À quoi lient la supériorité des anglo- axons, p
risées par la tendance à s'appuyer non sur la commu
nauté, mais sur soi-même ».
Au premier abord ces définitions semblent nous donner tort. Puisque, pourrait-on dire en effet, les Anglo- Saxons ont tendance à s’appuyer sur eux-mêmes, ils doivent par conséquent avoir tendance à se faire justice eux-mêmes : ils devraient donc approuver le duel. Mais en réfléchissant mieux, on trouve que c’est là un raisonnement faux. Voici, én effet, je crois, ce qu’il faut déduire de la différence de formation de nos so-
clétés.
Pourquoi à notre époque se bat-on en duel ? Ce n’est” point ordinairement pour se faire justice soi-même, mais c’est en vue du qu’en dira-t-on, en vue de Popinion publique, en vue de garder l’estime du prochain. Or, dans les sociétés à formation communautaire, l’individu, pour vivre, ayant besoin de s’appuyer sur la communauté, doit donc s'attacher, pour ne pas être rejeté hors de son sein, à ménager l'opinion de cette communauté, s'attacher à conserver son estime. Dans les sociétés à formation particulariste au contraire, lindividu n’a point cette nécessité de s'appuyer sur la communauté. L'opinion publique a donc beaucoup moins de valeur pour lui : il peut se mettre au-dessus d’elle plus impunément et a bien plus de force pour braver ses préjugés. On voit donc qu’en Angleterre
on se trouvait en présence d’une société où il était
plus facile que chez nous de faire disparaître ce préjugé qu’est le duel.
. Mais il fallait encore que les lois s’y appliquent : qu’ont-elles fait pour cela ? Nous venons de voir que l’'Anglo-Saxon, pour vivre, n’est habitué qu’à compter sur lui-même : il lui faut donc forcément un esprit pratique. Or c’est à cet esprit pratique que les lois se sont adressées. Elles ont donné, en effet, aux citoyens, assurance de trouver, en ce qui touche l’honneur, satisfaction par les voies légales, afin qu’ils soient bien moins tentés d’aller la chercher dans les chances très aléatoires d’un combat. Car c’est, en effet, à la loi qui punit sévèrement l’outrage et l’injure, du moins l’injure écrite, et c’est celle là la plus dangereuse et celle qui amène, à notre époque, le plus de duels, c’est à cette loi, c’est aux tribunaux qui appliquent fermement cette loi que revient en grande partie l’honneur de la presque disparition du duel.
Mais, malgré la différence de notre caractère, ne laurions-nous point souvent aussi, nous, cetesprit pratique, et n’aimerions-nous point mieux, dans bien des cas, recourir aux tribunaux, si nous pouvions penser trouver protection auprès d’eux.
« Souvent chez nous, a dit M. Dupin, les tribunaux encouragent le mal ef se rendent, en quelque sorte, responsables de l’emportement avec lequel on recourt aux armes en matière de calomnie et d’injure. En An-
qleterre, on n'hésite pas ; la vie privée est murée et
les dommages-intérêts accordés contre les libellistes sont considérables : le condamné doit garder prison jusqu’à parlait paiement et satisfaction donnée à celui qui a été insulté dans son honneur ou attaqué dans sa personne (1) ».
Fougeroux de Campigneulles dans son histoire des duels cite le cas d’une revue anglaise qui avait inséré en 1823 quelques lignes offensantes pour une femme : Pécrivain poursuivi en justice fut condamné à une indemnité de 10 000 liv. sterl. (250.000 fr.). Pensez-vous que si nous avions chez nous de telles réparations nous verrions, comme dans ces derniers temps, une femme tentant de se faire justice elle-même contre un journaliste. Ou du moins nous ne verrions point l’opinion publique l’absoudre. Car pour le moment l’opinion publique est logique ; elle dit : à une injure il faut une réparation ; la loi n’en accorde point, ou du moins elle n’en accorde qu’une dérisoire ; il est naturel qu’on tente alors de se faire justice soi-même. Et c’est avec ce même raisonnement qu'on défend le duel, et que le duel alors fort de l’opinion publique brave toute loi et toute répression. Mais si nous avions des lois qui défendent notre honneur, il est bien des cas où nous condamnerions le duel et où nous l’absolvons maintenant parce qu’il est la seule manière de nous faire justice,
Il est vrai qu’en Angleterre on a un bien plus grand