‹ Étude Sur La Suppression Du DuelChapitre 2 sur 39 · TUE · texte numérisé non relu

TUE

esprit, ét notre jugement est si faussé par le respect humain, qu’alors qu'il y a humanité à vouloir supprimer la peine de mort, humanité à vouloir désarmer, il semble à l’opinion publique qu'il y a presque làcheté à vouloir la suppression du duel. Honneur et duel sont des choses si intimement liées dans l'esprit de la masse, que parler contre le duel c’est pour elle parler contre l'honneur. Et même quelques-uns vont plus loin et prétendent à la pointe de leur épée non seulement défendre leur honneur, mais même le qrandir. A ceux-là Rousseau répondait lorsqu'il écrivait :

« Qu’y a-t-il de commun entre la gloire d’égorger un homme et le témoignage d’une âme droite, et quelle prise peut avoir une vaine opinion d'autrui sur l’honneur véritable dont toutes les racines sont au cœur ? Quoi ! Les vertus qu’on a réellement périssent-elles sous les mensonges d’un calomniateur ? Les injures d’un homme ivre prouvent-elles qu’on les mérite et l'honneur du sage serait-il à la merci du premier brutal qu'il peut rencontrer ? Me direz-vous qu'un duel témoigne qu’on a du cœur et que cela suffit pour effacer La honte ou le reproche de tous les autres vices ? Je vous demanderai quel honneur peut dicter une pareille décision et quelle raison peut la jusüfier ? A ce compte un fripon n’a qu’à se battre pour cesser d’être un fripon, les discours d’un menteur deviennent des vérités sitôt qu'ils sont soutenus à la pointe de l'épée et

si l’on vous accusait d’avoir tué un homme vous en iriez

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tuer un second pour prouver que cela n’est pas vrai),

« À ce compte unfripon n’a qu’à se battre pour cesser d’être un fripon » disait Rousseau ; et il faut avouer que cela est presque vrai. Voilà, en effet, à quelle perte du sens moral dans cet ordre d'idées le monde en arrive, et la preuve en est c’est que nous voyons parfois des gens qui, sentant leur réputation tomber, recherchent un duel comme une des seules occasions qui leur reste de se relever aux yeux de la société.

Mais ce n’est point ici la place de faire de la morale, Parlant au nom de la société il suffit pour nous que le duel soit un trouble social, un défi aux lois pour que nous cherchions à le combattre. « C’est là chose inutile affirme-t-on souvent ; vous verrez peut-être, ajoute-t-on, le duel disparaître peu à peu par l’adoucissement des mœurs, mais une répression quelconque est impuissante, Regardez dans l’histoire : on a édicté les peines les plus sévères contre le duel, et rien n’y a fait ».

Et c’est contre cette assertion justement, qu'il n’y a rien à faire contre le duel, que nous nous élevons, et notre but est de la réfuter s’il se peut. Nous étudierons donc pour cela toutes les tentatives qui ont été

aites dans l’histoire pour abolir le duel, et verrons si

ces tentatives ont eu quelque succès, ou si elles n’en

1, Nouvelle Héloïse, Lettre LVIT,

no

ont point eu,le pourquoi. Puis nous passerons en revue les pays étrangers dans la pensée de tirer quelque profit pour nous de cette étude. Et alors seulement nous verrons ce qui pourrait être fait en France à l’heure actuelle, sinon pour faire disparaître le duel complètement, da moins pour le restreindre.

Du reste prétendre, comme onle fait souvent, qu’une loi contre le duel est inutile parce que dans l’état actuel des mœurs il est impossible de le supprimer, est un raisonnement faux. Partant de ce raisonnement on devrait dire aussi qu’une loi contre les assassins est inutile puisque l’on ne peut supprimer le crime. Une loi est faite ordinairement non dans l’espoir de supprimer mais seulement de restreindre. Or, cet espoir Je crois

justement que dans le cas qui nous occupe, il serait permis de lavoir.

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