d'être essentielle et devient accessoire » (L. Clédat, Qram, hist., p. 7); 2* parce qu'en graphie réformée ces phonèmes sont appelés à recevoir une notation purement vocalique se confondant avec celle de rou et de l't voyelles.
»-* Dans les verbes en -rter, comme crier, prier, qui se prononcent criyé, priyé (p. 328, note 1), l'écriture rend le groupe i + yod par un simple i : il n'y a pas lieu de modifier cette graphie qui ne présente aucune ambiguïté, la prononciation crt'y-, priy-j s'imposant d'elle-même à notre appareil vocal. Cette raison nous permet également d'écrire, pour plus de simplicité, fuions^ essuier (p. fuyons, essuyer), au lieu de fuiions^ essuiier, bien que ces mots s'articulent en réalité fuiyon, essuiyé (§ 197, e». b).
S"" Prononcées e labial, les graphies ai, on {faisant, monsieur), deviendront e : fesant, messieu.
6» Prononcées eu, les graphies e (dans la finale -er), œ, œu, ue (steamer, œil, bœuf, écueil), deviendront eu : stimeur, euil, beuf, éqeuil.
70 Prononcées ey', les graphies ai, ay, ey (paie, payé, grasseyer, etc.), deviendront ei (c'est-à-dire éi, èi, selon les cas) : pète, péié, grasséier, etc.
8® Prononcée e3ri, la graphie ay (pays) deviendra éii (péiis) ou plus simplement éï : péis (§ 197, 3o).
9° Prononcées ey'y', les graphies ayi, e3ri (payiez, grasseyiez), deviendront éii : peliez, grasséiiez.
IQo Prononcées i voyelle, les graphies ea, ee, y (steamer, spleen, mystère), deviendront i : stimsur, splin\ mistère.
H® Prononcée i consonne ^, la graphie y (yole) deviendra i : iole,
12® Prononcées o, les graphies a, ao, au, eau, oa, oi, 00, ovr, u (yacht, curaçao, cause, nouveauté, coaltar, oignon, looch, snouy boot, album), deviendront o : iof, curasso, cose, nouvôtéy coltar^ ognon, loc, snôbouV, albom.
130 Prononcées ou voyelle, les graphies aou, 00, u (saouler, sloop, yucca), deviendront ou : soûler, sloup\ iouca.
140 Prononcées ou consonne 2, les graphies w, "wh (icarie, tramway, whist), deviendront ou : ouarie, tramouè, ouist.
15® Prononcées "wa (ou consonne + a), les graphies médiales eoi, oa, oe, oua, ua, et la finale oy (seoir, foarre, moelle, gouache, iguane, quadruple, Fontenoy), deviendront oi : soir, foire, moile, goiche, igoine, coidruple, Fontenoi,
16° Prononcée vray', la graphie oy (royal) deviendra oi : roial.
17° Prononcée way'y', la graphie oyi (croyiez) deviendra oii ; croiiez.
18** l^rononcée u, la graphie eu (feus) deviendra u : fus,
190 Prononcée uiy' (u consonne + i + yod), la graphie uy (fuyez) deviendra ui : fuiez (p. 459, note 3-4).
20» Prononcée uiy'y', la graphie U3ri (fuyiez) deviendra uii : fuiiez.
§ 604. Voyelles nasales. — Pour les voyelles nasales le principe est naturellement le même que pour les voyelles orales. Nous nous trouvons en face des phonèmes a, è, 0, eu, wè (ou consonne + è),
<-« Voir p. 459, note 1-2.
affectés de la nasalisation. Leurs notations les plus usitées sont respectivement an, m, on, un, oin : on les adoptera donc de préférence aux autres ^. De plus, le signe de la nasalisation étant n partout ailleurs que devant les labiales et à la finale de quelques mots où le caractère nasal de la voyelle est indiqué par m, l'usage exclusif de cette n sera désormais la règle (§ 460). En conséquence :
1» Prononcées a nasal, les graphies aen, am, aon, ean, em, en (Caen, dam, faon^ Jean, empire, tendre), deviendront an : Can^ dan, fan, Jan, anpire, tandre.
2® Prononcée a nasal + n, la graphie en (enivrer) deviendra an' : an'itrer,
3» Prononcées a nasal + m, a nasal + n, les graphies emm, enn (emm^ener, ennoblir), deviendront respectivement anm, ann : anmener, annoblir. Par exception, la graphie enn prononcée a nasal + n dans ennui et ses congénères ennuyer, ennuyeux, deviendra an' : an'ui, etc. (§ 220).
4» Prononcées è nasal, les graphies aim, ain, eim, ein, em, en 2, im, yin, yn (daim, contraindre, Reim^, sein, sempiternel, examen, timbre, thym, lynx), deviendront in : din, contrindre, Rins, sin, sinpitemel, examin, tinbre, thin, linx,
50 Prononcée è nasal + m, la graphie imm (immangeable) deviendra inm : inmanjable.
6» Prononcées o nasal, les graphies om, um, un (nombre, umble, punch), deviendront on : nonbre, onble, ponch,
70 Prononcées eu nasal, les graphies eun, um [jeun, parfum, humble), deviendront un : jun, parfun, unble.
8® Prononcées -wè nasal, les graphies ouen, ouin (S^-Oucn, tintouin), deviendront oin : Oin, tintoin,
§ 603. Consonnes doubles. — l^ Toute consonne double prononcée simple (donner) s'écrira simple : doner (§ 232, 1®);
2® Toute consonne double prononcée actuellement simple par les uns, double par les autres (allécher, annoter), continuera de s'écrire double (§ 232, 2o);
30 Dans certains cas les digrammes 11, ss, prononcés doubles (millésime, assimiler), s'écriront exceptionnellement 11, s's : mt/'fésime, as*similer (§ 337, lo-2o).
§ 606. Consonnes initiales et médiales toujours muettes. — Les con-
1 /n, i(n, oin sont de mauvaises graphies, mais nous devons les garder (§602, 3*), s En final prononcé èn\ n'étant pas une voyelle nasale, conservera sa graphie, mais en y ajoutant l'accent grave : abdomen^ imèn (§ 230j*
sonnes toujours muettes qui figurent soit en tête (comme l'h), soit dans le corps du mot, seront supprimées (§§ 346-348) : ainsi devront disparaître les muettes et groupes de muettes c, ch, d, g, h, 1, m^ p, r, s, st, t, th, de grecquey lacs, yacht, remords, sangsue, hermine^ trahir, rhéteur, fils, condamner, champlever, temps, messieurs, il est, post'scriptum, puits, asthme, etc. (§ 348).
Quant à Th initiale qui, dans la prononciation de quelques mots (héros, huit, huis) et de leurs dérivés, se comporte tantôt comme une aspirée (le héros, le huit, le huis clos), tantôt comme une muette (rhéroine, dix-huit, Ihuis, etc.), elle sera traitée sur le même pied que Th toujours aspirée, c'est-à-dire maintenue partout dans l'écriture, à l'exception de huis, qui s'écrira uis (§§ 368- 369).
§ 607. Consonnes finales muettes. — 1° Là où elle est toujours muette (comme dans plomb, caoutchouc, brancard, clef, poing, surah, bariU Béam, cantaloup, monsieur, pourpier, velours, jumart, anspect, saindoux, riz, etc.), la consonne finale devra être supprimée, excepté dans les cas où cette suppression risque d'engendrer des amphibologies ou d'exercer une action nuisible sur la formation ultérieure des féminins et des dérivés (§ 267, lo-3o, et § 268).
2o Toute consonne finale qui, muette à la pause et devant les mots à initiale consonantique, fait liaison devant une voyelle, ne fût-ce qu'accidentellement (comme dans croc, porc, tiers, etc., §261, lo-2«), devra être conservée (§ 280).
3» 11 en sera de même pour toute consonne finale dont la prononciation est mal fixée, les uns la faisant sentir, les autres non (§261,30).
40 Toute consonne finale conservée au singulier (savant, mort) persistera devant l'-s du pluriel : savants, morts (§ 267, 5®).
50 Exceptionnellement, certaines consonnes finales telles que n, p, s, t, recevront une apostrophe, à titre de signe diacritique, dans quelques cas où il peut être utile d'indiquer que la prononciation les fait entendre. Ex. : splin\ sloup\ dis', sis', suxint*, etc. (§§ 488 et 557, 50-60).
§ 608. Consonnes en général. — Indépendamment des changements particuliers qui résultent de la simplification des doubles comme de la suppression des muettes, la graphie des phonèmes consonantiques aura à subir d'une manière générale des modifications commandées par le môme principe que nous venons de voir appliqué aux voyelles. En conséquence :
1® Prononcées c dur, les graphies ch, cch, ck, cqu, et, g, k,
kh, q, qu, x (chirographe, bacchanale, bifteck, grecque, anspect, rang ^, képi, khédive, coq, fabriqua, quel, quille, quotité, xérès), seront remplacées par q devante, i, et par c partout ailleurs : qirografe, bacanale ^, biftec, grèqe, anspec, ranc, qépi, qédive, coc, fabrica, qel, qille, cotité, qérès.
2^ Prononcées ch chuintant, les graphies sch, sh (schisme, shako), deviendront ch : chisme, chako.
30 Tantôt muet, tantôt prononcé t en liaison, le -d final des 3*» personnes verbales comme coud, moud, sied, vend, etc., deviendra régulièrement -t : cout, moût, siet, vaut (§ 291, 2»). Il en sera de même, par exception, du -d final articulé t en liaison dans quelques autres mots tels que le substantif fond, qui s'écrira font (§ 293, 4).
4° Prononcé f , le digramme ph (siphon) deviendra f : sifon.
5<> Prononcées g doux, les graphies g, ge {génisse, geôle), deviendront i : jénisse, jàle,
60 Prononcées g dur, les graphies c, gh, gu, (second, Enghien, fatigua, fatiguons), seront remplacées par g devant a, o, etpar gu devant i: segond, Anguiin, fatiga, fatigons,
70 Prononcée g-u devant a, e, i, o, la graphie gu (argua, arguer, ambiguë, exiguité, arguons) deviendra gû : argua, arguer, anbigue, exigûité, arguons {§ 613).
8» Prononcée g-n, la graphie gn (igné) sera notée g'n: ig'né.
90 Prononcée gz, la graphie cz (eczéma) deviendra x : exéma.
10> Prononcées ks, les graphies ce, es, et, xc.i^s (occire, tocsin, fiction, exciter, exsangue), deviendront x: oxire, toxin, fixion-, ëxiter, ëxangue (§406).
11** Prononcée ku devant a, e, i, la graphie qu (qtiinquàieul, équestre, équitant) deviendra eu : cuincuaieul, écuestre, écuitant,
12® Pour le remplacement par coi et goi des graphies qua, gua, prononcées k-wa, gwa (quadruple, iguane), voir ci-dessus § 603, 150.
130 Prononcées 1 mouillée (en réalité yod), les graphies -illi-, -1- (médaillier, gentilhomme), deviendront respectivement -ill-, -11- : médailler, jantillome ^.
* En liaison le -g s'y articule comme un c dur : rank (§ 281).
3 Dans bacchante le groupe -cch- étant prononcé k par les uns et kk par leâ autres, s'écrira naturellement -ce- : baccanle (§ 354).
^ Parmi les notations multiples de 1'/ mouillée (v. L mouillée à l'Index) y -illù et 'l- sont les seules ({ui comportent une modiOcation (pp. 329-332).
14o Servant à marquer la nasalisation d'une voyelle, la graphie m (ambre, simple, comble, dam, parfum, etc.) deviendra toujours n, comme on l'a vu au §604: anbre, sinple, conble, dan, parfun.
IS'^ Prononcées n, les graphies gn, mn (signet, damner), deviendront n: sine, dâner,
16» Prononcées n mouillée, les graphies ng, ni (meeting, miniature), deviendront gn: mitign (§ 463), mignature.
17o Prononcée p devante, s, t, la graphie b (abcès, abside, subtil) sera remplacée parp: apsès, apside, suptiL
18** Prononcées comme une r simple, les graphies rh, rrh, (rhéteur, myrrhe), seront réduites à r : réteur, myre.
19° Prononcé comme une r redoublée, le groupe rrh (arrher) deviendra rr : arrcr,
20° Prononcées comme une s sourde simple, les graphies c, ç, ce, gs, s, ss, se, sth, t, x, z (cidre, arçon, douceâtre, sangsue, parasol, tinssions, descendre, asthme, portion, dix, six, soixante, St-Tropez), deviendront ss entre deux voyelles orales et s partout ailleurs: sidre, arson, doussâtre, sansue, parassol, vinsions, dessandre, asme, porsion, dis, sis' (v. § 337), soissante, Tropès.
21° Prononcée comme une s sonore soit en liaison (jaloux, chei7?M^), soit à rintérieur du mot entre deux voyelles orales (dixième, sixième), la graphie x deviendra s : jalûus, cheveus, disième, sisième. Mais là où cette graphie s'articule ks ou gz (axiome, exil) elle ne sera pas modifiée.
22° L's sonore exprimée par z gardera cette notation: a) en tête du mot (zibeline); b) dans l'intérieur du mot, après une voyelle nasale ou une consonne (onzième, catorze); c) à la finale des mots où elle se fait entendre devant consonne et à la pause (gaz). Mais elle deviendra s partout ailleurs {chés, disène, lasi), à l'exception des finales verbales en -ez (chantez) et de la préposition lez, où elle sera conservée pour cause d'amphibologie (§§ 342-344).
23° Prononcées t, les graphies eht, et, gt, pt, st, th (yachty succincte, vingtaine, sculpteur, il est, théâtre), deviendront t: iof, suxinte, vintène, sculteur, il et, téâtre,
24° Prononcée v, la graphie -w (wagon) deviendra v: tagon,
23° Pour le remplacement par ou des graphies vr, -wh, prononcées comme un ou consonne, se reporter au § 603, 14°.
§ 609. Trait d'union. — Tous les mots composés pris au figuré (oreille-d'ours) ou renfermant un premier terme qui reste invariable au pluriel (arrière-plan) recevront le trait d'union, mais tou-
ceux qui ne remplissent pas Tune de ces deux conditions en seront privés (§ 527).
L*s euphonique sera détachée du verbe et placée entre deux traits d'union (va-s-i, done-s-an, pour vas-y, donnes-en, §§ 312 et 528, 15), à rimitation du t euphonique, qui gardera sa notation actuelle (§§ 323 et 528,14).
Les noms de départements français qui renferment la conjonction et (Eure-et-Loir) prendront seuls le trait d'union (§§ 528, 9).
§ 610. Soudure des mots composés. — !<> La soudure est à respecter dans tous les mots où elle sert à établir des distinctions utiles, comme dans plutôt, quoique, en regard de plus tôt, quoi que (§ 535, 4°) ;
2® Il en est de même dans ceux où, par des causes diverses tenant soit aux origines du composé, soit à l'évolution delà langue (§§533- 535, § 536 passim, § 538), l'existence de la composition n'est pas nettement perceptible pour la généralité du public. Ex. : atmosphère, coaltar, maintenant, etc.
3® Exceptionnellement elle est à introduire dans un petit nombre de cas où, sans créer de mots trop longs, elle peut contribuer à l'uniformité de l'orthographe. Ex. : custodinos, surarbitre, susdvminante, agglutinés sur le modèle de salvanos, surtaxe, susdit (§ 532, 1», note, et § 533).
40 Partout ailleurs il y aurait avantage à rompre les soudures actuellement existantes (§ 539, 4**) et à les remplacer par le trait d'union dans les mots qui sont aptes à le recevoir d'après la règle du §609.
§ 611. Accents. — 1^ Les accents doivent être rectifiés dans les mots où ils se montrent en désaccord avec la prononciation. Ex. : évêché, têtu, fêtard, crème, que l'on écrira évéché, têtu, fètar, crème (§ 548).
2» Ils doivent être supprimés partout où ils ne servent ni à spécifier le son de la voyelle, ni à différencier des homogrammes : ainsi boîte, aoûty soûl, fûtes, perdront leur accent (§ 546), tandis que âme, pêche, où, sûr, croît, fût (imparf. du subj.), le conserveront (§§ 544, 547).
3<> Inversement ils sont à introduire là où l'on peut en avoir besoin, soit pour indiquer les nuances de la vocalisation, soit pour préciser la prononciation de certaines consonnes finales, soit enfin pour prévenir les équivoques occasionnées par l'homographie (§ 550). Ex.: a) breveter, atone, au lieu de breveter, atone; h) disèr, closèt (§ 571, c), au lieu de diser (p. disert), closet ; c) lira, lâs, au
DuTENs. — Etude sur la simplification de Vorthographe, 33
lieu de lira, las (p. liera, lacs)y exposés à se confondre avec lira (de lire), las (adj.).
§ 612. Apostrophe. — En dehors de quelques circonstances (§§ 554-553) où elle est à supprimer, soit purement et simplement (avec ou sans soudure, comme dans aujourd'hui, prud'homme, quelqu'un, grand'mère, grand'peur, etc.), soit avec restitution d'un e muet élidé (comme dans entr*, jusqu\ lorsqu\ puisque presqu\ quoiqu'), il faut non seulement la respecter partout où elle figure (§ 556), mais de plus en étendre l'application (§ 557) à un assez grand nombre^ de mots où elle peut jouer avec utilité le rôle d'un signe diacritique destiné à caractériser la prononciation de certaines graphies consonantiques, ainsi qu'on vient de le voir aux §§604, 2''-3«;605, 3^ ; 607, 5% 608, 8°.
§ 613. Tréma. — On conservera partout le tréma, exception faite des mots où il est inutile comme a^eul, bdionnette, jouions, etc. (§ 560), et on l'introduira dans quelques autres : 1® en remplacement de l'h muette supprimée dans cahute, trahir, etc. (§ 561, 1»); 2° en qualité de signe diacritique servant soit à différencier des homogrammes comme dans rïfe p. ville, en regard de l'adjectif féminin vile (ibid. 5<>), soit à préciser la prononciation des digrammes gu, ex, bs, ei, dans arguer, linguiste, ëxiter p. exciter, ëxangue p. exsangue, subsister, abéie p. abbaye, etc. (ibid. 2o-4<^et 6^-1^).
§ 614. Ponctuation. — Il ne serait pas inutile, dans l'intérêt de la lecture à haute voix, de déplacer les points d'interrogation et d'exclamation pour les reporter au commencement de la phrase, par analogie avec l'usage espagnol (§ 563). Ex. :
(( ? Combien de fois est-il venu. »
(( ! Combien de fois le lui ai-je répété. »
§ 615. Mots français d'origine étrangère. — Lorsque nous empruntons un mot à un autre peuple, il faudrait l'écrire phonétiquement, de manière à en reproduire la prononciation avec le moins d'inexactitude possible. C'est le procédé que suggère la logique, les Grecs et les Russes l'emploient d'une manière courante, nos prédécesseurs ont fait de môme jusque dans les premières années du xix^ siècle, et il y aurait bénéfice pour nous à reprendre leurs errements (§§ 564-565).
§ 616. Noms PROPRES étrangers. •— I^ même loi doit présider à la transcription des noms propres étrangers de personne et de Heu. Sur ce
point encore les Grecs et les Russes nous donnent depuis longtemps l'exemple, et les bons résultats qu'ils ont tirés de leur système ne peuvent que nous encourager à les imiter (§ 576).
De cette réforme seront exceptés les noms qui appartiennent à l'histoire et à la géographie anciennes : si défectueuses que soient dans la plupart des cas leurs transcriptions, il n'y aurait pour l'instant aucun intérêt pratique à les modifier (§ 579).
§ 617. Noms propres français. — !<> Les noms géographiques {Caen, Rouen, Saône, etc.) subiront la réforme (§ 582).
2^ Les noms de famille resteront en dehors de ses atteintes (§ 580),mais il serait bon de la faire subir aux prénoms pour en unifier les graphies. Font naturellement exception les prénoms et surnoms qui appartiennent au passé de notre histoire (§ 581).
S** Le pluriel des noms propres est soumis par la grammaire à des règles assez délicates concernant l'emploi ou l'abstention de V-s finale : il faut les conserver (§ 583), mais avec quelques restrictions (§ 584).
4» L'application des majuscules aux noms communs ou assemblages de noms communs jouant le rôle d'un nom propre (la Bourse, le Théâtre-Français, etc.) présente dans l'orthographe académique des contradictions gênantes et dépourvues de motifs plausibles : on les fera disparaître en imposant la majuscule à tous les termes de cette sorte, sans aucune exception (§ 585).
§ 618. Versification. — Nulle part la réforme de l'orthographe ne saurait entrer en conflit avec les principes traditionnels de la versification française. Il est nécessaire que nos poètes conservent en cette matière une indépendance absolue et qu'ils soient libres d'accepter ou de rejeter telle ou telle des modifications proposées, suivant qu'elle leur semblera compatible ou non avec les exigences de la prosodie et les besoins de la rime (§ 586).
§ 619. Langue scieniifique. — Par la nature même des éléments dont elle se compose, la langue des sciences, qui est un idiome de pure convention, échappe à la réforme orthographique, le i)honétisme ne pouvant qu'y introduire des homogrammes inconciliables avec la clarté du sens : elle doit obéir strictement aux lois de l'élymologisme pour demeurer toujours limpide et garder intact son cachet de langue internationale (§ 592).
Les seuls changements qu'elle puisse admettre consisteront à
corriger, en les dotant d'une graphie uniforme, certaines transcriptions du grec qui ont été exécutées avec peu de méthode et dans lesquelles on voit les mêmes éléments vocaliques ou consonantiques rendus en français tantôt d'une façon, tantôt d'une autre (§§ 594-595).
Quant aux composés hybrides qui s'y rencontrent, ils ne sont plus possibles à rectifier, mais il serait à souhaiter qu'on s'efforçât de se montrer plus correct dans les créations à venir (§ 598).