LE STYLE DE LA TBBBAÎDS
F. — Substitution de l'abstrait au concret
Mais, par une opération inverse, Stace a quelquefois aussi obtenu de beaux effets. Sans nous arrêter à des exemples dont on retrouverait les modèles chez tous ses prédécesseurs (ciçes, patriae tôt culmina, III, 207. Erigit adsuetum dextrae certamen, c'est-à-dire le disque dans les jeux, VI, 685; magna parens juvenum, gemini nnncfuneris, Ide IV, i34 ; cf. X, 7 et 555), ou à l'emploi abusif des mots honor et gloria à la place du mot propre (i), citons du moins quelques vers très curieux.
Œdipe épousant sa mère, c'est un fleuve qui retourne à sa source :
Proprios monatrum! revolutus in ertus.
Métaphore assez étrange, dont Sénèque {Œd, 638 sqq.) est responsable.
Le poison du serpent, c'est la colère du serpent qui le tue lui-même dans ses morsures vaines :
Irasque sni bibit ipse veneni.
(XI,3i4).
Un fleuve terrible par sa largeur, c'est une large crainte:
Ac velut ignotom si quando armenta per amnem Pastor agit, stat trisle pecus, procul altéra tellus
(1) Stace emploie très fréquemment les mots honos et gloria pour désigner ce qui brille, soit dans les plantes, soit dans les animaux, soit dans les hommes : l'éclat des Astres, c'est leur honneur (VIII, 371; X, 327); les bourgeons sont l'honneur des branches (VII, 225), ou leur gloire (VII, 226) ; l'amour conjugal est l'honneur du mariage {thalami secretus honos, VI, 13) ; enfin le Culte rendu à une divinité ou à un homme est aussi son honneur (IV, 6^; V, 513, XI, 429). L'aigrette d'un serpent (V, 510), ou d'un casque (VIII, 707) est leur gloire.
338 L'KXicUTION
Omnibus, et laie médius timor (i).
(Vll,436Bqq.)
De môme un rocher qui se d^^taclie d*une montagne, brinant tout sur son passage, c*est une effrayante crainte qui se prditipite :
Sic ubi nubiferum montis latus aut nova ventis
Suivit hiems
Dcsilit horrenduB campo timor (a).