‹ Etude sur la syphilis trachealeChapitre 6 sur 19 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(Lue par M. Vidal à la Société médicale des hôpitaux de Paris^.)

Probabilité d'une ulcération syphilitique de la trachée. — Guérison.

Une femme de 32 ans, de tempérament nerveux, prétendant n'avoir jamais eu la vérole, avait présenté en 1856 des accidents de syphilis constitutionnelle évidente, dont la relation est consignée dans l'ouvrage de MM. Gros et Lancereaux*. Une névralgie des branches sus et sous-orbitaires du côté gauche, à exacerbation nocturne, un gonflement de la muqueuse des fosses nasales avec enchifrènement persistant, un amincissement do la sclérotique lié à une scléro-choroïdite chronique et une ulcération de la face postérieure du pharynx, avaient été les principaux symptômes observés. Sous l'influence du protoiodure de mercure, administré pendant deux mois et suivi d'un traitement mixte par le px'Oto-iodure hydrargyrique et l'iodure de potassium , les accidents cessèrent rapidement. L'ulcération du pharynx se cicatrisa, la névralgie disparut promptement, l'œil devint moins rouge, moins douloureux; la sclérotique reprit l'aspect normal, la

1 Union médicale. 1864.

3 Séance du 8 juin 1864.

* Affections nerveuses syphilitiques, pag. 392. Obs. ccxxv.

respiration par le nez se montra plus facile, et l'expulsion d'un des cornets nécrosés, trois mois et demi après le début du traitement, fut suivie d une guérison en apparence complète.

Deux années environ s'étaient écoulées sans que la santé parût altérée, lorsque, au commencement de l'année 1859, cette malade fut prise de nouveau d'amaigrissement et commença à tousser. Après quelques semaines d'une toux sèche, excitée surtout après l'ingestion des aliments, la respiration devint pénible, souvent sifflante aussi bien à l'inspiration qu'à l'expiration; et, bien que la voix ne fût pas notablement altérée dans son timbre, la malade se plaignait d'éprouver de la fatigue en parlant, et ressentait une douleur sourde, parfois plus vive en un point fixe correspondant à la réunion de la première avec la deuxième pièce du sternum ; il lui semblait, disait-elle, «qu'il devait y avoir là une plaie ». La toux , le plus habituellement sèche , était suivie quelquefois, surtout le matin , de l'expulsion de quelques crachats pelotonnés, souvent striés de sang. L'examen attentif de la poitrine ne fit découvrir les signes d'aucune affection pulmonaire ; le stéthoscope appliqué sur le trajet de la trachée faisait entendre un b/uit rude pendant les deux temps de la respiration. Le sifflement, alors que l'oppression augmentait, pouvait être perçu à distance. Cette espèce de cornage, l'intégrité de la partie supérieure du larynx, la persistance de la douleur particulière accusée par la malade au niveau du tiers inférieur de la trachée, la marche progressive de la gêne et de la sibilance de la respiration, rapprochés des accidents que j'avais eu à traiter précédemment, me firent soupçonner, en Tabsence bien constatée d'une diathèse tuberculeuse, qu'il s'agissait d'une ulcération syphilitique de la trachée.

Un traitement par l'iodure de potassium fut institué ; mais l'accroissement rapide des accidents de dyspnée, pendant que la douleur diminuait, m'obligea bientôt à renoncer à ce médicament. Encouragé par cette épreuve dans mon diagnostic, j'hésitai entre deux alternatives : abandonner l'affection à sa marche naturelle, ou bien tenter l'action d'un traitement moins rapide et en quelque sorte intermittent. C'est à ce dernier parti que je m'arrêtai. Le proto-iodure fut administré à petites doses (0»',03, par jour), et quatre fois par jour la malade fit des inspirations de vapeurs émoUientes.

Après dix jours de cette médication , je laissai un repos de huit jours, puis je repris le traitement, pour le continuer en observant les mêmes alternances. Au bout de six semaines, la douleur avait presque disparu^ l'expectoration était à peu près nulle, la toux rare , mais la

respiration toujours gênée, sifflante et produisant un bruit rude dans la trachée. Après trois mois environ, il ne restait qu'un peu de dyspnée. La sibilance ne se produisait plus que dans les mouvements actifs de respiration ou après une marche, soit rapide, soit prolongée.

Le traitement fut continué pendant près d'un an , et lorsque je le cessai, M"*® X... ne toussait plus, n'éprouvait plus de douleurs derrière le sternum, et pendant l'état de repos la respiration paraissait normale. J'ai eu l'occasion de voir récemment cette malade et de lui donner des soins dans une grippe de moyenne intensité. J'ai été frappé de la gêne et de la sibilance de la respiration qu'elle a présentées pendant quelques jours. Ces symptômes n'étaient nullement en proportion avec rintensité de la laryngite , aussi ai-je cru pouvoir en attribuer l'exagération à un certain degré de rétrécissement de la trachée, qui est, je crois, resté permanent. .

— La nature des crachats, la douleur aiguë ressentie par la malade et comparée par elle-même à la sensation d'une plaie intérieure, enfin l'aggravation rapide des accidents sous Tinfluence de Tiodure, ne laissent à l'auteur aucun doute sur la certitude du diagnostic.

Le cas suivant, qu'il nous a été donné d'observer nous-même partiellement, et dont nous avons pu compléter les détails grâce au bienveillant concours de M. Létiévant, nous permettra de constater des accidents divers, soit avant, soit durant l'évolution assez longue des manifestations ulcératives.

Page 1