‹ Étude sur la structure et les produits du Camphrier de Bornéo, ouChapitre 4 sur 13 · IG · texte numérisé non relu

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limite parfaitement celte rég»ion à une petite partie Sud-Est de Sumatra. Ces arbres occupent le flanc de la montagne opposé à la mer dont ils sont toujours éloig*nés, sauf dans certains points où la terre n'est pas humide. C'est sur !e côté opposé à la mer et vers le pied de la montag'ne, à une hauteur de 300 à 400 pieds, qu'on les trouve plus nombreux et plus robustes; ce sont eux aussi qui fournissent le plus de camphre. Le D*" Junghuhn les a rencontrés sur le territoire de Caracara, près de Telo, dans la plaine d'alluvion du Loemoët , sur les montag'nes de Hoeraba, derrière Sibog^ha, et au sud du Loemoët, sur le sommet des collines.A Bornéo, c'est la partie nord de Tîle seule, qui paraît renfermer les camphriers (Motley). Ils viennent aussi dans la petite île de Labuan, appartenant aux Angolais, située au nord de Bornéo ; mais ils paraissent y produire très-peu de camphre.

La rég*ion où se développent les camphriers est remarquable par la fréquence et la violence des orages ; aussi, les superstitieux habitants de ces îles avaient-ils cru à un rapport entre l'intensité de ces orages et la production du camphre; opinion que Garcias d'Orto, médecin du vice roi de Portugal à Goa, au xvi® siècle, se plaît à réfuter. Sur la côte de Sumatra, la température annuelle moyenne est de 81° 1/2 Fahr., (de 82** dans Tîle de Java), et environ de 78* à une hauteur de 1000 pieds, point le plus élevé où croît l'arbre à camphre. Par conséquent, la température de Sumatra est plus basse de quelques degrés que celle de Java (1). Deux causes doivent être invoquées pour expliquer cette dépression de la température : la première, c'est le peu

(i) 81® Fahrenheit = 27« centigrades environ.

de largeur de la côte entre de hautes moutag'nes et la mer; la seconde, la présence de forêts épaisses, ininterrompues, dont est couverte, non-seulement la chaîne de montag^nes, mais encore la partie plate de la côte. Il résulte de cette disposition, une plus gprande humidité, en même temps qu'un refroidissement de Talmosphère, à une élévation moindre qu'à Java. A la base Est de la chaîne de montag*nes de Java s'étendent des plaines arides et stériles, où croît seulement VAlan^ gvilan (1). Un soleil brûlant y produit constamment une grande raréfaction de l'atmosphère ; l'air plus frais de la mer s'y précipite, venant du côté ouest de Sumatra^ oîi l'Océan est profond et où il n'existe pas de terres à de grandes distances. Ces vents couvrent l'île de vapeurs^ qui, se condensant au contact des montagpnes^ produisent des pluies abondantei, presque chaque jour, à heure fixe, surtout dans l'après-midi. En même temps, le tonnerre g'ronde dans les montag'ues. Souvent, en outre, le vent, éprouvant une réflexion sur la chaîne démoniaques, souffle avec violence dans une direction opposée; de là des ouragpans terribles qui compliquent l'horreur de lascène. Vers 11 h. du matin environ, quand le temps est serein, il règpne une chaleur accablante, tandis que dans l'après-midi, le poids de la chaleur est adouci par un vent de nord-ouest accompagné de tonnerre et d'éclairs qui semblent couvrir toute la terre. Il résulte de ce qui vient d'être dit, que la température de celte rég^ion est très-chang'eante, la chaleur d'un soleil brûlant et la fraîcheur produite par Torage

(Ij Umna odoraia (Canang) dont on retire un parfum très-estimé dantf le pays.

se succédant continuellement. Telle est la contrée où prospère Tarbrè à camphre. J'ajouterai que, d'après Macdonald (1), le sol est formé d'une arg^île grasse, rougeâtre, presque noire^ mêlée d'une roche friable d'aspect marneux, reposant sur des roches trachytiques et volcaniques. Toutes ces conditions du sol et de la température rendent ces parages malsains pour l'homme, et plus difficile la récolte du camphre. Avec les arbres à camphre, on trouve, dans les mêmes lieux, d'autres plantes de la famille des Diptérocarpées, des Anonacées ; on trouve aussi les Casuarinées des marais^ le Palmier-Nipong {Oncospermum filamentosum)^ en même temps que les arbres au Benjoin. On y voit encore des Scitaminées, telles que les Elettaria^ avec le Vitex trifoliata qui y est très-commun et plusieurs espèces de Rubus. Lorsque la saison de la récolte du camphre est venue, les naturels de Sumatra, du moins au temps de l'établissement des Anglais dans l'île, se rassemblaient par bandes, sur la limite de la région à explorer, et là, se livraient à des pratiques et cérémonies religieuses qui devaient, pensaient-ils, favoriser le succès de leur entreprise (2). Ils se réunissent, nous dit de Vriese, par compagnies de 20 à 30 hommes, dans les parties des forêts où les camphriers sont les plus abondants. Ils commencent par construire des baraques, et établissent un campement pour quelques mois. Quelques auteurs anciens, Boccone, Arent, Sylvius, etc., racontent, que ces hommes savent reconnaître la présence du camphre dans l'arbre, avant de l'avoir entamé. Pour cela, au lever du soleil, l'oreille appliquée contre le tronc, ils

(1) Asiatic Researches^ IV, 119 (1793).

(2) Macdonald, loc. cit.

écoutent s'il se produit un frémissement intérieur ; s'ils le perçoivent, l'arbre renferme du camphre. D'après Marsden (1), ils arrivent au même résultat, en frappant simplement l'arbre de leur bâton; par la grande habitude qu'ils ont acquise. Selon Colebrooke (2), les naturels n'ont aucun moyen de reconnaître la présence du camphre, bien qu'il y ait des hommes, qu'on appelle Toongo- Nyr-Cappoor^ qui prétendent le savoir. Mais ces gens ne peuvent donner d'autres raisons de leur science, que des rêves favorables, que leur superstition leur fait croire infaillibles. Ce qui paraît certain, c'est que les arbres les plus vieux et les plus gros renferment le plus de camphre ; celui-ci n'est pas formé chezles jeunes. Un consul anglais à Bornéo, Spencer St-John, nous apprend queles arbres qui commencent à s'altérer de vieillesse contieiinent, d'ordinaire, le camphre le plus fin. Quoiqu'il en soit, il s'en faut de beaucoup que les plus âgés en soient toujours pourvus. Ainsi sur quelques collines de la petite île de Labuan , la moitié des Jungles est formée de camphriers ; mais le plus ordinairement, pas même un arbre sur vingt ne donne de récolte ; certains disent un sur cent, et même, sur trois cents, pour d'autres localités. Nous nous hâtons d'ajouter que si le camphre solide, les cristaux de camphre, ne se trouvent que dans les vieux arbres, il n'en est pas de même d'un autre produit qui accompagne souvent le premier; je v^ux parler de l'Huile de camphre. Celle-ci, en effet, se trouve seulement dans les parties jeunes de l'arbre, rameaux ou feuilles; plus tard, elle en disparaît, mais se rassemble dans la cavité centrale de la plante^

(1) W. Marsden, History of Sumatra, Trad* pafParraud) 227. (2j InlAsiatic retearches,^ Xlî, 535.

en quantité plus ou moins considérable. Ni l'un ni

l'autre produit ne coulent àTextérieur; et c'est dans la profondeur de l'arbre qu'il faut les aller chercher. Voici comment Marsden raconte le mode d'extraction de l'huile : « On fait une incision transversale à l'arbre, de quelques pouces de profondeur ; on coupe en biaisant de haut en bas, jusqu'à l'incision horizontale sur laquelle on pratique un creux capable de con-* tenir environ une quarte. On met dans ce creux un morceau de roseau allumé, qui, en dix minutes, ag^issant comme stimulant, attire le fluide. Dans l'espace d'une nuit , la liqueur remplit le creux qu'on vide alors; etTarbre continue d'en fournir, quoique en moindre quantité, pendant trois nuits successives, après lesquelles, il faut de nouveau employer le feu. » Cette description que nous n'avons retrouvée nulle autre part, nous semble se rapporter à un autre arbre que notre camphrier, d'autant plus que Marsden dit, quelques pag*es plus haut, que c'est à tort que l'on a cru que l'huile et les cristaux se rencontraient ensemble, mais qu'ils étaient le produit de deux arbres bien différents, et que les naturels, dit-il, disting'uent soigneusement.

La plupart des auteurs qui se sont occupés de la question, sont unanimes pour reconnaître que les chercheurs de camphre commencent par faire une entaille profonde à l'arbre, qui pénètre jusqu'au cœur. Alors s'il y a de l'huile, elle s'écoule et on la recueille avec soin, dit le D' Junghuhn qui a été témoin de l'opération, dans des demi-cylindres de bambou coupés longitudinalement et très-étroits. C'est à peine si, dans une demi-journée, il s'en écoule la moitié d'une

petite tassé à thé. On peut alors apercevoir les cristaux au fondderincision. Dans ce cas, l'arbre est coupé près de la racine et abattu. On le scie ensuite par tronçons qui, à leur tour, sont fendus en un grand nombre de morceaux. Cette opération exigée souvent toute une. journée pour un seul arbre, tellement le tronc est épais. Dans la partie centrale des tronçons, se trouve rassemblé le camphre, qui est tout formé et qu'il suffit d'enlever ; il peut encore se rencontrer, paraît-il, dans des fissures naturelles, tant intérieures qu'extérieures (de Vriese). On appelle le camphre trouvé dans cet état Se Tantong. Il peut arriver qu'un arbre entamé et laissé debout produise du camphre au bout de sept à huit ans ; on l'appelle alors Oogar ; il est de moins belle apparence, tout en ayant les mêmes qualités que le premier (1). Les cristaux de camphre sont enlevés des fibres du bois, auxquelles ils adhèrent, avec de petits instruments en bois ou avec l'ongle. L'huile et les cristaux obtenus, on procède au nettoyage des produits. La première est séparée des fragments de bois et des autres impuretés en la faisant passer à travers une espèce de tamis, composé avec les fibres d'une feuille de palmier. Quant au second, son nettoyage demande de grands soins. Les cristaux de camphre, enlevés du tronc et débarrassés un à un de leurs impuretés, sont passés dans des cribles de différents diamètres. On sépare ainsi les cristaux en plusieurs séries, d'après leur grosseur. Plus les cristaux sont volumineux, limpides et transparents, plus ils ont de prix. Les cristaux de la première série ont reçu le nom de Tête^ puis viennent ceux de Poitrine^

M) Colebr., loc. cit,

de Jambes et de Pieds^ selon leur qualité. Les Banianes, nous dit Garcias d'Orto, sont tellement exercés à apprécier la grosseur des grains, qu'ils s'aperçoivent très-bien si le camphre a été mélang'é de grains de différentes grosseurs, de sorte qu'il est impossible de les tromper sur la valeur de la marchandise. Le môme auteur ajoute sur le lavage des cristaux quelques détails curieux : « Pour donner au camphre une grande blancheur, ils (les Banianes) l'enveloppent dans un linge, le plongent dans l'eau chaude, après y avoir ajouté du jus de limon et du savon ; de cette manière, il acquiert une grande blancheur, mais il perd considérablement de son poids. Ce secret m'a été confié par un Baniane de mes amis, qui avait toute confiance en moi; car, d'après les lois du pays, il est défendu de chauffer le camphre et de le soumettre à aucune préparation; il est même permis de tuer celui qui serait surpris à faire une telle opération.» Motley, en 1851, a confirmé ces faits, avancés, il y a plus de deux siècles, par l'auteur que nous venons de citer.

Un second procédé pour obtenir du camphre est signalé dans le récit de de Vriese; il consiste à faire une macération et une décoction des branches et des débris de l'écorce et du bois(l). On coupe à cet effet le bois en petits morceaux; on y ajoute les feuilles froissées, et on fait bouillir le tout dans une marmite de fer. La partie huileuse monte à la surface du liquide; on l'enlève avec une coquille de noix de coco, munie d'un manche. La

(1) On sait que le camphre du Japon ou camphre commun s'obtient par la distillation, dans une marmite de fer, des fragments du bois et des feuilles du Cinnamomum Camphora. Le camphre se volatilise et se dépose sur un couvercle en paille qui surmonte Tappareil.

liqueur est versée dans un bambou qu'on ferme par un bouchon formé de feuilles de palmier. Au retour de l'expédition, on la verse dans des bouteilles. Le séjour dans les bois est souvent de trois mois, pendant lesquels chaque compag'nie, composée de ving^t à trente hommes, peut abattre une centaine d'arbres; elles doivent, comme tribut, le ving-tième de leur récolte; le reste leur appartient. Outre les diverses sortes de camphre déjà énumérées, et qui diffèrent entre elles par le volume des cristaux, on en distingue d'autres diaprés la forme qu'affectent ceux-ci. Parfois, en effet, ils se présentent avec l'apparence et la minceur de lamelles de mica, tandis que le plus souvent ils ont l'aspect do^rains, offrant des formes cristallines plus ou moins accusées, comme nous le verrons dans un autre article.

Quant à la quantité produite par un même arbre, les opinions les plus diverses se sont produites. C'est ainsi que de Vriese prétend qu'un arbre de moyenne grosseur produit 2 onces de camphre, tandis que Golebrooke rapporte qu'on trouve ce produit sous la forme d'un cylindre du volume d'un bras d'homme, et pesant environ H livres (1). D'autres naturalistes pensent que chaque arbre peut en fournir 3 à 4 livres. Il faut conclure de cette diverg'ence d'opinions, que la quantité

(i) Cette évaluation nous semble très«exagérée au point de vue de la quantité du camphre et erronée au point de vue de la manière dont il se présente. Cependant il ne semble pas possible d*interpréter autrement le texte « And the camphor îs found in the heart, occupying

a space in circumference, of the thickness of a man's arm. » C'est cette opinion de Colebrooke qui fit croire à quelques auteurs d'Allemagne que ce qu'ils appellent a Tuppenkampher » (camphre en tube, en bâton), était le produit du camphrier deBo^^néo, tandis que c'est celui du Japon. Voy. par exemple : Synops, plant, diaph.^ de Rosenthal, 1862 ; et encore î Th. Martius, loc. cit.

du produit csttrès-variaWe. Mais ainsi, on ne peut pas admettre que la moyenne donnée par de Vriese soit exacte, en considérant l'immense quantité d'arbres qu'il faudrait abattre pour récolter 100 livres de camphre. 'En effet, pour obtenir une telle quantité, il faudrait détruire 800 arbres renfermant du camphre. Or, si Ton songe que, le plus souvent, un seul arbre sur vingft en contient, on voit quel nombre immense de camphriers il faudrait abattre, pour arriver à ce résultat. Quant à la quantité d'huile que peut renfermer chaque arbre, elle est ég'alement variable. Un auteur dig'ne de foi, Motley, nous apprend qu'en 1850, il assista, dans Tîle de Labuan , à la destruction d'un Dryobalanops dont la cavité intérieure était remplie d'huile de camphre. « Nous en avons tiré, écrit-il, à peu près cinq g^allons (un g'allon égale à peu près quatre litres et demi), et il en a été beaucoup perdu. » 11 y a loin de cette proportion à c^Ue indiquée par le D' Jung'huhn, qui ne serait, d'après lui, que d'une demi-tasse à thé par jour.

Il nous semble probable que cette dernière opinion doit se rapporter à un mode d'extraction particulier^ consistant à entamer l'écorce ou les parties jeunes de l'arbre; d'où il résulte un écoulement lent et continu de la précieuse substance ; tandis que, dans le premier cas, on perfore l'arbre jusqu'à la cavité médullaire où 1 e produit est accumulé et coule de suite abondamment.

Cette huile (1) est parfois parfaitement limpide, transparente et incolore, mais, plus ordinairement, plus ou moins colorée en jaune ou brun. Son odeur rappelle celle de, l'huile de Gajeput {Melaleuca Cajeputi Roxb.),

(4) Pprpira Matcria médira, odit. 4, l^o7, If, oo'J.

combinée avec celle du camphre et du cardamome (A?/ïomum Cardamomum). Parfois elle exhale une forte odeur de térébenthine. C'est une huile volatile essentielle, très-subtile, dit Arent. Sylvius, si bien que, lorsqu'on approche d'une flamme un papier qui en est imprég*né, il brûleavec une intensité Qt une rapidité extrêmes, jusqu*à ce que toute Thuile sôit consumée. Ellerenferme, en solution, une résine qui, après quelques jours d'exposition à l'air, prend une consistance sirupeuse. Il se produit, en outre, par la distillation, une petite quantité de camphre cristallisé (fui se sépare brusquement. Nous reviendrons plus loin .sur les caractères physiques et chimiques du camphre. Nous nous contenterons d'ajouter ici que son odeur est celle du camphre mêlée à celle du patchouli et de l'ambre gris; que sa volatilité est bien moindre que celle du camphre ordinaire, et que les g^ens du pays s'imaginent, d'ailleurs, l'empêcher-, en joignant aux paquets d'un quart de ïivre environ, enveloppés dans des feuilles de palmier, de petits paquels de graines d'un Abrus^ auxquelles ils supposent une influence magique, et qui empêchent, disent-ils, l'esprit du camphre de s'évaporer. Ce remarquable produit est fort peu connu en Europe; il n'y arrive que fort rarement et en très-petites quantités qui servent plutôt à enrichir les musées scientifiques qu'à constituer un objet commercial. Cependant, lorsque les Hollandais ouvrirent le commerce avec ces régions éloignées , le produit du camphrier de Bornéo arriva dans nos contrées en quantité suffisante, comme nous l'apprend W. de Rhyne, pour être employé médicalemenl. Aujourd'hui, les échantillons tant du bois et des fruits que de l'huile et des cristaux, sont fort

rares. Le Muséum de Kew est particulièpement favorisé à cet ég^ard. Ainsi, en 1850, M. James Motley adressa à M. Hooker des échantillons de la plante, consistant en un morceau de tronc avec des cristaux en place, en même temps que des fruits et une certaine quantité d'huile. En Allemagne, dit Th. Martius , le camphre de Bornéo est à peu près inconnu; cet auteur en possédait lui-même un frag'ment du poids de quelques grammes. Le Muséum de Copenhague n'a pour toute richesse qu'une seule feuille de Tarbre, sans fruits, ni fleurs. M. le D^ Oudemans, Directeur du Jardin botanique d'Amsterdam, a eu en sa possession une vingtaine de fruits, grâce auxquels il a pu faire ses études sur Torganisation du fruit et de la graine (1). Il ne lui en reste aujourd'hui plus que deux et quelques rameaux. La collection de M. Beccari, qui est venue enrichir le Muséum de Paris, contient un assez bon nombre d'exemplaires consistant en jeunes rameaux, feuilles, fleurs et fruits; ces derniers, malheureusement, n'ont pas atteint tout leur développement, sont desséchés et absolument impropres à l'étude. Quelques flacons d'huile ont été aussi importés en Europe, grâce auxquels l'analyse chimique a pu en être faite, comme nous le verrons plus loin. La rareté du camphre de Bornéo dans nos contrées s'explique par l'engouement des Chinois d'une part, et, d'un autre côté, par la consommation considérable qui s'en fait surplace. La quantité produite par Sumatra et Bornéo est assez considérable; et Marsden^ dans son histoire de Sumatra, nous dit que le camphre constitue unepartie importante du commerce de cette île.

(1) In Ann Se. nat, 4osér,, V., 90.

O'appès IVlacdonald, la quantité de camphre exportée annellement de Sumatra, est de 30 à 50 péculs (un pécul ég'ale 133 liv. un tiers), résultat assez éloigpé de celui de Motley, qui estime l'exportation à 10 ou 16 quintaux ^tkv dLïi (1000 ou 1500 livres). Quant àBornéo, la statistique deMotley, en 1851, donne environ 7 péculs (9133 livres). Les pays où le camphre est importé sont surtout laChine,leJapo1i, la Cochinchine,le Cambodg^e, Siam, la Perse et l'Arabie, La seule villedeCanton en reçut dans l'année 1872, 23péculs 7 dixièmes (3. 159 livres).

Il est difficile d'admettre que cette énorme quantité de camphre, vu les difficultés de la récolte, ne doive pas le chiffre qu'elle atteint, à de nombreuses fraudes et mélanges, et c'est ce qui a lieu en effet. -Déjà Garcias d'Orto, vers le milieu du xvi* siècle, écrit que, lorsque la récolte a manqué, les habitants qui ne peuvent cependant se passer de ce produit, mêlent au camphre de Chine, une petite quantité de celui de Bornéo, et le vendent comme camphre de ce nom. C'est ainsi que Motley parle d'un certain Nacoda, de Bornéo, lequel avait la réputation de pouvoir, avec un seul catty (1) (1 livre 1 tiers) de camphre pur, obtenir 16 catties de camphre falsifié, qu'il vendait à des g^ens peu expérimentés. Cependant les médecins et les marchands de parfums qui achètent ce produit, sont d'ordinaire fort habiles à reconnaître la fraude, quand bien même le camphre du Japon, qu'on y mêle, serait en morceaux du volume et de la forme de celui de Bornéo.

Quoi qu'il en soit, le camphre de Bornéo se vend fort cher, et il semble en avoir toujours été de même. Marco

(1) Mesure chinoise,

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Polo dit qu'on l'estime au poids de Tor ; et Garcia^ d'Orlo , cent fois plus cher que celui de laChine. Le grand référendaire W, de Rhyne rapporte que les Japonais et les Chinois ont aussi peu d'estime pour leur camphre, qu'ils en ont beaucoup pour celui de Sumatraet de Bornéo; si bien qu'ils ne paient pas plus cher u n pécul du leur qu'un catty decelui de la seconde espèce. D'après Marsdeîi , il se vend, sur le lieu de production, 8 piastres (1 piastre ég^ale 5 fr. 43), et le catty se revend en Chine environ 12 piastres, la meilleure qualité, En 1622, Beaulieu acheta du camphre à Sumatra, au prix de 15 piastres les 28 onces. Il y aurait même, suivant Marsden, une espèce, d'une beauté extraordinaire qui se vend 2.000 piastres le pécul ; résultat qui ne diffère pas beaucoup de celui que fait connaître Heyne. Cet auteur nous apprend que le camphre le moins bon ou en crains est surtout porté sur le marché de l'Inde, où il est vendu dans tous les bazars, et est principalement employé par les médecins indous; tandis que le .meilleur, ou en lames, est surtout destiné au marché de la Chine, où il coûte 3.000 dollars (1 dollar ég'ale 5 fr. 42) par pécul, et 1.500 dollars dans le pays de production. Outre cette qualité de camphre, on en distingue, comme nous l'avons vu, plusieurs autres, selon la g*rosseur, la transparence et la pureté des cristaux; ces variétés constituant, ce que dans le pays, on appelle Poitrine, Jambes et Pieds. Ces trois espèces paraissent aller, quant à leur prix, dans la proportion de 25, 14 et 4. En moyenne, d'après de Vriese, le prix est de 2 livres sterling» 10 schellings la livre, à Sumatra, pour les qualités secondaires, et de 4 livres sterling*, 45 sch., d'après Motley, pour la plus belle qualité; les trois variétés qui viennent ensuite valent res-

pecli vement 35, 25 et 20 dollars par catty. Quant à l'huile de camphre, selon Molley, elle se vend en Chine à peu près un demi-doltap le flacon. Pour que le camphre de Bornéo atteigne un prix aussi élevé, il faut qu'on lui reconnaisse des propriétés bien remarquables,soit réelles, soit fictives. Ajoutez à cela que des légendes superstitieuses ont fait entourer l'arbre camphrier, « l'arbre Lion, » d'une sorte de respect, dans le pays de produc- . tion, et l'on aura la raison de l'engouement des peuples asiatiques.

Nous avons déjà dit que Ton avait cru aune relation directe entre la foudre et la production du camphre. Garcias d'Orlo nous apprend, de plus, que cette croyance règne dans le pays, à savoir que « les animaux ont l'habitude de se réfugier sous l'arbre à camphre pour échapper aux poursuites d'animaux plus féroces, r^

Voyons maintenant à quels usages on emploie le bois du camphrier et son produit, car tout dans cet arbre précieux a son utilité. Les grandes dimensions du Dryobalanops^ son tronc droit, sans branches jusqu'à une grande hauteur, en font un excellent bois pour les charpentes. Il est, dit Marsden, facile à travailler, durable, et pas sujet à être rongé par les insectes, principalement par le Combangy espèce d'abeille, à laquelle on donne le nom de charpenlière, à cause de l'habitude qu'elle a de percer le bois pour y faire son nid.

On fait aussi du même bois des instruments variés ; c'est ainsi qu'on l'emploie très-souvent pour fabriquer des caisses qui servent à serrer les fourrures ; la caisse, exhalant une forte odeur de camphre, chasse les mites ouïes tue. Mais un des principaux usages auxquels il est employé, c'est la construction des bateaux ;

en effet, il se plie facilement, et les Malais le préfèrent à tout autre bois, pour fabriquer leurs bateaux. Lorsqu'il vient d'être travaillé, il est très-odorant et offre une teinte roug^eâtre qui se change bientôt en brun clair. Le fruit, comme il a déjà été dit, peut semang^er au naturel; confît, il constitue, paraît-il^ une friandise excellente(l). Une habitude répandue parmi les chercheurs de camphre, c'est, nous dit Boccone, quand ils ont trouvé de gros cristaux , ceux qui constituent la plus belle qualité, de s'en frotter doucement et lég'èrement les yeux. D'ailleurs, les Chinois le préconisent fort pour toutes les maladies des yeux et le font entrer dans la plupart de leurs collyres; usagée, dit W. de Rhyne, qu'ils ont emprunté des Maures ; ou bien ils en placent un petit grain sous la paupière. C'est ainsi que les habitants du Céleste- Empire combattent les ophthalmies auxquelles ils sont fort sujets. Le camphre et son huile sont encore employés à l'extérieur contre les entorses, les contusions, les enflures, les douleurs musculaires, les diverses inflammations, telles que les rhumatismes, g^râce -à la propriété qu'on leur accorde de pénétrer, par leur subtilité, dans les pores de la peau, et de rétablir la circulation. L'huile a été aussi employée avantag'cusement, dit Macdonald, dans les maladies des chevaux ; on la mêle alors avec du jus de tabac. L'odeur pénétrante et ag^réable du camphre serait très-favorable pour faire disparaître les maux de tête et de cœur, les vapeurs nerveuses, etc. Motley affirme qu'il l'a employé à l'intérieur avec succès sur lui-même^ et qu'il a observé les mêmes résultats sur d'autres personnes,

[{) HotJttuyn, Natuurlyhehistorie, 1774, sér. bot, If, 34i.

dans les pénibles douleurs de la colique néphrétique; il agit comme diurétique et soulagée sensiblement sans donner de nausées, commelefait la térébenthine à doses répétées.Valentini prétend que c'est un anaphrodisiaque :

Camphora per nares castrat odore mares.

Mais Geoffroy réfute énerg'iquement cette appréciation, te car, dit-il, on a remarqué qu'un g^rand nombre de ceux qui font le commerce de ce produit avec les Japonais, ou qui, pendant un grand nombre d*années se sont livrés à la purification de ce camphre, chez les Battas, non-seulement ne sont pas moins aptes à l'exercice des fonctions génitales, mais bien plus, jouissent d'une riche et abondante progéniture. ))Motley confirme cette opinion, les médecins chinois l'employant comme tonique et aphrodisiaque, par conséquent comme ayant des qualités tout opposées à celles du camphre ordinaire. D'ailleurs, il est difficile de dire jusqu'où va l'extravagante croyance des Chinois aux vertus du camphre. C'est ainsi qu'ils ne préparent presque aucun cardiaque, diaphorétique ou alexipharmaque où ils ne fassent entrer le camphre de Bornéo, ou bien.la racine de Ninèi, en laquelle ils ont également grande confiance. Nous voulons, comme curiosité, faire connaître, par un exemple, la foi aveugle que ces peuples ont au camphre, contre toutes les maladies. On ne doit pas d'ailleurs s'en trop étonner ; des faits analogues se produisent bien parfois chez les nations les plus civilisées. Un médecin japonais affirma au grand référendaire de Belgique, W. de Rhyne, « que le camphre de Bornéo, mêlé à n'importe quel aatre remède interne, composé de drogues proportionnées aux différents symptômes,

était comme un g^énéral d'arméequi, divisant ses troupes en plusieurs colonnes, se prépare h s'emparer d'une ville ou d'une citadelle; il ordonne l'attaque, dirigée une partie de ses troupes d'un côté, l'autre partie d'un autre côté, et pousse devant lui les moins vaillants ; de même ag'it, selon les médecins japonais, le camphre de Bornéo ou de Sumatra, c'est-à-dire qu'il donne de l'âme aux autres médicaments. »

L'industrie emploie l'huile de camphre ; c'est en effet un vernis parfumé qui sèche rapidement, mais qui demande à être frotté jusqu'à sicci té. On s'en sert aussi pour la fabrication de savons parfumés. Enfin le dernier usagée, et non le moins important^ c'est l'emploi du camphre pour l'embaumement des morts. La Chine est le seul pays d'exportation où on l'utilise à cet effet. On s'est demandé si l'huile de camphre n'était pas employée pour embaumer les momies en Èg^ypte. Ce fait, dit Crawfurd, pourrait être aisément constaté par la plus simple expérience ; par là on aurait la certitude que l'ancienne Eg'ypte était en relations commerciales avec TArchipel Indien dans les siècles les plus reculés. Mais c'est surtout dans le pays de production qu'il sert à cet usage pour lequel on en dépense une quantité considérable ; ce qui, joint au massacre de centaines de bœufs, à l'occasion de la mort des personnages illustres, est la cause de la pauvreté des plus grandes familles. Nous pouvons suivre d/aiUeu^^s le récit de De Vriese à cet égard*: « Une très-ancienne coutume prescrit qu'à la mort d'une personne haut placée parmi les Battas, qui, pendant sa vie, a eu droit au titre de Rajah (prince souverain), on sème du riz sur la place sacrée, que le corps soit placé sur le sol et laissé jusqu'à

ce que le riz soit poussé, ail g^randi et soit arrivé à former des g'rains. Avant que les épis ne soient mûrs, et récoltés, on jug*e le moment venu d'ensevelir le corps; il est alors enterré avec les épis du riz qui a été semé le jour de la mort ; ainsi la sépulture se fait cinq ou six mois après. Alors le corps, comme les g'rainsde riz, est confié à la terre. Ils veulent par là exprimer symboliquement celte croyance que, comme une nouvelle existence sort de la semence, une nouvelle vie commence pour Thomme après sa mort. Durant la période qui précède Tenterrement, le corps est renfermé dans une bière, et les femmes pleurent jour et nuit. On emploie seulement le tronc du Durio iibethùius pour mettre le corps. 11 est travaillé avec beaucoup d'art, et on ménagée en dessous de petites ouvertures par .lesquelles les gaz s'échappent. Les corps contenus dans ces bières ne sont pas seulement saupoudrés de camphre, mais y sont entîèremenl ensevelis, de sorte que tout l'espace compris entre le corps et la bière en est rempli. Cette méthode est la seule connue des habitants de Batta pour préserver le corps de leurs souverains de toute odeur et corruption pendant un aussi grand nombre de mois, sous ce climat humide et chaud. Junghuhn a vu un corps préservé de celte manière pendant quatre mois, qui était raccorni comme une momie, et .qui ne donnait d'autre odeur que le pénétrant parfum du camphre. De cette manière on use une énorme quantité de cam» phre (un quart à un demi quintal), pour l'achat duquel la famille du mort doit faire les plus g^rands sacrifices, et souvent même vendre tous ses troupeaux. Chaque village a son Rajah.

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