‹ Étude sur la Thébaïde de StaceChapitre 15 sur 46 · L'OLYMPE DE STACE · texte numérisé non relu

L'OLYMPE DE STACE

L'Olympe de Stace est celui de Virgile moins vivant encore et moins sérieux : machine épique encombrante et sans utilité, d'autant plus facile à démonter d'ailleurs que Stace, à l'encontre de Virgile, n'a essayé d'y introduire aucune idée philosophique (i), ayant séparé nettement, comme on Ta vu, les connaissances philosophiques qu'il pouvait avoir et les données mythologiques que la tradition épique lui fournissait.

lo Jupiter

Ab Jove primus honos. Comme Virgile (a), Stace ne dit presque rien des origines de Jupiter ; à peine si une ou deux épithètes comme Satarnius (II, 358) rappellent qu'il est fils de Saturne et de Rhéa, frère de Junon (Saturnia, X, 162. Cf. X, 61 et Ach. I, 588 sqq.), de Neptune et de Pluton (Cf. VIII, 3x2). Une simple allusion à Saturne dans les enfers

(1) Sur l'effort de Virgile pour concilier la mythologie traditionnelle et les idées philosophiques, effort sensible surtout dans le VI' 1. de VÉnéidèj voir Norden (D. sechste Buch d. Aeneis, Einleit.).

(2) Cf. La Ville de Mirmont, op. cit, 231.

i84 l'exécution

(VIII, 44) ^^ nous instruit par des circonstances de son avènement. Un souvenir de la Crète qui avait répondu faussement le bruit de sa mort (I, 278), de la chèvre Amalthée (IV, sqq.), des Curetés (IV, 733, VII, 178) nous renseignent peu sur son enfance. En revanche, quelques comparaisons (II, 596 sqq. (i), VI, 336. Ach. 1,4^4 sqq. etc.) nous rappellent sa victoire sur les géants; un ou deux mots acrimonieux de Junon, les anecdotes scandaleuses de sa jeunesse (I, 267 sqq., VII, 190, XII, Soi) (2). Mais en somme le Jupiter de la Thébaïde est le dieu tout puissant, roi de F Olympe ou du Ciel (rex aetherius, XI, 207, regnator Olympi, VIII, 41) (3), créateur même de la Cour céleste (superae conditor aulae, III, 483), père des hommes et des dieux (I, 178; III, 488). De l'antique conception qui faisait de lui la personnification de l'éther, il n'est resté que sa domination sur les phénomènes atmosphériques ; il est maître de la foudre (4), de la pluie, de

(1) Contrairement à Homère [IL I. 402 sqq.), mais comme Virgile (En, X, 565-8) et comme Antimaque (/r. 14, Kinkel), il fait de Briarée- Égéon l'ennemi de Jupiter.

(2) VII, 190, XII, 301, Junon rappelle la triple nuit que s'accorda Jupiter auprès d'Alcmëne, suivant une tradition des comiques grecs qui a servi à Plaute.

(3) L'Olympe, pour Stace comme pour Virgile (cf. La V. de M. op. cit. 2S^ sqq.), n'est pas la montagne de Thessalie, bien que Stace rappelle la lutte légendaire des Géants entassant Pélion sur Ossa (X, 849 sqq.), comme Virgile, du reste : c'est un lieu indéterminé au centre du Ciel (interiore polo, I, 199) d*où l'on aperçoit à égale distance les mers et les terres et où Jupiter est assis sur un trône étoile {ib. 203), au milieu des dieux dans la cour t;éleste (caelestis regia, X, 913 ; cf. II, 600, III, 483, Ach. I, 689 ; etc.).

(4) Jupiter parait être dans la Thébaïde le seul maître de la foudre : nul autre dieu ne s'en sert ; bien qu'avec assez d'obscurité Stace parle (X, 913 sqq.) de la cour céleste qui tonne d'elle-même, et laisse entendre que Junon en peut user (X, 69). — L'épithète Tonans donnée à Pluton (XI, 209) signifie seulement que Pluton est le roi des Enfers, comme Jupiter est le roi du Ciel ; cf. les expressions : Jovi profundo (I, 616), nigri Jovis (II, 49). Cependant il est dit (XI, 410 sqq.) que Pluton fit retentir trois fois le tonnerre infernal ; mais c'est une sorte de tremblement de terre.

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la grêle et des vents (i) (V, 362, Sgi, VIII, 4^4» etc.), et il prolonge le jour ou la nuit à son gré (V, 178, XII, 3oi). Mais il est suitout le maître du monde moral, car, s'il ne fait pas les destins, il les connaît du moins et il est chargé de les j faire connaître aux dieux (a). Aussi, à cause de sa puissance

' et de sa science, est-il toujours enjouré de la plupart des

Saperi (cf. VI, 333 sqq. ; X, 883 sqq.), à moins qu'il ne se retire à récart(VII, iSa). Quelquefois même il convoque tous les dieux, quand il va prendre une résolution suprême. Ainsi au le' chant (197 sqq.), tous les dieux et les demi dieux (3) s'assemblent sur son ordre. Après qu'il leur a donné la permission de s'asseoir (204 sqq.), il expose les destins qui veulent que Thèbes et Argos s' entredéchirent, et Junon seule ose présenter des observations (4), qui sont rejetées d'un ton souverain, et le maître des dieux rentre dans sa paix profonde (pacem Jovis, III, 235; VIII, 32; X, 897), faite de puissance sûre d'elle-même, et de justice pour tous les partis (X, 884).

(1) Stace conserve d'ailleurs, comme Virgile, le dieu des vents, Éole, ( VI, 278, X, 247), et ce dieu est soumis à Jupiter, mais aussi à Neptune quand il s'agit d'exciter une tempête dans les royaumes du dieu marin (III, 432 sqq.) — Stace, d'après les représentations ûgurées des vents, dépeint Borée (I, 352) et TAquilon (VII, 37 sqq.) la bouche ouverte.

(2) Voir plus haut les passages contradictoires (page 168 sqq). En tout cas Jupiter connaît les destins (II, 358) et les enseigne aux dieux. Il peut, de plus, en faàtcr ou en retarder l'accomplissement (I, 302) et les autres dieux le peuvent aussi (III, 304-316), mais évidemment dans une moins large mesure. C'est la doctrine même de Virgile (En. VIII, 398 Cf La V. de M. op. cit., 294 sqq., et Heinze, Virgils Ep. Techn. 286 sqq.

On verra plus loin que Stace place les Destins dans les Enfers (VIII 26), les assimilant aux Parques (VIII, 13 ; I. 706 ; III, 241). Depuis longtemps d'ailleurs les Parques passaient pour les déesses de la mort ; cf. Decharme, Myth., gr, 300.

(3) Gomme dans Homère (//. XX, 8 sqq.) et dans Ennius {fr. 457); mais non comme dans Virgile (X, 6) ; cf. Boissier, Relig. rom, I, 254-5.

(4) Dans VÉnéide (X, 16 sqq., 63 sqq.) il y avait une discussion entre Junon et Vénus ; dans la Thébaïdey Junon seule intervient, Vénus voudrait bien le faire, mais elle n'ose (l, 288). — La scène de Stace, dans son début, est, comme de juste, visiblement imitée de celle de Virgile.

i86 l'exécution

Après qu'il a fait connaître les arrêts du destin et ses propres volontés, les dieux osent à peine l'interroger. Bacchus seul, dans la Thébaïde (VII, i45 sqq.). comme Vénus (i) dans Y Enéide (I, 228 sqq.), se plaint du désastre qui menace Thèbes (2).

C'est par Mercure (nuntius Jovis, VII, 5 sqq.), qu'il communique avec les autres (I, 292 sqq.), et généralement par l'entremise du dieu de la divination, Apollon, (I, 707), qu'il fait connaître ses volontés aux hommes. Mais lui-même a ses oracles : c'est à lui que s'adresse Amphiaraûs quand il va consulter les oiseaux (III, fyjo sqq.), car c'est lui qui les inspire, comme il inspire les chênes de Dodone, et les oracles d'Hammon, d'Apollon ou de Branchus (3).

En résumé, Jupiter nous apparaît chez Stace comme le

(1) Cf. Vénus dans le poème de Naevius (Macr. SaL VI, 2, 31). Quelques ressemblances entre l'épisode de Virgile et celui de Stace sont frappantes :

En. I, 223 sqq. Th. VII, 151 sqq.

— 254 sqq. — 193 sqq

(2) Au chant XI, 457 sqq., la Piété descend sur la terre malgré les ordres formels de Jupiter (XI, 119 sqq. et surtout 132), et, chassée par la Furie, elle déclare qu'elle va aller se plaindre au dieu du Tonnerre (ib, 496) ; mais c'est une des étourderies habituelles à Stace, et dont on ne peut rien conclure. — Au X* chant (70 sqq.), Junon excite le Sommeil à endormir les Thébains et fciit massacrer ceux-ci par les Argicns ; mais ce n'est pas, à vrai dire, une désobéissance formelle, comme l'intervention de la Piété : Jupiter, en faisant connaître au I" chant les destins, n'empêchait pas les dieux protecteurs dé défendre leurs protégés; il indiquait seulement les arrêts du destin que des interventions particulières ne pouvaient changer. C'était du reste, un souvenir non seulement de i'éptsodé de Ylliade (XIV, 154 sqq.), mais aussi de VÈnéide (I, 36 sqq.) où Junon excite, sans être blâmée par Jupiter, une tempête contre Ênée.

(3) Mercure est représenté (1, 303 sqq.) sur le modèle des plus anciennes statues grecques avec le caducée, le pétase et des ailes seulement aux pieds. L'art plus moderne ajoutait des ailes au pétase, et si Stace n'a pas imité ces formes nouvelles, c'est qu'il voulait reproduire Homère (Od. V, 43 sqq.) et Virgile [En. IV, 239 sqq.).

dieu souverain, fort de sa foudre et de sa science, gardien des destinées qu'il connaît seul (sciât haec Saturnins... Fata, 358) et qu'il dirige vers leur accomplissement (certo reliqua ordine ducam, I, 3o2), supplié par les dieux et par les hommes dans les tempêtes qu'il déchaîne sur eux, mais lui-même toujours paisible.

Si l'on se représente assez bien l'idée que Stace, après Virgile, s'est faite du Jupiter mythologique, en revanche on ne comprend rien à ses actes, très incohérents (i). La guerre sera funeste à Argos autant et plus même qu'à Thèbes : aussi Jupiter envoie-t-il des signes défavorables à Amphiaraûs au III«chant (44o sqq.); cependant, peu auparavant (III, 218 sqq.) il avait envoyé Mars précipiter la guerre. Au chant VII, i sqq. , il mande encore le même ordre à Mars, et tandis que les Argiens se hâtent, il jette sur leur chemin les signes les plus terribles (VII, 897 sqq.). Bizarre contradiction et que l'on ne retrouve que chez Stace. Dans VIliade, en effet, Zeus, qui veut punir Agamemnon, lui envoie des signes trompeurs (le songe du II* chant par exemple) pour l'engager à des combats désastreux ; dans Y Enéide (VII, 81 sqq.) si Jupiter détourne par ses présages Latinus et ses sujets de la guerre, c'est que cette guerre leur sera funeste, et qu'il voudrait l'empêcher. Il n'est pas douteux non plus que, dans la Thébaide primitive, Zeus, qui envoyait des présages funestes (Cf. IL IV, 38i et 409), ne faisait, d'autre part, rien pour exciter la guerre. Chez Stace, au contraire, il veut la guerre et il en détourne les Argiens par des signes toujours clairs (2). Évidemment, le Jupiter de Stace devait, pour être logique, ou bien décider lui-même la guerre et envoyer des signes trompeurs comme

(1) Et c'est pourquoi il est superflu de rechercher si dans la Thébaide Taction des dieux est toujours une transposition dans le merveilleux d'étals psychologiques (an sua cuique deus fit dira cupido ? En. IX, 185).

(2) En revanche, bien que Thèbes doive sortir en somme victorieuse de la lutte, il l'emplit aussi de prodiges défavoré^bles (IV, 369 sqq.) ; mais le défaut est ici moins choquant parce que les Thébains subiront eux-mêmes d'effroyables perles, et seront finalement déshonorés et vaincus.

lOO L EXECUTION

dans Y Iliade, ou bien s'opposer à la guerre décidée par la Furie, et envoyer des signes défavorables, comme il le faisait probablement dans la Thébaïde cyclique. Ce dernier parti était le meilleur au surplus, puisque, si le maître des dieux a de fortes raisons de châtier Thèbes (I, 227 sqq.), il n'en a pas pour châtier Argos, l'injure de Tantale (I, 246-7) étant étrangère à cette ville (i).

Pourquoi Stace n'a-t-il pas choisi un de ces deux partis, même le pire, on ne sait. Il est évident qu'il a voulu conserver les signes funestes que, selon Homère et selon la Thébaïde sans doute, Jupiter envoyait aux Argiens. Mais on voit mal pour quelle raison il a fait décider la guerre par Jupiter, alors que la Furie en avait déjà jeté les semences (1%. I, 88 sqq.). Trouvait-il dans un de ses modèles une scène analogue à celle des chants Cypriens où Zeus se résout à allumer la guerre pour alléger la terre (Qypria Jr. i, Kink.). Ou plutôt, sentant le vice de son sujet qui ne souffrait la victoire d'aucun des belligérants, a-t-il voulu, pour parer à l'objection prévue, montrer par le discours de Jupiter (I, 214 sqq.) que son intention était de raconter l'écrasement mérité des deux peuples et non la victoire de l'un ou de l'autre ? En tout cas, l'action de son Jupiter est

(1) L'histoire de Tantale est très obscure : Tantale parait avoir été considéré à l'orijçine comme Lydien (Soph. Anlig. 845; Luc. DiaL des Morts, 16). Mais d'assez bonne heure, il passa pour père de Pélops (Cypria /r. 9, Kinke. On suit que l'Iliade (II, 104 sqq.) ne connaît pas cette filiation, non plus que l'horrible festin d'Atrée et de Thyeste). Et c'est sans doute à cause de cette descendance que Stace considère Argos, ville du Péloponnèse, comme coupable en sa personne, bien que Tantale fût Tancôtre des rois de Mycénes, non de ceux d'Argos (V. pour la généalogie d'Adraste, les se. des Phén d'Eurip., 150). Au reste, Stace ne marque nulle part les rapports entre Argos et Mycénes. (Une simple allusion, IV, 305 sqq.). — Sur le crime commis par Tantale, il n'y a pas plus d'accord entre les écrivains de l'antiquité. Stace parle ici du festin criminel où Tantale offrit aux dieux son fils Pélops. Cf. Lactance, Ad Th. I, 246 et Hygin, f. 83 ; mais Hygin donne une autre version moins connue et plus ancienne peut-être dans sa Fable 82, et les Nostoi (fr. 10, K.) en donnent une 3*.

incohérente et illogique, comme la conduite de l'épopée même.

Les frères de Jupiter sont, comme lui, égaux pour les deux partis, mais l'un, Neptune, par indifférence (i); bien que selon Hésiode il fiit le protecteur de Thèbes (Bouclier, io4-5); l'autre, Pluton, parce qu'il est toujours irrité contre tous les dieux et tous les hommes : nous étudierons dans un article spécial l'action de ce dernier; il convient maintenant de dire un mot des autres Superi, tous dieux protecteurs

ao Les dieux protecteurs

Du côté des Argiens se placent Junon, Minerve, Apollon et Diane ; du côté des Thébains, Yénus^ Bacchus et Mars ; mais Apollon, Diane, Mars et Minerve protègent plutôt un individu d'une cité que la cité elle-même; et en résumé, la lutte divine se livre, dans la Thébaïde comme dans V Enéide, entre Junon d'une part, et de l'autre Vénus, soutenue énergiquement par Bacchus dans le poème de Stace.

Junon est fille de Saturne (Saturnia (a), X, 162, XII, i34, 3ii) et de Rhéa, sœur et épouse de Jupiter. Stace n'innove en rien sur sa parenté et ses alliances, mais à deux reprises

(1) Neptune, en effet, ne joue aucun rôle dans la Thébaïde, bien qu'il soit le père du cheval Arion (VI 280 sqq.) ; Stace n'en parle que dans des comparaisons (III, 432 sqq., V, 705 sqq.), et dans une topothésie de l'antre du Ténare (II, 32 sqq.) : et la courte description qu'il en fait est remarquable en ceci seulement qu'il donne au dieu marin des coursiers moitié chenaux, moitié poissons :

In portum deducit equos : prior faaurit faarenas Ungula, postremi solvuntur in aequora pisces (II, 46-7).

Ainsi n'avalent fait ni Homère (//. XIII, 23 4), ni Apollonius (/tr^. IV, 1365 sqq.), ni Virgile [En. î, 147, 155-6 V, 816 sqq.). Mais les mêmes animaux fantastiques se voient sur la célèbre glyptothèque de Munich.

(2) L'épi tbète Saturnia n'a nulle part chez Stace ce sens défavorable que lui attribue chez Virgile Servius {ad Aen. I, 23), et que croit distinguer lui aussi la V. de M. [op. cit. 399 sqq.).

igo l'exécution

il fait une allusion assez risquée au premier baiser de fiançailles que lui donne, son frère :

Ipsa illic magni thalamo desponsa Tonantis, Expers conniibii et timide posilura sororem, Lumine démisse pueri Jovis oscula libat Simplex.

(Th. X, 6i sqq.) (i).

Elle est donc la reine des dieux (regia Juno V, 44^> VII, aai, etc.), mais c'est un titre purement honorifique auquel ne s'attache pas un pouvoir plus réel que celui dont la dote Virçile dans V Enéide (2) : divinité féminine de l'air à l'origine (3), comme le prouve encore sa messagère Iris (X, 81 sqq.) (4), elle doit partout céder à Jupiter, le principe masculin ; mais elle garde chez Stace le caractère querelleur que lui avait attribué Homère et conservé Virgile : à chaque instant elle reproche à Jupiter ses amours adultères, et c'est d'ailleurs sa haine de Sémélé qui l'excite contre Thèbes, autant que sa prédilection pour Ai^os. Seule, elle ose résister

(1) Dans une comparaison de VÀehilléide (I, 588 sqq), Stace est bien plus hardi encore :

Sic sub matie Rhea juvenis regnator Olympi Oscala securae dabat insidiosa sorori Frater adbuc, medii donec reverentia cessit Sanguinis et veros germana expavit amores.

Celle dernière scène est un peu scandaleuse ; celle de la Thébaïde l'est moins, et comme Stace la fait lîgurcr dans une description de péplos que les Argiennes portent processionnellement à Junon, il y a lieu de croire que le poète s'inspire de quelque œuvre d'art,

(2) Cf. La V. de M. op. cit., 388 sqq.

(3) Cf. Preller, tr. fr., 182 : « Juno, c'est Jovlno, féminin de Jovis, une divinité féminine du ciel et de la lumière, et par suite de la naissance en sa qualité de matrone et de reine du ciel. » C'est pourquoi sans doute elle est la déesse du mariage dans la Thébaïde (III, 692), comme dans VÉnéide (IV, 166). On sait d'autre part que Virgile {Géorg, II, 325 sqq.), après Lucrèce (1, 251 sqq.}, faisait de la Terre l'épouse de Jupiter.

(4) Cf. Silv. V, L 193 : Iris est dite Junonia virgo.

en face au roi des dieux dans le conseil divin (I, n^Q sqq.),. seule elle ose solliciter en faveur des Argiens l'intervention du Sommeil (X, 84 sqq.). à Timitation d'Homère {IL XIV, i53 sqq.) et en souvenir de l'épisode de l'Éole (En. I, 5o sqq.). Son intercession réussit môme quelquefois quand elle ne va pas contre le destin : ainsi lorsque Hippomédon demande de mourir en guerrier (IX, 5o6 sqq.) ; mais le plus souvent elle n'obtient rien que des divinités secondaires, du Sommeil par exemple, et de la Lune qu'elle prie d'illuminer pom^ Argie le champ de bataille (XII, 295 sqq.). Et cependant avec quelle opiniâtreté elle défend ses chers Argiens, chez qui elle a son temple de Prosymna (I, 383; cf. XII, 465) (i)I Gomme elle écoute la prière des Argiennes (X, 49 sqq.) ! Comme elle prépare pour les mères et les veuves le cœur de Thésée (VII, 29a, 4^5) (2) ! Toujours agitée, souvent humiliée de son impuissance, mais bonne et moins préoccupée de ses rancunes que de ses affections, au contraire de celle que nous a présentée Virgile (3), telle nous apparaît la Junon de Stace.

En face de Junon se place Vénus, fille de Jupiter et de Dioné {Th. I, 288) (4), déesse aimable et facile, mais fidèle

(1) Homère dit que les trois séjours préférés de Judod sont Argos, Mycénes et Sparte. (//. IV, 51-52) ; mais Virgile à la suite d'Apollonius de Rhodes (Cf. La V. de Mirmont. op. cit., 366) dit que Samos lui plaisait surtout {En. 1, 16) ; au reste il l'appelle aussi Juno Argiva.

(2) Stace se souvient aussi (V, 466 sqq.) de l'aide qu'elle prêta aux Argonautes, selon Apollonius (La V. de M., op. cit. 369 sqq.), et déjà selon V Odyssée (XII, 72).

(3) Junon, dans VÉnéidCf se soucie peu de Turnus dès que Jupiter lui a assuré qu'elle serait honorée par la nation nouvelle (XII, 793 839) :

Annuit his Juno et mentem laetata retorsit.

Au contraire, elle soutient jusqu'au bout et sans espoir les Argiens, dans la Thébaïde.

(4) Mais dans les Silves (I. 2, 118, III^ 4, 5) Stace la fait naître de l'écume des flots. La même contradiction se retrouve dans Virgile. Cf. La V. de M. op. cit. 229-230.

tga ' l'exécution

aux Thébains, issas d^Harmonie, la fille de Vénus et de Mars. Épouse de Vuleain (i), elle Ta trahi et le craint (metuens mariti, X, SgS), malgré Taide que lui peut fournir Mars, son amant. Stace, qui ne recule guère devant les anecdotes scandaleuses, revient à trois reprises sur la disgrâce de Vuleain et la vengeance qu'il en a tirée. Si le malheur s'est abattu sur-Thèbes, c'est à cause du collier d'Harmonie, fabriqué par le dieu jaloux (II, 269 sqq.) (2); c'était une seconde vengeance terrible (3), mais la première était plus piquante : ayant surpris Mars et Vénus endormis dans les bras l'un de l'autre à Lemnos même, le dieu de Lemnos les avait liés de chaînes d'or, et, au jour levant, les avait montrés aux immortels (II, 269, III, 274. VII, 62) (4). Mais les relations dé Mars et de Vénus n'avaient pas cessé pour cela, et c'est à M[ars qu'elle s'adresse, quand elle veut détourner l'invasion qui menace Thèbes (III, 263-3i6) et quand elle veut écarter Diane du champ de bataille (IX, 821 sqq.). Nous avons étudié déjà

(1) VulcaiD ne joue aueun rôle dans le poème : Stace ne dit rien de sa naissance, mais seulement de ses mésaventures conjugales et des endroits qu'il habite en Éolie (I, !sil8), à Lemnos, (V, 51, 69. 87). Il rappelle ses ouvrages d'airain et d'or : c'est le dieu Mulciber qui a orné la demeure du Sommeil, X, iOi sqq., et mémo la demeure de Mars, mais cet ouvrage est antérieur à la trahison de Vénus (VII, 61-4) ; et à ce propos le scholiaste écrit {ad Th. VU, 62) : a quaestionem quae poteiat commoveri quare adultère Marti Vulcanus, babitaculum fundavlsset, argutissime divinus hoc loco poeta dissolvit. Dicit enim ante domum Marti aediQcasse Vulcanum, quam injuriam pateretur. » Bien grosse louange pour petit mérite ! Mais les rhéteurs avaient soin de spécifier que les fictions mythologiques des poètes (levaient s'accorder entre elles et non se combattre. Walz, Bhet, Uraeci, IX, 152.

(2) Voir plus haut, p. 42 sqq.

(3) Il semble que dans la pensée de Stace, Vénus ait rendu à Vuleain coup pour coup. Les Lemnlens, sujets directs de Vuleain, n'ont pas voulu honorer Vénus, sans doute à cause de sa trahison, et pour se venger Vénus fait massacrer tous les habitants mâles de l'Ile. C'est ainsi que Stace explique le crime, ailleurs inexpliqué (La V. M. op. cit. 613).

(4) L'histoire est racontée fort joliment par Ovide, Mét.^ IV, 171 sqq. Mais elle est très ancienne, car on la Ut déjà dans VOdyssée (Vlll, 266 sqq.)

LA HERVBILLEint igS

cette scène imitée partie de Lucrèce, partie sans doute d'une oeuvre d'art. Il faut remarquer du reste que Stace, comme Virgile, s'attache à rendre à Vénus une attitude digne que gâtent singulièrement, il est vrai, ses aventures galantes trop souvent rappelées (i).

Mais si les Thébains sont les petits-fils de Vénus, ils sont les frères de Bacchus, et Stace ne pouvait manquer de mettre en scène ce dieu dont les épithètes sont si variées (a), et dont les orgies (3), d'ailleurs odieuses aux Romains, ont inspiré tant de poètes. Bacchus, dieu d'origine asiatique, est pour Stace comme pour tous les poètes un dieu thébain, né de Jupiter et de Sémélé en des circonstances tragiques (X, 4^), et toujours en butte à la haine de Junon, sa marâtre (X, 886). Mais il a conquis l'Inde, comme l'indiquent les tigres qui traînent son char (IV, 658. Cf. VII, 564 sqq.), et son séjour favori est Thèbes, sa patrie, ou la Thrace, célèbre par ses festins sanglants (4). Bacchus n'est plus en effet le dieu grec de l'enthousiasme, c'est le dieu de l'ivresse bachique et sanguinaire, le dieu des Bacchanales haïes des Romains (5).

(1) De même Vénus, si noblement drapée d'ordinaire dans V Enéide, se souvient un peu trop de ses mœurs anciennes quand elle va prier son vieux mari pour un fils né de l'adultère [En, VIII, 370, 406). Mais Virgile ne la fait pas comme Stace (TA. IX, 825) railler amèrement la virginité d'une déesse comme Diane,

(2) Épithètes tirées des lieux : Agenoreus, Aonius, Ecfaionius, Qgygius, Semeleius, Thyoneus, Lydius, Nisaeus ; ou de ses diverses qualités : Bromius Ëuhan, Euhius, Lenaeus, Liber. — Stace lui donne une fois l'épithète de Marcidus (IV, 652) qui s'explique naturellement puisqu'il est le dieu du vin [Bacchus signifie vin chez Stace à maint endroit (il 85, V, 537, etc.). Une autre fois il lui attribue des cornes (intactae ceciderunt comiàus uvae, VII, 150. Cf. Ovide, Ep. XV, 24. — Preller, Griech. Myth,, I, 589^ et Ghantepie, Man. des Religions, 496.

(3) Orgia, Irieterica, cymbalum, mitra, nebris, tfayrsus, tibia, tympanum.

(4) Cf. Tfiéb, II, 81 sqq., Horace, Carm. I, 27, 1 sqq. — Stace lui fait même une place dans le palais du Sommeil, X, 102.

(5) Cf. Preller-Jordan. Rom. myth. II, 364 sqq. Cette confusion du dieu grec de l'enthousiasme sacré et du dieu asiatique de l'orgie se trouve dans Virgile (La V. de M. op. cit. 726) ; mais déjà les Bacchantes d'Euripide montrent que les Grecs croyaient parfois à la malïaisance de Dionysos.

194 l'exsgution

Aussi, dans son cortège, retrouvons-nous non seulement de bons ivrognes (IV, 663), mais les divinités terribles qui accompagnent Mars lui-même, Ira, . Furor, Virtus (IV, 666 sqq.).

Dans les débuts de la guerre, il aide efQcacement les Thébains. Au moment où les Argiens marchent sur Thèbes, par une audace qui rappelle celle de Junon recourant au dieu du sommeil, il les arrête dans la forêt de Némée en tarissant toutes les sources (IV, 65a sqq.). Une autre fois, il ose, seul de tous les dieux chez Stace, troubler la paix divine de Jupiter, pour le supplier en faveur de ses chers Thébains (VU, 145 sqq.), et Jupiter répond favorablement à son fils, comme dans VÉnéide (I, 227 sqq.) il répondait à Vénus sa fille (i). Mais il ne reparaît plus dans la suite du poème, et Stace, avec sa légèreté coutumière, paraît l'avoir oublié, même quand, à l'arrivée de Thésée, Thèbes court un si grave danger.

Apollon et Diane, enfants de Jupiter et de Latone, nés à Délos, jouent un rôle assez indécis dans la Thébaïde : il semble qu'Apollon doive être un protecteur attitré des Ai^iens puisque à la fin du premier chant (55^ sqq.) Stace nous fait voir Argos célébrant la fête annuelle de ce dieu (2), et que d'un autre côté il favorise de toutes ses forces son prêtre fidèle Amphiaraûs, allant jusqu'à interrompre son chant divin pour lui donner la palme dans la course des chars (VI, 333 sqq.), et jusqu'à lui servir d'aurige dans la lutte où' le héros doit disparaître (Vil, ^36 sqq.). Mais au chant X, quand les dieux se serrent autour de Jupiter efirayés par les menaces de Gapanée, Apollon nous est présenté comme gémissant sur la ruine probable de Thèbes (gémit auctor Apollo Quas dédit ipse domos, X, 889) (3).

(1) On notera que pour se rapprocher davantage de son modèle, Stace fait promettre à Jupiter des victoires bien contestables.

(2) Fête peu méritée, du reste. Cf. page 195 sqq.

(3) L'épithète auctor signifierait qu'Apollon a construit les murs de Tbébes. Le Scboliaste dit à ce propos : « Auctor Apollo. quia Apollinis

LE MERVEILLEUX IQS

Diane ne paraît pas se soucier d'Argos, ni de Thèbes ; mais Stace a fait d^elle, nous avons vu pourquoi (i), la protectrice dévouée de Tarcadien Parthénopée, fils d'une de ses compagnes. Au chant IX, touchée des larmes d'Atalante, elle court à Taide de Tenfant, et ne pouvant le sauver malgré le destin, elle illustre du moins sa dernière heure et tue son meurtrier (IX, 687 sqq.). Elle n'intervient nulle part ailleurs dans le poème sous la forme de Diane.

Apollon est identifié par Stace avec le Soleil (2), et pour cette raison appelé plusieurs fois Titan (I, 5oi, 717; V, 297, etc.) : ainsi dans Virgile, et chez les Romains, dès qu'ils eurent identifié le fils de Latone avec le dieu oriental du Soleil (3). Mais il est surtout le dieu de la divination, le dieu de Gyrrha, et aussi le dieu du chant et de la poésie, le dieu de la médecine, et comme tel identifié avec Paean (I, 636). Stace en toutes ces attributions suit exactement Virgile (4); de même quand il l'appelle le dieu intonsus, à qui les adolescents consacrent leur chevelure (VII, 716; VIII, 198, 49^)- Mais tout le récit d'Adraste à Polynice et à Tydée (I, 557- 666) nous fait voir un Apollon qui n'est pas vii^ilien, puisque non seulement il envoie un monstre redoutable pour venger la mort, de son fils Linus, mais qu'il venge encore le meurtre

oraculum Gadmus secutus sedificavlt Tbebas. )> L'explication est peu satisfaisante : il semble plutôt que le poète fasse allusion à la lyre d*Anipbion, parce qu'Apollon est le dieu de la lyre.

(1) Voir page 54.

(2) Comme dans VÉnéide et dans le Carmen meculare d'Horace (cf. La V. de 9d., op, cit., 497). Lire surtout 111, 407 la description du Soleil à son coucber, servi par les Heures, et la fin de la prière d'Adraste (I, 717 sqq.), si anachronique d'ailleurs comme on le fera voir :

Seu le roseum Titana vocari Genlis Achaemeniae ritu^ seu praestat Osirim Indignata sequi torquentem cornua Mithram.

(3) Il ne semble pas qu'à l'époque de Stace, Mithra fût honoré à Rome. Preller, R. M. Tr. fr. 493 sqq.

(4) La V, de M. op. cit. 495-498.

igB l'exécution

de ce monstre par une peste analogue à celle qui frappe les Grecs au I** chant de VIliade (i).

Diane est surtout dans la Thébaïde la déesse qui erre dans les montagnes de FÂrcadie avec son cortège de nymphes chasseresses ; mais c*est aussi la Lune au ciel (II, i4o, VI, 164, etc. — Titanis, I, SSj), Hécate dans les enfers (IV, 4^5 sqq.) (2). C'est Hécate qui par ses incantations rend inviolable le corps de Parthénopée (IX, jSS) de même que c'était la Lune qui, se rendant de TArcadie en Béotie pour secourir le fils d'Atalante, a rencontré le Soleil son frère (IX, 643 sqq.), causant ainsi une éclipse. C'est encore sous la forme de la Lune (Cinthia, XH, 299) qu'à la prière de Junon, elle éclaire de tous ses feux le champ de bataille où Argie recherche Polynice (XII, 297 sqq.) (3).

Minerçe, la fille chérie de Jupiter (4), à la fois déesse

(1) On a vu (p. % sqq.) que tout cet épisode est du reste emprunté à une légende grecque.

(2) L'identification de Diane avec la Lune était très ancienne en Italie (Preller, tr. fr. 204), et se retrouve naturellement dans V Enéide (La V. de M. op. cit, 146 sqq.). L'identification de Diane avec Hécate est grecque et acceptée par les Romains. Il n'est pas question dans VÉnéide de Diane- Lueine (La V. de M. op. cil. 542-3), mais dans la Thébaïde (III, 159, V. 114, cf. S. 1, 2-268 sqq.). Stace rappelle celte identification très familière aux Romains. Cf. Preller, tr. fr. 205 sqq. — Enfin, U semble bien que Stace confonde la Lune et la Nuit, puisque Junon (XII, 301) rend la Lune responsable de cette triple longueur de la nuit qui donna naissance à Hercule (cf. VII, 189) ; et du reste quel serait ce char de la nuit dont il est parlé (II, 59 sqq.), sinon celui de la Lune ? Stace regarde donc Diane comme la déesse de la nuit^ ainsi qu'Apollon comme le dieu du Jour. A. ce proposon notera qu'au chant II (59, cf. 11, 145, V, 199, VI, 27, XII, 307 sqq.) le poète dit que le Sommeil dirige le char de la nuit, et qu'au contraire il le montre pendant la nuit endormi dans un antre retiré au-delà de l'Ethiopie (X, 84 sqq.).

(3) Stace fait une rapide allusion à Endymion dans les Silves (III, 4, 40), mais il est plus réservé dans la Thébaïde.

(4) Stace, après Homère et Virgile, lui donne aussi à plusieurs reprises l'épithéte de Tritoniaou Tritonis (II, 682, VII, 33, VIII, 528, VII, 185, etc.), qui révèle une légende différente sur la naissance de Minerve (cf. Paus. 1, 14,6,) mais qu'on s'efforça d'accorder avec celle qui faisait de la déesse

guerrière (i) (II, SgS, VIII, 5i8 et XII, 606, etc.) et déesse pacifique de Tolivier (II, ^S^, V, 417, etc.), est avant tout la protectrice d'Athènes et de Thésée (VIII, 762 sqq., XII, 464 sqq. ) et, bien qu'elle ait un temple à Argos (II, 26 1 sqq.) (2), elle ne s'occuperait nullement des Argiens si Tydée ne lui était particulièrement cher (3) ; mais elle est toute dévouée à ce héros, soit dans la lutte qu'il soutient contre les 5o (II, 527 sqq.), soit à ses dernières heures, quand elle met en fuite Hercule (4), protecteur d'Hémon qui le menace (VIII, 497 sqq.), et quand elle obtient pour lui de Jupiter une immortalité perdue par sa faute (\^III, 769 sqq.). On sait que Stace a emprunté à Homère (II, IV, 390) l'assistance d'Athéné dans le combat des 5o, et Phérécyde (Fr, hist, gr. 5o; cf. Apd. III, 76) rapporte, le premier à notre connaissance (5), qu'elle aurait en effet accordé l'immortalité à Tydée si celui-ci n'avait dévoré le crâne de son meurtrier.

Le rôle de Minerve dans V Enéide est trop insignifiant pour que Stace ait imité Virgile en ce qu'il dit d'elle : c'est à Homère qu'il s'est adressé, car Homère a peint vivement la protection accordée par la déesse à Diomède et à Ulysse

la fille de Jupiter. Cf. Apoll. Rh. Àrg. IV, 1309 sqq). Dailleurs Stace dans la Thébàide ne fait qu'une allusion à son histoire. (Lutte de Minerve et de Neptune, VII, 184).

(1) Mais déesse de la guerre sage, par contraste avec Mars, le dieu de la guerre sauvage (VU, 33). On sait que Mars était le véritable dieu romain de la guerre, et qne Domitien, adorateur de Minerve, honorait en elle la déesse de la sagesse et des arts.

(2) Cf. Paus. II, 2i, 3. Un temple dans une ville ne prouve rien, au surplus; peut-être pourtant le poète a-t-il omis à dessein de parler du culte d*Onka-Athéna à Thèbes.

(3) D'où viennent ces rapports intimes de Minerve et de Tydée, comme en général d'un dieu pour un homme et sa famille ? On ne sait trop. Voir Bertrand, Les Dieux protecteurs, 9i sqq.

(4) Car son numen est plus fort que celui d'Hercule. Sur le numen des divers dieux, voir la V. de M. op, cit. 261 sqq.

(5) Voir les Légendes Thébaines, ch. II!, 1.

198 l'exécution

dans les chants V et X de VIliade (i). D'ailleurs, sauf dans son II* chant, Stace a faiblement caractérisé Tassistance de la fille de Jupiter.

Mars^ le Gradivus romain, père des Thébains par Harmonie et plus spécialement de la race royale issue des dents du dragon, devrait être un farouche protecteur de Thèbes. Il n'en est rien pourtant. Bien qu'il promette. aux instances de Vénus de favoriser surtout les Thébains dans les combats (III, 3iQ sqq.), en réalité il se baigne dans le sang des deux nations :

Stat médius campis etiamnum enspide sicca Bellipotens, jamque hos clipeum jam vertit ad illos Arma ciens, aboletque domos, connubia, natos.

(VIII, 383 sqq.)

Aussi son séjour favori est-il dans la Thrace sauvage (2) où deux fois Jupiter l'envoie chercher (III, 220 sqq. VII, I sqq.) pour hâter et échauffer la bataille, et sa nature féroce est telle que Jupiter, pour exciter son ardeur, se borne à le menacer de lui retirer la guerre (VII, 27 sqq.).

Stace a retracé deux fois le cortège de Mars, en s'inspirant de Virgile (En, IX, 718, XII, 33i sqq.). Comme Virgile, il lui donne pour compagnons la Colère (III, 424» ^H, 48), les Embûches (Vil, 5o), la Terreur, qu'il appelle non plus Formido, mais Pavor (III, 4^5) on Metus (VII, 49) (3), et de cette Terreur il fait son écuyer. Comme Homère (II, IX, 2), il met à ses côtés la Discorde (VII, 5o) (4). Mais il ajoute

(i) Voir plus haut p. 45 sqq. ei 115 sqq..

(2) Vulcain lui a bâti en Thrace (avant Tinfidélilé de Vénus) un palais de fer dont la description est tout à fait dans le goût d'Ovide (VII, 40 sqq.).

(3) Virgile place Metus à la porte des enfers {En. VI, 276).

(4) A un autre endroit (X, 558-9) Slace cite aussi Luctas, Furor, Pavor, Fuga. La V. de M. (op. cit. 580) croit donc à tort qu'Homère {11. IX, 2) et Virgile {En. IX, 718) ont seuls parlé de cette dernière divinité. Stace ne nomme pas les chevaux de Mars, et R. Helm {op. cit. 10) remarque, après le Se. Ven. ad. IL iV, 439, que le poète en disant : Comunt

d*autres divinités allégoriques, rÉlan (Impetus, VII, 4?)» ^© Crime (Nefas, VU, 48), les Menaces (VII, 5i), la Fureur (VII, 52), la Mort (VII, 53). Belione (i) lui sert d'aurige (III, 429, VII, 7a sqq.). Ajoutons qu'il le fait accompagner aussi de la Renommée (111, 4a6), et de la Vertu (VII, 5i), qui figure déjà dans le cortège de Bacchus (IV, 66a), et qui paraît très diflTérente de la déesse qui intervient auprès de Ménécée (X, 632 sqq.).

Pour Hercule^ le poète hésite : il fait souvent allusion à ses exploits, mais il ne le mêle aux combattants qu'une fois et pour un instant, en faveur d'Hémon (VIII, 4^3 sqq.)* En eiîet, Hercule est il argien ou thébain ? C'est le dij9u de Némée et de Tirynthe, qui a donné le cheval Arion à Adraste (VI, 290), aussi bien que le dieu de Thèbes (X, 901): aussi, quand Capanée menace si terriblement la ville aux sept portes, se demande-t-il lequel des deux partis il va protéger (Léman Thebasque rependit Maestus et intente dubitat Tirynthius arcu, X, 890-1) (2).

Fnror Iraqae crlstas (III, 424), imite donc Homère qui fait aussi de Aettioc et de $d6oc les compagnons d'Ares, tandis qu'Antimaque les regarde comme ses chevaux (Aetixoç i'rfik $66oc, 7c6Sa; alvetà>, ule OueUv); (/r. 46 Kinkel). Mais il faut remarquer que si Homère (//. IV, 439) fait peut-être d'eux les serviteurs d'Ares, il paraît bien à un autre endroit (XV, 119) les prendre pour ses chevaux. Du reste Furor et Ira ne sont pas Aei{ioc et

(1) Bellona et Ényo sont probablement une même divinité (V, 155); elles sont dites toutes deux appartenir à Mars, et armées de torches elles échau£fent ou commencent la guerre (IV, 6, VIU, 656). Mais Belione est un nom romain (cf. Preller, Ir. fr. 409).

(2) Stace a pris soin de ranger autour de Jupiter tous les dieux argiens et thébains au moment où Capanée provoque le ciel même :

Jamque Jovem circa studiis di versa fremebant Argolici Tyriiqne dei ; pater aequus utrisque Adspicit Ingentes ardentum commious iras Seque obstare videt

(Th, X, 88^-896.)

aOO LEXECUTION

De Thésée je n'ai pas à parler ici, puisqu'il est encore dans sa vie mortelle (i).

De même, je ne dirai rien des divinités abstraites, comme Virtus et Pietas, dont j'ai signalé la nature et l'action (a), ni de la Volupté et du Travail inclinant au repos (in requiem vei^ens Labor!), qui habitent près du Sommeil, dans son antre (X, loi sqq.) avec le Repos, l'Oubli, la Mollesse, le Silence (ib. 89 sqq.) : ce sont là des fantaisies qui n'ont rien de mythologique (3).

3® Les dieux des Enfers.

Stace s'y est repris à trois fois pour peindre les Enfers : au début du II® chant, quand il montre Mercure ramenant l'ombre de Laïus, au milieu du 1V«, quand Tirésias évoque les mânes, au commencement du VHP quand Amphiaraûs tombe vivant aux pieds de Pluton et de Proserpine. Il se représente les Enfers comme un trou profond au centre de la terre, barré par les neuf replis duStyx, par le Léthé et par TAchéron, qu'il est impossible de situer (II, 4 sqq*) - Amphiaraûs, dans sa chute merveilleuse, parait d'abord traverser les Champs-Elysées (VIII, i4), le Tartare étant tout au fond (Vlll, i5), et Pluton, entouré de Minos, et, semblet-il, de Minos, de Rhadamante, du Cocyte, du Phlégethon et du Slyx, siégeant au milieu (VIII, 20 sqq.). Il est question

(1) Notons ici une difficulté de la chronologie myttiologique : Stace représente Hercule comme dieu depuis un temps qu'il ne définit pas, mais pourtant on donne assez souvent Thésée comme compagnon à Hercule ; bien plus, Hercule devait encore vivre sur la terre quand il a donné Arion à Adraste, et il était parmi les Argonautes qui vingt ans plus tôt passèrent à Lemnos {Th. V, 400 sqq.).

(2) On verra plus loin que Stace a dû figurer la Vertu d*après une œuvre d*art romaine, et peut-être aussi la Piété. Vertu et Piété avaient un temple à Rome (Preller, op, cit. 411 et 418).

(3) L* Amour est nommé une seule (ois dans la Thébdide, et Stace le place auifsi dans l'antre du Sommeil (X, 103) : voilà un dieu qui a cessé d'être dangereux !

LE MERVBILLBUX SOI

de Gharon (ib. i8), de Côrbère (II, 26 sqq. ; VIII, 55 sqq.), et du supplice des criminels fameux (ib., 4^ sqq., IV, 533 sqq.); mais en somme, tout demeure dans un vague e:strême (i).

Le roi des Enfers est Pluion, toujours appelé Dis (VII, 782, XI, 71, etc.), frère de Jupiter et de Neptune (2), qui juge les ombres (VIII, 22) et est toujours irrité du mauvais lot qui lui est échu dans le partage du Monde (VIII, 38 sqq.). Stace, assez habilement, lui a réservé un rôle important : c'est parce que l'arrivée inattendue d'Amphiaraûs Fa choqué que dans un accès de fureur plus sauvage, il ordonne à Tisiphone des crimes inouïs : que des frères s'entretuent, qu'un guerrier dévore le crâne de son ennemi, qu'un autre provoque le Ciel, que l'un des deux partis défende à l'autre d'ensevelir ses iiioirts (VIII, 65 sqq.) ; et de cette manière Pluton intervient dans l'action de la Thébaïde par le ministère des Furies.

Proserpine, jadis enlevée par Pluton (VIII, 61 sqq.) a la charge d'inscrire sur la porte des Enfers les noms des ombres (VIII, 10) (3). Il est fort peu question d'elle dans la Thébaïde :

(1) C'est dans les Silves qu'il faut aller chercher les idées, contradictoires aussi peut-être, mais intéressantes, de Stace sur les Enfers, et notamoQent sur les Champs-Elysées. Charon 3' est représenté comme rapide à enlever les âmes pieuses (H, 1, 186, V, 3, 283) et les dieux, des Enfers leur sont doux (111 3, 28, V 277). Les enfants y caressent les vieillards, et passent avec des fleurs et des oiseaux (II, 1, 103. — Cf. en ce qui concerne les oiseaux Th. IV, 568, Yill, 193j. C'est là que sont les grands citoyens, les sages et les poètes (II, 1, 195), à moins qu'ils n'habitent les astres (II, 7, 107 sqq.) ; et parfois ils reviennent de là visiter les vivants par la porte de corne (V, 3, 24, 288). Et parfois ils y prient pour ceux qu'ils ont laissés sur la terre (II, 6, 103, V, 1, 259 sqq.). Il y a là quelques traits qui ne paraissent pas venir des thèmes de l'école sur la Consolatio. Cf. Mnémos (1899), 376 sqq.

(2) Aussi, est-il dit le Jupiter tonnant et le Jupiter stygien (I, 616, II, 49), comme Proserpine est appelée la Juno infera (IV, 527 sqq.) ; et il peut ébranler la terre d'une parole comme le roi du Ciel (VIII, 80 sqq.). — Cf. Paus. II, 24, 4.

(3) Selon Virgile {En. IV, 698) elle avait mission de couper aux mortels le cheveu fatal.

909 i/Kxiimrîon

Htaci* dit m^alctnicni (XII, 971 i^iq.) qae Or^fl eni nm mhre, fH cependant il l'appelht lu Cérèi» infemiile (IV, 46(», V, i56). Il n'c^Kt pu» {KMMible de savoir qael rapfHiri il éUklil entre Proicrf>intf et Hécate : mai» il parait pen probable qa*il lea idrntifle comme l'ont fait qitelf|ttefoii» len Green : et Preller, Grlech, Myih. I, a58 «i|q. C^hex leit Romatna, ellei» parali»' lient avoir toujoarn été distincten (Preller* M^ih. rom. ir. fr*, 6o6). d'autant qu'Hécate n*était invoi|ttée que dana lea cérémonies magiquen.

Dana len Knfeni. où tout commence et tout flnit (Mil, 91 )« fte tiennent auaai les Monutren qu*y a plaeéH Virgile (IV, 533 <M{q')« et lei» Maladie», et lea FeineH, et lea Farquea ou Dealin» (Vlll, a^ f^fH«)(f)« mai» aurtout len Furiea {ib. ^4)-

UnFutu*H, fille» dAchéron (IV, 456, XI, 69, i5o, XII, Hhj), habitent ordinairement aux Knfera (9) ; mai» ellea vont aouvent Hur la ternn et leur rôle, qui n'a cenaé de gramlir depui» Homère, ei^t extruordinairtt dana la Thébatde, II réftulte de liivem paMaagea d'HomAre que lea Érinyea aont de» divinité'» du monde moral, habitant dana lea Enfera (//. IX, 567), chargée» de venger le» fH^re» ((6., IX, 4^4' ^^'' ^' cycUfr. 3. Kinkel) le» mère»(//, XXI, 4«a. Od. XI,93o). lea frc*rea aine» (ih* XV, 9o4), le» mendianta même» iOd» XVII, 475), quand il» nont onen»éH et qu'il» profèntut le» %'m : ellea

(f ) 9Uc^ 1mi eaofaod tfntoff^^ V, Tif^ \ mê\% dioM carlmii^, il a t'«lr 4a \»^ yUeji^f «tt c*i«i {7:fJ| iVv%i qu« ni 1«» P(ir<|UM «ont pour lai le» «l««tia«, |«f« ilf^tin« «cittl lu valante ùv% lii«ux, (^M«n( «ax «00»^ <|o« Viralk OMt aaa e»f«r« (VI XH2 M|(|,|, iU MOI plaeé» p«r »tae« dao» i'aatr* da aoaiaiai l (X llf »<|c|,), m^U II latit rfmarqtirr que VIrgilt* U\i rt^omt aatii l« Suain«ll «ux lnl«r« (VI. <7H),

(ï) Hi«c«! o« M eoo(r«<lil |itf eomaifi Vlr»fl« qui pUee W Fartai taatat «vunt k vi*ftiihul« ({««^ Knrt*ni (VI, 2«U|. laat^t a IWitr^ du TaHara (VI, 9»$i, lanim I IValr^i* da imIuIh iI« JapUer (XII 849), al 00 doit r«a loaar bér« qu«« Mua Ht^yn**, « portai llrat divamla lu luci» diverfo» icqai mjrtlioa. • ObtMTvun* du r«HiUi qu« al Virgile, apr^ Rurfpida iTtoy, 407) eét# troia FurltHi» Mniai^rii, Alleclo, llalpboae, la pr^aiiéra babilaat U Tartare (Xlt, aiti)« \tm dt*ttx aulr<*« l'Olympi». Biaca a>a aoaiaia qaa daaa, M^fféfv «t Tiviphoue,

LE MERVEILLEUX 2o3

entendent ces malédictions du fond de TÉrèbe, voyagent à travers les airs (TjepoçoîTiç) jusqu'au coupable, et le punissent sur terre et dans les Enfers (IL XX, 359). Mais elles ne paraissent point dans les combats. A la guerre, c'est Éris et Kêr qui ont mission de tuer. Éris est la sœur et compagne d'Ares qui, petite d'abord, grandit et, les pieds sur la terre, cache sa tête dans les cieux (//. IV, 44^, cf. V, 5i8, XI, 3 et 73, XVIII, 535). C'est d'Éris (Discordia) qu'Hésiode fait cette peinture : « Sur son front terrible (le front du dragon), volait Éris, excitant les combats des gueiTiers ; cruelle elle enlevait l'esprit et le souffle aux hommes qui luttaient contre le fils de Zeus, et leurs âmes s'enfonçaient dans la terre chez Hadés, et leurs os, sous la peau corrompue, pourrissaient sur la noire terre » (Se, Herc, i56 sqq.) El Kêr est représentée aussi par Hésiode d'une façon plus effroyable encore (Se, Hère, i56 sqq., 249 sqq. ; cf. Il, II, 3oa) ; mais elle est comme Éris très différente des Érinyes.

Inutile de rechercher comment tous les poètes grecs ont parlé d'elles — et l'on se souvient d'ailleurs assez de YOrestie d'Eschyle pour savoir que ce caractère de protectrices cruelles des ilroits de la famille leur a été souvent conservé — ; mais en tout cas il est certain que Virgile a étendu leur action; d'après lui elles ne se bornent pas à châtier les criminels dans le Tartare (VI, 555 sqq.) : à l'instigation de Junon elles font éclater la guerre entre Latins et Troyens par le meurtre du cerf de Sylvia (Vil, 3^3 sqq.) (i); et sur l'ordre de Jupiter (XII, 841 sqq.) elles écartent du champ de bataille Juturne afin que les destins de Turnus s'accomplissent. De même dans la T-hébaïde, elles excitent d'abord Ëtéocle et Polynice l'un contre l'autre, à la prière de leur père Œdipe, lui-même victime des dirae (I, 53 sqq.) ; et c'est bien là le

(1) Au total, comme le fait remarquer M. de la V. de M , elle se conduisent partout dans VÉnéide comme TÉris homérique (La V. de M. op. cit. 312).

ao4 LEXBCUTION

rôle que leur assignaient Homère «t la Thébaïde cyclique (i); mais Tisiphone empêche et Polynice de périr dans la lutte des chars (VI, 49^ sqq.) et Étéocle de tomber sous la lance de Tydée (VIII, 686 sqq.) afin qu'ils meurent l'un par l'autre, comme l'ordonne son roi Pluton, et ce sont en effet les deux sœurs (car Tisiphone a appelé Mégère à son secours XI, 57 sqq.), qui jettent, en dépit de la Piété, Polynice contre Étéocle; suivant les mêmes ordres, c'est encore Tisiphone qui fait dévorer à Tydée le crâne de Mélanippe (VIII, 767), et qui pousse Capanée à provoquer le Ciel (X, 83a) (a). Stace a d'ailleurs fait preuve, partout où il les a mises en scène, d'une suite dans les idées qui étonne presque de sa part : si elles se mêlent toujours à la bataille, si, par exemple, au moment où Hippomédon va arracher aux Thébains le cadavre de Tydée, Tisiphone le détourne du combat par une fausse nouvelle (IX, 148 sqq.), c'est afin que les Thébains, comme Fa voulu Pluton, puissent empêcher la sépulture de leurs ennemis. C'est assurément l'action de l'Enfer qui est le mieux 1

suivie dans tout le poème ; partout et toujours « les sœurs à '

la chevelure de serpents gardent les étendards » (XII, 647). 1

Et il en devait être ainsi dans un poème consacré aux combats de cette famille des Labdacides vouées à l'Érinys. Néanmoins, Homère ne les aurait pas jetées constamment

(1) On a vu page 33 qu'GEdipe, au !•' livre de la Thébaïde, appelle l'Érinys selon les rites indiqués par Homère {IL IX, 568 sqq.). — Notons que Stace est encore fidèle aux idées homéilques en faisant d'Ëriphyle la victime de Tisipbone (IV 213). — Mais il emprunte à Virgile la description et les démarches dos Furies. En. VII, 341 sqq., 563 sqq.; Th. I, 88 sqq.

(2) Mais ce n*est pas Tisiphone qui ouvre la terre sous le char | d'Amphiaraûs« et Ton pourrait s*en étonner, car précisément sur une urne j étrusque reproduite par Overbeck {Gall. Zur Theb. und Troj, Held. p. 148,

f. 6, 8), on voit une Furie, armée d'une torche, qui entraîne le quadrige d'A. dans Tahîme ; mais Stace a voula que toutes les morts extraordinaires fussent ordonnées par le Dieu des Enfers, et ce qui les lui fait ordonner, ^

c'est |ustement l'arrivée inopinée du devin dans le royaume impérial. — D'ailleurs cette urne étrusque prouve que, bien avant Virgile, les poètes avaient étendu le rôle des Furies. 1

LE MERVEILLEUX ao5

dans la mêlée, et leur présence perpétuelle dans les armées ennemies est plus virgilienne qu'homérique.

Comme on a pu le voir, je n'ai pas prétendu, dans ce court résumé, étudier dans le détail toutes les épithètes et toutes les actions des dieux; ce travail, utile pour V Enéide, rétait infiniment moins pour la ThébaïdCy d'autant que Stace, en ce qui touche à la mythologie proprement dite, ne nous apprend presque rien sur le panthéon romain et sur ses rapports avec la mythologie grecque (i). Je n'en ai pas moins relevé toutes les allusions que j'ai pu découvrir aux croyances et aux coutumes romaines ; et mon but est atteint au surplus, si j'ai montré qu'ici, comme dans la composition de son poème, Stace n'a voulu que reproduire Virgile, et parfois Homère en ce qu'il a de plus connu.

(1) Cela est vrai de la Thébaïde, plus que des Silves qui mériteraient d'être étudiées à ce point de vue.

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