‹ Étude sur la Thébaïde de StaceChapitre 18 sur 46 · L. — IG · texte numérisé non relu

L. — IG

MéDécée» MBacriiliini, voue rennomi aux dieux :

Arniorum iiuperi, tuque o qui hinerc lanto Indulge» mihi, Phosbe, mori, date gaudia Thcbia, Quae p«pigi et loto quac aanguinc protligua enii. Perte rétro hélium captaeque Impingite I..emae Helliquiaii turpeu, etc..

At Tyrii» templa, arva donio«, oonubia, natos HedcUte morte mea ; ai voa placita hoatia JuvI, etc.

(X, jôa aqq.)

Ki Tattitude d*AuipliiaraOM, aur le point d*éire englouti :

Certua et ipae neeia : virea llducia leti

Suggerit ; Inde viro majoraque membra dleaque

Laetior

(VII.egQtqq),

noua rappelle exaetemenilen motade Tiie-Live : « Conapectua ab uiriu]ue aeie allquanto anguntior huniano viau (i). a

Noua touehona iei aux choaea de la religion : Siace en n |>arlé fnkiuemment. eomme un Itomaini aoit dana Tidëe qu'il aefaitdea dieux, aoit dana lea prièrea quil leur adr^Hiu\ aoit dana len ritea de la divination et dea funéraillea.

LHdée qu'il ao fuit dea dieux noua la eonnaiaaona déjà (a) ; miiia lea pric^^rea île quelquea una de aea pemonnagea aont curieuaea. L*hymne à Apollon (I, %> aqq.) ent une longue ^numération (le ioua tea noma et de touten les t^pithètea du dieu dana toua lea lieux qu* il ae platt & habiter et dana toua lea paya : eVat. en plua bref, une partie du

(1) Il i«mbl(^ iiUMl quMl y att oomine un souvoolr du « Vor «aerum • clnn» cc^» paroloM do ta mM*t^ dc^ Méni^tv, iur lo («iiiUyrp d^ «on Û\ê :

Luntralomot^ (i*rlt ogo to, punr InolUi», Thobit DovotumquQ caputi vlU« oou mttt(>r, Hli^bnm Y

(X.TWtqq.)

Solon I0 iicolla«ti« {ad TH. X, 7U3) ce ioraU uni» atlutlon à une» couIuisk» gMUlolM» d'Immolor dea hummcMi pour lo «alut d*una cUd.

{t) Voir le chupttre de» 1m mylliologlt*. Gt. «umI Mladcd, op. ctL 7 aqq.

l'esprit et les usages romains 1143

Carmen sœculare, mais recherchant davantage Teffet, et parfois dépourvue de discernement ; ainsi Adraste rappelle le mythe perse de Mithra et de la Lune :

Seu Persei sab rapibus antri Indigaata seqiïi torquentem cornaa Mithram.

(I,7i9sqq.)

Gomme si un Argien de l'époque héroïque eût pu connaître et chanter ce mythe ! D'ailleurs la coutume romaine apparaît partout dans cette crainte d'oublier un seul titre qui plaise au dieu :

Phœbe parens, seu te Lyciae Patarea nivosis Exercent dumeta jugis, seu rore pudico Castaliae (i) Seu juvat Cynthus

seu te roseum Titana vocari Gentis Achaemeniae ritu, seu praestat Osirim Frugiferuni, seu .... Mithram (a).

(1, 696 sqq., 717 sqq.)

On n'est pas surpris après cela que dans une prière rituelle Amphiaraûs récite, comme en une sorte de litanie ^solita prece, 111, 47^)» ^^s noms de Jupiter, dieu des oracles et des lieux où il annonce l'avenir :

Jupiter omnipotens

Non Gyrrha deum promiserit antro Certius, aut frondes. . .

Chaonias sonuisse tibi, licet aridus Hammon Invideat Lyciœque parent contendere sortes Niliacumque pecus, patrioque aequatus honori BranchuSy et undosae quem rusticus accola Pisae Pana Ljycaonia nocturnum exaudit in umbra :

Ditior illi animi cui te, Dictaee, etc.

(III, 471 sqq.)

(1) Cf. Hor. C. III, 4,61 -6i.

(2| On verra plus loin que dans cet amoncellemeut d'épithètes et de . lieux Stace se souvient autant des rhéteurs que des coutumes romaines.

244 l'exécution

Mais on peut s*étonner que Tydée, à {leine itauvé d'un effroyable combat, reprenne presque les mémet» formules quand il remercie Minerve :

Diva ferox

Seu Pandionio nostras invisere caedes Monte venis, sive Aonia devertis lione, . . . seu tu Lybico Tritone repexas Lota comas*

(II, 7210 sqq,)

Nulle part ailleurs Stace ne se montre plus infidèle aox mœurs homériques.

Sur les rites et les cérémonies du culte, il y aurait aussi à redire cependant* Tydée, par exemple, promet à Minerve un temple où Tbonoreront cent jeunes filles et une prétresse vouée à une perpétuelle virginité :

Pervigiiemque focts ignem longaeva sacerdos Nutriet arcannm nnnquam spretnra pudorem (i).

(11, 739 »qq)

Otte prêtresse est bien une vestale gardienne du Palladium romain (cf. Lactance, ad Th. II, 740) ; or non seulement Homère ignore les Vestales, mais il ne semble f^as même que les Grecs y aient songé, bien que, selon Pausanlas (IX, 27,6), il y eût à Thespies un temple d*Héraklés dont la prêtresse était vouée à la virginité (n). Il est croyable, quoique nous n*ayons aucun renseignement précis, que Stace songe en cet endroit à une institution de Domitien, qui avait, comme on sait, une dévotion particulière pour Minerve et qui

(1; La plupart des oiaouMnlCs et DoUmmeot le Bambergen$i» i intpectura; le Puteanun donne ipreiura : avec Tone et l'aotre Uximjte le fena eal le même,

U) Pauaaniat dit bien ( Vlll, 47, 3; qo'a Aléa U prêtreaae d'Afliéoé était nne Jeooe ftlle oon nobUe ; roaia C4;la prooTe seoiement qoe la Tirgiaité était une eondition requise pour être prétrr^se de MInerre, non qoe la pr^treasa ne pût Jamais se marier

l'esprit et les usages romains 5)4^

lui bâtit un temple dans le moment même où Stace écrivait son épopée (i) : Domitien avait certainement composé un collège spécial chaîné du culte de la déesse, et quelqu'une des règles imposées à ce collège doit se retrouver dans le passage qui nous occupe. Du reste, il faut tenir compte au poète de ce qu'il a essayé peut-être de se conformer aussi aux rites attiques (2) :

Actaeas tîbi rite faces et ab arbore castae Neclent parpureas niveo discrimine vittas.

(II, 737sqq.)

Dans les présages et dans les auspices, comme dans les prières, Stace est purement romain ; on ne rencontre qu'à Rome, ou du moins à l'époque romaine, ces signes fiinestes tirés de la chute d'un bouclier, au moment où le cortège nuptial entre dans le temple de Minerve, et des sons d'une trompette :

Summi delapsus culmine templi, Arcados Euhippi spolium, cadit aereus orbis,

eqtie adytis simul exaudita remotis Nondum ausos firmare gradum tuba terrait ingens.

(II, 267 sqq.)

(1) Suétone, Domitien, Cf. Gsell, Essai sur Domitien, 105 sqq. Peutêtre aussi l'érection d'un temple à Isis expliquet-elle les fréquences allusions de Stace à cette déesse (Théb. I, 254, 26i,VI, 256). Cf. Gsell, ib. 83.

(2) A la fin de son VIII" chant, Stace paraît faire, à propos de Minerve, une allusion à des cérémonies attiques que nous ne connaissons pas :

Necprius astra subit (Minerve) quam mystica lampas et insons Elisos multa purgavit lumina lympha.

(VIII, 765 sqq.)

On comprend que Minerve, spectatrice involontaire d'un crime, doive se purifier avant de regagner l'Olympe ; on conçoit qu'elle se baigne dans le fleuve de son pays préféré, d'aulant que l'Attique a coutume de purifier les dieux, dit Sénèque {Ilerc. jur. 1434) ; mais qu'est ce que cette Iam^»e mystique ? Est-ce une allusion aux mystères d'Eleusis ? Peut-être, car autre part encore (XII, 131 sqq.) le poète pense à ces mystères où la

a46 l'bxecution

Cf IV, 322 fkjq. et César, Z)e ^eW. Cfc,, III, io5 : « Pei^mi in occuIUh ac remotii^ templi quo praeter sacerdotes adiré ftui non est quae p*aeri l^'^x api>ellant, tympana sonnuerunt ( i ). o

Et tous ces prodiges qui précèdent, à Tbèbes, les combats sanglants :

Nam Tyrios sadare lares et sanguine DirecD Inriguam fetusque novos itemmqoe locutam Sphinga petHs, etc«..

ceux qui contrarient pareillement la marche des Argiens, vers Thélies,

Quippe feront diros nionitus volucres<|ne ferarque Sideraqoe aversique sois dccorsibos amncs, Infestoroque tonat pater et mala folgora lucent, Terriflcaeqoe adytis voccs claosneqoe dcorom Sponte fores ; nonc sangoincos, nnnc saxcux imbcr. Et sobiti mânes flentamqoe occorsos avonim, etc.

(VII,4o4«iq,)

nou» ne les avons neulement pas vus dans la Pharsale (1, 5a6-56S) et dans les (léorffique» (I, 4% *4^') ^* i'^ trouvaient une place très naturelle, mais très fréquemment aussi chez Tite-Live, toutes les fois qu*une calamité menace Rome (o).

I>es auspices ne sont ni les mêmes, ni pris de la même manière qu*en Grèce : sur ce point la grande scène du III« chant nous édiflera pleinement (3)*

Notons d'abord que, par une coutume exclusivement romaine, Amphiaraûs et Mélampus ne prennent les présages

liç àx^i et la KéAaç^n Umalftnt ooe grande plnee {et Cbaotepie, Manuel de I^BUt, de$ Belig., SSHiqqj. Au reste les rbéteort reeommaiidafeot tt leom él^Tet dVn lalre grand usage, Wal^, Khei, gr. IX, 263 et £S5.

(1) CL aoMt Valére Maxime, Prodig. I, 6.

it) Cf. notamment T. L, XXII, 3 nqq

(3) On a déjà examiné ee qu'il jr a de peu homérlqoe dans rérocatioD des mânes an IV chant, — Voir page 174 sqq»

l'esprit et les usages romains 247

que sur un ordre royal. Le guerrier devin, menacé par Gapanée, le déclare nettement :

Qoid me Persei sécréta ad culmina mentis

Ire gradu trepido superumque inrampere cœtus

Egistis ? Potui pariter nescire, etc..

(III, 633 sqq.) (i)

Chaînés de cette mission, comme des augures romains, ils consultent d'abord les entrailles des victimes :

Principio fibris pecudumqae in sanguine divos Explorant ; jam tum pavidis maculosa bidentum Corda negant diraque nefas minitantia vena.

(III, 456 sqq.; cf. V. 176.)

C'est peut-être une imitation de Lucain (Pk. I, 618 sqq.), mais Stace ajoute un détail qui n'appartient qu'à Rome, celui qui montre les augures examinant le cœur des victimes. Pline dit en effet (Hist. n, XI, 71) : « L. Postunio Albino rege sacrorum post CXXVI Olympiadem, quum rex Pyrrhus ex Italia decessisset, cor in extis aruspices inspicere cœperunt. »

Puis, mécontents des signes, ils décident de prendre les auspices. Amphiaraûs part accompagné de Mélampus (IIl, 451-2) selon l'usage romain de l'auspiciant et de l'augure assistant. Le moment choisi est le lever du jour (468-9), et c'est encore un usage romain (Aulu-Gelle, III, 2-10).

Amphiaraûs demande des signes favorables, spécifiant qu'il lui faut à gauche les alites et les oscines propices, à droite les auspices défavorables (489 s<jq.). On a reconnu l'usage romain de la legum dictio (Servius, ad Aen. III, 89). Puis ayant choisi l'endroit où il faut s'asseoir (496 cf. Festus

(1) Au reste le poète avait déjà dit :

dubio (régi) sententia tandem Sera placet valu m mentes et provida veri Sacra movere deum. Sollers tibi cura futuri, Amphiarae, datur.

(III, 449 sqq. Cf. IV, 406 sqq.)

248 l'exécution

solida), il divise le ciel (489), selon les règles des augures, se tournant vers le sud (cf. 486).

L'augure assistant prend la parole et annonce les présages (5oa). En ce qui touche aux alites, il n'y a pas de vols hauts (praepetes), pas de vols sereins, mais des plumes arrachées, signes partout défavorables (Soph. Aniigone^ 1000 sqq.). — Les oscines aussi sont mauvais (aut fugiens placabile planxerit omen 5o5). — On ne voit pas le corbeau (oiseau favorable ici parce qu'il est consacré à Apollon, protecteur d'Amphiaraûs), ni l'aigle, ni la chouette, ni le vautour (oiseau favorable à Rome) (i) ; mais des éperviers au contraire (défavorables à Rome, selon Ovide, Ars amat. II, 147, non en Grèce, d'après V Odyssée, XIII, 87), et même des dirae (grand-duc et chat-huant, cf. Servius, ad Aen, I, 394).

Enfin apparaissent sept aigles (représentant les chefs argiens) et sept cygnes (représentant les chefs thébains), qui se livrent bataille : c'était ce que les Grecs appelaient des oiseaux dièdres, et un signe défavorable ; mais il faut voir surtout dans cette scène un drame allégorique, comme on en trouve dans Homère {Iliade, VIII, 247 sqq., XII, 200 sqq., Od, II, 146 sqq., XV, 160 sqq. etc.), et dont Virgile aussi (En, I, 393 sqq.) a pu donner l'idée à Stace,

Comme ces auspices sont d'ailleurs d'une importance capitale pour Argos, Stace parait bien y avoir glissé une allusion à une grande solennité romaine connue sous le nom à'Angurium salutis, dont parle Festus au mot maximum (cf. Cicéron, De leg, II, 8,21). Ce jour-là, sans doute, on réci-

(1) En dépit de Bernartius et de Kohlmann, il faut lire ainsi, avec les mss. et Lactance, le vers 508 :

Non venit auguriis melior qui vultur, et altis, etc. .

Lactance fait remarquer avec raison qu'à Rome le vautour était de bon augure, puisque ce sont des vautours qui présidèrent à la fondation de 1» ville éternelle. Cf. Lucain, Phars. Vil, 437. On sait que le canon des oiseaux de bon ou mauvais augure variait suivant les villes. Ainsi, en Grèce, la chouette n'était favorable que pour les Athéniens (Porphyre, de Abst., III, 5, cf. Bouché- Leclercq, //. de la Div. de l'antiquité, I. 136.

l'esprit et les usages romains 249

tait la grande prière aux dieux domiciliés dans les trois plans du monde : « Precatio maxima est cum plures deos quam in ceteris partibus auguriopum precatus, eventusque rei bonae poscitur. » (Serv. ad Aen,, XII, 176). Et c'est ainsi que Stace, après avoir fait prononcer la le gis dictio à Amphiaraûs, ajoute ; Tune plura ignotaque jungit Numina (III, 497)-

On voit combien Stace, consulté du reste avec prudence, peut rendre de services à qui recherche les coutumes romaines. Mais c'est un éloge qu'on peut tourner en critique pour un poète qui veut célébrer les temps héroïques. On pourrait lui reprocher aussi d'attribuer une scène de nékyomancie et une scène de capnomancie à Tirésias, alors que chez les anciens épiques (cf. Eschyle, Sept^ 24) (') Tirésias connaissait surtout les auspices, et qu'au dire des Grecs, Amphiaraûs, qui, au chant III, consulte les oiseaux, était l'inventeur de la capnomancie (2). Mais si Stace commet toutes ces confusions, disons, à âa décharge, que tous les poètes romains, sans en excepter Vii^ile, et les poètes grecs eux-mêmes (cf. en ce qui concerne Tirésias, Sophocle, Antig., ioo5 sqq.) lui avaient donné l'exemple.

Quelques cérémonies enfin décrites dans la Théhaïde intéressent à la fois la vie privée, la vie publique et la vie religieuse : ce sont les noces et les funérailles.

Le poète raconte en effet les noces des filles d'Adraste, et la plupart des rites, comme l'a fait voir Miedel {op. cit. 45 sqq.), rappellent le mariage romain. Argie a une dot (dotalesque Argi, II, m, dotalis regia, II, 43o) ; le cortège nuptial est précédé de torches (praemissasque faces. II, 269) ; on offre des sacrifices (Hi fibris animaque litant, hi caespite nudo, II, 246) ; la porte des époux est ornée déjeunes arbres (fractisque obtendunt limina sebvis, II, 268) ; la mariée est omée-du flammeum (post flammea, II, 34 1), et va consacrer sa chevelure dans le temple de Minerve (hinc more paren-

(1) Voir plus haut, page 55.

(2) D'après M. Bouché-Leclercq, H. de la D., I, 178.

25o l'exécution

tuni lasides... Yirgineas libare comas, II, ^53 sqq.). Mais plusieurs de ces coutumes, avec de légères différences, se retrouvent en Grèce : celle de consacrer sa chevelure à quelque déesse, au moment du mariage, existait à Mégare (Paus. I, 43»4) et 21 Délos (Hérodote, IV, 34, Callimaque, H. Del, agè sqq.). (i).

Même dans les funérailles, où Barthius lui-même confesse (ad. Th. VI, 54) que Stace est trop romain, la Thébaide ne laisse pas de reproduire sciemment des usages grecs et homériques, comme on Fa prouvé dans la comparaison avec Virgile et Homère (a). Là encore, Miedel a versé dans l'excès. Les exemples qu'il apporte (TA. II, 64i, III, i5i, op, cit, 49) pour démontrer que Stace se conforme à la coutume romaine de recevoir le dernier soufQe des mourants ne prouvent vraiment rien ; Tusage de la conclamatio se reconnaît fort mal aussi dans ce vers :

Jam plangore viae, gemitu jam régla mugit Flebilis.

De plus, sur un détail du moins, la chevelure coupée en signe de deuil, Stace imitant Homère, est plus grec que romain (3). Et en résumé le poète s'est visiblement efforcé, d'après Homère, il est vrai, et d'après Virgile, de donner quelque idée de funérailles héroïques (4) ; même il a essayé,

(1) Cf. rinscription relevée par G. Deschamps dans le temple de Zeus Panamaros {Bulletin de Corresp. hellén, XI, (1887), 390).

(2) Cf. page 75 sqq.

(3) A ce propos Miedel écrit (op. cil. 53) : « Deinde lectus cum cadavere rogo imponitur. Imposito Lycurgus rex, antiquam consaetudinem seciitus, crinem sibi decisum offert... » Cette antiqua consuetudo est grecque, car à Rome, comme nous l'apprend Plutarque {qq, Rom. 14, p. 267 B), les hommes laissaient plutôt croître leurs cheveux en Signe de deuil, les femmes seules les coupaient.

(4) S'il ne parle pas de victimes humaines égorgées sur le bûcher d'Archémore, c'est parce qu'Archémore est un petit enfant ; mais les cendres de Ménécée sont honorées de ce sanglant sacrifice (XII, 67 sqq. Cf. En. XI, 80 sqq. et //. XXIII, 175 sqq.).— Miedel se trompe netlement

l'esprit bt les usages romains aSi

ici encore, de surprendre ses lecteurs par des coutumes inconnues et dont l'une, dans la decursio funebris^ parait incompréhensible (i).

Mais en plusieurs endroits il ne saurait y avoir de doute. Les tituli dont on nous parle au vers 119 ressemblent trop aux inscriptions honorifiques dont se paraient les familles romaines aux funérailles de leurs grands hommes. Uusage

lorsqu'il reproche à Stace de n'avoir pas soivi la coutame homérique de couronner les cadavres. Il est vrai que la couronne dont les Thébains ceignent la tête de Ménécée expiré (X, 788) est moins, sans doute, une couronne funèbre que cette corona graminea que reçut P. Decius Mus et dont parle Pline {B. N. 23^ 4) et Festus {Obsidionalis). De même le laurier et les bandelettes du fils deCréon sur son bûcher (XII, 65) sont les attributs des triomphateurs ; car seules les couronnes méritées pendant la vie, ceignaient la tète des romains roorU. Cf. Cic. de Leg. II 24-60, Pline, B. N.y XXI, 3. Mais il est faux qu'à l'époque homérique on couronnât les cadavres : nulle part il n'est question de ce rite dans les funérailles de Patrocle, et la pr< mière épopée où il en soit fait mention est VÀlkniéonide {fr, 2 Kinkei), poème de la fin du VII' s. — Et si Miedel a raison de dire que cet usage devint ordinaire en Grèce, il en fut de même à Rome (Cf. Dictionn. des Antiq. au mot funus », p. 1388).

(1) Cf. p. 77, note 4. On relève une autre fantaisie de Stace dans un passage où il est question des âmes se présentant aux enfers:

Necdum. illum aut trunca lustraverat obvia taxo Eumenis, aut furvo Proserpina poste notarat.

(Tfi. VIII sqq.)

On peut croire qu'il y a ici une imitation de Virgile {En. IV, 698 sqq.), mais Stace reproduit certainement ou invente un usage nouveau des enfers. Tous les anciens croyaient que Proserpine, ou une autre divinité (OàvaTo; félon Eurip. Àlc. 74) consacre la tète du mourant (Cf ^n., IV, 698. Hor. C. I, 28, 20, et Siiv. II, 1,147). Mais ici c'est la toi-che des Furies qui ebt chargée de ce soin, et on n'en voit guère de raison que dans l'habitude du poète de faire intervenir partout les Furies. — Quant au nom du mort inscrit sur la porte des Enfers par Proserpine, Je crois y voir un usage romain, mais dont je ne sais pas d'autre exemple, la note du scoliuste, sur ce vers, ne nous éclairant pas du tout. -^ Le plus sage est de s'en tenir, sur ce point, au mot de Gornutus qui dit à propos du vers IV, 61*8, de VEnéide: « unde haec histtria ut crinis auferendus sit morientibus ignoratur, sed adsuevit poetico more aliqua ut de aureo ramo » (Macrobe, V, 19, 1). — Ici encore, Siace n'a fait que reprendre et peut-être pousser à l'excès une habitude de Virgile.

aSa l'exécution

des tubae (on des tibiae suivant Tâge du mort) (i) est romain ; de même la forme particulière des lamentations des pleureuses (VI, 34 ; cf. 2o4), le novemdiale sacrum (VI, 238, Cf. En. V, 64), et le nom d'autels (ara^) donné aux bûcher^ (VI, 112). Ce triple et ce quadruple étage de la claie qui transporte Archémore (VI, 54 sqq.), ou du bûcher sur lequel on le place, fait songer aux bûchers des empereurs dans les apothéoses (2), ainsi que cette decursio funebris (VI, 197 sqq.), si différente de celles que décrivent Homère et même Virgile (3).

En voilà assez sans doute pour justifier beaucoup des critiques adressées à Stace sur son ignorance archéologique, trop peu cependant pour le condamner absolument. Il ne dépeint pas exclusivement les coutumes romaines, comme le veut Miedel ; il suit Homère autant qu'il le peut ; il ne le modifie — sur l'exemple de Virgile après tout — (4) que pour ne pas dérouter outre mesure ses contemporains et quelquefois, trop souvent sans doute, pour rehausser l'éclat de la royauté homérique jusqu'au faste de l'époque impériale.

(1) Servius, d'où Lactance (ad 'Th. VI, 114) paraît avoir tiré son indication, dit {ad Aen. V. 132): a sciendum majoris aetatis funera ad tubam solcre perferri, minoris vero ad tibias » ; et il cite comme preuve les vers même de Stace. Stace, très adroitement, fait remonter l'usage des Tibiae au Phrygien Pélops (VI, 115 sqq.) et aux funérailles des Niobldes. A-t-il d'ailleurs inventé cette origine, ou la doit-il à Varron qui raconte {de Vit. P. R. IV) que la mode des pleureuses et des tibiae fui appoiiée de Phrygie en Italie, par les compagnons d'Efiée, ou en a-t-il pris l'idée dans quelque poète grec? On ne Fait. — 11 est certain que les Grecs faisaient usage de la flûte aux fiTnérailles (Cf. Dictionn, des Àntiq. art. « funus » fig. 3*40 et 33il), niais moins que les Romains. Cf. Virg. En , XI 192, llias lat. 1048 sqq., Suétone, Julius, 84, Ov. Tr, V, 1,48.

(2) Voyez surtout, par ces échafaudages et pour la decursio, Hérodien, IV, 2, et Dion Cassius, LIV, 4-5.

(3) Homère ne donne aucun détail : Virgile dit seulement que des cavaliers aux armes éclatantes tournèrent trois fois autour du bûcher eu poussant des cris {En. XI, 88 sqq.). Quant à l'usage de tenir les armes renversées, il e^t romain, bien que Virgile l'attribue ailleurs aux guerriers d'Évandre {En, XI, 93). Cf. Servius, ad Aen. XI, 93, et Tacite, Ànn. 111,2: « praecedcbant incompta signa, versi fasces. »

(4) Je ne parle pas de Sénèque (dans ses tragédies), modèle aussi réputé que dangereux. Cf. Quintilien^ J. 0. X, 125 sqq.

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