‹ Etude sur la syphilis trachealeChapitre 5 sur 19 · PREMIÈRE OBSERVATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OBSERVATION

Ulcération syphilitique de la trachée, mort; par M. Prbngrubber, interne

à l'hôpital civil d'Alger.

La nominée X...., ouvrière, âgée de 18 ans, fut affectée d'un chancre pour lequel elle entra au Dispensaire, dans le milieu de l'année 1867. Là, on lui prescrivit un traitement mercuriel qu'elle ne voulut pas suivre. Son chancre ayant guéri, elle fut placée par sa famille dans un couvent. Elle y resta neuf mois sans ressentir le moindre accident, lorsqu'au mois de mars 1868 elle fat prise d'une dyspnée allant tous les jours croissant, qui l'obligea à entrer à l'hôpital de Mustapha, dans le service de M. Gros, professeur de clinique.

En l'auscultant, ce que l'on remarqua de plus saillant fut un souffle bronchique plus intense à droite qu'à gauche, et ayant son maximum pendant l'expiration. La respiration était courte, la malade remplaçant par de nombreuses inspirations l'insuffisance de chacune d'elles ; la voix était enrouée et faible ; les membres avaient perdu une partie de leur chaleur habituelle ; tout, en un mot, indiquait chez elle le défaut d'hématose. Dès qu'on connut les antécédents de la malade, on admit une ulcération syphilitique du conduit laryngotrachéal, siégeant en un point qui ne pouvait être fixé exactement, mais qui fut cependant jugé placé bien au-dessous des cordes vocales, le laryngoscope ayant permis de voir celles-ci parfaitement saines. On fit suivre un traitement mercuriel, qui cette fois fut continué avec persévérance ; en même temps, pédiluves sinapisés. L'état de la malade allait tous les jours s'améliorant, et elle était sur le point de sortir, lorsqu'elle fut prise d'un violent accès de suffocation qui faillit l'emporter, mais qui céda assez facilement à l'emploi d'un vomitif. Les accès se renouvelèrent les jours suivants, et il fut possible d'assister à l'un d'eux : la dyspnée était extrême; la jeune fille, assise sur son lit faisait de violents efforts pour respirer ; l'inspiration était relativement facile, mais l'expiration, d'une difficulté extrême, s'accompagnait d'un sifflement bruyant. La peau était cyanosée, froide ; la face anxieuse, les yeux fermés ; les mains faisaient des efforts comme pour enlever un corps étranger placé au-devant de la trachée. Le péril paraissait imminent, on se disposait à pratiquer la trachée-

^ Algérie médicale, u» 1 •

tomie, lorsque la malade revint à elle. On prescrivit une infusion d'ipéca comme boisson, un vésicatoire, et le lendemain elle se trouvait tellement bien, qu^elle put reprendre ses occupations dans la salle. Le mieux continua les jours suivants ; la jeune fille était devenue gaie, contente, lorsqu'elle mourut subitement. Elle s'était réveillée la nuit, en proie à un nouvel accès qui l'avait enlevée en quelques minutes.

Autopsie. — Les divers organes étaient sains ; les poumons présentaient les signes de congestion qu'on remarque dans le cas d'asphyxie -, quant à la trachée, elle offrait, à 2 centimètres environ au-dessus de la bifurcation des bronches, une vaste ulcération occupant sa circonférence à peu près entière, et remontant jusqu'au niveau de la glande thyroïde, à un centimètre et demi du bord infé-, rieur du cartilage cricoïde. Les bords de la lésion étaient taillés à pic; son bord supérieur proéminait plus que l'inférieur et formait soupape, s'ouvrant de haut en bas, ce qui explique la facilité relative de l'in- \,

spiration et la difficulté de l'expiration. Le fond de l'ulcération, constitué dans une grande partie de son étendue par du tissu cellulaire épaissi, était parsemé de fragments de cartilages trachéaux nécrosés. L'un de ces fragments, de forme pyramidale, plus long que les autres, était situé à la partie supérieure de l'ulcération ; sa base y adhérait par un faible pédicule, et son sommet, en se relevant, venait fermer complètement l'ouverture que laissait dans la trachée la soupape dont j'ai parlé plus haut.

Ainsi, la dyspnée habituelle était due à la disposition du bord supérieur; les accès ayant précédé le dernier avaient été causés par l'élimination des parties nécrosées ; chaque fragment qui devenait libre mettait obstacle au passage de l'air, jusqu'au moment où il était expulsé au dehors, soit au moyen d'un vomitif, soit après les efforts de toux de la malade.

Enfin le dernier accès, dont le résultat avait été fatal, pouvait être attribué au fragment, plus étendu que les autres, que l'autopsie nous fit voir adhérent à la trachée.

— Dans le fait qui précède, nous signalerons, outre l'âge du sujet, la rapidité de l'apparition des accidents trachéaux moins de neuf mois après Taccident primitif; encore est-il permis d'affirmer que le début de l'ulcération remontait à une date déjà éloignée, si Ton considère l'étendue des désordres. L'ulcération, en effet, a envahi près des trois quarts de la trachée^ car la muqueuse ne

conserve plus son intégrité que sur une longueur totale de 3 centimètres et demi. Quelle que soit la rapidité de son évolution, Tulcère n'a pu en quelques jours détruire jusqu'aux cartilages, dont les débris nombreux et les fragments nécrosés attestent la profonde altération. Ici, le chancre reste la seule manifestation qui ait précédé ou qui accompagne l'évolution morbide sur la trachée. Enfin, le larynx est intact.

La relation suivante*, que nous reproduisons comme un des rares cas de guérison à peu près complète dans Tafifection qui nous occupe, montre la lésion trachéale survenant aussi sans poussée concomitante, et séparée par un intervalle de deux années de la disparition complète de nombreuses manifestations antérieures à la suite d'un traitement, mercuriel d'abord, et enfin mixte, régulièrement suivi.

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