LES ORNEMENTS ÉPIQUES
néglige pas cependant, mais il la prend à son propre compte et nous montre bientôt Polynice attristé de la mort de Tydée comme un taureau qui a perdu son compagnon (IX, Su sqq.).
Pious ne nous arrêterons pas sur la prière d'Evadné à Thésée, bien qu elle soit composée sur le modèle du Xoyo; TupeffêeuTixoç (i), faisant d'abord Féloge de Thésée (XII, 546 sqq.), puis l'éloge d'Argos (548 sqq.) et la peinture des maux qu'elle souffre (55i2 sqq.), enfin se terminant sur une supplication touchante (679 sqq.) : c'estle plan même qu'imposaient les rhéteurs, et il y a lieu de croire que les ambassadeurs qu'ils faisaient parler n'étaient pas plus emphatiques qu'Évadné (a). Mais c'est dans les Eyxwjiia et les ujavoi que nous trouverons nos plus frappants exemples.
Gomme on l'a vu, il n'y a dans la Thébdide qu'un exemple de l'éloge des lieux : encore est-il inspiré surtout de Y Enéide (3). Mais les prières aux dieux et les hymnes abondent. Le scoliaste de Stace a détaillé lui-même l'art du poète dans la prière d' Œdipe à Tisiphone (4). Examinons celles des chefs argiens aux dieux de TOlympe.
On a énuméré précédemment (5) tous les anachronismes de ces morceaux à effet d'autant moins naturels que souvent ou ils viennent hors de propos, ou ils se développent à l'excès. Or, l'origine de ces défauts est dans l'enseignement des rhéteurs qui partent toujours des vers d'Homère et des grands poètes, mais mélangent tous les exemples et font une
(1) Walz. op. cit. 297 sqq.
(2) Voyez nolamment les vers 555 sqq. 569 sqq. Au resle l'emphase est aussi le gros défaut du discours de Thésée à ses troupes (XII, 642 sqq.).
(3) Toutefois, il y a plusieurs allusions aux éloges traditionnels des villes et des contrées : ainsi pour les Arcadiens (77i. IV, 275 sqq. Cf. Walz, op. cit, IX, 181), et pour les Athéniens (XII, 500 sqq.; cf. Walz, IX, 253, 255, 259).
(4) Ad Theb. I, 56 : « In bac prece orantis artem et ordinem servat (Œdipus) : l» meritum suum memorat cum dicit : si bene quid merui; 2» exponit injuriam : orbum visu regriisque careniem-y 30 vindictam quaerit : Tu saltem, débite vindex, Hue odes, etc. . . ». Cf. ad Theb. II, 442.
(5) Page 242 sqq.
a88 l'exécution
espèce, à la fois systématique et disparate, de ce qui était chez les modèles un fragment nécessaire, mais bref et bien placé. Ainsi c'est déjà Tusage d'Homère de citer dans ses prières aux dieux les séjours qu'ils préfèrent (i) ; les rhéteurs multiplieront ces lieux à lïniGini et en profiteront pour étaler toute leur confuse géographie. 11 peut arriver aussi que dans une tragédie ou dans une épopée un personnage, s'adressant à quelque dieu, hésite sur la puissance particulière ou la généalogie de la divinité qu'il invoque ; les rhéteurs appelleront cette hésitation Sta7c6p7|(jiç, et en feront un genre à part ou du moins une partie essentielle de leurs prières (2). Nous retrouverons tous ces procédés dans la Thébaïde. Amphiaraûs, par exemple, ne se borne pas, quand il consulte les oiseaux, à dénombrer les lieux et les templesquiplaisent le plus à Jupiter : il esquisse une dissertation sur les causes de l'ornithomancie :
Mirnm unde, sed olim Hic honor alitibus, superse seu conditor aulœ
Sic dédit
Seu quia mntatis nostraque ab origine versis Gorporibus subiere notos, seu purior axis, etc.
(UI, 483 sqq.)
Du simple et court remerciement que dans l'Iliade (X, 278 sqq., 57i)Diomède, vainqueur, adresse à Athéné, Stace tire la longue et savante et anachronique action de grâces du rude Tydée (Th. 11, 716 sqq.) (3).
Le plus beau spécimen du genre est toutefois Tinvocation d'Adraste à Apollon : le roi légendaire de la primitive Argos conclut en effet le récit, aussi long que déplacé, du dévouement de Corèbe par un hymne presque identique à celui qui clôt im modèle de Smynthiaque dans le second traité des Épidictiqaes (4) :
(1) Gomme le fait remarquer le rhéteur Ménandre (Walz, IX, 135 sqq.).
(2) Walz, IX, 156 sqq.
(3) Voir plus haut, page 242.
(4) Walz, op, ciU IX, 319 sqq.
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Miœbe parens, seu te Lyciae Patarea nivosis Exercent dumeta jugis, sen rore pndico Castaliae flavos amor est iibi mergere crines Seu Trojam Thymbraeus habes, ubi fama volentem In gratis Phrygios umeris subiisse molares, Seu juvat Acgaeum ieriens Latonius umbra Gynthus et adsiduam pclago nune quaerere Delon :
Adsis, o memor hospitii, Junoniaque arva Dexter âmes, seu te roseom Titana vocari Gentis achaemeniae ritu, seu praestat Osirim Frugiferum, seu Persei sub rupibus antri Indignata sequi torquentem comua Mithram.
(Th. 1, 696 sqq., 716 sqq.)
« O Smynthée et Pythien, de quels noms t'appellerais-je ? Lies uns te nomment Lycien, les autres Délien, les autres Ascréen, d'autres Actiaque, les Lacédémouiens Amycléen, les Athéniens Faîeul, les Milésiens Bi*anchien. . . . Les Perses t*appellent Mithra, les Égyptiens Horus, les Thébains Dionysos, les Delphiens Apollon et Dionysos . . . Les Ghaldéens te disent le chef des astres. Soit donc que tu aimes ces noms, soit que tu en préfères de meilleurs, fais que cette ville soit toujours florissante et heureuse (i). »
Le procédé est le même, les formules se répondent exactement, et les ressemblances paraîtraient bien plus nombreuses encore si Ton pouvait citer ici tous les attributs d'Apollon développés par le rhéteur dans son éloge et que le poète résume d'un mot rapide dans son invocation (I, 703 sqq.).
Qu'en conclure sinon que les rhéteurs avaient fini par établir un véritable formulaire dont Stace n'a pu s'affranchir ?
Mais si le poète en faisant parler ses principaux personnages ne réussit pas à oublier les préceptes de l'école, à plus forte raison s'en- souviendra-t-il quand il met en scène un personnage indéfini ou quand lui-même interpelle ou
(1) /»., 329 aqq.