‹ Étude sur la Thébaïde de StaceChapitre 38 sur 46 · L EXECUTION · texte numérisé non relu

L EXECUTION

Il y a dans le ciel des zones trop rapprochées des terres que ne peut fouler le char du soleil sous peine d'incendier Tunivers : le poète dit que ces zones ne çeulent pas être foulées par les chevaux du soleil :

Nolentesqae teri zonas,

(VI, Soi).

Stace appelle ami des eaux, le frêne qui croit au bord des rivières :

Amicior undis Fraxinus (i).

Un vieux mur est appelé une masse malade :

Quassatque (amnis) trahitque Molem aegram (= poutem) (a).

L'agrafe ne perce pas TétoOe, elle la mord :

Fibula rasilis auro.

Taenariam fui va mordebat iaspide pallam.

(VII, 669. Cf. En, XII, a74; Met. VIII, 3i8).

Le feu palpite :

Palpitât ignis (XII, 71) (3).

(1) Virgile avait dit : per arnica sUentla Lunae {En. II, 255), mais le sens était différent ; Stace, non content d'avoir dit comme Virgile : nequc amico sidère monstrat Luna vias (I, 371;, applique ici Tépithète amicus^ dans son sens propre, à un objet inanimé.

(2j Slaco emploie fréquemment le mot mger dans ce sens figuré (de mémo le verbe «grescere. G(. œgrescit cura parentl, 1, 400) ; aussi est- Il inutile de lire, avec Baebrens suivi par Koblmann, contre la leçon des manuscrits : aegro anlmo vis (VIII, 531) ; rien n'autorise la correction «gro pour iegra.

(3) Probablement même Stace a dit que le feu s'écrie :

LE STYLB DB LA THSBAÎDE 333

La pourpre se lamente d*être souillée de sang :

Soffusaqae sanguine maeret Purpura.

(XU,3i4).

Les armes mêmes prennent des sentiments et des attitudes humaines :

Attrito cogvoïijuifeneacere saxo (pila).

(lU, 584).

Elles se trompent parfois :

Cuspis in armigerum Phlegyam peccavit,

(VllI, 688).

Parfois elles n*osent pas même espérer de tuer :

(vulnus) Nullum vitae in sécréta receptum, Nec mortem sperare valet.

Mais elles se rassasient aussi (quelquefois :

Tela exsatiavimus (i).

(IX, i4 ; cf. Sil. Pan. Vil. 635).

ignU Exclamât

Baehrens, approuvé par Kohlmann, a corrigé le texte de tous les manuscrits, et a lu :

Primis in frondibus ignis :

Exclamant (laborinsanos arcere) parentes.

Mais Stace recherche avec trop de soin les tournures et les métaphores nouvelles pour qu'il y ait vraiment besoin de contredire les manuscrits. Après Virgile (En., IX, 500, X, 805), il a écrit que les bois s'enflamment de clameurs {incendit clamore nemus, V, 553. — Cf. VI, 43; VIII, 263; X, 263); cette figure ne me parait pas bien plus osée que celle qui a choqué Baehrens.

fl) Métaphore qui est déjà dans Homère (//. XXI, 168).

334 l'exécution

Si les remparts tombent c*est qu^ils refusent de résister :

Primaeqae récusant Stare morae (mororam).

Mais voici des métaphores déplus de conséquences, sinon plus fortes : le Cithéron se réveille au bruit, comme le fait un homme réveillé en sursaut :

Clamore Cithaeron Erig;itar.

(XI, 556; cf. Val. Fi. U, 359).

Ije fleuve se précipite de toutes ses forces contre un pont, et plus celui-ci faiblit, plus il le presse, car il sent la faiblesse de son adversaire :

Taoto violentior amnis (Sentit enim) majore salo quassatqae trahitque Molem aegram.

Ces deux derniers exemples nous font très clairement voir comment on a pu personniCer les montagnes et les fleuves.

E. — Substitution du concret a l'abstrait

La classiflcation de Quintilien, pour claire qu elle soit» est insuffisante, car elle ne fait en somme aucune place aux sentiments ni aux qualités de Thomme et des choses, envisagées comme indépendantes de Thomme ou des choses qui les possèdent : en un mot elle néglige Tabstrait.

Aussi des métap .ores comme celles-ci : AttolUt flatus ducis (I, 331), inteepuere tori (II, 34a)» rigeantque super praecordia cautes (III,694)« i^ersusque dolor dat terga timori (V, 698), qui désignent des qualités ou des sentiments de rhomme, doivent être rangées dans cette catégorie. En voici d'autres :

us STTLB DB LA THBBAÎDE 335

Mépriser son père aveugle, c^est fouler aux pieds ses yeux arrachés :

Cadentes Caleaoere oeulos !

La lane qui brille retranche leur éclat aux astres :

Faigarque recisas (i) Sideribns.

(XU, 3io).

La gloire d'une mère est un fardeau pour son fils :

Onerat celeberrima natum Mater.

La colère soutient Tinfirme et lui sert d'appui :

Tnnc natam baculumque manu dinûsit, et irae Innixas.

La vieillesse déclinante est comparée, par une métaphore qui ne pourrait assurément pas se peindre, à une étoffe ou à une corde tissée à rebours :

Joxta illi finis et aetas Tarta rétro

Et nous retrouvons ici encore des figures très importantes. Le remords qui harcèle Thomme, n'est-ce.pas comme

(1) Li méUiihore se sait mal assurément, mats l'on en citerait de pires :

(Laodis) semina de nostiis aperil Fortona roinis (XII, ^7) ;

semina luna* {lll. 558);

isiderum) semina mocil (IV, 21â);

arma. .. mo/ifvr(IX, 863);

moUris gretsus (I, 457);

sablata WMliri lyra {carmen) (IV, 37.) ,

MoUri est encore on de ces mots qoe Stace emploie à toot propos, sans qoll re|Hêsente à son imagination on sens piéds.

336 L'BxâcuTior<r

une chaave-Bouris qui volo autour de nos têtes dans les soirées d*été7

Tamen adaiduiê circum\^olat alis Saeva dies animi (i).

La mort choisissant ses victimes ne parait-elle pas les marquer de sa serre pour les déchirer et les engloutir?

Mors frultur caelo bellatoremque w)lando Campum opert nigroque viros invitât hicUu (a)

. . . praccipuos annis animlsque cruenio Ungue notât.

(Vlll, 377-8, 3SO-I).

Et c*est par une opération de Tesprit semblable que les divinités abstraites ont pris naissance chez les Grecs et surtout à Rome (3).

(1) M y a ttu moins trois figures dans ce vers : !• une antithèse (la vue de la conscience opposite k la céclt<^ corporelle d'(£dipe); 8* une subitU tution de l'abnlrait h l'abstrait (lo jour de la conscience), 3« un passage de l'abstrait au concret (ie>oii/' muni d'alleu). Horace (Sat, II, 1,52) est bien plus simple. Mais Slace aime h mAier ainsi les métaphores. Langford Wilson {op, cil, 24) en donne cet exemple : totisque novum bibit ousibui Ignem {Àcfi, l, 303).

(2) L'image est tirée de Sénèque {Œdipe, 105-6) :

Mors atra avldoti oris hUUus Pandit et omnes explicat alas,

(3) Il est U noter que mettant en »c^ne une divinité abstraite, Stace lui laiHse toujours quelque chose de son abstraction. Cela est viMibie quand il décrit la Piété (XI, 457 «iq.) et la CUMiicnce (XII. 481 sqq.) Mais un trnit est surtout remarquable quand il parle de la Vertu. Il vient de la représenter sous leH trait» de Manlo et il ajoute :

Magna cunctantes pectora dextra l^^rmulsit tacite, $e«eque in rorde reliquit,

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