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I. Origines du duel. — II. Le duel judiciaire

I. Origines du duel. — Diverses opinions ont été émises sur les origines du duel et qui sont loin de s’accorder. Quelques-uns font remonter l'institution du duel jusqu'aux premières années du monde ; ilest vrai de dire que cette opinion a peu de valeur car elle n’a été émise que pour justifier en quelque sorte les combats singuliers auxquels se livrait le clergé du moyen âge, et réfuter celle maxime fondamentale de l'Eglise catholique : « Æcclesia horret a sanguine ». En effet, à celte époque le duel avait été admis par le clergé lui-même comme une irrésistible nécessité : « On chercha même, dit M. Dupin dans son réquisitoire, à légitimer cet abus en l’appuyant sur la sainteté des Ecritures; dans une histoire du duel, écrite en 1740 par

un jurisconsulte (1) d’ailleurs très éclairé, on voit l’ori-

1, Basnage, Dissertation sur les duels,

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gine du duel remonter jusqu'aux premières années du monde. L’auteur soutient qu'Abel et Caïn sortirent aux champs pour se battre en duel, et décider, par un combat singulier, une querelle née dans la maison paternelle, Abel succomba parce que Caïn, animé d’un esprit de vengeance, se battait avec plus de vigueur que son frère, dont l’innocence et la douceur devaient lui donner les chances les moins favorables. Mais, ajoute M. Dupin, si cet auteur avait lu la Bible, il aurait vu que Dieu dit à Caïn : « Le sang de votre frère s’est élevé jusqu’à moi », et que du haut du ciel il avait prononcé sa malédiction sur le duelliste, si ce n’est sur l'assassin : « 7x maledictus eris ».

Nous laissons donc de côté cette opinion qui n’a aucun fondement sérieux. D’autres auteurs prétendent retrouver destraces du duel dans l’antiquité, Ceux-là appuient leur opinion sur un usage adopté par les mœurs antiques qui trouvaient mieux souvent de remettre à des champions désignés par le sort la chance d’une bataille, plutôt que d’exposer toute une armée. Cest ainsi que nous voyons le combat des Horaces et des Curiaces entre Albe et Rome, combat qui doit décider de la souveraineté du Latium. Mais il est facile de voir la différence profonde qui sépare ces combats jadis ordonnés pour le salut des empires, et le duel tel que nous le connaissons. D'un côté c’est la colère, un désir de vengeance ou le respect humain qui mettent

le fer aux mains des combattants; de lautre c’est

PUR 5 me l'amour de la patrie, un sentiment d'humanité qui font que deux hommes se sacrifient pour sauver le reste de l’armée.

Il est une anecdote que César relate dans ses Commentaires (1) et qui montre bien comme quoi il n’était point alors dans les mœurs de vider les querelles particulières par des combats singuliers. Voici cette anecdote : César avait auprès delui deux centurions, Pulfo et Varenus, qui depuis longtemps jaloux et ennemis l’un de l’autre finirent un jour par se lancer un défi. Si le duel avait existé ils se seraient entre-tués. Or les conditions du combat furent bien autres. Il fut décidé, en effet, que l’avantage appartiendrait, non pas à celui qui aurait tué son adversaire, mais à celui qui, pendant le cours d’une bataille, aurait fait les plus éclatantes actions et renversé le plus grand nombre d’ennemis au profit de la patrie. On voit que nous sommes bien loin du duel tel que nous l’entendons.

Il ne faut pas non plus voir, je crois, comme quelques-uns l’ont voulu faire, une forme du duel dans les combats de gladiateurs de la Rome antique. C’étaient là délassements d’un peuple barbare et où les combattants n'étaient jamais que des esclaves. Et c’est peutêtre même une des causes de l’absence complète du duel chez les Romains. Ce peuple, d’un esprit orgueilleux et dominateur, attachait trop de prix au titre glo-

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