Esprit des lois. L. XXVIII, ch. XVII
avec éux ces deux règnes de la barbarie : la force et la superstition. Et c’est de ce mélange du droit du plus fort et d’une dévotion aveugle qu'est né le combat ou duel judiciaire. On en vint, en effet, aisément à conclure que dans un combat singulier Dieu ne laisserait pas succomber la justice sous les coups de l’iniquité. Dès lors un combat devint une plaïdoirie ; un spadassin fut un avocat ; un coup mortel fut un jugement et qui plus est un jugement de Dieu.
Et du reste on en était arrivé là par l’impossibilité, pour ainsidire, de juger autrement. Dans cette société, en effet, qui n’était point organisée la preuve était difficile à faire. Aussi les hommes s'étaient reconnus inaptes à juger et en avaient appelé à Dieu. Car ils n’avaient plus qu’une seule preuve possible, le serment. Or qu'est-ce que le serment si ce n’est une sorte de référé au jugement de Dieu, une invocation religieuse par laquelle on déclare se soumettre à être condamné par celui qui jugera les justices dans le cas où lon aurait induit sciemment les hommes en erreur ?
Mais que devient cette preuve elle-même lorsque l'abus légal du serment a produit chez tout un peuple l'habitude du parjure ? Or c’est ce qui était arrivé. Et c’est alors qu’'impuissant à juger même de cette façon on recourut à Dieu autrement : de là le combat judiciaire. L
« La véritable origine des conjuratores (personnes
qui venaient certifier la parole de l’accusé), dit Gui-