CHAPITRE II
Époque de rapparition des accidents. — Leur nature.
1^ Syphilis acquise. — S'il est aisé dans certains cas, alors que le diagnostic concernant l'existence de la syphilis repose sur des données certaines, de fixer exactement la date du début des accidents trachéaux, en revanche des théories diverses ont pris naissance pour en attribuer l'origine à une des deux périodes dites secondaire et tertiaire de la maladie.
Disons tout d'abord que cette dernière alternative a réuni jusqu'ici la grande majorité des suffrages; et pourtant, inconséquence bizarre, nous voyons ses partisans les plus convaincus rejeter comme inutile ou même nuisible le traitement spécifique des lésions profondes, et préconiser l'utilité du mercure.
Nous allons essayer de classer méthodiquement ces divers processus, et de les répartir suivant les différents âges de la diathèse.
Nous passerons sous silence le chancre initial. La situation profonde occupée par la trachée sur le trajet des voies aériennes exclut par elle-même la possibilité de l'existence, sur son parcours, d'un accident primitif ; le larynx même, malgré sa proximité plus immédiate avec la cavité buccale, échappe encore à la lésion première. Les dernières limites assignées par les travaux les plus récents au chancre spécifique n'atteignent encore que les piliers el les parois du pharynx, y compris les amygdales.
Quant à la possibilité d'une inoculation directe due au contact d'instruments vulnérants préalablement contaminés par un sujet
infecté, cette supposition impliquerait de la part de l'opérateur une légèreté ou une négligence trop impardonnables pour que nous croyions devoir nous y arrêter * .
Les cicatrices supe^âciellei^ copstatées à diverses reprises lors deTautopsie, les traces de lésions analogues sur le larynx, permettent de disj^uler un io3tdpi; la pp^^l^Uité 4'dC£i4QQt$ ^J^ondaires dans la trachée. En signalant, parmi les éruptions du larynx qui surviennent à cette période, les formes érythémateuse, papuleuse et papulo-tuberculéuse, Dance ^ a vu la première de ces syphilides s'étendre plusieurs fois jusqu'aux dernières limites que le laryngoscope lui permît d'observer. Il n'y aurait donc pas trop de présomption à supposer que le processus inflammatoire peut s'étendre jusqu'à la trachée, au moins dans sa partie supérieure.
On ne doit pas oublier cependant que dans un grand nombre de cas l'exanthème est borne aux régions laryngiennes les plus élevées, avec intégrité parfaite de la muqueuse des cordes vocales inférieures. En outre, ces lésions spécifiques ofiFrent toujours un degré de gravité décroissant de Tépiglotte aux replis thyro arythénoïdiens inférieurs , qui n' ont' jamais présenté qu'une rougeur plus ou moins vive, alors même que des plaques muqueuses avaient envahi la portion sus-glottique. Enfin la guérison s'efifectue toujours de bas en haut et progressivement, lés cordes vocales supérieures conservant encore leur rougeur œdémateuse, alors que les inférieures sont déjà entièrement revenues a l'état sain.
Ainsi donc, chez l'adulte, la trachéite superficielle serait Hée intimement à la laryngite de même nature ; quoique ne revêtant par elle-même aucune gravité, elle surviendrait rarement en dehors d'une poussée intense du côté du larynx.
* La syphilis a été inoculée par le catéthérisme de la trompe d'Eustache. Lailler; Ùoioii médicale,' 1864. — Voir aussi: Aectèrches statistiques sur T^tiolû'gie de la syphilis tertiaire, par la Df^. Ll Juliiéù. DeûJLâ^trA| q^s^ i^^liâU^St
a Dance; Thèse inaugurale. Paris, 1864.
Pour M. Bœckel*, F ulcère apparaît à la fin de la période secondaire de la vérole : il se présente sous la forme d'une plaaue arrondie, inégale, mamelonnée, d'une couleur jaunâ,lre et. déprimée au centre ; il détruit les tissus à une profondeur variable, souvent il n'atteint que la muqueuse, et alors sa guérison laisse une cicatrice superficielle. Dans les cas où l'ulcération est profonde, elle ronge toute l'épaisseur de la trachée, même les cartilages, pour s'étendre enfin jusqu'aux ganglions bronchiques. Cet auteur conclut à l'emploi du traitement secondaire.
M. A. Guérin, au contraire, n'attribue pas à ces lésions le pouvoir d'affecter la profondeur de nos tissus : c'est sur celles de
la période tertiaire qu'il faut rejeter la destruction des cartilages et des tissus fibreux. Il est très-probable que ce sont des tumeurs gommeuses, plus ou moins superficielles, développées dans la trachée, qui donnent naissance aux désordres divers dont ce conduit est le siège. De même, toutes les ulcérations laryngées doivent leur origine à un processus de même nature. Dans ces conditions, on peut rencontrer des foyers purulents plus ou moins profonds, avec suppuration plus ou moins abondante, nécrose des cartilages et décollements de variable étendue.
Les manifestations syphilitiques des voies aériennes, pense M. Trélat, peuvent être de diverse nature : tuméfaction, inflam-