OBSERVATION VU
Ulcérations et rétrécissement de la trachée et des grosses bronches'; hépatite gommeuse et hypertrophie de la rate ; adénopathies viscérales ; ovarite double et arthropathie des deux genoux.
G..., blanchisseuse, est admise, le 10 juin 1863, à l'Hôtel-Dieu, service de M. Guéneau de Mussy. Pâle, amaigrie et cachectique, cette femme présente, dans la région sus-claviculaire gauche, des ulcérations à fond blafard et à bords réguliers, non taillés à pic. Le cuir chevelu est, par places, privé de cheveux ; les gangUons cervicaux sont volumineux; l'extrémité interne de la clavicule gauche est gonflée, et le sternum tuméfié à la partie antéro- supérieure. Dans l'aine droite, il existe une ulcération linéaire profonde, livide et déjà ,ancienne ; les ganglions inguinaux sont médiocrement développés. Depuis quelques mois seulement, cette malade, qui nie avoir jamais eu de lésion aux parties génitales, voit sa santé faiblir peu à peu; il y a trois semaines que sa voix est enrouée^ qu'elle tousse et qu'elle a de VjQppressiqn. Depuis ce moment, elle remarque que sa déglutition est .difficile; elle a de l'insomnie, une céphalalgie opiniâtre» et un faible appétit. Absence de signes physiques de tuberculisation, mâïgré une dyspnée croissante, mais signes de.bronçhite et augmentation de vo^ lume du foie; jamais de crachements de sang.
^ Lancereaux ; Traité historique et pratique de la syphilis* pag. 246; et pL m.
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Sous l'influence d'un vomitif, et plus tard de toniques, il se produit un léger degré d'amélioration. La dyspnée persiste toutefois, et par moments elle va jusqu'à l'orthopnée ; sarvient enfin une diarrhée qui affaiblit la malade, et un érysipèle qui l'emporte.
Autopsie. — Sugillations sanguines sur le trajet des veines superficielles, coloration un peu verdâtre sur quelques points de la peau. Œdème des membres inféi leurs ; à droite, immédiatement au-dessus de l'arcade de Fallope, ulcère profond dont les bords sont amincis et dont le fond est occupé par un ganglion atteint de dégénérescence gommeuse. A la partie supérieure et latérale du cou, à côté des ulcérations déjà décrites, se rencontre un ganglion lymphatique semblablement altéré et du volume d'une noisette. La cavité abdominale contient plusieurs litres de sérosité transparente ; les intestins sont lavés, et, comme l'estomac et l'œsophage, ils sont exempts d'altération, — Le foie adhère au diaphragme par des tractus nombreux situés principalement au niveau de son bord droit. Il a 25 centim. de largeur sur 20 de hauteur ; sa forme est plutôt triangulaire qu'elliptique, et ses faces sont creusées de sillons profonds et nombreux, ayant, les uns une direction transversale, les autres une direction antéropostérieure. Â côté des mamelons limités par ces sillons, la face convexe du foie se fait remarquer par la présence de tumeurs fermes et blanchâtres (gommes). Les bords de cet organe, déformés, présentent sur quelques points une perte de substance étendue.
Une coupe antéro-postérieure, vers la partie moyenne du lobe droit, met à découvert une tumeur gommeuse qui occupe près des trois quarts de l'étendue de ce lobe. Cette masse, d'une couleur blanc de paille, ferme, élastique, d'apparence fibreuse, ne se laisse pas pénétrer par le doigt. Elle est formée de plusieurs tumeurs plus petites agglomérées au sein d'une substance fibreuse, rétractile, au-dessus de laquelle elles font saillie.
Une coupe pratiquée à la partie moyenne du lobe gauche laisse apercevoir une autre masse gommeuse qui ne diffère de la précédente que par un moindre volume, et la présence dans son épaisseur de conduits biliaires dilatés et remplis de matière colorante. Cette masse est également constituée par l'agglomération de nodules circonscrits par une zone fibreuse résistante qui les sépare du tissu hépatique.
D'autres tumeurs plus petites et isolées se rencontrent encore, principalement à la surface du lobe gauche; elles sont, comme les précédentesi formées de noyaux et de petites cellules arrondies, disposées
soas forme d'îlots disséminés au sein d'une trame fibreuse. La substance propre du foie a une teinte café au lait; les cellules hépatiques sont infiltrées de grafsse. La vésicule biliaire renferme un calcul; la bile est liquide et verdâtre. La rate est volumineuse, recouverte d'une capsule épaissie et adhérente au diaphragme. Son parenchyme est ferme et brunâtre. Le pancréas est induré et rétracté. Les reins ont leur volume ordinaire et sont peu lésés.
Utérus normal; ovaires volumineux et indurés par la présence d'un tissu fibreux. Les glandes lymphatiques viscérales sont généralement malades; dans la région lombaire et iliaque, elles sont pour la plupart triplées ou quadruplées de volume, un peu molles et grisâtres; dans le mésentère, elles sont plus fermes et moins volumineuses ; elles sont également altérées à la racine des poumons. L'épiglotte est épaissie; le larynx est normal..
La trachée est saine dans sa partie supérieure, mais dans sa partie inférieure elle est rétrécie et présente des ulcérations profondes qui ont détruit la muqueuse ei entamé les cartilages. Ces ulcérations, qui se prolongent jusque dans la bronche droite, ont un centimètre et plus dans leur grand diamètre. Le fond en est constitué par un tissu fibreux sous forme de tractus, formant des espaces comblés par des ganglions lymphatiques fermes et pigmentés ; les bords sont irréguliers, festonnés et fibreux. La bronche gauche, notablement rétrécie, n'a que 2 centimètres de diamètre, tandis que plus bas elle en a 4. Elle loge difficilement un porte-plume de moyen calibre. La muqueuse qui la recouvre à ce niveau est rétractée; les cartilages correspondants sont altérés, mais non détruits. Les ramifications bronchiques sont intactes; sclérose de la base du poumon droit; intégrité de ce poumon dans le reste de son étendue, et même état du poumon gauche.
Le cœur est volumineux, de consistance un peu molle. L'aorte est le siège de quelques dépôts jaunâtres; l'artère carotide externe présente à l'émergence de Tartère linguale un dépôt qui l'obstrue presque complètement et qui est situé au-dessous de la tunique interne. Los articulations des genoux sont volumineuses et renferment plus d'un verre de sérosité jaunâtre un peu louche. Les synoviales sont épaissies et injectées, doublées en avant d'une masse élastique jaune grisâtre, ayant tous les caractères des dépôts gommeux ; quelques-uns des cartilages articulaires sont érodés.