‹ Étude sur la Thébaïde de StaceChapitre 4 sur 46 · IJ · texte numérisé non relu

IJ

Amphigénie

Ithome

180 sqq.

Thrion, Aepy, Heios, Pteleon, Dorion

59a sqq.

Messe

286 sqq.

Rhipé, StraUé, Énispé, Tégéa

606 sqq.

Orchomène

Quant aux noms de villes donnés par Tun et l'autre poète sans épithète pareille, ils sont innombrables (i) : une dizaine à peine se rencontrent chez Stace, qui ne sont pas chez Homère. Citons notamment Thyréa (a) (Th. IV, 46), Drépanon (ib. 5o), Langia (ib. 5i), Ëlisson (16. Sa). Un de ces noms mérite surtout d'attirer notre attention, celui de I^angia, qui reviendra dans un épisode important (IV, 717, 775). Nous verrons plus loin que, soit chez les Latins, soit chez les Grecs, Stace est presque seul à les citer, mais qu'il y a lieu de croire que Stace les a empruntés à Antimaque.

Peut-on aussi attribuer à Antimaque quelques vers de Stace où Ton retrouve Homère modifié ; par exemple les vers

(1) Helm aurait pu citer le groupe de villes des vers 103 sqq., Pyléné, PleurÔD, Calydôn, qui se Usent ensemble aussi dans VIliade. Même une épithète analogue est accolée chez les deux poètes, à Calydôn, praeceps Calydon, KaXuScovdc ts Tcerprieavav (//. II, 640). De môme Qéones {Th. IV, 48, //. II, 570).

(2) Thyréa n'existait i^as à l'époque homérique probablement ; en tout cas, Stace, en le citant, fait allusion à un fait très postérieur; mais les écoles de déclamation retentissaient si fréquemment du nom fameux d'Othriades, que Stace n'a pu le passer complètement sous silence (Sén. Rh. Sua». II, 15).

146 sqq. qui nous représentent en pleine décadence Tirynthe, surnommée la bien fortifiée dans V Iliade (II, b&oj); ou bien encore ceux où Stace attribue à TÉlisson (i) le funèbre honneur d'être le Styx terrestre, alors qu'Homère (II, 766) rapporte la même légende du Titaressos, rivière de Thessalie(2)? De même, Homère (/Z. IV, 376 sqq.) dit que les Mycéniens refusèrent de concourir avec les Argiens à la ruine de Thèbes parce que Zeus leur envoya des signes menaçants. Stace parle aussi du refus des Mycéniens, mais il lui donne un autre motif : My cènes, selon lui, était encore plongée dans l'horreur du festin d'Atrée. Faut-il croire que ce changement est dû à Antimaque (3) ? Il semble bien en tout cas qu'un nom nous a été gardé du dénombrement d'Antimaque : Schellenberg (Antim. Goloph, relliq. Hal. 1786) a conjecturé avec vraisemblance qu'il fallait rapporter à ce passage de la Thébaïde grecque un très petit fragment qui nous vient de Stéphane de Byzance au mot 'A[i.çpiYév£ia. Stéphane de Byzance dit que, selon ApoUodore, Amphigénia est une ville d'Élide, que selon Antimaque, au contraire, elle estmessénienne. Or Stace la donne aussi comme messénienne (Th. IV, 178 sqq.) (4).

Quant aux noms des chefs, Stace ne suit pas les plus anciens poètes, mais la liste des Phéniciennes d'Euripide.

(1) Pausanias (Vlll, 17, 6. 18-13) place ce Styx terrestre en Arcadle; il est possible que dans la Grèce, ravinée partout de profondes vallées, chaque province ait eu son Styx.

(2) Cf. Lucain, Ph. VI, 375 sqq., et le rhéteur Nlkolaos, npo-f. H, 2 (Walz, I, 269).

(3) Notons que vraisemblablement, si VIliade attribue cette abstention aux Mycéniens, c'est pour expliquer que les ancêtres d'Agamemnon, rot de Mycènes, n'ont pu prendre part à la fameuse guerre des Sept contre Thèbes ; il était étrange, en effet, que ceux qui Tenlourent ayant eu leur père tué sous Thèbes et ayant pris eux-mêmes la capitale béotienne, seul Agamemnon, le roi de la plus puissante ville de Grèce, n'eût pas assisté au siège. Au reste, il ne semble pas qu'Homère ait connu le festin d'Atrée, car il n'y fait nulle part la Aolndre allusion.

(4) VIliade aussi, il est vrai (II, 593 sqq). .

54 LB SUJET BT LBS SOURCES

On ne sait si Antimaque avait lui-même imité Euripide ; en tout cas il en différait sur quelques points, notamment sur la nationalité de Parthénopée. Euripide disait celui-ci Arcadien (Phén. ii53), Antimaque, selon le Scholiaste d'Eschyle (Sept, 553), le représentait comme Ai^en.

Mais de si près que Stace ait suivi Homère et peut-être Antimaque, il n'a pas cependant délaissé Vii^ile : l'énumération du VII® livre de Y Enéide a fourni plusieurs traits à la Thébaïde, D'abord l'invocation aux Muses (i) (Th. IV, Sa-S^, En. VII, 641-646) ; puis la peinture des bandelettes d'Amphiaraûs (Th. IV, 217 sqq. En. VII, 751); des descriptions d'armes (Th. IV, 299 et 3oi, En. VII, 685 et 817); une comparaison pareille (Théb. 189 sqq. En. 674 sqq.)-

Il est d'ailleurs certain qu'en représentant Parthénopée, très jeune, encore féminin d'aspect, Stace a songé à la Camille de Virgile. On le verra surtout au IX® chant, mais dès maintenant, remarquons que Parthénopée clôt le dénombrement de Stace, comme Camille (En. VII, 8o3 sqq.) celui de Virgile.

C'est dans ce dénombrement (IV, 187 sqq.) que Stace parle de la trahison d'Ériphyle. Amphiaraûs est représenté triste, parce qu'il sait qu'il va à la mort. Mais qui l'oblige à suivre les Argiens? Stace ne le dit pas : il insinue qu'Atropos en est la cause principale.

. . . Sed ipsa ( Atropos) manu cunctanti injecerat arma (189).

Comment cela ? Ériphyle y est aussi pour quelque chose, car le collier brille à son cou, le collier que lui a volontiers cédé Argie.

. . . Née conjagis absant Insidiae, vetitoque domus jam falgurat auro (190-1).

(1) Les poètes épiques multiplient ces invocations : citons seulement Iliade, II, 484 sqq. En. VII, 641 sqq. Ovide, Met. XV, 6ffî, Fastes, IV, 143. Sillus Italleus, III, 22St sqq.

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Mais comment Ériphyle, séduite par le collier, a-t-elle pu forcer son époux à une guerre qui le tuera ? Le poète ne le dit nulle part (i).

80 La désolation de Thèbes (IV, 345-645).

Plus prompt que l'armée argienne,le poète est déjà à Thèbes : là, les présages sont sinistres» et les préparatifs de défense mornes : la prêtresse de Bacchus fait entendre une prophétie terrifiante (345-4o5). Aussi Étéocle se hâte-il de consulter Tirésias, et celui-ci faisant appel à la Nékyomancie, évoque les mânes : tous les anciens rois de Thèbes et d'Argos défilent devant lui, la figure triste ou menaçante ; Laïus parait le dernier et déclare que Thèbes vaincra, mais que les imprécations d'Œdipe recevront leur accomplissement (4o6-645).

Il n'est pas probable que Staee ait emprunté cet épisode à un ancien poète grec, ni même à Antimaque : car dans la Thébaide cyclique Tirésias ne consultait que les oiseaux, s*il en faut croire du moins Eschyle (Sept, 24'^) (2)1 Sophocle même et Euripide (3) ; et il n'y a nulle raison de croire qu' Antimaque ait combattu une tradition si bien établie (4).

(1) On a déjà Insisté sur cette négligence de Stace en étudiant le III*

chant. Notons ici, pour n'y plus revenir, que le poète oublie encore un

trait qu'il supposera connu ù un autre endroit. Au moment de mourir,

Amphiaraûs recommandera à Apollon, son fiis Alcméon meurtrier de sa

mère,

Et pulchrum nati commendo furorem (Vil, 788).

C'est donc sans doute qu'ayant de partir, il a ordonné à son fils de le venger (voir du reste, pour les anciennes épopées, Apollodore, III, 62) ; Mais à ce moment où Stace nous décrit le départ d'Amphiaraùs, 11 ne dit pas un mot d'AIcméon.

(2) Eschyle est très précis : « Tirésias est selon lui oiwvôiv poTYjp, icupbc Scx» ». Mais le texte est contesté par Well qui lit : (çaouc Six»).

(3) Sophocle, Antig. 999 sqq. Euripide, Ph. 840 sqq. — Cependant Sophocle parle de 6u[iaTa et d'entrailles de victimes consultées, faute d'une réponse favorable des oiseaux {Ànlig. 10!)5 sqq.).

(4) Du temps de Pansanias (IX, 16, 1) les Thébains montraient encore l'observatoire de Tirésias (oia>vo(Txo7cetov Teipea^ou xaXoufjisvov).

Au reste nous étudierons à part cette évocation des mftnes, et nous chercherons où Stace a trouvé ses modèles. Bornonsnous à signaler ici quelques imitations évidentes de Virgile et de Lucain au commencement de cet épisode. Une fois de plus, Stace parle de la Renommée (IV, 369 sqq.) et imite Lucain (Phars, 1, 469 sqq.) (i). Puis il nous montre la prêtresse de Bacchus en proie au délire prophétique. Telle apparaît Amata dans VÉnéide :

Silvestris regina chori decurrit in aequum Vertice ab Ogygio trifidamque hue tristis et illuc Lumine sanguineo pinum dejectat et ardens, etc.

(iv, 379 sqq.)

Ipsa (Amata) inter médias flagrantem fervida pinum Sanguineam torquens aciem.

(En. VII, 397 sqq.)

Mais, avant Stace, Lucain s'était emparé de ces vers de Virgile dans le premier chant de sa Pharsale, et avait exprimé les menaces mêmes d'une matrone romaine affolée. Citons seulement le début :

Nam qualis vertice Pindi Edonis Ogygio decurrit plena Lyaeo, Talis et attonitam rapitur roatrona per urbem.

{Ph. I, 674 sqq.)

On voit assez clairement où Stace a pris l'idée de sa Bacchante. Ajoutons que la prophétie conduite chez lui comme chez Lucain se termine de la même manière.

Sic fata, gelatis Vuliibus et, Baccho jam demigrante, quievit.

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