‹ Étude Sur La Suppression Du DuelChapitre 10 sur 39 · DR PS · texte numérisé non relu

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démission donnée par la magistrature en cette matière, soit que les parties se soient lassées d’introduir e en justice des demandes auxquelles les arrêts ne répon: daient plus que par des refus, il paraît certain que dans le cours du quinzième siècle lusage s'établit de recourir directement au roi, lorsqu'on demandait à combattre en champ clos.

En sortant ainsi du domaine de la justice ordinaire et déléguée pour éntrer dans exercice de la juridiction directe et spontanée du souverain. les requêtes des duels se dépouillèrent par une conséquence forcée de tout ce qui leur restait encore de judiciaire.

Dès qu’il n’y avait plus jugement, il ne pouvait plus être question d’accusation criminelle à purger, mais seulement d'obtenir satisfaction par la voie des armes pour un de ces faits qui en dehors des définitions de la loi peuvent intéresser le point d'honneur.

C’est ce changement capital qu'Etienne Pasqu'er définit dans ces lignes écrites à la fin du seizième siè- Cle:

€ Il n’y a plus que le roy qui puisse décerner les combats et encore entre gentilhommes, lesquels font profession expresse de l'honneur. Car il n’est plus question de crimes, ains seulement de se garantir d’un démentir quand il est baillé, » |

Il n’est donc plus question de combat judiciaire : le duel avait pris sa place. Pourtant ce n’était point en-

core tout à fait le duel tel que nous le connaissons.

S'il avait perdu, en effet, son caractère judiciaire, il avait néanmoins gardé encore quelque chose d’officiel. Nous avons vu, en effet, que pour se battre en champ clos, à partir du moment où le parlement n’intervint plus, il fallut la permission royale. La plupart du temps même le roi en personne assistait au combat, se réservant d'intervenir jusqu’au milieu de la lutte engagée pour en arrêter les funestes conséquences. Et l’on ne se battait jamais lorsque le roi n’en avait point octroyé le droit. Nous en avons un exemple bien connu sous François 1% dans la querelle survenue entre la Chasteigneraye et Jarnac. Pendant tout le cours de son règne François 1* leur refusa le droit de se battre et il leur fallut attendre le règne suivant pour vider leur querelle. Ce combat fameux eut donc lieu en 1547, avec l'autorisation de Henri II. La Chasteigneraye y fut tué et ce dénouement qui atteignait le roi dans une de ses affections les plus vives, car la Chasteigneraye était un de ses favoris, lui fit concevoir un extrême regret d’avoir donné son consentement à ce combat. Aussi fit-il le serment solennel de ne plus en autoriser aucun.

Voici comment s'exprime à ce sujet un auteur presque contemporain, Jean dela Taille, qui fit paraître en 1607 un Discours notable des duels :

« Tant y a que le roy, fort desplaisant de l’accident de Chasteigneraye, l’un de ses plus favorits, vain-

cu et mort comme désespéré en sa présence, et de ce

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qu’il avait esté cause de ce combat en conceut tel régret qu’il jura et fit serment solennel qu’il ne donnerait jamais combat. Ce qui a ouvert la porte à tous les duels qui se sont faits depuis en France, et chacun s’est dispencé de se battre à sa volonté. »

Et, en effet, à partir de ce moment les rois refusant à leurs sujets le droit de se battre, ceux-ci se passeront de cette autorisation. Et c’est alors le duelproprement dit, le duel adversaire des lois et que les lois ne cesseront de combattre. Car, ainsi que nous allons le voir, ce va être maintenant une lutle ininterrompue entre l'autorité des rois que l’on brave, et le droit que veulent garder les seigneurs de vider leurs querelles les

armes à la main.

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