DS
O8s. VIII (personnelle). — Femme, 30 ans. Hôpital Tenon. Crèche, lit n° 6. Service de M. Gerin-Roze. 1881, octobre.
Dyspnée urémique; urines foncées, rares, très albumineuses.
14 octobre. Je pratique une injection de 0,02 nitrate de pilocarpine. :
Sueur rapide au visage, très peu sur le corps. Pas d’efflorescence Cutanée. Je recueille avec mon manchon appliqué au bras 10 cent. cube de sueur contenant 2 gr. 565 d’urée par litre.
La salivation est plus tardive que d'habitude. Quantité rendue : 280 cc. contenant 0,39 d’urée pour mille.
Les urines sont rares ; on ne peut en recueillir depuis la veille. La quantité d’urée était alors de 5 gr. 0/00.
La malade paraît soulagée après l'injection. On en pratique une deuxième le lendemain. Pas d'analyse.
Le 16. On peut recueillir 206 cc. d'urine, foncée, trouble, très albumineuse, ne renfermant que 5 gr. 30 d’urée par litre.
L'amélioration s’accentue les jours suivants ; la malade ne succombe: que plus tard aux progrès de la néphrite.
Ogs. VILI (personnelle). — Hommie. Hôpital Tenon. Service de M. Sevestre. Décembre 1881. |
Néphrite interstitielle. Urémie; anurie complète depuis vingt-quatre heures. Hypothermie. Dyspnée.
Le matin, on injecte 0,02 nitrate pilocarpine sans résultat. Pas de sueur, pas de nt
Le soir, j injecte 0,03 nitrate pilocarpine. Pas de sueur, pas d’efflorescence cutanée. Le malade est froid, presque agonisant.
Salive rare, épaisse ; le malade n'en rend que six centimètres eubes. | . Mort une heure après l'injection faite in extremis. La. salive contient 2 gr; 80 d’urée par litre.
| OBs. X (personnelle) — Louis Lej..., serrurier, 71 ans. Octobre 1881. Hôpital Tenon, s salle Saiat-Augustin, service de
M. Huchard; @e 2° D $
Sy
Néphrite chronique interstitielle depuis plus d’un an. Albuminurie. Hypertrophie cardiaque avec bruit de galop.
Urémie dyspnéique. Respiration de. Cheyne- Stokes. Température, 87°. Pas d’ammoniaque dans l’air expiré. Depuis la dypsnée, les urines, qui étaient claires et abondantes, sont devenues rares, foncées, très albumineuses.
Du 16 au 17 oct. Urine, 5b0cc..
Urée 0/00 15,50 soit 8, 52 en vingt-quatre
heures.
Du 17 au 18. Urine,800cc.
Urée 0/00 17 gr. soit 13,60 en vingt-quatre heures.
Le 17 au soir. Injection de 0,02 nitrate pilocarpine.
Sueurs assez abondantes à la face, très peu sur le corps : pas d’efflorescence Dans le manchon, je ne recueille que quelques gouttes troubles épaisses.
Salivation presque nulle.
Le 18, matin. Injection de 0,03 nitrate pilocarpine. Sueurs abondantes à la face ; très peu sur le corps. Pas d’efflorescence. Dans le manchon (bras gauche), je n’obtiens que trois centimètres cubes de sueur après filtration coeur 2 gr 50
d’urée pour millle.
Salivation peu abondante, visqueuse, 20 cc. contenant 0,69
d'urée 0/00.
Ces observations nous montrent que bien que la quantité pour mille d’urée ait pu être augmentée, surtout dans la salive (obs. VII et IX), l'élimination totale obtenue par cette voie a été insignifiante.
Il résulte de l’ensemble de ces documents que si la pilocarpine a paru donner entre les mains de quelques expérimentateurs des résultats favorables dans les accidents urémiques, son action curative n’en demeure pas moins contestable et son emploi souvent dangereux par le collapsus qu’elle peut déterminer. La pilocarpine dans l’urémie et chez les brightiques en général, agit moins bien
que dans les conditions normales, la salivation et la sueur sont peu abondantes, parfois PACE il faut augmenter la dose de pilocarpine pour obtenir un effet et; même alors, la sueur peut manquer et des phénomènes d'intolérance survenir. Or, l'élimination d’urée ou de tout autre extractif obtenu dans ces conditions est bien minime, réellement insignifiante par rapport à celle qu'aurait dû entraîner l'urine et qui reste dans l’économie. La pilocarpine ellemême, introduite dans cet organisme déjà saturé de déchets est plus difficilement éliminée et peut créer par sa présence un danger de plus. Nous pensons donc que la tentative de provoquer par la peau ou la salive une élimination dérivatrice dans l’urémie est d'une utilité douteuse, et qu’il vaudrait peut-être mieux préférer à la pilocarpine la sudation par l’étuve ou l’enveloppement,
Une autre contre-indication à l’emploi de la pilucarpine dans l’urémie résulterait de ce fait que son administration paraît diminuer la somme d’urée excrétée dans les vingtquatre heures. L’urée diminue dans l’urine, et cette diminution n’est pas compensée par l'élimination sudorale et salivaire. Ainsi, d’après A. Robin, la diminution de l’urée de l’urine des vingt-quatre heures serait de 3 grammes après une sudation moyenne; or, la sueur et la salive en ayant éliminé environ 1 gramme, il en résulterait un déficit de 2 grammes. Robin rattache le fait à une diminution des combustions organiques par la pilocarpine; mais nous pensons qu’il s’agit plutôt d’un défaut d’élimination, car un fait semblable se produitavec les chlorures qui sont indépendants des combustions organiques. Ce défaut d'élimination nous paraît s'expliquer par la spoliation aqueuse faite au détriment du rein par des ses qui éliminent infiniment moins que lui.
Remarquons enfin que la plupart des résultats favora- Binet. v
bles de la pilocarpine ont été obtenus dans des accidents éclamptiques où l’urémie vraie n’est peut-être pas tou— jours en cause, et qu’alors la pilocarpine en abaiïssant la tension artérielle a pu produire sur les centres nerveux un effet thérapeutique réel et amener la fin des crises convulsives.
Il. — Acide urique.
L’acide urique n’a jamais été signalé dans la salive.
Dans la sueur des goutteux, plusieurs auteurs auraient trouvé de Pacide urique. Il paraîtrait se déposer parfois à la surface de la peau sous l’aspect d’une efflorescence blanche, analogue au givre d’urée; mais ces faits ne doivent être acceptés qu'avec réserve, en Pabsence d'analyse rigoureuse.
Wolf aurait rencontré de l'acide urique dans la sueur d’un goutteux, atteint de la pierre ; Mayer (de Modras) rapporte un fait semblable, Golding Bird dit avoir vu chez un goutteux, la surface desséchée d'un eczéma se couvrir d'une sorte de givre.
Stark aurait décelé l'acide urique dans la sueur des rhumatisantis.
Garrod conteste la valeur de ces observations. Dans celle de Mayer, un vésicatoire avait été appliqué sur le dos et, la sérosité se mêlant à la sueur, a dû fausser les résultats. Dans ‘celle de Bird, il n’y a pas eu d'analyse chimique. Swediaur se borne également à signaler une efflorescence analogue à de la farine sur la peau d’un goutteux invétéré ; aucune analyse n’a été faite.
Nous donnons, en les résumant, les observations plus complètes de Petit, qui a décelé de faibles traces d'acide urique, et celles de Garrod, qui sont négatives.
O8s. XI. Ch. Petit (résumée).— Homme de 56 ans. Goutteux depuis l'âge de 24 ans.
A la suite d’un accès, on recueillit la substance blanche qui s'était déposée sur la main, comme une sorte de givre. L'analyse, faite par O. Henry, a montré qu'elle renfermait environ 4/5 de son poids de substances albuminoïdes; le reste était un mélange de lactates, phosphates, chlorure de sodium, sels de chaux, et on a pu y déceler des traces faibles, mais appréciables, d'urate de soude.
Chez un second goutteux, la matière blanche pulvérulente fut recueillie sur la poitrine ; sur un troisième, sur le dos du pied. L'analyse faite par Henry décela également de très faibles traces d'urate de soude.
Garrod fait remarquer qu’une cause d'erreur a pu se glisser dans ces observations; ces malades avaient probablement des dépôts tophacés aux pieds et aux mains, et il est possible que quelques parcelles de ces dépôts, souvent très superficiels, se soient détachées avec l’épiderme. En s’entourant de toutes les précautions, Garrod n’a pu trouver d'acide urique dans la sueur des gountteux.
Os. XII. (Garrod). — Je fis choix, dit-il, d’un malade sujet à la goutte depuis longtemps et actuellement en proie à uu violent accès. On remarquait chez lui plusieurs tophus et concrétions d’urate de soude. Le sang était riche en acide urique. Plusieurs feuilles de papier buvard de couleur blanche furent plongées dans une faible solution de potasse, puis appliquées sur la peau de l'abdomen. On les y maintint pendant trente heures environ au moyen d’une toile cirée. Au bout de ce temps, le papier présenta une réaction acide ; il était fortement imprégné de sueur. On le traita par l’alcoo! rectifié, puis par l’eau chaude ; la solution aqueuse fut ensuite évaporée et on chercha avec le plus grand soin si elle renfermait de l'acide urique. Mais on ne put oblenir la réaction pourpre de la murexide et il ne se forma pas de cristaux par l'addition d'acide nitrique.
Ogs. XIII. Garrod (résumée). — Homme fortement éprouvé par la goutte et présentant sur plusieurs points du corps de volumineuses concrétions d’urate de soude. L'articulation tarsométatarsienne du gros orteil est surtout affectée; l’épiderme en est très épaissi. Un morceau de cet épiderme est détaché, ma-
céré dans l’alcool, puis épuisé par l'eau chaude. L'examen de cette solution fit découvrir quelques cristaux d'acide urique. D’après l’auteur, ils pourraient provenir du
dépôt tophacé dont le siège est très superficiel.
O8Bs. XIV. Garrod (résumée). — Pendant un accès de goutte aiguë, la maiu, le bras et l’avant-bras du malade sont placés daus un large bocal de verre, hermétiquement fermé par un anneau de caoutchouc. On put recueillir 8 à 10 gr. de sueur qui fut soumise à l’analyse. On n’y trouva pas d'acide urique, mais une grande quantité d’oxalate de chaux.
Cette observation est fort intéressante, puisqu'elle nous montre l'élimination par la sueur d’un corps que sa constitution chimique et son histoire physiologique rapprochent de l'acide urique dont il peut provenir par dédoublement.
R. Sim, cité par Ch. Robin, a vu, comme Garrod, de loxalate de chaux dans la sueur d’un goutteux, après ses attaques.
Martini et Ubaldini se sont assurés que la sueur d’un goutteux, exposé dans un sudatorium, ne contenait pas trace d'acide urique, ni au voisinage des jointures affeclées, ni dans Îles parties éloignées, tandis qu’on en trouvait en abondance dans les urines.
Rappelons, en terminant, que l’acide sudorique ou hydrotique, décrit par Favre, est un acide azoté qui renferme la même proportion de carbone que l'acide urique et la xanthine, mais moins riche en azote. On en trouverait dans la sueur, d’après Favre, de 1.60 à 1,70 parlitre.
O— Il représenté dans la sueur normale un des modes d’élimination de l’azote; élimination bien faible, il est vrai, mais qui, dans certaines conditions, pourrait peut-être prendre quelque importance.
Quant à l'acide urique lui même, il ne paraît pas passer dans la sueur ou n’y apparaitrait qu'à l’état de traces. Lehmann a observé qu’à la suite de sueurs abondantes, on voyait diminuer l’acide urique dans les urines, bien qu'on ne pût constater d’urates dans la sueur.
IT, — Acide hippurique.
On sait, depuis les recherches de Ure, que l'acide benzoïide ingéré fixe du glycocolle dans l'organisme et passe dans les urines à l’état d'acide hippurique.
Chez les herbivores, cette transformatiou constitue un mode très important d'élimination pour l'azote ; chez l’homme, la quantité d’acide hippurique éliminée par Les urines est, d’après les recherches que nous avons faites . avec notre ami Chéron, plus considérable qu’on ne le croit généralement,
Les auteurs diffèrent relativement au point où se ferait la fixation du glycocolle, et plusieurs pensent que ce serait dans le rein même. Cette hypothèse paraît peu ac— ceptable a priori, quand on songe au rôle purement éliminateur du rein et aux expériences si convaincantes de Gréhant pour l’urée, dont on avait également attribué la formation au parenchyme rénal ; il y a lieu de la rejeter s’il est prouvé qu'après l’ingestion d'acide benzoïque, on peut retrouver de l'acide hippurique dans d’autres sécrétions que dans l’urine.
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Verdeil et Dolfuss ont signalé la présence de acide hippurique dans le sang des herbivores, ainsi que dans la sueur, à la suite de l’administration d’acide benzoïque.
Ces résultats n’ont pas été confirmés par G. Meissner et Shepard. Meissner n’a pas retrouvé l’acide hippurique dans la salive et la sueur après ingestion d’acide benzoïque ; quand le sujet avait exécuté de violents mouvements, il trouvait dans la salive et la sueur de l'acide succinique qui paraîtrait résulter alors d’une oxydation de lacide benzoïque.
Hope Seyler dit que « l’acide hippurique apparaît dans la sueur et les desquamations de la peau, à la suite de l’ingestion de l’acide benzoïque, »
D’après Gorup-Besanez, il passerait dans la sueur partiellement transformé en acide hippurique. |
A. Gautier déclare que « lacide hippurique apparaît dans les sueurs comme daxis les urines de ceux qui font usage de l’acide benzoïque et, sans doute aussi, après l’ingestion de certains fruits, où même chez les malades soumis à la diète lactée. »
Plus récemment, Hoffmann (de Darmstadt), cité par Schlagenhaufen, ingéra 1 gramme de benzoate de soude et 1 gramme de chlorhydrate de glycocolle, Il prit un baïn de vapeur et recueïllit sa sueur avec des éponges. Il ne put y trouver ni acide hippurique, ni acide benzoïque, ni glycocolle.
La question est donc controversée. Pensant que les doses ingérées n'étaient pas toujours suffisantes, et que dans les recherches analytiques des manipulations longues et compliquées avaient pu permettre à des fermentations secondaires de s'établir, nous avons fait l'expérience sui vante, dans laquelle la recherche de l'acide a été faite par