OBSERVATION VIII
( Résumé de robservation de M. Bourdon^ .)
Ulcération syphilitique de la trachée, avec rétrécissement de ce conduit. —
Trachéotomie. — Mort.
M°* X..., 46 ans, matelassière, entre à la Maison municipale de Santé le 21 avril 1863. Sept ans avant, chancre à la vulve suivi de fréquents maux de gorge; traitement irrégulier. En 1858,* éruption cutanée, sans fièvre, disparaissant spontanément au bout de deux mois; puis ganglion suppuré dans l'aisselle gauche, et ulcération à la région tibiale antérieure gauche. Il y a deux ans, surtout dans la nuit, apparition d'accès de suffocation, sans toux ni expectoration. Depuis six mois dyspnée continue, aujourd'hui extrême ; orthopnée continuelle. Inspiration très-longue et très-rapide accompagnée de cornage s'entendant à distance ; expiration plus courte et plus facile; sensation d'un corps étranger à la partie inférieure de la trachée, près du bord du sternum ; aucune tumeur en ce point. — Larynx non abaissé, mobile; voix entrecoupée , légèrement enrouée. Toux peu fréquente; crachats nummulaires, jaune-verdâtres, adhérents ; quelques stries de sang. — Percussion normale, râles ronflants des deux côtés, souscrépitants à gauche et à la base. — Pas de fièvre ni de suem*s nocturnes. — Appétit diminué, digestions bonnes; pas de dysphagie, mais amaigrissement très-prononcé. — Traitement au proto-iodure (08'',05); vésicatoire; inhalations émollientes. A la suite de ces dernières, les symptômes s'amendent, sauf le cornage et l'oppression.
Du 23 avril au 30 mai, après un violent accès le 23, des vomissements alimentaires après le repas le 24, à la suite de pulvérisation de liqueur de Van Swieten, coupée avec parties égales d'eau. Il se produit une amélioration notable ; dyspnée moindre, sommeil dans le décubitus dorsal, parole moins entrecoupée, sensation de corps étranger presque nulle ; toux peu fréquente ; mais l'expectoration persiste. Rien au larynx, mais un peu de rougeur des cordes vocales.
3 i . La malade sort, n'ayant plus qu'un peu d'oppression et un léger sifflement quand elle s'anime ou prend un peu d'exercice.
24 juin. La malade a été reprise depuis quelques jours de toux quinteuse, d'oppression revenant par accès ; voix naturelle, mais respiration redevenue sifflante; quelques râles sous-crépi tan ts des deux côtés en arrière.
^ Union médicale. 1864.
25. Un accès de suffocation effrayant pendant la journée ; la trachéotomie pratiquée en toute hâte n'amène pas le soulagement qu'on attendait. La suffocation cesse, mais l'oppression et le sifflement persistent; la face ne tarde pas à devenir pâle, livide ; les lèvres se cyanosent; sueurs abondantes ; les forces s'affaissent.
26. On suppose que l'obstacle qui s'oppose à la respiration n'a pas été franchi par la canule; on la remplace par une autre plus longue d'un tiers. Mais, malgré de violents efforts, cette dernière ne peut pénétrer plus bas que la première ; une bonne partie du tube métallique, restée en dehors de la plaie, rend la fixation de l'instrument très-difficile; aussi, vingt-quatre heures environ après l'opération, la malade succombe à une lente asphyxie.